Ojo Loco : déconfinement cinématographique en cours

ECRANS | Pour sa 9e édition, le festival grenoblois de cinéma ibérique et latino-américain organisé par l’association Fa Sol Latino se déroulera comme l’an passé majoritairement en ligne, autour d’une programmation un brin plus resserrée qu’en temps normal, mais toujours aussi pointue et pertinente. Revue de détail de ce que l'on pourra découvrir du 18 au 30 mai.

Damien Grimbert | Dimanche 16 mai 2021

Photo : Mamá, Mamá, Mamá, de Sol Berruezo Pichon-Rivière (Argentine, 2020)


Créé en 2013, le Festival Ojo Loco s'est rapidement imposé comme un événement phare pour les cinéphiles grenoblois, en mettant en lumière des films récents issus des cultures lusophones et hispanophones privés de sorties en salles en France faute de distributeurs. Organisé autour de trois compétitions principales dédiées respectivement aux films de fiction, aux documentaires et aux courts-métrages, le festival propose en sus une section rétrospective, un cycle consacré aux premiers films ainsi que plusieurs avant-premières inédites. Une offre aussi foisonnante que défricheuse qui fait la part belle au cinéma d'auteur et aux films d'art et d'essai, et propose pas moins d'une soixantaine de films en salles… en temps normal.

Cette année néanmoins, circonstances sanitaires obligent, le festival se déroulera avant tout en ligne, et seuls les quatre films présentés en avant-première (Une vie secrète de Jon Garaño, Aitor Arregi et José Mari Goenaga, Le Mariage de Rosa d'Icíar Bollaín, La Fièvre de Maya Da-Rin et L'Oubli que nous serons de Fernando Trueba) seront projetés au Méliès. Une solution par défaut, sur laquelle l'équipe du festival n'a néanmoins pas ménagé sa peine, comme l'explique l'un de ses délégués Victor Arnaud. « Faire un festival en ligne, ce n'est pas seulement parachuter des films sur une plateforme, cela s'accompagne de tout un travail de valorisation et d'éditorialisation des films projetés, d'accompagnement des spectateurs… On va proposer tout un tas de ressources, de contenus autour des films, d'interviews de réalisateurs… »

Des films et des femmes

À découvrir cette année en compétition, en échange d'un modique forfait de 8 euros, des récits d'apprentissage et de passage à l'âge adulte venus du Mexique (Animo Juventud) et d'Espagne (le très beau Ojos Negros), un "survival" argentin au féminin hélas semi-convaincant (La Sabidurí​a), des soldats boliviens perdus dans une région hostile (Chaco), un film d'aventure brésilien flirtant avec le réalisme magique (Um Animal Amarelo)... Sans oublier quelques beaux portraits féminins contemporains venus du Chili (Ella Es Cristina et Lina de Lima).

Parmi ceux qu'on a pu voir, on retiendra avant tout le splendide film argentin Mamá, Mamá, Mamá de Sol Berruezo Pichon-Rivière, sidérante expérience esthétique, mélancolique et sensorielle dans lequel une pré-adolescente en deuil se voit hébergée par sa tante aux côtés de ses nombreuses cousines dans une ambiance de non-dit à la fois douce et étouffante.

Dans la section documentaire, on retiendra, entre autres, le très remarqué El Agente Topo et son retraité octogénaire embauché comme espion amateur dans une maison de repos chilienne ; Apuntes Para Una Pelicula de Atracos, film espagnol sur un ancien braqueur et la fascination qu'il exerce sur le cinéaste ; ou encore Erase Una Vez En Venezuela, dans lequel la décrépitude d'un petit village flottant vénézuelien fait écho à celle du pays tout entier. À ne pas manquer non plus, Chaco, dernier documentaire en date de Daniele Incalcaterra, dont on avait déjà adoré El Impenetrable, ou encore le poignant Negras, interrogation intime des stéréotypes et du racisme vécus par les femmes afro-descendantes mexicaines.

Pour terminer, on mentionnera enfin les deux cycles présentés hors compétition et visibles pour leur part en accès libre, consacrés respectivement au cinéma de patrimoine cubain et aux premiers longs-métrages de réalisatrices espagnoles. Bon visionnage !

