"Mourir peut attendre", un dernier James Bond pour Daniel Craig : mourir et laisser vivre

JAMES BOND | Sorti de sa retraite pour contrer une pandémie terroriste (et se venger de Blofeld), Bond se découvre de nouveaux ennemis… et des allié·es inattendu·es. Retardé depuis 18 mois, l’ultime épisode interprété par Daniel Craig clôt par un feu d’artifice inédit son cycle d’aventures dans la peau de l’agent britannique. Défense de spoiler !

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Photo : ©Universal International Pictures


Après avoir porté un sérieux coup à l'organisation criminelle Spectre et capturé son chef Ernst Stavro Blofeld, James Bond s'octroie une escapade italienne en compagnie de Madeleine Swann. Leur tête-à-tête romantique va être contrarié par plusieurs fantômes de leurs passés respectifs, les contraignant à une rupture brutale. Cinq ans plus tard, Bond est tiré de sa retraite par son ami Felix Leiter de la CIA, après qu'un savant russe retourné par le MI6 a été enlevé avec une redoutable arme biologique de sa confection…

Tourné et finalisé avant la pandémie, retardé à cause d'icelle, Mourir peut attendre traite donc d'une… pandémie. Ou du moins du combat de James Bond contre une puissance terroriste cherchant à déclencher une attaque bactériologique (pour faire simple) à l'échelle planétaire. Un argument réactualisant celui de Au Service Secret de Sa Majesté (1969) de Peter Hunt, lui-même produit au moment de l'épidémie de grippe de Hong Kong. La fatalité a de ces ironies… Seul épisode interprété par George Lazenby et Diana Rigg, Au Service Secret de Sa Majesté est sans doute le meilleur des Bond parce qu'il forme le pivot dramatique de la série — Bond se marie et perd son épouse en dix minutes —, scelle la fin des années 1960, est porté par une partition géniale d'un John Barry en état de grâce et une chanson d'anthologie de Louis Armstrong que l'on retrouve ici, We Have All The Time In The World. Ce n'est pas anodin…

Pour sa première incursion dans l'univers bondien, Cary Joji Fukunaga rompt avec l'approche “sensorielle” développée par Sam Mendes sur Skyfall et Spectre : à la froideur hivernale, métallique et nocturne des images de Hoyte van Hoytema succède la colorimétrie plus organique de Linus Sandgren. Quant au son, sa dimension subjective est enfin considérée — et rendue avec insistance. Montrer que le héros subit douloureusement l'épreuve assourdissante d'un blast, c'est aussi le renvoyer à ses limites physiques et compléter le portrait esquissé dans les épisodes précédents définissant ses frontières psychologiques ou affectives. Bref, le ravaler à sa singularité : une fragile condition humaine quand triomphent sur tous écrans d'insubmersibles mutants surhumains. Cela n'empêche pas Bond d'exceller dans les poursuites et combats, notamment le corps à corps en suivant une progression de jeu vidéo devant atteindre le boss final. On notera au passage que le villain de Mourir peut attendre, campé par Rami Malek, est certainement celui dont la présence à l'écran est proportionnellement la moins importante de toute la série. Et cependant la plus décisive car elle permet après vingt-cinq opus de continuer à innover.

Meurs un autre jour

À ses débuts, la franchise Bond a donné le tempo de la production cinématographique mondiale, créant des modes et gimmicks (le film d'espionnage, les génériques à tubes et les séquences pré-génériques ultra-travaillées, les gadgets, l'iconisation du héros etc.), avant de succomber au suivisme au tournant des années 1970. En préférant satisfaire aux goûts du public et le conforter dans ses habitudes, la série a longtemps vécu sur sa rente, flirtant parfois avec une auto-parodie presque gênante — rendue plus risible encore par d'authentiques spoofs tels qu'Austin Powers. Dans le même temps, de sérieux concurrents sur le segment action/espionnage (Mission : Impossible, Fast and Furious et autres Jason Bourne) l'ont contrainte à opérer une cure de jouvence pour éviter la banqueroute de la ringardise. Celle-ci coïncide avec l'arrivée en 2006 de Daniel Craig (quoi que l'on pense du choix du comédien) dans le smoking de 007 et surtout d'une relecture/récriture du personnage, en assumant de chambouler ses codes internes jusqu'alors intangibles.

