Bénis soient les Maudits !

Festival | Une excommunication empêche-t-elle une béatification ? Pas forcément, s’il y a un purgatoire entre les deux. À cette question moins théologique que cinématographique, les films du Maudit Festival répondent régulièrement…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Photo : DR


Une excommunication empêche-t-elle une béatification ? Pas forcément, s'il y a un purgatoire entre les deux. À cette question moins théologique que cinématographique, les films du Maudit Festival répondent régulièrement…

La propension du genre humain aux aspirations contradictoires n'a d'égal que son grégarisme. En particulier dans les salles, où le mainstream ne laisse que peu d'interstices à des propositions alternatives. Certains cinéastes savent cependant s'y glisser pour contrer la loi du conformisme avec des films traversant sciemment hors des clous. Des films rebelles, souvent honnis à leur naissance, auxquels le temps rend justice. Des films maudits que le festival ourdi par l'association Terreur Nocturne accueille dans un délicieux œcuménisme, où le souvenir de leur soufre matriciel n'est jamais loin.

À travers le temps et l'espace

Copieuse édition que ce millésime 2020 convoquant des œuvres inscrites dans l'histoire sombre du 7e art — le tumultueux Aguirre, la colère de Dieu gouverné par la diabolique paire Herzog/Kinski ou l'underground thriller Cruising du terrible Friedkin (plongeant Pacino dans un cauchemar interlope nocturne/SM/gay) – et les replis d'un passé récent avec le métaphysique et rare Au-delà du réel de Ken Russel – en première partie d'une soirée GrindHouse, complétée par Hellraiser II ! La curiosité du Maudit Festival ne connaissant pas de frontières, le voyage traverse les continents, des terres de Laponie (Le Renne blanc d'Erik Blomberg) à la menaçante immensité de l'Australie (Long Week End & Wake in Fright, judicieuse programmation qui résonne avec l'actualité), en passant par l'Asie (Typhon et The Bride with White Hair) et le Nigéria (Nollywood Babylon). Il effectue même une forme d'escale en région lyonnaise avec Les Sources Occultes que Laurent Courau a tourné comme une « excroissance » de la fameuse Demeure du Chaos, le musée si décrié des Monts d'Or.

Riche en images animées, le Festival sera aussi celui des "mots dits" avec une foultitude de rencontres et de débats, ainsi que celui des émois dits grâce à une exposition autour de la réédition de Pornographisme, ouvrage "reproduisant" des affiches de films classés X des années 1970 aux titres suggestifs et à la typo drôlement troussée. Pour cette opération accueillie à la Galerie Le Mur, Terreur Nocturne s'est associé avec l'événement Une belle saloperie. Plus on est de fous…

Le Maudit Festival
Au Cinéma Juliet-Berto, du 16 au 26 janvier.

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