Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Photo : DR


C'est une histoire désormais bien connue. À l'origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d'une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l'animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l'orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S'il n'est pas le premier film d'Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d'une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d'entrées l'année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l'intégralité des productions du Studio Ghibli de s'imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d'animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n'auraient sans doute jamais reçu le même accueil en d'autres circonstances.

Quatre héroïnes

Si elle est souvent, et à juste titre, célébrée pour sa dimension pacifiste, humaniste et écologiste, l'œuvre d'Hayao Miyazaki a également pour particularité de mettre au premier plan des figures féminines particulièrement fortes. Ce sont plusieurs d'entre elles qu'a choisi de mettre en avant le festival Voir Ensemble à travers une rétrospective de quatre films. Outre le déjà nommé Voyage de Chihiro et le presque aussi fameux Château Ambulant, cette dernière sera également l'occasion de redécouvrir le plus ancien mais tout aussi réussi Kiki La Petite Sorcière, adaptation d'un livre pour enfants d'Eiko Kadono, dans lequel on retrouve le goût du réalisateur pour les villes et paysages bucoliques d'inspiration européenne, ainsi que des thèmes comme l'exil et l'intégration qui traversent une partie conséquente de son œuvre. Pour autant, c'est avant tout le fabuleux Nausicaä de la vallée du vent, deuxième métrage du maître japonais et premier film réunissant l'équipe du (futur) studio Ghibli qu'on rêve de voir sur grand écran. Adaptée de son propre manga, cette fable écologique située dans un univers de science-fiction post-apocalyptique n'a en effet rien perdu de son formidable impact depuis sa sortie au Japon en 1984, et reste à n'en pas douter l'un des films les plus marquants du cinéaste.

Nouvelle vague

Aussi titanesque soit l'empreinte laissée par Miyazaki et son regretté collègue Isao Takahata sur l'animation japonaise jeune public, il serait dommage de se cantonner pour autant à l'œuvre de ces derniers. En activité depuis le début des années 2000, mais réellement sorti de la confidentialité avec le succès considérable de Your Name en 2016, Makoto Shinkai sera ainsi à l'affiche des festivals Voir Ensemble et À vous de voir avec son splendide dernier film Les Enfants du Temps, dans lequel un lycéen fugueur fait la rencontre à Tokyo d'une jeune fille capable d'arrêter la pluie et de dégager le ciel. Un récit hautement émouvant, mais jamais mièvre, d'une beauté graphique tout simplement hallucinante, qui confirme tout le talent que laissaient entrevoir ses précédents métrages. Avec son nouveau film Ride Your Wave, présenté en avant-première dans le cadre de Voir Ensemble, le prolifique franc-tireur Masaaki Yuasa (Mind Game, Genius Party, Night is Short, Walk on Girl, Lou et l'Île aux Sirènes…) livre lui aussi une œuvre de grande envergure sur l'acceptation du deuil, en confrontant une jeune surfeuse à la perte de son bien-aimé dans un drame intimiste teinté de fantaisie d'une inventivité sans pareille. Preuve s'il en est qu'avec ces deux cinéastes, auxquels on pourrait encore ajouter l'auteur de Miss Hokusai Keiichi Hara (dont le récent Wonderland sera projeté au festival Plein les yeux), l'animation japonaise jeune public a encore de beaux jours devant elle…

Festival Voir Ensemble
Du mercredi 19 février au dimanche 1er mars au Méliès

Festival À vous de voir
Du vendredi 21 au mercredi 26 février à La Vence Scène (Saint-Égrève)

Festival Plein les yeux
Du lundi 2 au dimanche 8 mars au Ciné-Théâtre de La Mure

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Les Saisons Hanabi : un peu de Japon à Grenoble

ECRANS | Zoom sur l'édition grenobloise du festival itinérant qui aura lieu du mercredi 3 au mardi 9 juillet au Méliès.

