"Peninsula" : suite sans fin

ECRANS | ★★☆☆ De Sang-Ho Yeon (Cor.-du-Sud, 1h56) avec Dong-won Gang, Do-Yoon Kim, Jung-hyun Lee…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Photo : ©Splendid Film GmbH


Depuis qu'une épidémie de zombies a ravagé la Corée (voir le film Dernier train pour Busan), l'ensemble de la péninsule a été mise sous clef. Un groupe de mercenaires y est pourtant expédié pour récupérer un transport de fonds. Problème : des survivants demeurent sur place et ils ne sont guère commodes…

Passons sur la dimension prophétique d'une pandémie venue d'Asie (ou d'ailleurs) : Peninsula ressemble surtout à un gigantesque gymkhana façon Mad Max rencontre Fast and Furious, qui hélas tire à la ligne en faisant durer ses poursuites en bagnoles déglinguées tamponnant les zombies. Certes, c'est spectaculaire à bien des égards, mais le réalisateur Sang-Ho Yeon aurait pu croquer vingt minutes sans nuire à un film déjà lesté par une collection de personnages clichés : gamine boudeuse mais super forte en voiture téléguidée, l'adolescente conduisant comme Lewis Hamilton, chef militaire falot et alcoolique dominé par son second (comme le capitaine Haddock par Allan Thompson), héros invulnérables malgré des tombereaux de morts-vivants. La déception s'avère d'autant plus grande que le prologue était prometteur.


Peninsula

De Sang-Ho Yeon (Sud-Cor, 1h56) avec Dong-won Gang, Do-Yoon Kim, Jung-hyun Lee

De Sang-Ho Yeon (Sud-Cor, 1h56) avec Dong-won Gang, Do-Yoon Kim, Jung-hyun Lee

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Quatre ans après Dernier train pour Busan, il ne reste que des zombies dans la péninsule. Un groupe de soldats forcés d’y retourner découvrent que des survivants non contaminés se sont regroupés dans une bande bien plus dangereuse que les zombies...


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"Falling" : le vieil homme et l'amer

Drame | ★★★★☆ Un film de et avec Viggo Mortensen (É-U, 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme aussi rude que réactionnaire l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour "devenir auteur", le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la "non conformité au modèle social"… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire défaillante se double d’une écriture visuelle impressionniste ciselée par le mont

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"Falling" : une vie au présent (dé)composé

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Viggo Mortensen (É.-U., 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen… En salles le 30 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme, aussi rude que réactionnaire, l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour "devenir auteur", le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la "non conformité au modèle social"… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire défaillante se double d’une écrit

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"Last Words" : cinema inferno

ECRANS | ★★★★☆ Après ses documentaires portant sur son autre métier-passion ("Mondovino", "Résistance naturelle"), le cinéaste-sommelier Jonathan Nossiter livre une fiction crépusculaire sur notre civilisation, annoncée comme son testament cinématographique. C’est ce qu’on appelle avoir le devin triste…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

La Terre, en 2085. Alors que le désert a recouvert la quasi-totalité de notre planète frappée par une épidémie, l’un des ultimes survivants, Kal, découvre à Paris d’étranges bobines de plastique. Elles le conduiront, après un passage en Italie, à Athènes où subsiste un reliquat d’humanité. Ensemble, ils seront les derniers à (re)découvrir la magie d’un art oublié de tous : le cinéma… Est-ce un effet d’optique, ou bien le nombre de films traitant de catastrophes à l’échelle mondiale ne subit-il pas une affolante inflation ? Et encore, l’on parle de ceux qui sortent (Light of my Life, Peninsula…), vont sortir (Sans un bruit 2…), en se doutant pertinemment que la Covid-19 et la pandémie vont en inspirer une kyrielle d’autres, à des degrés plus ou moins métaphoriques. Appartenant à la cohorte des prophétiques et des moins optimistes (prouvant par cela à quel point ce natif du Nouveau Monde a épousé les mœurs de l’Ancien), celui de Jonathan Nossiter assume sa radicalité. Il se paie même le luxe d’être du fond de sa tragique et définitive conclusion, affichée dès son titre, le plus réussi. Retour inverse de L

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Caroline à Grenoble

Avant-première | Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Caroline à Grenoble

Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes, gravir les marches rouges du Palais des Festivals. Jusque là, rien d’étonnant. Sauf que si : Patrick est un âne. Certes, beaucoup d’ânes ont déjà arpenté la Croisette, mais celui-ci est un pur baudet à poil gris qui donne du fil à retordre à sa partenaire, interprétée par Laure Calamy, institutrice à la poursuite de son amant (une sorte de maîtresse au carré, si vous voulez). Caroline Vignal vous en dira davantage à l’occasion de l’avant-première qu’elle accompagne de sa présence. Mais sans âne. Ce sera jeudi 10 septembre, à 20h15, au cinéma Le Club.

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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