Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

ECRANS | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, "Des hommes" (en salle le 2 juin) rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions "supérieures" prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux. Interview et critique.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Photo : ©David Koskas


Il y a un lien manifeste entre votre précédent film Chez nous (2017), sur un parti populiste d'extrême-droite, et celui-ci qui en constitue presque une préquelle…

Lucas Belvaux : Des hommes est un peu né du précédent, oui. J'avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l'époque j'avais voulu prendre les droits et l'adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà. Il est ensuite tombé malade et n'a pas eu le temps de le faire. J'avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m'y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J'ai relu le livre, je l'ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l'adapter était intacte – ce qui est bon signe après 10 ans.

Outre "l'actualité" de votre désir, il y a celle du sujet : on a l'impression qu'on ne fait que commencer avec le traitement de "liquidation" de la Guerre d'Algérie. C'est encore neuf…

Étrangement, parce que ce sujet est resté éminemment politique et qu'il a toujours été traité dans les termes de 1960 : pour ou contre. Mais depuis quelques années, depuis la génération des petits-enfants, ou des enfants qui ont grandi, il y a un regard neuf. Ceux qui écrivent sur cette guerre aujourd'hui ne l'ont pas faite et ne sont pas les enfants de ceux qui l'ont faite.

L'historien Benjamin Stora, entre autres, dit que la Guerre d'Algérie c'est trois guerres : une guerre d'indépendance entre les Algériens et les Français, une guerre civile algéro-algérienne entre le FLN et le MNA, et puis une guerre civile franco-française entre les partisans de l'Algérie française et la République. Tout cela fait un nœud extrêmement complexe dont on ne se sort pas. La guerre d'indépendance est encore instrumentalisée aujourd'hui de part et d'autre : par le FLN ou ce qu'il en reste – toujours au pouvoir en Algérie – ; la franco-française par les descendants de l'OAS ou ce qu'il en reste…

Il y aurait besoin d'une commission "vérité et réconciliation" pour remettre les choses à plat et dire ce qu'il s'est passé. C'est le travail des historiens et des journalistes – qu'ils font depuis 1962. Mais on ne veut pas l'entendre parce que c'est toujours plus facile de souffler sur les braises que d'essayer de construire à partir d'un épisode traumatisant.

1962 correspond aux accords d'Évian. Des accords inachevés ?

À partir de 1962, chape de plomb, poussière sous le tapis, on n'en parle plus… Il y a eu un silence d'État : personne n'avait intérêt à ce qu'on en parle. Les familles ne voulaient pas savoir que leurs enfants, leur frère, leur fiancé avaient commis des horreurs en Algérie – parce qu'il y avait un fantasme, on savait que beaucoup d'horreur avait été commises, mais on ne savait pas par qui parmi les appelés. L'État a couvert ce qui s'est passé, parce qu'il fallait retrouver des relations pour le pétrole, le gaz, l'immigration, la main-d'œuvre… Donc on a arrêté de parler de tout ça.

Dans les accords d'Évian, un article dit que les pays ne poursuivront pas pour crime de guerre, torture, etc. Il n'y a donc pas eu de procès, ce qui fait que les ancien tortionnaires d'Algérie vont s'en vanter. Or, s'il n'y pas de procès, il n'y a pas de coupable et donc pas d'innocent non plus… Ce qui fait que tous les appelés qui, pour 90% d'entre eux voire plus, n'ont rien fait, ont dû porter le poids des accusations communes.

Il n'y a pas eu d'absolution pour eux…

Les anciens combattants d'Algérie vont porter cette faute collective, avoir cette image-là. C'est horrible. Ce traumatisme a impacté l'ensemble de la famille. Leurs enfants, qui ne peuvent pas poser de questions, ont souffert aussi : ils ont subi les conséquences de ces pères alcooliques, violents, ils ont pris des baffes, ils n'ont pas pu pardonner vraiment et c'est resté comme une espèce de problème pour deux générations. Pour les petits-enfants, la question se posent différemment : ils savent que le grand-père y est allé, on ne leur en a pas beaucoup parlé, on ne leur a pas appris à l'école ou très peu…

Vous avez tourné au Maroc ; cependant vous avez fait des repérages en Algérie. Était-ce pour vous imprégner des décors ?

À l'époque, j'espérais pouvoir tourner en Algérie. Et puis je me suis rendu compte en faisant les repérages que c'était plus compliqué de tourner en Algérie qu'au Maroc et qu'il n'y avait plus grand-chose dans les décors. Ça a beaucoup changé. Et ce n'était pas la peine de s'infliger autant de difficultés politiques et pratiques pour gagner si peu : il se tourne de moins en moins de choses en Algérie.

