"Wet Season" : cours particuliers

ECRANS | D'Anthony Chen (Sing.-Taïw., 1h43) avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee, Koh Jia Ler…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Photo : ©Epicentre Films


Singapour. Ling enseigne le chinois à des élèves de terminale à qui cette matière importe peu et peine à avoir un enfant. Épouse dévouée, elle s'occupe du père paralytique de son mari fuyant. L'un de ses élèves se rapproche alors d'elle, alors qu'au-dehors, la mousson s'abat sur le pays…

Le hasard fait se succéder sur les écrans français à quelques semaines d'intervalle La Beauté des choses (1995), l'inédit de Bo Widerberg, et ce nouveau film d'Anthony Chen qui se répondent de façon stupéfiante. Bien que le contexte historique (la Seconde Guerre mondiale en Suède chez Widerberg, Singapour aujourd'hui chez Chen) et le point de vue (l'adolescent pour l'un, l'enseignante pour l'autre) soient opposés, la trame est identique : un lycéen un peu à part noue une relation "inappropriée" avec une enseignante mariée et délaissée par son époux, alors que gronde une menace extérieure (ici, climatique). Un argument de fantasme à deux sous (à dessous ?) qu'Anthony Chen habille de nombreuses ramifications signifiantes en composant l'entourage de Ling.

Celle-ci apparaît en effet comme totalement marginalisée : à son foyer, elle s'occupe de son beau-père infirme et doit mendier (en vain) des rapports sexuels à son mari afin de concrétiser son vœu de grossesse ; au travail, la matière qu'elle enseigne, le chinois, est dénigrée au profit de l'anglais plus "vendeur". Mutique, fragilisé, son personnage n'a pas de perspective, jusqu'à sa relation pas vraiment désirée avec son élève, à l'insolence brutale et malgré tout, touchante. Une drôle d'histoire d'éducation sentimentale asymétrique, à l'issue prévisible et pourtant surprenante dans son radieux optimisme.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Ilo Ilo

ECRANS | Caméra d’or au dernier festival de Cannes, le premier film d’Anthony Chen raconte la relation compliquée entre un gamin turbulent et sa nounou venue des Philippines. Un film faussement gentillet qui en vérité ne cache rien de la sauvagerie économique qui règne à Singapour. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Ilo Ilo

Ilo Ilo est de ces films qui savent masquer leur cruauté derrière une trompeuse façade de conte sucré. C’est tout le talent d’Anthony Chen et toute la réussite de son premier long. Sa ligne narrative est des plus balisées – à Singapour, un enfant gâté et plutôt tête à claques, Jiale, se voit confier à une nounou venue des Philippine, Teresa, qu’il va d’abord tyranniser, avant que les deux ne s’attachent l’un à l’autre – et pourrait relever de ces classiques du cinéma jeune public plein de bons sentiments. Sauf que… Chen a choisi d’antidater son action au début des années 2000, c’est-à-dire quelques années après le début de la crise économique qui allait ternir définitivement le miracle asiatique et répandre chômage massif et récession sur des territoires autrefois regardés avec admiration par le monde entier. Le père de Jiale se retrouve au chômage – après une scène dont le gag final est à la fois burlesque et pathétique –, plonge dans la déprime, et l’argent du mélange commence à s’assécher. La peinture que Chen fait de cette famille de parvenus, nouveaux bourgeois soudain confrontés à un retour de flamme financière, où c’est la mère qui tient les cordo

Continuer à lire