Marion Cotillard - Flore Vasseur : « On arrive à un point où on engage le processus vital »

Documentaire | Produit par Marion Cotillard, réalisé par Flore Vasseur, Bigger Than Us empile les témoignages de jeunes adultes porteurs d’initiatives citoyennes et/ou environnementales partout sur le globe. Un documentaire un peu trop lisse qui cependant donne l’occasion de s’emparer d’un sujet hélas brûlant : l’urgence d’agir. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

Photo : ©Jeanne Claudel


Le titre de votre documentaire est porteur d'une intéressante ambivalence : Bigger than us évoque à la fois la dimension tétanisante d'une entreprise dont l'immensité peut (ou doit) justement dynamiser, galvaniser le spectateur…

Flore Vasseur : C'est relativement assumé. D'habitude, j'ai toujours du mal à trouver les titres, et plutôt à la fin. Là, il nous est tombé dessus avant même le début. Je tournais autour des concepts de bigger than life — ces personnages souvent américains comme Martin Luther King, qui font des choses plus grandes que la vie. J'avais envie de parler du nous, pas d'être dans une dimension individualiste. C'était important aujourd'hui de montrer qu'on est “un seul”. Le titre est sorti, et je suis arrivé assez timidement devant Marion et Denis Carot [le coproducteur du film] et on a tout de suite cliqué en assumant le fait que ça voulait dire plein de choses différentes. C'est la magie d'un bon, d'un vrai titre, pour moi.

Et vous avez raison, le premier entendement, est que l'on est dans un constat d'impuissance face à des choses bien plus grandes que nous, avec le sentiment qu'on ne pourra rien faire. Mais il y a aussi cette idée d'une génération plus petite en âge mais plus grande en maturité ou en sagesse et qui a compris, qui a des clefs. Et puis — et je pourrais dérouler beaucoup — il y a cette idée que, quand la vraie raison pour laquelle on s'engage dans une action ou une cause, c'est que l'on répond à un appel plus grand que soi, qui vous dépasse totalement. C'est une dimension presque spirituelle qui nous anime.

Le film est une collection de “je” qui se dissolvent dans ce fameux “nous“ au profit du collectif. Comment parvient-on à renoncer au soi ?

Marion Cotillard : Je ne crois pas qu'on oublie d'être soi. On découvre quelque chose qui est du domaine de la connexion de nous, à nous, de nous aux autres, de nous à n'importe quelle forme de vivant, d'organique, de minéral. Et qu'à travers cette connexion, on se rapproche encore plus de soi.

FV : C'est d'ailleurs pour ça que chacune des personnes du film a démarré autour de 12 ans. Certains ont 25 ans aujourd'hui : ils ont passé la moitié, voire les deux-tiers de leur vie dans leur lutte. Ce sont des personnes dans un rapport au monde très très clivant. Il n'y a pas de dissolution de l'individu, il y a l'affirmation d'un rapport au monde très ancré, très personnel.

Chacun des protagonistes s'est trouvé un outil pour agir. Dans la mesure où ce film est né d'une interpellation de votre fils de 7 ans, peut-on dire que vous êtes, Flore, l'outil de votre fils ?

FV : (sourire) Je ne sais pas si je suis l'outil de mon fils, mais je suis contente de ne pas être l'outil d'un algorithme — donc tant mieux s'il m'a utilisée, c'est bien à cela que les parents servent.

Comment cette connexion entre vous s'est-elle faite ?

MC : Ce sont les mystères de l'amour et du coup de foudre. On s'est rencontrées autour d'un homme qui s'appelle Satish Kumar — un philosophe, écrivain, activiste et humaniste qui faisait des ateliers et donnait une conférence le temps d'un week-end. Je ne saurais même pas expliquer aujourd'hui ce qui a fait que, quand j'ai vu Flore, Il y a eu quelque chose d'évident : avant même qu'on s'adresse la parole, il y a une connexion profonde. On s'est rencontrées à un niveau au-delà de l'intellect.

On s'est reconnues, je crois. À ce moment-là, on ne savait pas qu'on allait se lancer dans cette aventure ensemble, mais au bout de ces deux jours, je suis repartie avec en moi une rencontre très puissante avec Flore. Je savais qu'on allait faire un bout de chemin ensemble ; j'ignorais comment, mais je savais qu'elle allait faire partie de ma vie et que j'allais faire partie de la sienne.

"Si à un moment donné on arrive, avec la technologie et la science, à survivre sur cette planète sans s'être remis à notre place dans la nature, je ne sais pas si j'ai très envie de vivre dans un monde d'intelligence artificielle et de transhumanisme."

Marion, cela fait pratiquement 20 ans que vous évoquez publiquement les questions environnementales. Aujourd'hui, alors que le sujet est omniprésent et que le temps manque presque, avez-vous encore une once d'espoir pour que la situation puisse progresser ?

