Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

ECRANS | Rencontre / Elle sourit quand on lui suggère que "La Daronne" (en salles le 9 septembre) pourrait changer son image. Isabelle Huppert en a vu d'autres et, une nouvelle fois, s'amuse à renverser les clichés.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Photo : (c) Guy Ferrandis


Comment choisissez-vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ?

Isabelle Huppert : C'est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l'acteur. Parce qu'au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m'attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et pour laquelle on a envie de faire le film… C'est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle de faire un film : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n'est jamais le même…

Quel a été le point de départ de La Daronne ?

Le livre, que j'ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J'ai entendu Anne-Laure Cayre [l'autrice et coscénariste, NDLR] à la radio et, tout de suite, j'ai été très intéressée par ce qu'elle racontait. Je suis descendue en courant acheter le livre, que j'ai trouvé formidable et très bien écrit. Peu de temps après, il se trouve que Jean-Pierre, avec qui je voyageais beaucoup pour Unifrance quand il en était le président, me dit qu'il a lu un livre formidable qui s'appelle… La Daronne. Voilà…

Vous a-t-il demandé d'adapter le personnage ?

On pensait la même chose, lui et moi : il fallait plus de dinguerie, mais aussi une certaine innocence pour le personnage. On l'a donc beaucoup retravaillé au scénario. C'était bien que ce soit comme un portrait de femme, qu'elle partage une amitié féminine avec l'infirmière qui s'occupe de sa mère à l'Ehpad… Et puis, toute cette relation avec le personnage joué par Hippolyte [Girardot] est vraiment intéressante : elle n'est pas dénuée d'un certain cynisme mais il y a en même temps de la mélancolie.

On a l'impression que La Daronne vous permet de changer l'image que le public a de vous…

J'ai tout fait pour en tout cas, vous pensez bien ! L'aubaine était trop bonne ! Les gens vous voient beaucoup à travers un prisme, contre lequel on ne peut rien. Il y a quelque chose comme ça qui s'agglomère à vous et dont on a du mal à se débarrasser. On imagine que ça détermine le regard qu'ont les gens sur vous. Dans le livre et le scénario, il y avait ce mélange savamment dosé de comique, d'émotion, de finesse. Et puis tous ces masques différents, tous ces mensonges, puisque Patience est quelqu'un qui ment tout le temps. Un personnage qui ment tout le temps est toujours amusant. Au cinéma, on ment par définition ; c'est-à-dire qu'on a toujours tendance à dire une chose et à en penser une autre. La caméra induit cela. Et quand en plus c'est le ciment même du personnage qui l'induit…

Selon l'adage italien traduttore, traditore, un interprète est un traître, une sorte de menteur. Un comédien, qui est aussi un interprète, peut-il trahir son metteur en scène ou ses partenaires dans l'intérêt du film ?

On peut en effet dire que traduire, c'est trahir et que jouer, c'est donc une interprétation. Mais une interprétation, c'est subjectif, en tous les cas, heureusement. Sinon, n'importe qui pourrait faire ce que l'on fait. Au moment où on le fait, on est la seule à pouvoir le faire. Mais c'est toujours dans l'intérêt du film et je ne crois pas que ça puisse être quelque chose que l'on fasse de son côté.

Le rôle imposait que vous parliez un dialecte marocain…

C'était nécessaire pour rendre le personnage crédible. On aurait pu imaginer trouver une voix qui soit la mienne, puisqu'on peut tout faire maintenant, mais c'était quand même amusant d'en passer par là, même si c'était difficile : j'ai tout oublié depuis ! Le professeur m'envoyait des enregistrements pendant que je tournais un film d'Ira Sachs au Portugal. C'était agréable à prononcer mais difficile à comprendre, surtout.