Au Maroc, on arrive les mains dans les poches : les infrastructures et les techniciens sont de niveau international, plutôt parmi les très bons, car les gens tournent tout le temps sur de gros films américains, de grosses séries italiennes. Un technicien marocain tourne plus qu'un français. Pour Des hommes, j'ai travaillé avec l'un des meilleurs assistants caméra que j'aie eus. Donc c'est "confortable".

Adapté d'un roman, le film joue beaucoup sur la parole, la révélation. C'est aussi un témoignage visuel qui ne montre pas ce qui de l'ordre de l'indicible. Comment avez-vous décidé ce qui outrepasserait les limites de la représentation ?

Je n'avais pas envie de traumatiser le spectateur comme ont été traumatisés les soldats, pas envie de les "prendre en otage" – même si je n'aime pas beaucoup cette expression. Le spectateur, dans son fauteuil, ne peut pas se sauver, ni intervenir, ni sauver les gens, donc ce qu'on lui montre doit garder une certaine mesure. Ce qui m'intéresse, c'est de lui raconter les chocs, les traumatismes, les souffrances, pas de les lui provoquer. De faire un récit qui prenne en charge éventuellement une réflexion, mais pas qu'il parte en courant.

Donc, qu'est-ce qu'on peut regarder, et est-ce que l'on peut accepter ce que l'on voit ? L'idée est de ne pas mettre le spectateur en position de voyeur. À partir du moment où il est portion de voyeur, ça ne marche plus. Il doit rester spectateur. Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence. La voie est étroite mais elle est balisée. Il est hors de question que je montre la petite fille tuée ; d'ailleurs, dans le livre, Mauvignier ne la décrit pas, il dit « des hommes avaient fait ça » et ça suffit. Le lecteur imagine ce qu'il veut. De toute façon, c'est épouvantable. C'est une tentative de raconter l'indicible qui passe par ne pas montrer l'immontrable et l'assumer.

La documentation filmée de la Guerre d'Algérie en tout cas, celle rendue disponible à ce jour n'est pas très riche…

Il y a des photos, des images qui sont d'une violence inouïe, que je ne voulais pas mettre dans un film. On les trouve sur Internet ou elles sont montrées dans les documentaires. Moi, je ne pouvais pas. Des images d'exécution, je n'ai pas le cœur, le courage, d'instrumentaliser la mort de quelqu'un dans un film de fiction ; je trouve que c'est insupportable. Et puis chaque spectateur est capable de se l'imaginer.

Comment avez-vous composé les personnages, dans la mesure où, le film se déroulant sur plusieurs période, ceux-ci sont diffractés et pris en charge par plusieurs comédiens ?

Un personnage se construit à deux. Eux, ils sont en charge de l'incarnation, de quelque chose qui leur appartient totalement et auquel je ne peux rien. Moi, je suis un peu en charge de leur amener de la matière sur laquelle le construire et puis être garant que, au bout du compte, il aura quelque chose que cohérent. C'est le mariage des deux qui fait le scénario et l'incarnation.

J'aime cette idée-là. Je fais une proposition de personnage et après ils se l'approprient, l'incarnent et puis il ne m'appartient plus vraiment… mais un petit peu quand même. Et puis il y a la partie qui leur échappe à tous les acteurs : quand on joue, on ne maîtrise pas 100% de son corps, à part certains. Si c'est bien, on ne peut pas l'attraper ce truc. C'est ce qui va faire le contraste, le relief.

Deux époques se répondent, mais aussi deux lumières. Quel travail avez-vous fait sur la photo pour obtenir ce résultat ?

On n'avait pas la même série d'objectifs au Maroc et en France, parce que les rendus et les aberrations ne sont pas les mêmes. Aujourd'hui en numérique, on peut faire du faux cinémascope en tournant avec des focales habituelles et en recardant, mais là on a tourné avec de vraies focales scope – et il y a parfois des déformations sur les bords. Donc on a changé les focales entre le Maroc et la France, en fonction des peaux des acteurs, de l'ouverture… On a travaillé avec moins de lumière dans la partie française, en intérieur. Tout ça joue. C'est assez passionnant à faire mais ç'a été une préparation longue : on a essayé 5 ou 6 séries de focales différentes à Paris avant de trouver les bonnes.

Guillaume Nicloux avait tourné en 35mm Les Confins du monde, qui présente un cousinage certain avec votre film. La question de la pellicule s'est-elle posée sur ce film ?

Non. Le numérique simplifie la vie sur plein de choses. Après, il y a le rendu numérique qui peut être désagréable. Mais j'ai tourné avec des focales de cinéma qui ont 40 ans, les caméras ont fait énormément de progrès, on commence à avoir quelque chose de très bien. Le jeu n'en vaut plus la chandelle de toutes façons puisque, partout en France, on projette en numérique. J'ai été probablement le dernier cinéaste à passer à l'étalonnage numérique : j'ai tourné en numérique jusqu'à 38 Témoins en 2011-2012, et j'étalonnais en photochimique parce que la majorité des salles projetaient des copies 35mm.

