"Abou Leila" : du sang à la dune

ECRANS | De Amin Sidi-Boumedine (Alg.-Fr., int.-12 ans, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Meriem Medjkane…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Photo : ©UFO Distribution


Algérie, années 1990. Depuis qu'il a été témoin d'un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l'accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers le sang et la folie…

Il ne faut pas craindre l'épreuve de la durée ni l'errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l'histoire politique récente de l'Algérie à travers les yeux d'un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d'une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible.

Bad trip au sens propre, le voyage se double d'une évocation des Algéries (pluriel signifiant, puisqu'entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé). De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n'y a qu'un pas.

Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un final d'un symbolisme stupéfiant, digne d'un conte épique, hypnotique comme du Van Sant ou du Antonioni. Comme un souffle de magie tragique.

Sortie le 15 juillet

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L’Oranais

ECRANS | De et avec Lyes Salem (Alg-Fr, 2h10) avec Khaled Benaissa, Djemel Barek…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

L’Oranais

Après un premier long plutôt réussi mais quand même assez modeste (la comédie Mascarades), Lyes Salem, auteur, réalisateur et acteur principal, affiche son ambition avec L’Oranais : raconter rien moins que quarante ans de l’histoire algérienne, de la guerre d’indépendance à l’instauration d’un pouvoir "démocratique" corrompu, à travers la destinée de trois personnages qui en incarnent les enjeux et ambiguïtés. Cet Il était une fois en Algérie ne manque donc pas de panache, osant le romanesque et une déconstruction temporelle faisant entrer amertume et mélancolie dans la narration. En revanche, le film n’a pas le souffle nécessaire pour faire oublier les raccourcis parfois très démonstratifs avec lesquels Salem fait de ses protagonistes des véhicules de son discours, sinon de purs symboles. Quelque chose ne fonctionne pas dans ce dialogue entre la fiction, qui prend parfois des allures de saga (deuils, trahisons, secrets familiaux…) et l’envie de la raccrocher à tout prix aux événements algériens. Ainsi du "fils" de Djaffar, le héros malgré lui i

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