"La Terre des hommes" : la ferme !

ECRANS | ★★★★☆ / Seule contre tous, une jeune agricultrice abusée et humiliée par ses "confrères" trouve la force de lutter pour le rétablissement de ses droits. Plus qu’un "me too" ou un "rape and revenge" en milieu rural, Naël Marandin signe un grand film universel admirablement photographié et porté par des comédiens investis.

Vincent Raymond | Mardi 24 août 2021

Photo : ©Diligence films


Un changement de génération se profile dans l'exploitation bourguignonne de Bernard : sa fille Constance s'apprête à reprendre l'élevage bovin avec son fiancé Bruno, en opérant une modernisation en accord avec les tendances du marché. L'entreprise étant en liquidation judiciaire, Constance compte sur le soutien de Sylvain, un ambitieux représentant agricole local. Mais celui-ci va profiter de son ascendant pour abuser d'elle. Rongée par la culpabilité du viol qu'elle a subi et craignant de fragiliser son projet, la jeune femme commence par se taire. Avant de déballer la vérité… et d'en subir les conséquences.

Si l'affiche d'un film est une promesse, celle de La Terre des hommes hisse la barre fort haut, avec sa distribution de prestige et la beauté lumineuse (sans maniérisme esthétisant) de son visuel. Le film s'avère à l'avenant, dans une vision contemporaine du monde paysan — c'est-à-dire dépoussiérée des clichés de catalogue à la Jean Sagols —, traitant des problématiques concrètes de celles et ceux qui nourrissent le monde, sans pour autant se priver de le faire avec une élégance formelle ne trahissant pas le sujet. Pourquoi faudrait-il “misérabiliser“ l'image pour faire plus dramatique ? Dans son triptyque Profils paysans, Depardon n'a jamais cherché à enlaidir son cadre pour dépeindre l'âpreté de l'existence. Au contraire, la grâce avec laquelle l'histoire est ici mise en scène et composée, sans nier ses enjeux dramatiques, témoigne d'une forme d'optimisme pour le combat de son héroïne.

Constance a pourtant à relever deux défis : celui d'être “seule femme dans un monde patriarcal“ (des difficultés similaires se percevaient dans l'excellent documentaire Jeune Bergère de Delphine Détrie évoquant le quotidien de l'éleveuse néo-rurale Stéphanie Maubé — devenue depuis maire de Lessay) ; et celui, connexe, d'être agressée sexuellement du fait de son genre. Il a fallu au cinéaste Naël Marandin de la subtilité pour éviter le confort du manichéisme, donc restituer les ambigüités du réel : Sylvain ne perçoit pas le crime qu'il a commis, Constance se cherche une co-responsabilité, les propriétaires terriens alentour déploient un instinct grégaire renforçant leur bestialité… Si cela sonne terriblement vrai, c'est grâce à l'interprétation tout en nuances physiques et psychologiques de Diane Rouxel et Jalil Lespert — que n'est-il pas davantage de ce côté de la caméra !

Des hommes… et des Hommes

Autre grande subtilité de ce film : s'arrêter quand Constance provoque (on ne dira pas comment) la chute de son bourreau et que, de brebis émissaire d'un troupeau de vieux mâles, elle passe à idole qu'on courtise pour s'en faire une alliée, voire l'emblème du renouveau de la profession et des institutions. Faut-il en déduire qu'une femme doit faire preuve d'une rouerie égale ou supérieure à celle d'un homme pour gagner l'estime et le respect de ces derniers ? Comme si un comportement fourbe, calculateur, lui tenait lieu de membre viril — ces messieurs devraient s'interroger sur cette lecture simili-freudienne…

On n'est pas loin du constat opéré par la regrettée Tonie Marshall dans son ultime Numéro Une, sur l'imperméabilité du monde des affaires (en particulier dans le CAC 40) et l'arrivée d'une femme à la tête d'une entreprise. Une sur quarante, donc… La fin de La Terre des hommes est ainsi le début d'une autre histoire, ou d'une Histoire à écrire : soit Constance adoptera les codes de ses anciens adversaires en “se fondant dans le moule”, soit elle fera évoluer les choses de l'intérieur pour que son monde rural devienne, enfin, une terre des Hommes. La nuance ne semble que typographique ; en réalité, elle est capitale.

★★★★☆ La Terre des hommes de Naël Marandin (Fr., 1h36) Avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert…


La terre des hommes

De Naël Marandin (Fr, 1h36) avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert...

De Naël Marandin (Fr, 1h36) avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert...

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Constance est fille d’agriculteur. Avec son fiancé, elle veut reprendre l’exploitation de son père et la sauver de la faillite. Pour cela, il faut s’agrandir, investir et s’imposer face aux grands exploitants qui se partagent la terre et le pouvoir. Battante, Constance obtient le soutien de l’un d’eux. Influent et charismatique, il tient leur avenir entre ses mains. Mais quand il impose son désir au milieu des négociations, Constance doit faire face à cette nouvelle violence.


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"L'Enfant rêvé" : graine de discorde

ECRANS | ★★☆☆☆ De Raphaël Jacoulot (Fr., 1h48) avec Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey…

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors à une foultitude de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone…

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"Le Dindon" : Feydeau-do

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr., 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac… Transposer une pièce de Feydeau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation de Jalil Lespert… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à "actualiser" ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide) mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposi

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"Exfiltrés" : services extérieurs

ECRANS | L’exfiltration d’une djihadiste française repentie et de son fils orchestrée en marge des services de l’État. Emmanuel Hamon signe un très convaincant premier long-métrage aux confins de l’espionnage, du thriller et de la géopolitique contemporaine.

