"Wendy": île (et elle) était une fois

ECRANS | ★★★★☆ De Benh Zeitlin (É.-U, 1h52) avec Devin France, Lowell Landes, Shay Walker… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Photo : ©Disney


Quand le train fantôme s'arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n'hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour l'aventure offerte par Peter Pan. Sur son île fantastique, les enfants s'ébattent libres, sans vieillir. Seule condition : respecter les règles…

Depuis Les Bêtes du Sud sauvage (2012) on attendait le retour et la confirmation de Benh Zeitlin ; quel plaisir de retrouver son empreinte intacte dans cette adaptation de Peter Pan somme toute cohérente avec son univers épique à hauteur d'enfants, où l'action progresse par envolées spiralées, autant portées par un irrésistible mouvement musical et la voix off que par un somptueux flamboiement visuel ! À la fois conte, transe new age et opéra, le cinéma de Zeitlin (et tout particulièrement Wendy) fouille les sensations primales de l'enfance pour retrouver la sincérité originelle du regard. Ce qui n'exclut pas une certaine violence psychologique rappelant Sa Majesté des mouches : ladite enfance est dévorée par l'apprentissage (ou la découverte) de la perte, que le film illustre avec une très astucieuse, bien que cruelle, variation sur le paradoxe des jumeaux de Langevin. Une réussite.

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Les Secrets des autres

ECRANS | De Patrick Wang (ÉU, 1h43) avec Wendy Moniz, Trevor St John…

Christophe Chabert | Mercredi 19 août 2015

Les Secrets des autres

On s’en veut beaucoup d’avoir raté à sa sortie In the family, le premier film de Patrick Wang. Car même s’il s’affiche comme un projet plus modeste, Les Secrets des autres confirme l’apparition d’un authentique auteur américain, dont le cinéma est absolument singulier. La famille est à nouveau son sujet et sa matière romanesque, à travers cinq personnages qui doivent tous faire face à un drame enfoui sous les malentendus et les non-dits. Une petite fille qui sèche les cours, un garçon obèse victime des railleries de ses camarades, une demi-sœur enceinte et enfin un couple qui s’éloigne imperceptiblement… Si Wang semble dans un premier temps privilégié l’intemporalité d’un cinéma en chambre basé sur les dialogues, avec une image en 16 mm volontairement neutre, il finit par le déconstruire à partir d’un procédé tout simple, mais dont l’utilisation est assez inédite : des surimpressions où le passé vient s’incruster dans le présent, le gripper et le faire dérailler. Peu à peu, la vérité apparaît et avec elle les nœuds qui empêchent cette famille de s’épanouir et la maintiennent dans le deuil – le titre original, Le Chagrin des autres,

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Les Bêtes du sud sauvage

ECRANS | Auréolé de prix dans tous les festivals, de Sundance à Deauville en passant par Cannes, le premier film de Benh Zeitlin raconte, au croisement de la fiction ethnographique et du conte fantastique, une bouleversante histoire d’enfance et de survie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2012

Les Bêtes du sud sauvage

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Hushpuppy et qui vivait avec son père dans le bayou en Louisiane, sur une île marécageuse que ses habitants avaient baptisée « le bassin ». Ce "Il était une fois" colle parfaitement aux Bêtes du sud sauvage : il dit à la fois sa force de témoignage quasi-documentaire et sa nature de conte pour enfants. Autant dire que Benh Zeitlin convoque des puissances contradictoires pour créer la souveraine harmonie qui baigne son film : d’un côté, l’urgence de conserver une trace de ce bout d’Amérique oubliée, bientôt englouti au sens propre comme au figuré (le souvenir de l’ouragan Kathrina est l’arrière monde évident du film), et de l’autre lui donner la fiction qu’elle mérite en l’inscrivant dans une vision cosmique. L’infiniment grand est en effet regardé depuis l’infiniment petit : à la hauteur d’une enfant de 6 ans (la surprenante Quvenzhané Wallis), qui livre ses pensées naïves mais pleines de bon sens sur les événements qu’elle traverse, matérialisant ses peurs à travers une menace sourde dont l’avancée vient régulièrement percer le récit d’une pointe de fantastique. Car si sa réalité est celle de la lente agonie de

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Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués, et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation est réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce soit dans le déroulé de son scénario ou sa direction artistique inexist

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