"L'Ombre de Staline" : le premier qui dit la vérité

Cinéma | Comment la famine du Holodomor provoquée par le régime soviétique fut révélée par un journaliste au monde qui ne le crut pas… Agnieszka Holland réhabilite la mémoire de Gareth Jones, aventurier de la vérité, dans un biopic épique et à la Lean, point à la ligne.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Photo : ©Robert Palka - Film Produkcja


Londres, 1933. Ex-conseiller de l'ancien Premier ministre Lloyd George, le journaliste Gareth Jones décide d'aller à Moscou pour interviewer Staline sur les prodiges accomplis par l'économie soviétique. Sur place, il contourne la propagande et découvre la réalité…

« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait jadis Guy Béart sur un air presque guilleret. Tragique est la destinée des lanceurs d'alerte ! Soit ils sont moqués ou ostracisés ; soit on leur réserve un sort plus funeste en tentant de les museler voire de les éliminer. Les choses n'ont guère changé depuis les temps archaïques. Ni depuis Gareth Jones (1905-1935).

L'œil de Moscou

Agnieszka Holland poursuit avec ce dernier film son voyage à travers l'histoire politique si mouvementée du XXe siècle. Peut-être a-t-elle d'ailleurs trouvé un alter ego en la personne de ce journaliste qui fut le premier à interviewer Hitler après son élection et à avoir l'instinct de percer le paravent soviétique. Quand les correspondants étrangers basés à Moscou se faisaient les complices du régime en reproduisant les mensonges officiels, Jones agit en témoin de son temps. Un témoin oublié, mais intègre en cette année 1933 ô combien décisive.

La cinéaste compose ici un grand film épique, assumant un certain classicisme et une grandiloquence nécessaires, qui n'est pas sans évoquer ces fresques étourdissantes autrefois tournées par David Lean. Et si quelques extrapolations à la marge renforcent sa dimension héroïque, la trame historique que le film suit s'avère dramatiquement authentique. Révélant les effets de la famine, la confiscation des récoltes et la distribution de pain à des foules hagardes, L'Ombre de Staline respecte la décence des victimes, Agnieszka Holland s'intéressant à celui qui voit (suffisamment pour comprendre et rendre compte) plutôt qu'à montrer ce qu'il voit. À bien des égards, son film nous renvoie à notre rapport à l'information et à l'acceptation de la vérité.

L'Ombre de Staline
De Agnieszka Holland (Pol.-G.-B-Ukr.) avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard…


L'Ombre de Staline

De Agnieszka Holland (Pol-angl, 1h59) avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard

De Agnieszka Holland (Pol-angl, 1h59) avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard

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Pour un journaliste débutant, Gareth Jones ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d'interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique. A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s'intéresser à l'Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable...


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