Vous avez l'habitude de jouer dans d'autres langues que le français et l'anglais…

Oui, j'ai joué un peu en coréen. J'avais appris un peu de chinois aussi pour un film qui n'est jamais sorti et qui se balade quelque part ! Pour l'un des prochains films que je vais faire sur Le Caravage, Michele Placido veut que Louis Garrel, ma fille [Lolita Chammah, NDLR] et moi tournions en italien. Ma fille n'a pas de problème : elle est bilingue en italien, mais moi… c'est plus difficile.

Est-ce que ça change votre manière de jouer lorsque la langue est différente ?

En arabe, je ne peux pas vraiment vous dire parce que c'est extrêmement circonstancié, mais lorsqu'on joue en anglais, on est un peu une autre personne à soi-même – ce qui est bien, d'ailleurs. On s'échappe un peu… Vous savez, quand quelqu'un qui vous est très proche parle une autre langue que celle avec laquelle il a l'habitude de communiquer, ça donne de lui une autre vision. Pareil quand on est acteur. Je pense que ça peut modifier le jeu sur scène : je l'ai fait plusieurs fois en anglais.

Pour vous, Patience Portefeux / La Daronne est-elle un double personnage ou quelqu'un qui se déguise ?

C'est un personnage très riche, très complet, qui passe par des tas d'états très différents. Et le déguisement fait partie du plan. Mais en même temps ce qui est beau, c'est la manière dont elle reçoit son foulard : Khadidja, une infirmière arabe, lui donne, comme un geste initiatique. D'ailleurs, Khadidja est essentielle dans le rouage : c'est aussi pour elle que Patience va faire tout ça. Toute une mécanique se met en place. L'idée des costumes en découle et ça donne beaucoup de consistance à son déguisement.

Avez-vous participé au choix de ces costumes ?

C'est surtout l'œuvre de Marité Coutard, une formidable costumière, en collaboration avec Jean-Paul Salomé. Et il y avait quelqu'un sur le film qui venait l'assister, notamment pour m'aider à mettre le foulard, parce qu'il y a plusieurs manières de le mettre.

Habillé en Daronne, votre personnage occupe l'espace différemment et devient différent…

Tout costume change la démarche. Chaque personnage induit une démarche. Quand on demandait à Chantal Akerman où elle avait trouvé les rôles de ses comédiens, elle répondait : « dans mes chaussures ». C'est une phrase très juste : selon que vous ayez des talons hauts ou plats, une robe ample ou un petit pull vert, le personnage est différent. Ici, par les costumes, il y a une montée en puissance.

Aimiez-vous vous déguiser enfant ?

J'imagine, comme tous les enfants. Est-ce que les enfants se déguisent toujours autant ? J'espère… Mais ils sont de plus en plus projetés dans le virtuel ; or le déguisement, c'est le contraire de cela : c'est la créativité, l'imagination…

Vous avez la réputation d'être l'une des rares actrices à vous intéresser à la lumière…

Attendez : toutes les actrices du monde s'intéressent à la lumière. Je ne veux pas offenser mes homologues masculins, mais je crois que les acteurs sont plus intéressés par la "fabrique du cinéma" : un acteur aura plus des velléités de mise en scène dans sa pratique, dans son rapport au plateau, qu'une actrice. Un acteur va s'intéresser à la manière dont il est filmé, aux cadres. Les filles, c'est plus le maquillage.

Comment voyez-vous le lien entre un comédien et un directeur de la photo ?

Pour un acteur, le directeur de la photo est un partenaire essentiel. Un visage, c'est comme un paysage : ça s'étudie. C'est bien que le chef-opérateur s'y intéresse. C'est un travail.

Un désaccord avec un directeur photo peut-il vous empêcher de jouer ?

Non : je ne travaille qu'avec de grands opérateurs (rires) ! Il y a une époque où les actrices savaient exactement ce qu'elles voulaient comme lumières : Marlene Dietrich, je crois, faisait carrément les siennes.

