Beni soit Żuławski !

Vincent Raymond | Mercredi 14 juillet 2021

Photo : ©Tamasa


Citoyen de l'éternité depuis cinq ans, le cinéaste du trouble est plus que jamais vivant grâce, notamment, à la publication de Une histoire orale d'Andrezj Zulawski, signé par Matthieu Rostac et notre brillant camarade François Cau chez Nitrate, mais aussi la réédition en coffret prestige Blu-ray 4K de Possession au Chat qui fume. Cela dit, si vous avez envie de redécouvrir sur grand écran les transes hallucinées d'Isabelle Adjani, sa folie contagieuse et destructrice mêlant frustration, fragilité et inquiétude, notez la date du jeudi 15 juillet sur votre calepin : le Maudit Festival programme au Club à 20h15 une séance spéciale de ce film-culte au charme vénéneux, toujours interdit au moins de 16 ans. Cauchemar finement ouvragé dans le décor violemment hostile du Berlin d'avant la réunification, Possession demeure d'actualité à l'époque de la surveillance généralisée ; il vous rendra même peut-être un tantinet paranoïaque. D'ailleurs, en le visionnant, demandez-vous si c'est vous qui regardez le film ou bien si c'est lui qui vous regarde…


Possession

De Andrzej Zulawski (Fr-All, 2h02) avec Isabelle Adjani, Sam Neill, Margit Carstensen...

De Andrzej Zulawski (Fr-All, 2h02) avec Isabelle Adjani, Sam Neill, Margit Carstensen...

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Rentrant d'un long voyage, Marc retrouve à Berlin sa femme Anna et son fils, Bob. Mais rapidement, il se rend compte que le comportement de sa femme a changé. Prise de violentes crises, elle quitte le domicile. L'amie du couple, Annie, révèle à Marc le nom de l'amant d'Anna, Heinrich. Lorsqu'elle disparaît, Marc engage un détective qui découvre bientôt qu'Anna s'est réfugiée dans une étrange demeure où semble se cacher une créature surgie des ténèbres...


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Possessions

ECRANS | D’Éric Guirado (Fr, 1h45) avec Jérémie Rénier, Julie Depardieu, Alexandra Lamy…

François Cau | Vendredi 2 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix, ainsi que son apparente entre deux conditions différentes. Le malentendu part de là : les différences entre les deux couples ne sont pas si tranchées que cela, et c’est bien le matérialisme dans lequel ils évoluent qui creuse le fossé. C’est la mise en scène qui le souligne, comme dans cette scène où le son et le montage tentent de saisir l’odeur délicate d’un parfum de luxe déclenchant la pulsion de convoitise. Si le film n’atteint pas toujours ce

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