Ni tout à fait suite des épisodes précédents (bien qu'il reprenne des personnages apparus précédemment et ne cesse d'adresser des clins d'oeil à la série matricielle), ni totalement reboot (alors qu'il refonde le passé et l'environnement du héros en profondeur), ce “cycle craiguien“ tranche radicalement en faisant de chaque film le complément des précédents, dessinant au bout du compte un serial autonome (et bouclé) en cinq volets à l'intérieur de la saga. Une continuité portée par un arc dramatique de plus en plus affirmé, trouvant dans le dénouement de Mourir peut attendre une apogée jamais atteinte depuis Au Service Secret de Sa Majesté auquel il se réfère volontiers, on l'a vu, et dont il constitue une manière de double inversé.

À nouveau principaux architectes de ce script, Neal Purvis et Robert Wade ont poussé l'audace à un cran supérieur en osant le réalisme, là où la tradition bondienne avait toujours refusé ce carcan, au risque de tomber dans des incohérences grand-guignolesques. Grâce à leur travail accompli durant quinze ans, le personnage aura en somme bénéficié d'une totale résurrection, et s'offre ici le final le plus spectaculaire (et imprévisible) de la série, distinguant à tout jamais Mourir peut attendre parmi les vingt-cinq aventures de 007 sous label EON productions. Il ne reste aux auteurs qu'à se remettre au travail rapidement, puisque comme le veut la coutume (qu'ils n'ont pas torpillée, celle-là) de fin de générique : James Bond reviendra…

★★★★☆ Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga (É.-U-G.-B., 2h43) avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Rami Malek…


Mourir peut attendre

De Cary Joji Fukunaga (EU, 2h43) avec Daniel Craig, Rami Malek, Léa Seydoux

De Cary Joji Fukunaga (EU, 2h43) avec Daniel Craig, Rami Malek, Léa Seydoux

salles et horaires du film


Bond a quitté les services secrets et coule des jours heureux en Jamaïque. Mais sa tranquillité est de courte durée car son vieil ami Felix Leiter de la CIA débarque pour solliciter son aide : il s'agit de sauver un scientifique qui vient d'être kidnappé. Mais la mission se révèle bien plus dangereuse que prévu et Bond se retrouve aux trousses d'un mystérieux ennemi détenant de redoutables armes technologiques…

Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 8 salles le mercredi 13 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
Mer 10h30, 14h30, 17h30, 20h30 - jeu 17h30 - sam, dim 13h45, 17h30, 20h30 - mar 14h30, 17h30, 20h30

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 9 salles le jeudi 14 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
(en V0) Jeu 19h40 - dim 19h45
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
Mer 10h30, 14h30, 17h30, 20h30 - jeu 17h30 - sam, dim 13h45, 17h30, 20h30 - mar 14h30, 17h30, 20h30

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 7 salles le vendredi 15 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 8 salles le samedi 16 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
Mer 10h30, 14h30, 17h30, 20h30 - jeu 17h30 - sam, dim 13h45, 17h30, 20h30 - mar 14h30, 17h30, 20h30

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 9 salles le dimanche 17 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
(en V0) Jeu 19h40 - dim 19h45
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
Mer 10h30, 14h30, 17h30, 20h30 - jeu 17h30 - sam, dim 13h45, 17h30, 20h30 - mar 14h30, 17h30, 20h30

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 7 salles le lundi 18 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

La Nef

18 boulevard Edouard Rey 38000 Grenoble
(en V0) 14h - 15h45 - 17h - 18h35 - 20h - 21h25
Mourir peut attendre est à  l'affiche dans 8 salles le mardi 19 octobre

Les 6 Rex

13 rue Saint-Jacques 38000 Grenoble
14h - 15h35 - 17h10 - 18h25 - 20h15 - 21h15

Pathé Chavant

21 boulevard Maréchal Liautey 38000 Grenoble
Mer, jeu, ven, sam 13h15, 16h, 17h45, 21h15 - dim 13h15, 16h15, 21h15 - lun, mar 13h15, 17h45, 21h15
(en V0) TLJS 14h15 - 16h45 - 19h15 sf dim 19h30 - 20h15

Pathé Échirolles

4 rue Albert Londres 38130 Échirolles
Mer, sam, dim 11h, 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h15 - jeu, ven, lun mar 13h, 15h30, 16h30, 18h, 20h, 21h
(en 3D) 4DX // Mer, sam, dim 10h45, 14h05, 17h30, 21h - jeu, ven, lun 14h05, 17h30, 21h - mar 14h05, 17h30