Quand la majorité des salles a projeté en numérique, j'y suis passé sans réel regret. Peut-être sur certains gros plans… Parce que dans le gros plan, il se passe des choses et il n'y a qu'au cinéma qu'elles se passent. La mélancolie d'un regard, la fixité, ça raconte des choses et permet au spectateur de se projeter. Je crois beaucoup à l'effet Koulechov : que le spectateur projette ce qu'il veut. Si on dirige un tout petit peu, on peut aller assez loin dans l'introspection – y compris pour le spectateur.


Lucas Belvaux, repères

1961 : Naissance à Namur (Belgique) le 14 novembre.

1980 : Débuts comme comédien. Il est révélé par Allons z'enfants (1981) de Yves Boisset et accède aux premiers plans avec Poulet au vinaigre de Claude Chabrol (1984).

1993 : Parfois trop d'amour, premier long-métrage comme réalisateur.

2003 : La "Trilogie", Un couple épatant, Cavale, Après la vie, projet d'une rare ambition et d'une grande réussite (partiellement tourné à Grenoble) reçoit le Prix Louis-Delluc.

2021 : Des hommes, son onzième long-métrage pour le cinéma, dans la sélection Cannes 2020, sort enfin.



Des hommes : Des feux mal éteints

Jeunes appelés partis servir en Algérie, Feu-de-Bois et Rabut (Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin) sont revenus intérieurement marqués par ce qu'ils ont vécu, subi, vu, fait ou… n'ont pas osé faire. Et leur vie en a été changé. Quarante ans plus tard, une banale fête d'anniversaire réveille les démons du passé…

Qui croirait que, derrière l'ogre titubant éructant ses imprécations racistes, se dissimule un gamin blessé et traumatisé ? Soudard devenu soûlard malgré lui, Feu-de-Bois métaphorise le ravage continu opéré par les "événements", machine à broyer les corps et les esprits des deux côtés de la Méditerranée. Des événements toujours pas résolus, et que le temps et le silence aggravent. C'est justement avec ces deux paramètres que Lucas Belvaux compose pour marquer la lente dislocation des êtres : il alterne les époques (le passé dévore ainsi le présent, le contamine comme une pourriture originelle et obsédante dont on ne peut guérir), et réduit le dialogue, confiant à des voix off le soin de porter non seulement le récit, mais aussi des vérités univoques ne pouvant être réellement confrontées. Chacun reste alors prisonnier de sa douleur, de sa solitude, jusqu'à l'issue fatale. Âpre et cependant d'une puissante beauté dans la tragédie.

★★★☆☆ De Lucas Belvaux (Fr., 1h41 avec avert.) avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin… Sortie le 2 juin

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"Sous les étoiles de Paris" : un enfant à la mère

ECRANS | ★★☆☆☆ De Claus Drexel (Fr., 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine (Catherine Frot) voit surgir le petit Suli (Mahamadou Yaffa), un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Le réalisateur Claus Drexel l’affirme d’emblée : Sous les étoiles de Paris est un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares (le seul ?) films où les

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"Des hommes" : peines à voir

Documentaire | De Jean-Robert Viallet et Alice Odiot (Fr., 1h23) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Après trois ans d'attente, les cinéastes ont obtenu de pouvoir filmer le quotidien des personnes incarcérées de la prison des Baumettes de Marseille, établissement tristement réputé pour sa vétusté et ses conditions d'accueil indignes. Images et paroles de condamnés… C’est à un étrange parloir que Jean-Robert Viallet et Alice Odiot nous convient, cheminant dans des travées décrépites, ouvrant les portes de cellules surchargées d’un autre âge, assistant à des entretiens entre le personnel pénitentiaire et des détenus parfois psychologiquement dérangés voire à des auditions/procès à distance… Il y a ce qu’on voit, et puis ce que l’on comprend de la violence crue ordinaire que le confinement provoque : ces règlements de comptes imposés par la loi du plus fort, souvent fatals et déclenchés par une œillade mauvaise, un malentendu ou le remboursement d’un "service". Quand la privation de liberté se transforme en déshumanisation et condamnation à mort putative. La galerie de portraits de Des hommes rappelle le tragi-comique de Ni juge, ni soumise de Libon et Hinant ou le chaud et froid de Délits Flagran

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"Gloria Mundi" : un monde immonde

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Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération (celle des actifs usés, sur le point de partir à la retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin) ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

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Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont devenues dominantes »

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Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont devenues dominantes »

Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot a des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines, alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce

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"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

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"Qui m'aime me suive !" : désolé, on va partir dans l'autre sens

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Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage et est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses... Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence – pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut se passer d’un tel pensum. On espère pour eux qu’ils ont tiré du tournage ce que l’

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes, c'est mon boulot »

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Nadja Pobel | Mardi 22 janvier 2019