Festival Ojo Loco
Du mardi 18 au dimanche 30 mai en ligne et au cinéma Le Méliès
www.ojoloco-grenoble.com

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Cinémas et festivals : en attendant la reprise (et le printemps)

ECRANS | D’habitude, lorsque débutent les vacances d’hiver, l’année cinéma est déjà bien entamée : les premiers festivals ont eu lieu et les suivants annoncent la couleur (ou du moins leur programmation). La fermeture des salles change la donne, mais ne signifie pas l’effacement de la saison : durant cette période d’hibernation forcée, le printemps des écrans se prépare. Panorama*…

Vincent Raymond | Lundi 8 février 2021

Cinémas et festivals : en attendant la reprise (et le printemps)

Jamais, en 125 ans d’histoire cinématographique, les salles n’auront été aussi longtemps fermées. Dimanche 7 février, cela a fait exactement 100 jours depuis le 30 octobre que les cinémas ont été contraints de baisser les rideaux, soit un jour de plus que lors du premier confinement, entre les 14 mars et 22 juin 2020. Si l’on mesure notre rage de spectateur, on imagine la souffrance des exploitants, programmateurs et organisateurs de festivals incapables de se projeter — sans mauvais jeu de mots — dans l’immédiat et forcés de composer au jour le jour. Pour certains, l’attente aura été fatale : le Festival de l’Alpe d’Huez a ainsi jeté l’éponge. Devant initialement se dérouler fin janvier, sa 24e édition avait un temps envisagé se décaler du 23 au 28 mars avant de renoncer, en accordant toutefois un "label" aux films qu’elle avait sélectionnés, comme Cannes l’an passé. Pas de quoi rire pour les rois de la comédie en altitude. En salle ou en ligne ? Suivant dans le calendrier, Voir Ensemble, le rendez-vous à destination du jeune public

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Le Brésil à cor et à cri avec la nuit blanche du festival Ojo Loco

ECRANS | Rendez-vous vendredi 5 avril au cinéma Juliet-Berto pour le constater grâce à une programmation ambitieuse.

Damien Grimbert | Mardi 2 avril 2019

Le Brésil à cor et à cri avec la nuit blanche du festival Ojo Loco

Pour la troisième année consécutive, la nuit blanche d'Ojo Loco (festival, on le rappelle, dédié au cinéma ibérique et latino-américain) permettra aux spectateurs les plus curieux de découvrir un vaste panorama de films des années 1960 à nos jours oscillant entre action, horreur et érotisme. Centrée cette année autour du Brésil, la programmation réunira un film d’animation du cru inédit par chez nous (Até que a Sbórnia nos Separe, 2014) ; l’une des aventures originelles du fameux agent OSS 117 (Furia à Bahia pour OSS 117, 1965) à peu près aussi kitsch et datée qu’on pourrait l’imaginer ; un mystérieux film surprise « avec des sabres lasers » projeté à 4h du matin… Mais, surtout, deux œuvres majeures qui méritent amplement le déplacement à elles toutes seules. Succès phénoménal au Brésil et Ours d’Or à Berlin en 2008, Tropa de Elite aborde la lutte contre le trafic de drogue dans les favelas… du point de vue des forces d’él

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¡ Abre los ojos ! avec le festival Ojo Loco

ECRANS | Le festival grenoblois centré sur le cinéma ibérique et latino-américain revient pour une septième édition prévue du mardi 26 mars au dimanche 7 avril. On déroule son programme.

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

¡ Abre los ojos ! avec le festival Ojo Loco

Le cinéma est une toute petite planète sans cesse balayée de bourrasques et de vents fluctuants. Pendant la Nouvelle Vague, le battement d’ailes d’un papillon français faisait la pluie et le beau temps sur les écrans mondiaux ; les années 1990 ont vu les maîtres asiatiques triompher à Paris et Los Angeles. Et aujourd’hui, alors que les cinéastes mexicains dominent Hollywood, la production latino-américaine contemporaine s’affirme par sa qualité, sa diversité et son influence comme incontournable. Un âge d’or dont l’association grenobloise Fa Sol Latino récolte les fruits avec le festival Ojo Loco qu’elle organise : sur la soixantaine de films qu’elle programme, seuls dix viennent de la péninsule ibérique, Espagne et Portugal confondus. S’ouvrant par un pré-festival itinérant intégrant le prophétique Domingo, ce septième Ojo Loco propose notamment un focus brésilien en plusieurs étapes à la Cinémathèque, panorama d’un bel éclectisme réunissant l’Ours d’or Tropa de elite (2008) de Jose Padilha comme le Furia à Bahia pour OSS 117 d'And

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Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

ECRANS | Zoom sur l'ambitieuse sixième édition du festival Ojo Loco, dédié au cinéma ibérique et latino-américain et piloté par l'association Fa Sol Latino.

