"La Cravate" : auto-psy d'un frontiste

ECRANS | De l’espoir à la désillusion, le parcours d’un jeune militant FN lors de la campagne pour l’élection présidentielle 2017. Un portrait documentaire mâtiné d’auto-analyse, reposant sur dispositif ingénieux signé par les auteurs du remarqué "La Sociologue et l’Ourson".

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Photo : ©Nour Films


2017, dans le Nord de la France. Bastien, vingt ans à peine, est déjà un militant chevronné du FN. Auprès de son délégué départemental, guère plus âgé que lui, il prépare la campagne de Marine Le Pen et rêve d'intégrer les hautes sphères du parti. Une caméra le suit durant quelques mois…

Déjà auteurs d'un très réussi documentaire conjuguant un dispositif original et une thématique sociétale on ne peut plus clivante (La Sociologue et l'Ourson, consacré au projet de loi du Mariage pour tous), Mathias Théry et Étienne Chaillou n'ont pas choisi la facilité avec ce sujet qu'on devine à mille lieues de leurs affinités politiques. Mais c'est sans ironie ni dédain, avec la sincère curiosité de sociologues, pour ne pas dire d'anthropologues, qu'ils s'attachent aux pas de leur "personnage", histoire de comprendre la logique son embrigadement, la dialectique du parti qu'il a rejoint et ses aspirations personnelles. Le terme de "personnage", renvoyant ordinairement à un corpus de fiction, n'a ici rien d'usurpé puisque La Cravate opère en deux temps : les cinéastes ayant monté leurs images de la campagne de 2017, soumettent une bonne année plus tard le texte de la voix off à Bastien, enregistrant à chaud ses réactions, ses ajouts, ses nuances. Car dans l'intervalle, le jeune homme a pris un peu de recul et changé d'écurie, sans pour autant tourner casaque.

Bastien, mon pote d'extrême droite

Le va-et-vient permanent découlant de ce nouveau procédé (au cadre rudement psychanalytique) a des effets insoupçonnés sur le récit : l'introspection nourrissant l'introspection et libérant la parole, Bastien se confie davantage sur son passé, révélant des faits jusqu'alors tus pouvant expliquer son passage à l'acte militant.

Sans doute représentatif de nombre jeunes apprentis politiciens de terrain, la foi partisane chevillée au corps et la rage d'en découdre (au moins dans les urnes) à peine contenue, Bastien est un client parfait : transparent et moyennement ingénu. Et suffisamment lucide pour comprendre que le parti l'apprécie comme colleur d'affiches ou petite main pour des opérations d'agitprop modernes plutôt que comme candidat, à la différence de son chef, si propre sur lui. Même s'il adopte costume et cravate, Bastien reste pour les huiles un second couteau. Cette satanée cravate, dont l'importance déteint sur le titre, renvoie plus que jamais au nœud coulant de la corde du pendu ou à la chaîne de la fable de La Fontaine.

Un mot, ou plutôt un étonnement, quant à la facilité avec laquelle Théry et Chaillou semblent avoir promené leurs caméras au cœur de l'appareil frontiste, réputé rétif à toute intrusion. Qui, du FN ou d'eux, réalise la plus belle opération ? Aux citoyens (au public) d'en juger…

La Cravate
De Mathias Théry et Étienne Chaillou (Fr., 1h37) documentaire


La cravate

De Mathias Théry, Etienne Chaillou (Fr, 1h37) documentaire

De Mathias Théry, Etienne Chaillou (Fr, 1h37) documentaire

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Bastien a vingt ans et milite depuis cinq ans dans le principal parti d’extrême-droite. Quand débute la campagne présidentielle, il est invité par son supérieur à s’engager davantage. Initié à l’art d’endosser le costume des politiciens, il se prend à rêver d’une carrière, mais de vieux démons resurgissent…


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