La série Dix pour cent donne de vous une image de bosseuse…

C'est juste une image, franchement (rires) ! Je suis plus active que bosseuse dans Dix pour cent. Active, je n'ai pas tout à fait l'impression de travailler : on a la chance de faire quelque chose où la notion de travail est à prendre avec beaucoup de précautions. C'est un privilège qui nous est donné.

Trouvez-vous que l'époque offre davantage de rôles importants aux femmes ?

J'ai un tout petit peu de mal avec ce concept. Peut-être est-ce parce que je n'ai pas le sentiment d'avoir maintenant plus de rôles intéressants que tous ceux que j'ai faits. Et puis, il ne faut pas se tromper sur la notion de ce qu'on appelle des rôles “intéressants“ pour femmes. Parfois j'entends des discours qui ne conviennent pas sur l'idée qu'il faudrait forcément qu'on donne des rôles de conquérantes. Si c'est pour que les femmes revêtent les oripeaux masculins… Pour moi, un grand rôle de femme, c'est un rôle qui la met au centre, tout simplement, quoi qu'il lui arrive. Récemment, à l'Action Christine, mon fils a programmé Forbidden Hollywood et là on vacille : ce sont des films pré code Hays, avant ce code moralisateur qui a stoppé toute une vague de films. Et les rôles de femmes dans toute cette période-là sont hallucinants !

Allez-vous toujours au cinéma ?

Tout le temps ! Je vais dans mes salles – j'ai deux salles à Paris. Il y a plein de films à voir : le film de Hou Hsiao-hsien ; The King of Staten Island que j'ai adoré… Et puis j'accompagne La Daronne. C'est là que l'on voit que le film s'adresse toujours à chaque spectateur et non à un public de passage. Chacun reçoit toujours un film différent.

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"La Daronne" : shit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle "daronne"… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’Ehpad de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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"Greta" : l'affaire est dans le sac

ECRANS | de Neil Jordan (ÉU-Irl, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Lundi 10 juin 2019

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte (pour ne pas dire consentante), soit une épave bourgeoise – les deux n'étant pas incompatibles ? Le réalisateur irlandais Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galvaudé, on peut parler en l'occurrence de suspense hitch

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"Une jeunesse dorée" : jeunesse qui rouille fait l’andouille

ECRANS | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses – mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier ou encore Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune (1984) – tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, la baby-doll Galatea Bellugi

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

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"La Caméra de Claire" : Croisette et (interminables) causettes

ECRANS | de Sang-Soo Hong (Cor. du S.-Fr., 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique réalisateur sud-coréen Sang-Soo Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations – c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie, pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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"Happy End" : du Michael Haneke en quitte

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Jean-Louis Trintignant joue une extension de son personnage de Amour – il y fait explicitement allusion. Quant à Isabelle Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé – quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer entre famille et finance

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr., 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et à les sadiser pour faire bonne mesure – cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe – histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique inat

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Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

ECRANS | Alors que sort ce mercredi sur les écrans "Elle", film du revenant Paul Verhoeven ("Basic Instinct") dans lequel elle tient le premier rôle, on s’intéresse à Isabelle Huppert, actrice qui illumine et torture le cinéma français depuis plus de trente ans. La preuve par neuf. Aurélien Martinez et Vincent Raymond

La rédaction | Mardi 24 mai 2016

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

Les Valseuses (1974) Si la carrière de cette jeune fille bien née (dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris) débute doucement au début des années 1970 avec des seconds rôles chez Nina Companeez et Claude Sautet, on la retrouve dès 1974 à l’affiche d’un drôle de film aujourd’hui devenu culte : Les Valseuses de Bertrand Biler. L’espace de quelques minutes, elle incarne Jacqueline, « pauvre petite chérie de 16 ans qui n’a pas encore baisé » comme s’en inquiète Miou-Miou. Depardieu et Dewaere la réconforteront à leur manière. Violette Nozière (1978) 1978 est l’année de la première collaboration entre Isabelle Huppert et le réalisateur Claude Chabrol. Sept autres suivront – Madame Bovary, Merci pour le chocolat, L’Ivresse du pouvoir… Un Chabrol qui lui permettra ainsi d’obtenir son premier Prix d’interprétation cannois à 25 ans avec ce drame dans lequel elle incarne une fille convaincue d’empoisonnement et de parricide : un rôle intense comme elle en a