MC : Oui, c'est vrai que la conscience humaine a besoin de temps pour grandir. Je rêve quelque part d'un saut quantique qui ferait que tout le monde prendrait conscience de l'urgence et se mettrait en action… Tous les humains qui ont eu ces questionnements, ces peurs, cette conscience, savent qu'on ne peut plus reculer devant la réalité, devant le constat de notre responsabilité, de notre impact. Tant d'alertes ont été sonnées !

Comme ce livre de Fairfield Osborn, La Planète au pillage, qui moi m'a bouleversée et terrifiée en même temps. À la fin des années 1940, il décrit la situation dans laquelle on est aujourd'hui. Ça a un côté vraiment terrifiant parce cette conscience était là, même si elle concernait un tout petit groupe d'hommes et de femmes.

Aujourd'hui, par rapport à l'urgence, je me suis détendue. C'est-à-dire que j'ai une confiance en l'humain même si des choses me font vraiment, vraiment peur. Je sens quand même qu'il y a une conscience qui s'élève sur les sujets environnementaux et sociaux : la révolution qu'on a vécue depuis quelques années, qui a pris ce nom de “mouvement #MeToo“ et s'est diffusée ; cette révolution féminine, humaine, de la jeunesse… Il y a vraiment quelque chose qui se passe. On arrive à un point où si l'équilibre est vraiment totalement rompu, on engage le processus vital. Et on a quand même un instinct de survie fondamental. Maintenant, est-ce qu'on va prendre les bonnes décisions ? On verra…

FV : Mais est-ce qu'on va laisser cet instinct de survie prendre le dessus ?

MC : On ne pourra pas s'appuyer sur la technologie et la science. On le peut pour beaucoup de choses, mais je pense qu'on a le devoir de regarder la nature dont on fait partie. Et de ne plus se séparer d'elle. En tout cas, si à un moment donné on arrive, avec la technologie et la science, à survivre sur cette planète sans s'être remis à notre place dans la nature, je ne sais pas si j'ai très envie de vivre dans un monde d'intelligence artificielle et de transhumanisme. Quand on est enfant, on a plus envie de courir dans un jardin que de regarder des arbres artificiels et de respirer dans une bulle. Maintenant, j'ai confiance et je me dis que cette connexion, on peut la retrouver.

Beaucoup de cinéastes se mobilisent en ce moment pour inciter à une prise de conscience citoyenne globale sur le sujet ; votre film a fait partie d'une sélection cannoise éphémère sur l'environnement. Ne faudrait-il pas une sélection permanente pour maintenir la pression ?

MC : La forme de l'imaginaire, c'est quelque chose de tellement puissant ! Effectivement, que les cinéastes s'emparent de cette histoire-là, d'écrire une histoire qui montrerait un monde dont on peut rêver, dans lequel on peut vivre en harmonie, ça peut être cinématographique parce que de toute façon cette dualité est en nous. Il y aura toujours un équilibre à trouver. On voit bien aujourd'hui à l'échelle de la planète qu'un très petit nombre de gens est totalement heureux, et totalement libre. Ça crée un vrai déséquilibre planétaire et humain. La force du cinéma, c'est aussi de faire rêver.

L'image peut servir à captiver, mais aussi à libérer…

MC : C'est plus que l'image, c'est aussi une philosophie, véhiculer une émotion et un questionnement philosophique.

FV : Et ça a toujours été le rôle du cinéma, et de la littérature, qui est plus mon milieu d'origine, de tenter de décrire, d'alerter, de révéler… Ce qui extraordinaire avec le cinéma c'est que l'émotion est décuplée. Tout est au service d'un propos, c'est parfait comme art.


Bigger than us

De Flore Vasseur (Fr, 1h36) documentaire

De Flore Vasseur (Fr, 1h36) documentaire

salles et horaires du film


Depuis 6 ans, Melati, 18 ans combat la pollution plastique qui ravage son pays l’Indonésie. Comme elle, une génération se lève pour réparer le monde. Partout, adolescents et jeunes adultes luttent pour les droits humains, le climat, la liberté d’expression, la justice sociale, l’accès à l’éducation ou l’alimentation. La dignité. Seuls contre tous, parfois au péril de leur vie et sécurité, ils protègent, dénoncent, soignent les autres. La Terre. Et ils changent tout. Melati part à leur rencontre à travers le globe. Elle veut comprendre comment tenir et poursuivre son action. Des favelas de Rio aux villages reculés du Malawi, des embarcations de fortune au large de l’île de Lesbos aux cérémonies amérindiennes dans les montagnes du Colorado, Rene, Mary, Xiu, Memory, Mohamad et Winnie nous révèlent un monde magnifique, celui du courage et de la joie, de l’engagement pour plus grand que soi. Alors que tout semble ou s’est effondré, cette jeunesse nous montre comment vivre. Et ce qu’être au monde, aujourd’hui, signifie.