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes, c'est mon boulot »

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"Les Confins du monde" : avant l'apocalypse (now)

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Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

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Théâtre : quinze spectacles pour une saison parfaite (ou presque)

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Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec

Quels étaient vos partis-pris de mise en scène sur Sage femme ? Martin Provost : S’affranchir de mes films d’époque qui demandaient un travail minutieux et précis. Là, je voulais être libre avec la caméra à l’épaule, posée sur une toute petite dolly. Ça donne une sorte de présence et de flottement. Je me suis beaucoup remis en question avec ce film. Avec Yves Cape [le directeur de la photographie – NDLR], on est parti dés le départ sur une forme assez simple, pas très sophistiquée. Je ne la voulais pas basique, mais sans effets ostentatoires. On souhaitait que ce soit vrai avec ce film. Il s’ouvre sur un accouchement : je voulais que le personnage de Claire soit aux prises avec la réalité. Avez-vous parlé de la psychologie des personnages avec les actrices ? Ça dépend lesquelles. Il y en a qui aiment qu’on leur parle beaucoup. Je m’adapte facilement à n’importe quel acteur. C’est d’abord à moi d’avoir l’humilité de me mettre au service d’actrice

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Lucas Belvaux : « "Chez nous", un film pour participer au débat »

Interview | Cinéaste dont l’éclectisme n’est plus à prouver depuis sa "Trilogie" (2003), Lucas Belvaux revendique sans faux-fuyant sa volonté de contribuer à la réflexion démocratique.

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Lucas Belvaux : «

Etait-il envisageable de tourner Chez nous pour la télévision, ou d’en faire une prédiffusion télévisée pour être sûr qu’il soit davantage vu ? Lucas Belvaux : Non, je n’y ai même pas pensé. À la télé, les contraintes sont telles que j’aurais été moins libre : les budgets, le rythme – non pas de tournage, mais de production – et l’écriture sont très cadrés. Ce sont des films qu’il faut faire dans une liberté absolue. Vous aviez l’impératif du calendrier électoral… Bien sûr : il fallait sortir avec l’élection présidentielle pour participer au débat. Le même film, quelle que soit l’issue de l’élection, n’avait pas le même sens s’il sortait après. C’était avant ou jamais. Mais si la sortie du film est programmée par les élections, l’envie est née avant, pendant le précédent, Pas son genre. On tournait à Arras ave

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"Chez nous" : Lucas Belvaux dans les coulisses de l'extrême droite

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux lance un coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite…

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Lucas Belvaux s’y attendait, il n’a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d’autorité (forcément) assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu’il s’agissait d’un « film de propagande » (re-sic) n’ayant pas sa place sur les écrans, à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l’avoir vu. Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d’un si modeste film ? Sans doute : ils savent l’opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel, permettant de manipuler le peuple en douceur – avec son consentement de surcroît. L’effet haine La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du No

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Des docus et des chaises longues

CONNAITRE | L'association grenobloise À bientôt j’espère installe son cinéma éphémère cette semaine à la Maison des habitants du centre-ville de Grenoble.

Tiphaine Lachaise | Lundi 30 mai 2016

Des docus et des chaises longues

Jusqu’au vendredi 3 juin, un cinéma éphémère envahit la Maison des habitants du centre-ville grâce à l’association grenobloise À bientôt j’espère. Au programme, une ou plusieurs séances selon la journée, toujours dans un but de rencontres et de débats. L’idée étant également de se retrouver autour de moments-clés, qu’il s’agisse de prendre un verre pour l’apéro-doc ou d’assister ensemble à la séance du soir. À cela s’ajoute tous les matins à 8h45 la possibilité de prendre le petit déjeuner autour d’un documentaire. Parmi les films choisis, on retient particulièrement Quelque chose des hommes (vendredi 3 à 14h30 – photo) qui nous plonge dans des séances photos entre pères et fils, alternant gênes et histoires de ces familles. Pour l’occasion, le cinéma sera délocalisé au Café Social Pays’âges. Autre thème, le travail avec Karaoké Domestique (jeudi 2 à 18h30). Une seule actrice mais de nombreuses voix et autant de parcours de vie. Une plongée dans le monde du travail qui interroge la place des femmes sur fond de bruit d’aspirateur.