PASSrL Le Mail

15 rue du Mail 38500 Voiron
Mer 13h40, 17h10, 19h45 - jeu 13h40 - ven, lun, mar 13h40, 19h40 - sam 14h15, 18h, 19h50 - dim 10h40, 14h15, 16h15, 18h

Jeu de Paume

Square de la Révolution 38220 Vizille
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La Nef

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"Bohemian Rhapsody" : show must go on (malgré quelques fausses notes)

ECRANS | De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Vincent Raymond | Vendredi 26 octobre 2018

Sa vie n’avait certes rien d’une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu’il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi le réalisateur Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l’existence de Freddie Mercury. À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l’enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines (qu’il n’aura de cesse de dissimuler au long de sa vie) : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l’édification artisanale du morceau-titre du film, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle. No sex, we’re puritan Or c’est là où le bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambigüe. Singer le dépeint quasiment sous les traits d’un "hétérosexuel contrarié". En effet, les seules relations charnelles montrées à l’écran sont celles de Freddie avec sa première petite amie. Par la suite, il est vaguement émoustillé à

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"Kings" : Los Angeles, 1992

Historico-urbain | de Deniz Gamze Ergüven (Fr-ÉU, 1h32) avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker…

Vincent Raymond | Jeudi 5 avril 2018

Mère courage, Millie (Halle Berry) accueille sans compter tous les gamins à la rue. Si la tension est continue entre les forces de l’ordre et les habitants de son quartier de Los Angeles, la tenue du procès des policiers ayant tabassé le jeune Afro-américain Rodney King déclenche des émeutes. Et Millie a peur pour ses enfants… Le succès international de Mustang (2015) ayant ouvert grandes les frontières à sa réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, celle-ci a consenti à franchir l’Atlantique… sans pour autant succomber à l’appel des studios : projet personnel porté de longue date, Kings n’aurait sans doute pas correspondu, dans sa forme et son fond, aux critères hollywoodiens. Volontiers hybride avec ses surimpressions visuelles, ses inclusions d’images d’actualités, ses parenthèses lyriques, drolatiques ou abstraites venant éclater le réalisme contextuel, cette chronique chorale d’un quartier populaire rappelle la tension moite et revendicative des Spike Lee ou John Singleton d’antan, autant qu’elle évoque

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

ECRANS | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce du dramaturge français Jean-Luc Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Les liens de parenté recuits dans leur rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde de 1990 dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais cependant les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de tête-à-tête : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiche (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel) ; on la craignait comme un artifice obscène,

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007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle James Bond, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Lundi 9 novembre 2015

007 Spectre

De tous les "serials" modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelles que péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès – à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele – on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la

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La Vie en bleu

ECRANS | Pendant solaire de son précédent "Vénus Noire", "La Vie d’Adèle" est pour Abdellatif Kechiche l’opportunité de faire se rencontrer son sens du naturalisme avec un matériau romanesque qui emmène son cinéma vers de nouveaux horizons poétiques. Ce torrent émotionnel n’a pas volé sa Palme d’or. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 3 octobre 2013

La Vie en bleu

Ce serait l’histoire d’une fille de maintenant qui s’appellerait Adèle, qui irait au lycée, qui aimerait la littérature, qui vivrait chez des parents modestes, qui perdrait sa virginité avec un garçon de son âge, puis qui rencontrerait une autre fille plus âgée et plus cultivée qui s’appellerait Emma, avec qui elle vivrait une passion au long cours. Ce serait donc un film très français, un territoire que l’on connaît par cœur : celui du récit d’apprentissage et des émois sentimentaux. Mais La Vie d’Adèle, tout en suivant pas à pas ce programme, le déborde sans cesse et nous fait redécouvrir un genre comme si jamais on ne s’y était aventuré auparavant. Par quelle magie Abdellatif Kechiche y parvient-il ? D’abord grâce à une vertu qui, depuis trois films, est devenue cardinale dans son cinéma : la patience. Patience nécessaire pour voir surgir une vérité à l’écran, faire oublier que l’on regarde de la fiction et se sentir de plain-pied avec des personnages qui n’en sont plus à nos yeux. Cassavetes, Pialat, Stévenin y sont parvenus avant lui, mais Kechiche semble vouloir les dépasser en cherchant des espaces figuratifs que ceux-là n’ont pas osés – par pudeur ou par