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Les Saisons Hanabi : un peu de Japon à Grenoble

Évoquant immanquablement le Japon par sa référence explicite à un film du cinéaste Takeshi Kitano, le festival itinérant Les Saisons Hanabi arrive au Méliès dans sa déclinaison estivale. Au programme du 3 au 9 juillet, 7 jours et autant de films pour s’immerger dans la production contemporaine de l’Empire du Soleil levant. Les arbres Kore-eda, Kawase ou Miyazaki ne doivent ainsi pas masquer les forêts de talents poussant ici ou là, et que le festival présente. Très attendu depuis sa présentation au festival d’Annecy, Wonderland, le royaume sans pluie (photo) de Keiichi Hara est de la partie dimanche – précédé samedi de la reprise du premier long-métrage d’animation du réalisateur, Un été avec Coo. Une sérieuse dominante fantastique traverse également la sélection : dès l’ouverture, l’anime Maquia de Mari Okada traite d’immortalité, Ne coupez pas ! de Shin'ichirō Ueda lui succède avec une armée de zombies, avant L’Homme qui venait de la mer de Kôji Fukada (rien que le titre est prometteur) ; cela jusqu’à An

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"Wonderland, le royaume sans pluie" de Keiichi Hara sera en avant-première samedi au Méliès

ECRANS | Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, (...)

Élise Lemelle | Mardi 11 juin 2019

Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, il développe des thématiques singulières comme la critique des médias, la recherche des origines ou encore la cruauté des humains envers la nature. Sélectionné en compétition officielle au prestigieux Festival d'animation d’Annecy, son nouveau long-métrage Wonderland, le royaume sans pluie, en salle fin juillet, sera présenté en avant-première exceptionnelle samedi 15 juin à 13h45 au Méliès, en sa présence. On appelle ça un événement.

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"Never-Ending Man : Hayao Miyazaki" : demain, j’arrête (ou pas)

ECRANS | de Kaku Arakawa (Jap, 1h12) documentaire

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

En 2013, après plusieurs faux-départs, le cinéaste Hayao Miyazaki effectue l’annonce solennelle de sa retraite définitive. Peu dupe, le réalisateur Kaku Arakawa entreprend de le suivre et enregistre son incapacité à demeurer inactif : le fondateur des studios Ghibli se remet rapidement au travail… D’une insolente brièveté, ce documentaire tourné au plus près de Miyazaki (parfois sous son nez pendant qu’il déguste son bol de ramen) possède de nombreuses vertus. Dont celle de nous immiscer dans l’intimité du père de Totoro, révélant ses habitudes et ses manies (le port de la blouse, les cigarettes, les tressautements de jambes machinaux) d’un über perfectionniste conscient d’avoir, à l’instar d’un Cronos, dévoré ses enfants par crainte qu’ils lui succèdent. On pourrait croire qu’il s’agit d’une charge contre un vieux maître reclus dans son égotisme et la certitude de son indépassable excellence ; or justement, Miyazaki ne cesse de s’ouvrir à la nouveauté (ici, à la 3D) et à la jeunesse. Et quand il ose avouer vouloir réaliser dans un premier temps un nouveau court-métrage, Boro la chenille, c’est (aussi) pour goûter à cette tech

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L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

ECRANS | Rendez-vous tout le mois de décembre au cinéma Juliet-Berto pour le constater, avec la projection de pas mal de pépites (dont le mythique "Château Ambulant" de Miyazaki).

Damien Grimbert | Mardi 4 décembre 2018

L’animation japonaise au firmament à la Cinémathèque de Grenoble

Vaste continent à l’approche souvent intimidante, le cinéma d’animation japonais se dévoile à la Cinémathèque à l’occasion d’un cycle thématique de six films qui constitue une excellente entrée en matière pour le néophyte… mais pas seulement. Outre Le Serpent Blanc de Taiji Yabushita, déjà diffusé à l’heure où l’on publie ces lignes, sont ainsi proposés trois films d’auteurs contemporains largement acclamés, dont la poésie, l’intelligence, la tendresse et la charge émotionnelle ont amplement contribué à sortir l’animation japonaise du ghetto culturel auquel elle était jusqu’alors confinée. On pense bien sûr au Château Ambulant (2004) du maître incontesté Hayao Miyazaki, aux Enfants loups, Ame et Yuki (2012) de Mamoru Hosoda, nouveau mètre-étalon du genre, et au Miss Hokusai (2015) de Keiichi Hara, moins réputé mais tout aussi méritant. Œuvres plus radical

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"Lou et l’île aux sirènes" : la bonne surprise animée de la semaine

ECRANS | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place – il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graphisme est gouverné par des aplats de couleur. Cette hybridation des styles d’animation profite au film et lui donne un relief esthétique su

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Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

ECRANS | Ce mois-ci, le Méliès ressort "Panda, Petit Panda", suite de deux courts-métrages réalisés en 1972 par les deux maîtres japonais de l'animation, à l'époque quasi-débutants.