Vincent Raymond | Lundi 4 mars 2019

Prétextant des vacances en Turquie, Faustine a fui vers la Syrie avec son fils, laissant son époux Sylvain mort d’inquiétude. Mais le fils du patron de Sylvain effectuant des missions humanitaires dans la région va entreprendre les recherches pour les localiser. Une chance dans leur malheur… On devrait rechercher une corrélation entre l’âge auquel les cinéastes réalisent leur premier long-métrage et le nombre de kilomètres (ou de pays) que leurs protagonistes avalent – Newton a bien établi que les corps s’attiraient mutuellement en proportion de leur masse et de l'inverse du carré de leur distance ! Toute plaisanterie à part, ce désir "d’ailleurs" coïncide souvent avec des thématiques très éloignées des préoccupations auto-centrées mobilisant le cortex des néo-auteurs, davantage enclins à considérer leur nid que le monde les entourant. Comme l’expérimenté scénariste Thomas Bidegain avant lui pour Les Cowboys (2015), Emmanuel Hamon a trouvé dans le maelström géopolitique contemporain (et tout particulièrement dans la séduction mortifère exe

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"Marche ou crève" : jusqu’au bout des limites

ECRANS | de Margaux Bonhomme (Fr, 1h25) avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Elisa vit avec son père et sa sœur Marion dont le handicap a eu raison du noyau familial : la mère, épuisée de s’en occuper et seule à militer pour un placement en institution, a préféré quitter la maison. Alors Elisa prend le relai de son père, au risque de sacrifier son avenir… La dédicace finale, « à ma sœur », laisse peu de doute sur l’inspiration de la réalisatrice Margaux Bonhomme, et sur la charge personnelle autant qu’affective pesant sur ce film. De fait, Marche ou crève déroule un schéma tristement banal dans la galaxie du handicap : nombreuses sont les familles à connaître une rupture, favorisée par la polarisation extrême suscitée par l’enfant réclamant une attention plus soutenue mais aussi résultant de l’accumulation de stress et de fatigue causée par l’absence de relais par des tiers – on parle là de conséquences privées et intimes d’une politique publique insuffisante. Ici, ni la mère, ni le père, ni la sœur ne veulent être soupçonnés de mal aimer Marion (ce que signifie le recours au placement en institution), et ils s’obstinent dans le dévouement sacerdotal jusqu’à un isolement mortifère. R

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"Le Poulain" : l’art de miser sur le bon cheval

ECRANS | de Mathieu Sapin (Fr., 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Étudiant surdiplômé, Arnaud (Finnegan Oldfield) se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale (Alexandra Lamy) à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle des sous-ca

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"Les Garçons sauvages" : fleurs du mâle et fruits de la passion

ECRANS | Arty, élégant (quel splendide noir et blanc) et un peu agaçant, ce premier long-métrage de Bertrand Mandico a tout du manifeste pour un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la "sensation physique" d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par une drôle de scientifique… L’île de la tentation d’une “elle” Reprenant l’imaginaire de Jules Verne (et son scientisme halluciné), le merv

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"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

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"Iris" : thriller mon œil !

ECRANS | de et avec Jalil Lespert (Fr., 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Pendant qu’un riche banquier d’affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l’affaire sent l’étau se resserrer. Mais s’il tombe, il ne sera pas le seul… Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d’Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d’un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s’autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n’a pas vraiment le métier ni l’originalité stylistique d’un De Palma pour proposer une variation inventive. Ici, c’est l’asepsie générale : voyeurisme réduit au minimum, lyrisme mélancolique en

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"Nocturama" : les bombes de la jeunesse par Bertrand Bonello

ECRANS | Après deux films en costumes ("L’Apollonide" et "Saint Laurent"), "Nocturama" signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cowboys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama, déjà écarté du Festival de Cannes, ne subira pas de sanction supplémentaire, au nom de la "préservation de l’ordre public". Car soustraire des yeux du

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long-métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée ("high school movie") est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes – voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” – ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architecture froide des banlieues pavillonnai

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The Smell of us

ECRANS | De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Smell of us

The Smell of us marque un brutal coup d’arrêt dans la carrière cinématographique de Larry Clark, jusqu’ici brillante. Pourtant, il n’y a a priori ici qu’une tentative de transposer ses obsessions dans le Paris d’aujourd’hui : l’adolescence, le skate, le sexe hédoniste et sans tabou… Mais d’un seul coup, tout sonne faux, pompeux et, disons-le mot, malsain. Car Clark, qui jusqu’ici avait réduit les adultes à des figures de parents dépassés ou irresponsables, se pique soudain de mettre en scène sa propre vieillesse et son attirance pour les jeunes gens à travers des séquences d’un voyeurisme embarrassant, où il s’agit avant tout de se rincer l’œil face aux torses imberbes et aux entrejambes de ses ados. Qu’un des personnages principaux s’adonne à la prostitution pour se payer ses doses de coke l’autorise à filmer des séquences assez abjectes, notamment celle où un vieux pervers lui suce goulûment les orteils. Quoique, tout cela est aussi parfaitement ridicule, les dialogues, partiellement improvisés par les comédiens, ressemblant à une parodie du langage djeun’s, et les différents supports (téléphones portables, internet) produisant une bouillie visuelle laide et p

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène  – seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme –, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté (l’Algérie coloniale, les clubs de jazz), anachronismes ridicules de l’autre (le défilé de 1971 sur de l’électro-pop) ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix off, sans parler d’une fin qui accélère les événements

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

François Cau | Vendredi 9 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brûlé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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