"Brooklyn Secret" : Mari à tout prix ?

ECRANS | D'Isabel Sandoval (É.-U. et Phi., 1h29) avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Ivory Aquino...

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Photo : ©JHR Films


Aide-ménagère d'origine philippine, Olivia s'occupe d'Olga, grand-mère juive de Brooklyn dont le petit-fils prodigue Alex vient de rentrer au bercail. Espérant obtenir des papiers définitifs en épousant un Étasunien contre rémunération, Olivia a un secret : elle est née homme…

Présenté lors du dernier festival Écrans Mixtes, ce nouveau film d'Isabel Sandoval tresse plusieurs fils avec une délicatesse rare : chacun des brins pris à part a beau nous être familier (pour avoir figuré dans la trame d'œuvres précédentes), leur agencement compose ici un motif des plus harmonieux, où cohabitent, sans qu'aucun jamais ne recouvre l'autre, plusieurs discours comme autant de voix témoignant de conditions particulières. La situation d'Olivia, dans l'espoir d'une régularisation, fait ainsi écho à celle de la génération d'Olga et de la communauté juive de Brighton Beach. Un temps, on croirait voir une mise en images de la chanson de Mort Shuman, Brooklyn by the Sea. Bruit de fond nourrissant l'inquiétude ambiante, des fragments de discours de Trump contextualisent le récit et rappellent la précarité des illégaux. Bruit de fond également dans l'évocation de la situation contemporaine aux Philippines. Bien sûr, la question de l'identité transgenre est aussi abordée, à travers le désir, la sensualité ou la sexualité et surtout hors du sempiternel schéma : “l'amant découvrant que sa maîtresse a été un homme la rejette avec violence, point final.” Isabel Sandoval connaissant son sujet, montre des nuances bienvenues et son film dépasse les cercles minoritaires ou militants.

Il s'agit là d'un des derniers rôles de Lynn Cohen, l'interprète d'Olga la grand-mère. Disparue en février dernier, la comédienne sera encore à l'affiche d'une poignée de films, dont une très intéressante production Blumhouse, The Vigil, le 5 août prochain, dans lequel elle campe à nouveau une veuve juive à la mémoire qui flanche…

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"Fantastic Birthday" : le changement, c'est maintenant

ECRANS | "Party" de déplaisir pour une adolescente davantage en boutons qu’en fleur, cette allégorie d’un rite de passage emprunte autant au fantastique des contes initiatiques traditionnels qu'aux royaumes mentaux de David Lynch et au décalage de Wes Anderson. Un premier film australien joliment intrigant.

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

Taciturne et solitaire, Greta va célébrer ses 15 ans. Pour l’aider à se sociabiliser, ses parents organisent une fête d’anniversaire, en conviant toute sa classe… ennemies incluses. Humiliée par icelles, Greta s’échappe dans un terrifiant monde intérieur, où elle apprendra à quitter l’enfance... L’étrange mutation de l’adolescence : cette phase durant laquelle le mal-être règne en maître ; où non seulement l’ex-enfant se sent étranger dans son propre corps d’adulte en devenir, mais où il peut se trouver rejeté avec cruauté par ses camarades. Empli de souvenirs indistincts aux allures de paradis perdu, son espace intérieur lui apparaît alors comme un refuge… à condition d’en retrouver l’accès. Dawn under L'Australienne Rosemary Myers, dont c'est le premier film, nous y fait pénétrer par la voie du conte, l’interface habituellement privilégié pour convertir en créatures merveilleuses ou terrifiantes les pulsions, désirs et angoisses infusant dans l’inconscient de l’enfance – comme Bruno Bettelheim l’a théorisé dans son Psychanalyse des contes de fées. Son approche est ici presque proustienne : grâce à l’att

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