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Grand central

ECRANS | Après "Belle épine", Rebecca Zlotowski affirme son désir de greffer le romanesque à la française sur des territoires encore inexplorés, comme ici un triangle amoureux dans le milieu des travailleurs du nucléaire. Encore imparfait, mais souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Grand central

Gary (Tahar Rahim, excellent comme jamais depuis Un prophète) est en quête de stabilité professionnelle après des années de jobs plus ou moins louches. Il atterrit dans la Drôme et intègre assez vite une équipe d’ouvriers travaillant au cœur des centrales nucléaires. La communauté, masculine, virile et solidaire, obéit à des règles draconiennes qui visent à éviter la contamination par la « dose » radioactive. La contagion, pour Gary, sera d’abord amoureuse : il croise un soir la femme d’un de ses collègues, Toni (prénom renoirien qui fait écho au cadre, curieusement bucolique, dans lequel vivent ces prolos du nucléaire, des mobile homes en bord de fleuve) et une passion physique va naître presque instantanément entre eux. C’est tout le projet de Rebecca Zlotowski : comme les courses de motos clandestines de Belle épine accompagnaient la quête existentielle de Léa Seydoux, le nucléaire est ici la toile de fond qui permet de renouveler un classique triangle amoureux, même si le scénario s’emploie à intriquer jusqu’à la folie les deux éléments, p

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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L’Enfant d’en haut

ECRANS | Sur la piste des frères Dardenne, Ursula Meier invente un récit où un gamin choisit de résoudre à sa manière, radicale, la fracture sociale. La fiction est pertinente, même si elle est rattrapée par un excès de scénario et quelques scories esthétiques. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 avril 2012

L’Enfant d’en haut

Action, action, action… La manière dont Ursula Meier filme son jeune héros Simon (Kacey Mottet-Klein, qu’elle retrouve trois ans après Home) commettant ses forfaits au début de L’Enfant d’en haut rappelle immédiatement le cinéma des frères Dardenne. La caméra colle aux basques de l’enfant, le montage enlève tout ce qui pourrait relever du temps mort ne conservant que ses gestes, méticuleux, pour arriver à ses fins : dérober dans une station de sport d’hiver les biens des nantis en vacances pour ensuite les rapporter «en bas», dans le HLM où il vit avec sa sœur (Léa Seydoux, débarrassée de tout apparat glamour, assez épatante), et organiser une lucrative économie parallèle. Meier ne juge pas Simon : laissé à l’abandon (pas de parents, une sœur qui vivote entre des petits boulots, un mec avec qui elle s’engueule régulièrement et des soirées d’alcool triste), cet enfant sauvage engagé dans une mécanique de débrouille et de survie est même une vraie source de fascination pour la cinéaste. Chef de famille malgré lui, ayant compris les règles du jeu social et refusant de s’y soumettre, Si

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Les Adieux à la Reine

ECRANS | À la fois crépuscule de la monarchie française et triangle amoureux entre la Reine, sa maîtresse et sa liseuse, le nouveau film de Benoît Jacquot réussit à secouer l’académisme qui le guette en se rapprochant au plus près du désir de ses personnages. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 mars 2012

Les Adieux à la Reine

Est-ce un hasard ou notre esprit obnubilé par la campagne électorale actuelle ? Toujours est-il que Les Adieux à la Reine trouve d’étranges échos avec l’époque contemporaine. Benoît Jacquot y raconte une fin de règne vieille de deux siècles, celle de Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi de leurs courtisans errant comme des spectres dans les couloirs de Versailles, en proie à l’effroi de perdre leurs privilèges, sinon leur vie. C’est une des réussites du film : sa capacité à matérialiser à l’écran un microcosme qui a depuis longtemps oublié que le reste du monde gronde juste derrière ses hauts murs, et qui perd toute contenance et distinction quand cet écho devient assourdissant. C’est la prise de la Bastille, et le cinéaste nous épargne les classiques : « Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution » ou « Qu’on leur donne de la brioche ». Adapté du roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine cherche à raconter l’histoire au présent, hors de tout regard rétrospectif. Sur la forme, ce n’est pas toujours gagnant : la caméra à l’épaule et les zooms démontrent une certaine paresse dans la mise en scène, les dialogues manquent souvent de

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du Millenium de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millenium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du plastique fondu s’interpénètrent et se mélangent à des câbles et des circuits électroniques. C’est beau, violent, furieux

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