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 de Benoît Delépine et Gustave Kervern, les plus illustres cinéastes grolandais, est arrivé et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, "Saint Amour" dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété… Notre film de la semaine. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern et Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; leur science commune du jus de la treille. Cette "communion d’esprit" explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver. Spirituel ou spiritueux ? Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres

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Marguerite

ECRANS | De Xavier Giannoli (Fr, 2h07) avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau…

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Marguerite

Marguerite, baronne férue d’art lyrique, donne des récitals à domicile lors de soirées de bienfaisance. Sa prodigalité retient tous ses obligés, à commencer par son époux, de lui révéler qu’elle chante comme une casserole. Quand lui prend l’envie d’organiser un concert public, ses proches tentent de la dissuader, puis de limiter la casse en embauchant un coach… Capable de l’épouvantable (Quand j’étais chanteur) comme du très correct (À l’origine), Xavier Giannoli délaisse rapidement le "gag" de la voix de crécelle pour s’intéresser à la singulière personnalité de Marguerite, à sa solitude de femme délaissée et sa conquête d’indépendance ; à sa générosité et son absence d’a priori – en témoigne la galaxie de "freaks" dont elle s’entoure sans ciller. Du nanan pour Catherine Frot. Il perd hélas en subtilité dans la réalisation des récitals. Multipliant les très gros plans sur la bouche, voire la glotte de la diva, il crée un effet caricatural inutile, car redondant avec la bande-son : même l

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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L'Œil du Petit Bulletin #2

ECRANS | Chaque mois, le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce (...)

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L'Œil du Petit Bulletin #2

Chaque mois, le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo. Au sommaire ce mois-ci : • Hard day de Kim Seong-hun • Loin des hommes de David Oelhoffen • Bébé Tigre de Cyprien Vial • Imitation game de Morten Tyldum

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Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film (le polar Nos retrouvailles), un faux procès, déjà à l’origine du rejet de The Search de Michel Hazanavicius : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières aujourd’hui. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’arabe. Face à lui, le personnage du paysan qu’il doit escorter à travers les mo

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février – que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une a

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Au fil d’Ariane

ECRANS | Présenté comme une « fantaisie », le nouveau film de Robert Guédiguian divague selon les bons plaisirs du cinéaste et de sa comédienne fétiche Ariane Ascaride, pour un résultat old school et foutraque, avec toutefois de vrais instants de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Au fil d’Ariane

Il serait facile de balayer en quelques frappes sur notre ordinateur Au fil d’Ariane : cinéma d’un autre âge justifiant son n’importe quoi scénaristique par un appel paresseux au rêve, ou encore projet récréatif pour Guédiguian entre deux films d’envergure… Tout cela est loin d'être faux, mais… Le jour de son anniversaire, Ariane (Ascaride) reste seule face à son gâteau ; plutôt que de se morfondre, elle décide de partir à l’aventure et, au gré des rencontres, va se constituer une petite famille de gens simples, avant de réaliser son fantasme : chanter sur scène. Pour l’occasion, Guédiguian a convoqué sa famille de comédiens (Meylan, Darroussin, Boudet ou Anaïs Demoustier, désormais intégrée) tous apportant leur touche de couleur au casting. À la façon de certains Blier dernière manière et conformément à son titre, Au fil d’Ariane semble écrit au gré de l’inspiration, dans une logique de premier jet où les bonnes comme les mauvaises idées se retrouveraient sur un pied d’égalité. Parfois, c’est effectivement ridicule (les images de synthèse au début, Boudet et son faux accent anglais, Ascaride qui dialogue avec une tortue) mais à force de ne mett

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« Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient… »

ECRANS | Rencontre avec Lucas Belvaux autour de son dernier film, "Pas son genre".

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

« Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient… »

Pourquoi, lorsque vous abordez des histoires de couple, en parlez-vous toujours sous l’angle de l’inquiétude, de la crise ou de la distance ? Lucas Belvaux : Parce que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Il y a un ressort dramatique forcément. Et puis je pense que l’amour est toujours extrêmement fragile et qu’il repose sur une forme d’inquiétude. Il faut peu de choses pour provoquer un désamour. La différence, c’est qu’ici, dans Pas son genre, vous montrez un couple en train de se former, alors qu’auparavant, c’était des couples installés, tellement installés qu’ils étaient au bord de la crise… C’était le roman, mais c’était aussi une manière d’avoir de la légèreté. L’inquiétude ici vient du fait que c’est un amour asymétrique. Comme il y a des conflits avec une armée lourde d’un côté et une guerilla de l’autre, ici c’est une femme sujette au coup de foudre et un homme qui a du mal à s’engager, qui est à

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Pas son genre

ECRANS | Lucas Belvaux raconte l’histoire d’amour utopique et contrariée entre un prof de philo parisien et une coiffeuse d’Arras, avançant sur le fil des clichés pour renouveler adroitement son thème de prédilection : la lutte des classes, ici envisagée sous l’angle de la culture. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Pas son genre

