"Tirez sur le pianiste" : un Truffaut pas si mineur (et tourné partiellement à Grenoble)

ECRANS | Un film à (re)découvrir vendredi 23 octobre à 18h dans le cadre du cycle "Godard / Truffaut" de la Cinémathèque de Grenoble.

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Photo : ©MK2


Une antique légende rapporte que, jadis, les cinéastes signaient un premier long-métrage ultra-personnel, une sorte de fourre-tout dans lequel ils déversaient leurs affects en puisant jusqu'aux tréfonds de leur âme, puis enchaînaient avec un polar. Godard, toujours prompt à se distinguer, commença par À bout de souffle, un policier tellement tordu qu'il respecte en définitive l'adage. Quant à Truffaut, scénariste du précédent, il débuta par l'autobiographie déguisée Les 400 Coups, avant d'adapter l'auteur états-unien David Goodis à sa moulinette dans Tirez sur le pianiste (1960).

Écrasé par deux succès devenus des classiques (Jules et Jim sortira l'année suivante), ce film noir passe pour mineur alors qu'il fourmille de ruptures de ton et d'irrévérences, sautant de la comédie à la mélancolie. Un vrai long-métrage cyclothymique !

Bobby Lapointe y chante sous-titré, Michèle Mercier (avant Angélique) dévoile ses appâts et Charles Aznavour compose un pianiste d'origine arménienne tenaillé par le deuil (est-ce tant une composition ?). Ajoutons, pour faire local, qu'il fut tourné partiellement à Grenoble. À revoir vendredi 23 octobre, à 18h au cinéma Juliet-Berto (À bout de souffle sera projeté la veille).


Tirez sur le pianiste

De François Truffaut (Fr 1h20)

De François Truffaut (Fr 1h20)

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Qui est Charlie Kohler ? On sait qu’il est le pianiste du bistrot de Plyne, et puis ? Il a 3 frères : Chico, Momo et Fido – qui ont souvent des ennuis avec les truands. La serveuse du bar, Léna, est elle amoureuse de Charlie et sait parfaitement qu’il se nomme Edouard Saroyan, qu’il a été un grand virtuose célèbre et qu’il a tout abandonné après le suicide de sa femme. Léna veut aider Charlie et c’est là que les ennuis commencent…


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Cinémathèque : l’art de la reprise

Classiques | Programme / La Cinémathèque de Grenoble reprend ses activités, avec des films reprogrammés et d'autres nouveaux.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Cinémathèque : l’art de la reprise

Raison d’être d’une cinémathèque, le terme "reprise" prend un sens nouveau en cette rentrée 2020 où toutes les grandes institutions culturelles lèvent le voile sur le début de leur saison. Oui, les activités reprennent et donc les projections au cinéma Juliet-Berto. Oui, une partie des rendez-vous ajournés au printemps dernier pour cause de Covid-19 sont reprogrammés. Bonheur de renouer avec Le Péril jeune (11 octobre), avec Parvana une enfance en Afghanistan hors les murs au Musée de la Résistance comme avec The Fits ou Born in Flames ; chance de découvrir le court métrage documentaire d’Aude Fourel Pourquoi la mer rit-elle ? Ce "reliquat" 2019-2020 est complété par la poursuite du cycle Contre-histoire du cinéma (consacrée à présent à la figure de Tarzan) et perpétue les Ciné-Philo, autour de la thématique de la folie : les deux premiers titres annoncés ne peuvent se manquer : Fight Club de Fincher et Shock Corridor de Fuller. Fincher, Fuller, Folie… est-ce l’ann

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"Le Redoutable" : JLG, passionnant portrait chinois

ECRANS | Une année à part dans la vie du cinéaste Jean-Luc Godard (Louis Garrel à l'écran), quand les sentiments et la politique plongent ce fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma, par Michel Hazanavicius.