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"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris. Basique

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait (on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran) dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une straté

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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Abus de faiblesse

ECRANS | Avec ce film autobiographique évoquant l’AVC qui l’a laissée partiellement paralysée et sa rencontre avec l’escroc Christophe Rocancourt, Catherine Breillat se livre à un portrait en bourgeoise aveuglée et humiliée, qui manque de saillant cinématographique mais pas de cruauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Abus de faiblesse

Ce n’est pas la première fois que Catherine Breillat met son cinéma en abyme ; Sex is comedy rejouait ainsi le tournage compliqué d’À ma sœur… Mais jusqu’ici, Breillat elle-même se tenait à l’écart de ce jeu dont on sait à quel point il peut être vain – qu’on se souvienne du Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi… Or, Abus de faiblesse ne cache pas sa nature autobiographique, malgré toutes les précautions d’usage ; les noms ont été changés, mais Maud-Isabelle Huppert, cinéaste victime d’un AVC qui la laisse à moitié paralysée, c’est évidemment Breillat. Et l’escroc Vilko-Kool Shen (subtil redoublement que d’avoir distribué un non-acteur pour jouer un non-acteur), à qui elle veut offrir le rôle principal de son prochain film, c’est Christophe Rocancourt. Celui-ci va lui soutirer des sommes de plus en plus colossales, jusqu’à la plonger dans la précarité. La bourgeoise et l’arnaqueur L’ouverture du film décrit l’accident de Maud comme une scène de cauchemar – effectivement tétanisante – puis la rééducati

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres – dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique – c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque – du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire – mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant,

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La Belle endormie

ECRANS | De Marco Bellocchio (It-Fr, 1h51) avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher…

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

La Belle endormie

Avec La Belle endormie, Marco Bellocchio s’empare d’un fait-divers qui a embrasé l’Italie – la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans – provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien prêt à voter contre son groupe, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la survie d’Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma ; et une droguée qui tente de se suicider et se retrouve surveillée de près par un médecin têtu. Bellocchio tombe dans les mêmes travers scénaristiques que les fictions chorales engagées américaines genre Collision : les personnages ne semblent exister qu’à l’aune de la démonstration du cinéaste et le dialogue, notamment dans la partie à l’hôpital, fait preuve d’un didactisme sentencieux assez indigeste. En revanche, La Belle endormie montre à quel point il reste un metteur en

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Dead Man Down

ECRANS | De Niels Arden Oplev (ÉU, 2013) avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Isabelle Huppert...

Aurélien Martinez | Vendredi 29 mars 2013

Dead Man Down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami Vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. À nouveau en galère dans Dead Man Down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchaîner nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant sur un thriller crypté avant de vite bifurquer sur un double récit de vengeance bien mal mené, Dead Man Dow ne tient aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millenium suédois, qui sauve les meubles. L'auteur tente de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident réunis dans une quête vengeresse), mais là où devrait naître zones d'ombres et ambiguïtés, se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique,  Dead Man Down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell, dans l'indifférence tota

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi-démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le recto tono de la voix off ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppert, d’une surprenante drôlerie, pour qu’un peu de folie entre dans le film. Trop tard, car l’encéphalogram