Pas son genre débute comme une version sérieuse de Bienvenue chez les Ch’tis, avec un prof de philo parisien dans le rôle de Kad Merad. Muté à Arras, qui prend la place de Bergues en guise de punition sociale, il ne tombe pas amoureux de la chaleur humaine des gens du Nord, mais d’une coiffeuse, mère célibataire, lectrice d’Anna Gavalda et adepte du karaoké. D’où choc culturel. Grâce à la mise en scène de Lucas Belvaux, ce choc est aussi cinématographique : si Clément semble l’héritier naturel d’une tradition "nouvelle vague" d’intellectuels beau parleur, un brin arrogants et peu avares en citations littéraires, Jennifer paraît s’être échappée d’un film de Jacques Demy, aimant la vie, les couleurs, les chansons et la légèreté. Belvaux démarre donc leur romance sur le fil des clichés, même s’il a l’intelligence de les renverser régulièrement : Jennifer décale sans cesse le moment de la relation physique, tandis que Clément se pique au jeu de cet amour courtois anachronique envers celle qu’il a d’abord

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Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer – du pieu ou de leur boulot – ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise en scène systématique avec des champs contrechamps en gro

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Grotesque, et c’est rie

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir été écrit sur mesure. Il y a dans Au service de sa Majesté un petit charme très français du second rôle savoureux, plus digeste que la pr

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Les Saveurs du palais

ECRANS | De Christian Vincent (Fr, h35) avec Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean D’Ormesson…

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Les Saveurs du palais

Du fin fond de l’Antarctique où elle a trouvé refuge pour faire le point sur une aventure exaltante mais achevée brutalement, Hortense Laborie se souvient des deux années passées au palais de l’Élysée. Ainsi, celle qui jusqu’ici ne tenait qu’une modeste auberge périgourdine est devenue la cuisinière personnelle du Président en place. Derrière le personnage de fiction se cache l’authentique chef des cuisines privées de François Mitterrand à la fin de son deuxième septennat. Christian Vincent a choisi d’être beaucoup plus abstrait pour faire de cette histoire vraie une fable sur le pouvoir et la fin d’une époque. Élégamment raconté par une caméra toujours en mouvement, parfaitement interprété par une Catherine Frot aussi à l’aise dans la légèreté que dans la gravité, Les Saveurs du palais est le prototype du film qualité française, label vintage ici remis au goût du jour. Or, Laborie est elle-même une sorte de madone du terroir et des recettes de "mémé", tandis que le Président, fin lettré (normal, l’incunable Jean D’Ormesson endosse avec une délectation non feinte le costume), se lamente sur l’air du "On ne parle plus comme ça, maintenant". Désagréable sensation

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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38 témoins

ECRANS | De Lucas Belvaux (Fr, 1h44) avec Yvan Attal, Sophie Quinton…

François Cau | Jeudi 8 mars 2012

38 témoins

Au Havre, une nuit, un crime est commis en pleine rue. Personne n’a rien vu, ni entendu. Mais le comportement de Pierre Morvan intrigue sa femme, absente ce soir-là ; il est comme rongé par un démon intérieur. Au départ, on pense logiquement qu’il a un rapport avec le meurtre. Très vite, Lucas Belvaux le pousse à une toute autre confession, qui va remettre en question l’équilibre social du quartier. C’est à ce moment-là que 38 témoins s’écroule. La mise en scène, austère et coupante, est redoublée par un discours particulièrement démonstratif sur la lâcheté collective et la démission des citoyens face à une menace envers leur propre confort. Les choses empirent avec l’apparition d’une peu crédible journaliste locale (Nicole Garcia, hors sujet) et un long psychodrame domestique aux dialogues dénués de quotidienneté et d’humour. Belvaux confond la gravité de son sujet et le sérieux du traitement, et se contente d’emmener le film à bon port, une scène finale moralisatrice qui enfonce le clou en accablant personnages et spectateurs. CC

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Le Havre

ECRANS | D’Aki Kaurismaki (Fr, 1h33) avec André Wilms, Kati Outinen…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d’un bout à l’autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n’a tout simplement pas l’air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu’ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l’arnaque reste la manière d’inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d’inspiration, l’emporte. CC

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Les Neiges du Kilimandjaro

ECRANS | Film de crise et de lutte sur un cinéaste qui se remet en question pour mieux croire, Les neiges du Kilimandjaro n'est pas un point, mais une virgule dans le cinéma de Robert Guédiguian. Jérôme Dittmar

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Que peut encore le cinéma de Guédiguian ? Aussi exténué que la gauche, il a pris un coup de vieux. Mais la lutte n'est pas finie. Elle n'a peut-être jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui dans un pays où la pulsion de droite côtoie le catastrophisme économique. Avec Les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste opte pour la lucidité, sur son militantisme, ses convictions, sa vision du monde. Il prend du recul et observe ce que sont devenus ceux qui ont toujours cru au socialisme. Un film a priori générationnel, pour pré-retraités, syndicalistes installés, découvrant ébahis qu'ils vivent comme des petits bourgeois, leurs ennemis. La cause est-elle compatible avec la propriété ? Comment continuer à se battre et que peut-on accepter pour combattre la précarité ? Quel legs aux nouvelles générations dépolitisées ? Le monde a changé et c'est avant tout le premier constat du film. L'intrigue vaut comme un exposé : braqués par un ex-collègue licencié lors d'un dégraissage au tirage au sort, deux couples d'amis syndicalistes voient leur idéalisme se fissurer devant leur désir de justice. Ils doivent résister à l'esprit de vengeance, aveugle, d'autant plus dur quand l'arge