Bigger than us n'est pas à  l'affiche à  GRENOBLE le mercredi 20 octobre
Bigger than us n'est pas à  l'affiche à  GRENOBLE le jeudi 21 octobre
Bigger than us n'est pas à  l'affiche à  GRENOBLE le vendredi 22 octobre
Bigger than us n'est pas à  l'affiche à  GRENOBLE le samedi 23 octobre
Bigger than us est à  l'affiche dans 1 salle le dimanche 24 octobre

Le Club

9 bis, rue Phalanstère 38000 Grenoble
(en V0) Dim 13h05
Bigger than us n'est pas à  l'affiche à  GRENOBLE le lundi 25 octobre
Bigger than us est à  l'affiche dans 1 salle le mardi 26 octobre

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
Mar 12h
CYCLE Festival du film pour enfants

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Les films de la quinzaine : La Voix d'Aïda, La Traversée, Tout s'est bien passé...

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Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

Les films de la quinzaine : La Voix d'Aïda, La Traversée, Tout s'est bien passé...

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Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret des Petits mouchoirs s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe "d’amis" aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certain·es de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants, ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs "blessures"

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"Gueule d’ange" : gueule de bois

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

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Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

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Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec "Rock'n'Roll" »

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Vincent Raymond | Mercredi 15 février 2017

Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine avec

Pourquoi ce film auto-réflexif sur votre métier et votre vie ? Guillaume Canet : Je voulais faire un truc sur l’image depuis longtemps, parce ce que quand on est très exposé, on entend énormément de choses. Ça m’amusait aussi de traiter un autre thème qu’un sujet boutique sur le cinéma ou la notoriété, en parlant du jeunisme et de la quarantaine chez l’homme. Aujourd’hui, on est très recentré sur soi : il faut être sain, avoir des cheveux (pas gris), on doit faire du sport, il y a une culpabilisation autour de la cigarette…. Je n’ai pas eu ma crise de la quarantaine, mais je l’ai faite à travers ce film. Comment avez-vous convaincu les autres (Yvan Attal, Johnny Hallyday, Kev Adams...) de jouer avec leur image ? Ils ont tous été séduits par cette autodérision, cet humour. Yvan Attal, par exemple, que ça faisait marrer que je me fasse appeler "M. Cotillard", m’a envoyé un message de bonne année signé "Yvan Gainsbourg". Lui aussi passe à travers

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"Rock’n’roll" : pas très subversif Monsieur Cotillard

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Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

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"Assassin’s Creed" : game over

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Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire – laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi, d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Badaboum Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile d

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

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Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Les liens de parenté recuits dans leur rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde de 1990 dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais cependant les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de tête-à-tête : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiche (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel) ; on la craignait comme un artifice obscène,

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Deux jours, une nuit

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Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Deux jours, une nuit

Lève toi et marche. Au premier plan de Deux jours, une nuit, Sandra (Marion Cotillard, formidable, se fond génialement dans l’univers des frères Dardenne, comme Cécile De France avant elle dans Le Gamin au vélo) émerge d’un sommeil médicamenteux et sort de son lit pour répondre au téléphone. C’est le film qui l’arrache de cette dépression dont on ne connaîtra jamais le motif mais qui est devenue la source de son malheur actuel : juste avant son retour de congé maladie, elle apprend qu’elle va perdre son emploi, le patron de son entreprise de panneaux solaires ayant choisi d’accorder une prime aux autres ouvriers contre le "départ" d’une des leurs. Décision cruelle à laquelle Sandra refuse de se plier ; avec son mari Manu (Fabrizio Rongione), elle va aller à leur rencontre, tentant de les convaincre un par un de revenir sur leur vote. Les frères Dardenne suivent donc à la trace leur héroïne, toujours en mouvement ; elle encaisse les coups, trébuche, tombe, se relève, repart à l’assaut et se recharge avec les quelques rayons de solidarité qui l

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués – d’un côté, Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur, restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre, Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa « famille »  –, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi sale o

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De rouille et d'os

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Aurélien Martinez | Lundi 21 mai 2012

De rouille et d'os

On se disait que le crescendo qu'a connu la carrière de Jacques Audiard ne pouvait que marquer le pas après cette bombe qu'était Un prophète. De fait, si De rouille et d'os ne reproduit pas l'effet de sidération du film précédent, c'est surtout par son abord plus modeste : pas de grande narration à épisodes, mais une structure classique, en trois actes ; pas de relecture d'un genre transmuté par la réalité des corps et des enjeux de la France contemporaine ; et pas d'apparition d'un acteur jusqu'ici inconnu, même si Matthias Schoenaerts, authentiquement génial, n'a connu qu'une gloire récente et limitée auprès du noyau dur de la cinéphilie avec Bullhead. Et pourtant, dans un cadre plus étroit, avec un sujet casse-gueule (la rencontre entre une dresseuse d'orques amputée des jambes et un agent de sécurité s'occupant tant bien que mal de son gamin de cinq ans), Audiard évite tous les écueils, prend des risques, pense tout en termes de mise en scène et finit par surp

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Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film prototype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

François Cau | Samedi 10 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonn

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