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Paradis retrouvé

ECRANS | Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 mars 2013

Paradis retrouvé

Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d’un film (Voyage au bout de l’enfer) le héros, et dont il devint, à son corps défendant, le fossoyeur, accusé de mégalomanie dépensière et de perfectionnisme exagéré. Pourtant, l’ambition de Cimino n’a jamais été de malmener Hollywood, et La Porte du Paradis n’a rien d’un film d’auteur arrogant. Dans ce post-western, il n’y a ni cow-boy, ni indien, mais des immigrés récents venus d’Europe de l’Est pour s’installer en Amérique, et des immigrés plus anciens, qui se voient déjà comme les propriétaires de ce nouveau monde encore en jachère. Les seconds vont donc chercher à exterminer les premiers, payant des tueurs à gage et provoquant une guerre dont l’enjeu est bien celle de la fondation d’un territoire et de sa frontière. Comme pour Voyage au bout de l’enfer, Cimino choisit de raconter cet épisode réel en se concentrant sur des personnages éminemment romanesques, et en allant les chercher à l’aube des événements, à l’univers

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L'amour à mort

ECRANS | Avec "Amour", palme d'or du dernier festival de Cannes, Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

L'amour à mort

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, est ici atténué par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un fa

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

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Voyage au bout d'Huppert

SCENES | Quand la plus grande actrice de sa génération se confronte au rôle mythique de Blanche DuBois écrit par Tennessee William, le rendu est forcément explosif… mais néanmoins contestable. Qu’importe, l’ouragan Isabelle Huppert emporte tout sur son passage.

Aurélien Martinez | Jeudi 25 novembre 2010

Voyage au bout d'Huppert

Fin février dernier à Paris, au théâtre de l’Odéon. Après trois semaines de représentations se soldant par quelques huées (si l’on en croit les différents articles de presse de l’époque), la tension est retombée. La salle se fait attentive pour découvrir ce fameux Tramway dont on a tant parlé. Et surtout pour contempler Isabelle Huppert, artiste française à l’aura incroyable, comme on peut aisément le constater dès les premières minutes de la pièce. Une pièce entièrement centrée autour de son personnage : Huppert est de toutes les scènes, dominant le reste de la distribution de sa stature incontestable. Une différence de traitement et d’approche qui se matérialise crûment au moment du salut final : alors que l’ensemble des comédiens, tout sourire, se donne la main chaleureusement pour s’incliner devant le public, elle reste stoïque, au centre, sans se lier physiquement à ses partenaires. Cette attitude, entre détachement et condescendance, fait partie du mystère Huppert, actrice hypnotique difficilement cernable qui ne souhaite s’exprimer qu’à travers son art. Extraterrestre Isabelle Huppert est une héroï

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Huppert-cut

SCENES | C’est le spectacle phare de cette saison théâtrale. Non pas que l’on ait à faire ici à un véritable chef-d’œuvre, mais le casting impressionnant et le fait (...)

François Cau | Jeudi 16 septembre 2010

Huppert-cut

C’est le spectacle phare de cette saison théâtrale. Non pas que l’on ait à faire ici à un véritable chef-d’œuvre, mais le casting impressionnant et le fait que cette coproduction MC2 ne tourne qu’à Grenoble (après sa présentation à Paris en février dernier) ajoutent à l’effervescence. Car cette adaptation d'Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams, au préalable immortalisé à l’écran par Elia Kazan, était un pari fou du metteur en scène prolifique et souvent percutant Krzysztof Warlikowski. Ajoutez Wajdi Mouawad à la dramaturgie, et Isabelle Huppert au jeu : vous avez votre buzz assuré. Pour finalement quel résultat ? Un spectacle appréciable, mais exclusivement centré autour du personnage d’Isabelle Huppert, qui livre une prestation impressionnante (quoiqu’un brin appuyée !) largement commentée. Le reste (l’intrigue, la relation entre Blanche et Stanley, la folie…) passant au second plan. Heureusement qu’Isabelle Huppert, sans doute la meilleure actrice de sa génération, a les épaules solides ! On vous en dira plus avant son passage par la MC2 début décembre, mais sachez déjà qu’il faudra avoir vu ce Tramway sous peine d’être catalogué has-been pour la nuit des temp

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