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Coup d’éclat

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Nicolas Giraud…

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Coup d’éclat

Véhicule pour Catherine Frot en femme-flic au bout du rouleau, de plus en plus seule au fil du récit et qui tente de se raccrocher à une enquête concernant l’assassinat d’une fille de l’Est, Coup d’éclat ne fait pas d’étincelles. Le rythme est léthargique, les rebondissements prévisibles, les dialogues mal écrits ; on se croirait devant un épisode de Derrick ! Et les zones d’ombre sont tellement soulignées qu’elles participent du manque de subtilité générale. Sans parler du contenu social du film, qui n’est là que pour rappeler qu’il s’agit d’un polar de gauche. Il est aussi mauvais que les polars de droite récents. Christophe Chabert

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Les amants éternels du cinéma français

ECRANS | Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent (...)

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Les amants éternels du cinéma français

Acteurs / Le cinéma de François Ozon affiche ouvertement son fétichisme cinéphile ; chez lui, la citation doit être littérale, incarnée, et les acteurs doivent arriver sur l’écran avec le passé de leurs rôles précédents (Jérémie Rénier dans Les Amants criminels, Jeanne Moreau dans Le Temps qui reste, etc.). Dans Potiche, il reforme le couple mythique Catherine Deneuve / Gérard Depardieu, sept films ensemble en trente ans. Deneuve le fait justement remarquer, elle n’a jamais été que l’amante de Depardieu, jamais sa femme à l’écran ; c’est donc un couple illégitime marqué par un décalage initial qui empêche l’accomplissement de la romance. Dans Le Dernier métro (1980), Truffaut fait de Deneuve une comédienne populaire qui devient par la force des choses le lien entre son mari juif caché dans la cave du théâtre pendant l’occupation et le monde extérieur. Depardieu, lui, est un jeune acteur qui doit être son partenaire à la scène et devient son amant en coulisses. Deneuve est alors une star ; Depardieu est en passe de l’être et le film se nourrit de ce décalage de notoriété en le reproduisant à l’écran. Corneau dans Le Choix de

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Politique de la potiche

ECRANS | Cinéma / Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy, pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 4 novembre 2010

Politique de la potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes (5X2, Le Temps qui reste) mais en a raté à peu près autant (Swimming Pool, Le Refuge) ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur Les Amants criminels au romanesque neurasthénique d’Angel ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme 8 femmes, mais aussi une bonne claque comme Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Potiche rajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon (Le Refuge) ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon 8 femmes ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial Sitcom. Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si Potiche est avant tout un excellent divertissem

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La Tête en friche

ECRANS | Après "Deux jours à tuer", Jean Becker revient en Province avec ce joli film à l’humanisme sincère, porté par un très grand Gérard Depardieu. CC

François Cau | Vendredi 28 mai 2010

La Tête en friche

Il est de bon ton de se moquer du cinéma de Jean Becker, son goût pour la France profonde, son cinéma où le texte a plus d’importance que la mise en scène, souvent réduite à un cinémascope dispensable et une lumière proprette. Pour les mêmes raisons, on pourrait dire de Becker qu’il est un auteur mineur, dont les réussites et les échecs dépendent du matériau qu’il adapte — ici, un bouquin de Marie-Sabine Roger. Depuis la mort de Sébastien Japrisot, qui lui avait écrit ses meilleurs films, le cinéma de Becker est inégal, mais on sent s’y affirmer une sincérité totale, un projet humain autant que cinématographique. La première partie de Deux jours à tuer par exemple ne trompait personne : la cruauté y sonnait faux, et le récit finissait par expliquer pourquoi. La Tête en friche n’a pas besoin de ce genre d’artifices pour toucher juste. Oui, c’est un film gentil, c’est même un film sur la gentillesse, mais où la violence est un vestige du passé qu’il faut s’arracher du crâne tel un éclat d’obus… Des livres et lui Pour Germain, gros nounours rustre mais aimable qui cultive son jardin et bosse au noir pour

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Depardieu, seul au sommet

ECRANS | Portrait / L’année 2010 permet à Gérard Depardieu de retrouver de grands rôles dans de bons films. CC