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle du film AI, cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Michel Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant – certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky Un an après une substance purement cinématographique et godardienne (faite de références intellectuelles, de cale

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La Cinémathèque rend hommage à Michel Warren

ECRANS | Le patron sera à l'honneur le temps d'une soirée où sera notamment projeté "La Chinoise" de Godard.

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

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On est presque sûr qu’il ronchonnerait à l’idée qu’un hommage lui soit rendu, prétextant que les films sont plus importants que lui. Mais il n’est plus là, hélas, pour faire entendre ses protestations. Mort au début de l’été, Michel Warren a été celui grâce à qui Grenoble peut s’enorgueillir aujourd’hui de posséder son festival de courts-métrages en plein air internationalement reconnu et une Cinémathèque des plus dynamiques. Elle en donne une preuve éclatante en inscrivant à son programme la même semaine un polar qui en a sous le capot, Bullitt de Peter Yates (lundi 19), ainsi que deux monstres : Welles et son Othello (jeudi 22) et Laurence Olivier et son Henry V (vendredi 23), ouvrant son cycle Shakespeare au cinéma. Entre les deux, la soirée dédiée à Michel Warren (mardi 20, dès 20h) ajoutera une touche d’éclectisme supplémentaire en proposant de revoir La Chinoise (1967, photo) de Godard. Pour l’import

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Maladie d’amour, maladie de la jeunesse…

ECRANS | Après son chouette cycle Delon avant Delon, le Centre culturel cinématographique (CCC) s’attaque à une thématique bien différente autour des amours de jeunesse. (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Maladie d’amour, maladie de la jeunesse…

Après son chouette cycle Delon avant Delon, le Centre culturel cinématographique (CCC) s’attaque à une thématique bien différente autour des amours de jeunesse. À l’arrivée, c’est un drôle de mélange de genres, d’époques et de pays résumé en quatre films, preuve sans doute que le sujet est universel et intemporel. Ça démarre donc ce mercredi 4 mars avec Masculin, féminin de Godard – on y revient – et cela enchaînera le 11 mars avec le très irritant Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, son pire film, le plus clipesque et référentiel de sa brève (et déjà surévaluée) carrière. Surestimé aussi, le Taïwanais Hou Hsiao-hsien qui avait bu le bouillon en touchant, comme beaucoup de cinéastes étrangers savent le faire cyniquement, un gros chèque en euros bien français avec Café Lumière (le 18 mars), hommage à Ozu tourné à Paris, qui confondait la placidité du maître avec

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Adieu au langage

ECRANS | Sublime conversion de Jean-Luc Godard à la 3D, qu’il manie en peintre romantique dans un film somme et pourtant accueillant, où il prône la Révolution et le devenir-chien d’une humanité à bout de souffle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2014

Adieu au langage

D’où parle Jean-Luc Godard aujourd’hui ? D’un lieu double, comme l’est son dernier film : si l’on suit la première partie (« La Nature »), ce serait quelque part du côté du lac de Genève, où transitent deux types de fantômes, ceux des touristes arrivés des bateaux de plaisance battant alternativement pavillon suisse et pavillon français, et ceux de Lord Byron et Mary Shelley, dans un exil romantique forcé qui donne naissance au fameux Frankenstein. Mais selon la deuxième partie (« La Métaphore »), Godard nous parle d’un lieu plus mystérieux, un au-delà du langage où il retrouve son outil et se fait peintre du monde, de ses bruissements, de ses êtres mis à nu. Cette dualité n’est pas neuve chez lui : elle dure au moins depuis Nouvelle Vague (1990), où la noyade d’un homme entraînait l’apparition de son double. Nouvelle vague était aussi un film d’exil : le premier à montrer ce bout de Suisse dans laquelle Godard s’est réfugié et le premier à mettre en scène un Alain Delon qui n’hésitait pas à y faire quelques navettes pour planquer son pognon – l’exilé romantique et l’exilé fiscal, la nature et la métaphore. Or, depuis ce film

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