"Judy" : a Star is Torn

De Rupert Goold (G.-B., 1h58) avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock…

1968. Elle a été, mais n’est plus grand chose à Hollywood, qui refuse désormais de l’assurer et l’engager. Alors, pour gagner de quoi vivre avec ses enfants, Judy Garland accepte une série de récitals à Londres. Le triomphe est au rendez-vous, mais ses vieux démons également…

Reviendra le jour où des comédien·nes ne seront plus automatiquement primé·es pour avoir campé un personnage ayant existé et/ou surmontant des déboires physiques ou psychiques. En attendant, les biopics narrant parfois avec une empathie douteuse mais une certaine gourmandise voyeuriste la déchéance d’anciennes gloires creusant le fond après l’avoir touché, continueront à faire recette. Si Hollywood n’a pas son pareil pour produire des films dénonçant les agissements passés de ses propres studios, c’est qu’il y gagne : cette sorte de mise en pratique du circuit court et de la valorisation de ses déchets moraux lui permet de troquer sa mauvaise conscience en absolution oscarisée. En témoignant d’un minimum de contrition. Judy est l’énième variation sur ce thème. Où l’on voit la décatie Judy Garland, vieillarde de 47 ans (comme Edith Piaf), brave maman gay-friendly finir de mourir sur scène, rongée par les cachetons et l’alcool, hantée par son “formatage“ par le mogul Louis B. Mayer. Lequel ressemble étrangement à Harvey Weinstein.

Rupert Goold signe un travail propre mais sans aucune inventivité, déroulant les séquences-types et les morceaux de bravoure avec la prévisibilité d’un métronome suisse : succès éclatants, échecs retentissants, envolées, rechutes, joie, solitude sur scène, dans sa suite londonienne ou en coulisses. Où trouver de l’émotion dans ce qui a été déjà maintes fois vu ? Quant à Renée Zellweger, consciente qu’elle tient le-rôle-à-statuette-de-sa-vie, elle fait le job à l’américaine, assurant un mimétisme total avec son modèle. On découvre même qu’elle sait écarquiller les yeux sans avoir la bouche en cul-de-poule ! Voilà, c’est fait, on peut passer à autre chose à présent.

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