François Cau | Mercredi 14 avril 2010

Depardieu, seul au sommet

Dire que Depardieu effectue en 2010 un come-back sur les écrans est assez absurde. Car les écrans, Depardieu ne les a jamais quittés ; mais il se contentait de prêter sa silhouette à des personnages furtifs qu’il rendait toutefois inoubliables. Deux exemples : Guido, le mentor de Mesrine dans L’Instinct de mort et Abel, mauvaise conscience de l’escroc Miller dans À l’origine. Xavier Gianolli fut un des premiers à lui refaire confiance pour porter un film entier sur ses épaules ; il avait raison car même si Quand j’étais chanteur est plutôt emmerdant, Depardieu y est formidable. Lassitude Le problème de Depardieu, c’est son statut d’acteur populaire condamné à apparaître dans tout ce qui se fait de pire en matière de blockbuster français. Il fallait le voir dans Disco ou Coco, simple donneur de répliques masquant à grand peine sa lassitude du plateau. Usé par trop d’Astérix, décrédibilisé par

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Mammuth

ECRANS | Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux papiers. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’

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Mammuth, poids léger

ECRANS | Pour "Mammuth", leur quatrième film en tant que réalisateurs, les Grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern ont embarqué un monstre désacralisé, Gérard Depardieu, dans un road movie drôle et mélancolique. Rencontre avec Gustave Kervern, artisan d’un cinéma populaire d’avant-garde. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth, poids léger

Ce matin-là, nous retrouvons Gustave Kervern dans un hôtel moderne du flambant neuf Cours Charlemagne (Lyon), où il prend son petit-déjeuner avec quelqu’un rencontré par hasard dans la salle à manger de l’hôtel, un nommé Paul-Émile Beausoleil, venu de Martinique pour représenter une association s’occupant de pensions de retraites. La coïncidence amuse Kervern, qui lui explique le sujet de Mammuth, et s’empresse de lui demander d’en parler dans le journal de son association ! «Il faut être malin» commente-t-il. «Tout le monde l’est aujourd’hui dans le milieu du cinéma…» Plus tard pendant l’interview, il expliquera que lui et son complice Benoît Delépine se comportent «comme des pirates». «On y va au culot. Je me souviendrai toujours de Benoît essayant d’appeler Jacques Chirac pour lui dire un truc !». Dans le même registre, il raconte comment ils se sont fait jeter par David Lynch, qu’ils étaient allés voir dans son hôtel à Paris pour lui demander de jouer dans Avida. C’est le même genre de «défis» qui les a poussés à appeler Gérard Depardieu pour lui proposer un rôle. «On a vu Depardieu sur sa moto cheveux au ven

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Les Grandes personnes

ECRANS | d’Anna Novion (Fr, 1h24) avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier…

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Les Grandes personnes

Albert, père célibataire un rien trop protecteur, emmène sa fille Jeanne en vacance en Suède. Une fois arrivée, la famille décomposée se rend compte qu’elle va devoir cohabiter avec la propriétaire de la maison louée pour leur séjour et son amie française, suite à un malentendu. Tandis que Jean-Pierre Darroussin s’engonce dans le registre de bougon lunaire qui lui sied si bien au teint, Anaïs Demoustier tente de se soustraire à sa férule pour vivre sa vie d’ado. Une fois son socle narratif installé, Anna Novion opte de façon dommageable pour la demi-mesure : le récit ne sortira jamais des sentiers battus et s’acheminera vers son attendue conclusion, les confrontations entre les personnages s’opèreront sur un mode ludique mais toujours fugace, et le film ne se départira jamais de son statut de chronique évanescente en mode mineur, d’où émerge trop rarement une belle mélancolie. FC

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Rêves et cauchemars

ECRANS | Quatrième édition déjà pour le rendez-vous annuel et éponyme de l’association Narkolepsy. Avant d’élargir le spectre de leurs activités à d’autres rencontres, les (...)

| Mercredi 9 mai 2007

Rêves et cauchemars

Quatrième édition déjà pour le rendez-vous annuel et éponyme de l’association Narkolepsy. Avant d’élargir le spectre de leurs activités à d’autres rencontres, les narkoleptiques ont une nouvelle fois mis l’accent sur la programmation du festival, plus resserrée que dans l’an dernier mais, que Satan soit loué, toujours aussi barrée et hétéroclite. Au programme, des courts internationaux en numérique et en argentique de haute volée et relativement peu diffusés. On retiendra le glauque finlandais Rare Export 2, sur le massacre des derniers Pères Noël, summum de maîtrise visuelle et scénaristique de cette sélection ; le 28mm Project made in JR et Ladj Ly de Kourtrajmé (même si on eut préféré la sélection de l’excellent docu 365 jours à Clichy Montfermeil chroniqué dans ces colonnes il y a peu) ; ou enfin les jouissifs Groove Armada “Get Down“, A man’s got to do what a man’s go to do ou Teleferic Voodoo. Les amateurs se réjouiront d’une participation surprise signée Mozinor (l’un des plus fameux internautes adeptes du “grand détournement“ – des scènes de films ou de séries re-dialoguées de la façon la plus absurde et / ou débile). Et enfin, on conclut sur notre petit chouchou déviant

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