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Quand Miyazaki et Takahata dessinaient des pandas

Bien avant que le ninja Po ne promène sa ventripotente carcasse sur les écrans (dans Kung Fu Panda), deux autres ursidés avaient eu les honneurs du cinéma d’animation au Japon dans Panda, Petit Panda (1972). Mettant en scène les deux animaux farceurs et une petite fille dégourdie, Mimiko, ce programme de deux courts-métrages égaux en durée est né de la conjonction de deux talents ; deux complices fidèles devenus les parrains (ou les oncles tutélaires, pour faire moins yakuza) de l’animation nippone : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, alors quasi-débutants. Si la technique semble parfois un peu pataude (au niveau des intervalles, légèrement saccadés), la fantaisie et l’originalité des univers annoncent à bien des égards les futures grandes œuvres des réalisateurs de Pompoko (1994) et de Mon voisin Totoro (1988). En particulier le ton malicieux, l’attention respectueuse portée à la nature et à ceux (animaux, plantes, esprits) qui y vivent ou survivent, le fantasme de la submersion, dont Miyazaki fera un thème récurrent (peut-être que la situation d’insulaire favorise-t-elle ce type de pensée ?) ; jusqu’aux mimiques exagérées du grand pa

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Un festival (pas si) jeune public

ECRANS | Bien plus qu’un festival jeune public, Voir ensemble propose, quinze jours durant au Méliès, de réfléchir autour d’un cinéma qui cherche à éveiller la curiosité des spectateurs, jeunes comme moins jeunes, avec un focus pour cette deuxième édition sur le son et la musique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Un festival (pas si) jeune public

Vacances scolaires obligent, les festivals de cinéma jeune public prennent leurs quartiers dans les salles françaises. Certes, depuis l’instauration du tarif unique à 4€ pour les moins de 14 ans, c’est un peu la fête tout le temps pour les jeunes spectateurs, avec ce risque d’infantiliser toute la production et – ça a commencé – de voir les écrans truster par des films animés ineptes et régressifs. D’où l’utilité de Voir ensemble, le festival proposé par Le Méliès : son ambition n’est pas de compiler la production récente et à venir pour faire tourner le tiroir-caisse, mais bien de mettre en perspective les films présentés avec des stages, des rencontres et des soirées spéciales. Autre particularité : Voir ensemble ne cherche pas uniquement la nouveauté à tout crin, puisque cette édition n’hésite pas à proposer les copies neuves de trois classiques restaurés. D’abord Le Voyage de Chihiro, chef-d’œuvre qui consacra son auteur Hayao Miyazaki comme un des grands cinéastes de son temps grâce au Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise – Lion qu’il a loupé, et c’est regrettable, avec son dernier et superbe

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Le Vent se lève

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Hayao Miyazaki propose une fable ample, adulte et très personnelle mêlant histoire du Japon et envol romanesque pour dessiner un autoportrait en créateur aveuglé par sa passion. Magnifique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Le Vent se lève

Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson… Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie. Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale. Une dernière envolée Du premier, spectaculai

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La Colline aux coquelicots

ECRANS | De Goro Miyazaki (Jap, 1h31) animation

François Cau | Lundi 9 janvier 2012

La Colline aux coquelicots

Poussé par son père Hayao à la succession au trône de son mythique studio Ghibli, Goro Miyazaki retourne au charbon après Les Contes de terremer. Bonne nouvelle, l'étouffante empreinte du maître s'est évanouie, pour laisser place à un mélo ensoleillé, aéré et généreux où le fils décomplexé assume d'entretenir la mémoire du père. Au travers d'une intrigue familiale et amoureuse dans le Japon de 1963, La Colline aux coquelicots n'a pas d'autre sujet que l'importance du passé pour la vitalité du présent. Suivant la trajectoire d'une lycéenne et ses proches qui tentent de sauver leur foyer étudiant d'une reconstruction (symboliquement appelé «quartier latin»), Miyazaki touche à l'Histoire du pays pour renvoyer à toute perte de lien social et affective. Il signe un beau film impressionniste et vertueux sur la transmission et la jeunesse. Une œuvre tendre et délicate où le quotidien est sublimé par un soin affolant et coloré du détail dont le savoir-faire est une autre marque du temps. Jérôme Dittmar

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