Aliénor Vinçotte | Lundi 19 mars 2018

Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

Pas si fous que ça les Ojo Loco ! Pour composer leur programmation, les responsables du festival grenoblois de cinéma ibérique et latino-américain sont allés faire leur marché parmi les candidats aux Goya (les César espagnols), en y ressortant des films plébiscités comme Handía (sur l’histoire vraie d’un homme atteint de gigantisme au XIXe siècle, que le comédien Iñigo Aranburu viendra présenter en avant-première), El Autor, Une femme fantastique ou encore Été 93. Mais ils ont bien sûr élargi le tir, puisqu'ils proposent, dans la section "compétition fictions", onze films non distribués en France en lice pour recevoir le prix du public. Trois d'entre eux seront accompagnés à Grenoble par leur réalisateur : El Autor (lauréat de deux Goya donc) de Manuel Martín Cuenca, Cabros de Mierdas du Chilien Gonzalo Justiniano et Últimos Días en la Habana (photo) du Cubain Fernando Pérez. Ce dernier présentera aussi, lors d’une soirée "cinéma de patrimoine", deux de ses ré

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Le festival Ojo loco commence mardi au Méliès

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Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

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Démarrant officiellement mardi 21 mars, le 5e édition du festival de cinéma ibérique et latino-américain Ojo Loco n’hésite pas à devancer l’ouverture en multipliant les séances apéritives. Dernières en date : une décentralisation dans les salles associées de Vizille et La Mure avec la projection de Amama, Prix du public 2016, mais aussi Poesia sin Fin et Eva no duerme issus de la sélection 2017. Mais ce mardi à 20h15, la manifestation se lancera pour de bon du Méliès avec une avant-première : Kóblic, drame argentin de Sebastián Borensztein avec Ricardo Darín. Et comme de bien entendu, la soirée débutera par le traditionnel verre de l’amitié à 19h30. ¡Salud !

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Ojo Loco, les yeux ouverts sur l’Espagne

ECRANS | Après trois ans d’existence, le festival Ojo Loco s’impose comme un des rendez-vous cinématographiques importants de la saison. Avec, au milieu d’une pléthore de films passionnants venus de Cuba, d’Argentine, du Brésil ou du Pérou, un cinéma espagnol en pleine forme créative malgré la crise. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

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Aux derniers Goya, l’équivalent espagnol de nos César, deux films se tiraient la bourre dans la course aux récompenses finales : La Isla Minima (qui sortira en France sous le titre Marshland) et La Niña de fuego. Deux films de genre, l’un tirant vers le cinéma criminel, l’autre vers le thriller. Cela fait longtemps qu’on loue dans nos colonnes la force des cinéastes espagnols lorsqu’ils s’attaquent à des territoires squattés par les productions anglo-saxonnes, mais cette reconnaissance par les professionnels – ainsi que par le public, les deux films ayant été de gros succès au box-office national – montre que, loin de s’être commué en académisme ou en opportunisme commercial, le cinéma de genre "made in Spain" est encore en pleine effervescence. Et ce malgré la crise qui a touché le pays et, par voie de conséquence, le financement de son industrie cinématographique ainsi que sa distribution – nombre de salles ont fermé leurs portes ces dernières années. "Marshland" : un thriller post-franquiste Tandis que La Niña de fuego sera présenté en avant-première au festival Ojo Loco, Marshland fera l’événement au cours de

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De La Iglesia : l’Espagne à feu et à sang

ECRANS | Le festival de cinéma latino Ojo Loco se poursuit cette semaine, et trouvera un de ses points d’orgue au cours d’une nuit à la Cinémathèque consacrée au génial (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

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Le festival de cinéma latino Ojo Loco se poursuit cette semaine, et trouvera un de ses points d’orgue au cours d’une nuit à la Cinémathèque consacrée au génial Álex De La Iglesia. C’est l’autre grand cinéaste espagnol contemporain avec Pedro Almodovar – qui fut le producteur de ses premiers films – mais aussi son pendant geek et mal peigné, un auteur à fleur de peau qui ne cesse de renvoyer son pays à ses vieux démons. Sa première œuvre, Action mutante, est une pochade gore et rigolarde où un commando composé de handicapés physiques et mentaux viennent terroriser des bourgeois réfugiés dans une station spatiale : on y trouve, en version brute de décoffrage, toute la virulence politique que l’on reverra ensuite dans la plupart de ses films ultérieurs. De La Iglesia attaque le consumérisme effréné et le culte de l’argent comme dans Le Crime farpait (photo), où une grande surface façon Galeries Lafayette madrilènes s’apparente aux cercles de l’enfer dans La Divine comédie et où un vendeur

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Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

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Toulouse, Villeurbanne, Annecy : les festivals de cinéma latino ne manquent pas au printemps. Ojo Loco est donc le benjamin grenoblois de cette liste prestigieuse, puisqu’il n’en est qu’à sa deuxième édition. Pourtant, sa programmation n’a pas à rougir de la comparaison, au contraire… Dans ses filets, on trouve ainsi un florilège des meilleurs films espagnols et latino-américains sortis ces derniers temps (Gloria, Rêves d’or, No), des inédits à Grenoble (dont l’excellent Les Bruits de Recife) et des avant-premières fort excitantes. Parmi elles, on pointera le vénézuelien Pelo malo, présenté en séance de clôture – en revanche, on ne conseillera

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