Antonin Peretjatko : « Je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Entretien | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçue par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Photo : © Atelier de production / Orange Studio / Auvergne Rhône Alpes Cinéma


Était-il facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ?

Josiane Balasko: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable.

Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film…

Antonin Peretjatko : On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à savoir un intérieur un peu haussmannien, plus classique comme on peut s'y attendre dans la bourgeoisie. Elle contournait un peu le cliché de ce qu’on pouvait attendre et surtout sa coursive m’a très vite inspiré des idées de mise en scène. En plus, quand on a visité des immeubles haussmanniens, j’ai eu peur que finalement ça fasse pièce de théâtre — déjà qu’il y a beaucoup d’intérieurs. Jouer dans un décor baroque, assez extraordinaire, finalement, ça décalait vers le surréalisme. Mais après, pour être sûr que je n’étais pas complètement à côté de la plaque, je me suis quand même renseigné sur les hôtels particuliers parisiens : il y a bien ce genre de choses un peu étranges, à la fois gothiques et art déco, construits entre 1890 et 1900 — pas beaucoup, mais quelques-uns…

Vous avez également tourné au Parc de la Tête d’Or, mais aussi fait d’un bâtiment officiel le palais de Pinochet…

AP : J’espère qu’ils ne vont pas trop gueuler ! D’ailleurs, vous avez vu la tour Eiffel ? On l’a incrustée dans le paysage au fond de la Tête d’Or, quand Ava (Anaïs Demoustier) et son amant (William Leghbil) nagent dans le lac après leur dispute avec les Anglais...

Dans votre générique, très travaillé comme à l’accoutumée, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, coproductrice du film, est remerciée avec une gratitude insistante assez cocasse…

AP : Au départ, on m’avait dit « faut mettre la Région là, et puis ici, et puis là ». En 30 secondes, il fallait la mettre trois fois. Donc j’avais placé tout plein de logos Région et même mis en avant tous les lieux spécifiques, même le Festival de Clermont-Ferrand et le Festival Lumière ! Et puis on m’a fait comprendre que j’avais poussé le bouchon un peu trop loin et la production s’est autocensurée. C’est peut-être un regret aujourd’hui, j’aurais peut-être dû insister un peu plus…

Josiane, vous changez beaucoup d’univers en ce moment : Grâce à Dieu, Tralala

JB : C’est en fonction de ce qu’on me propose, comme tous les baladins. J’aime découvrir l’univers de metteurs en scène différents. Et puis… c’est parce que les autres actrices sont mortes (rires) « - Qui est-ce qui reste ? - Balasko, on n’a pas le choix ! » (rires) Cela tient aussi à l’évolution de ce que j’ai fait. Une pièce a beaucoup fait pour que les metteurs en scène s’intéressent à moi, La Femme rompue de Simone de Beauvoir, mise en scène par Hélène Fillières. D’un seul coup, ça a ouvert les horizons pour des gens qui ne pensaient pas forcément à moi.

AP : Justement, je l’avais vue dans Grâce à Dieu. C’est ça qui a fait le déclic : je me suis dit « C’est ça ! C’est génial, on y va ! ». Parce que du coup, je savais qu’elle pouvait aller dans la “kolossal finesse”.

Il y avait aussi Le Hérisson

AP : Ah ça, j’étais pas né (rires) ! En tout cas, l’envie de la faire jouer venait depuis assez longtemps. Mais jusque-là, je n’avais pas vraiment de rôle pour elle. Et là, je suis prêt à remettre le couvert dès que possible. Tant qu’il y a à manger…

JB : Ah ben il est très courageux (rires) !

AP : Vous avez vu ? Sur le tournage, je me faisais tancer sans arrêt…

Comme tout votre cinéma, ce film est à la fois burlesque et politique, très critique visi-à-vis de la situation sociale…

AP : C’est un film sur l'entre-soi déconnecté de la réalité. C’est pour ça que je filme les bidonvilles dans Paris. Tout à coup, le personnage d’Ava, qui vient d’un milieu modeste, se retrouve projeté un peu par chance, ou malchance, en tout cas par hasard, dans la haute société. Mais elle ne se révolte pas ; elle ne rentre pas chez elle en disant « Ouais, c’est pas normal ». Au contraire, elle se sent en sécurité. Elle essaie seulement d’échapper à l’emprise de la Reine Mère tout au long du film.

Entre La Loi de la jungle et La Pièce rapportée, il y a eu un court métrage, Panique au Sénat, une sorte d’utopie politique. Est-ce parce que l’histoire se suffisait à elle-même dans ce format ou bien c'est parce qu’il n’y avait pas de financement pour un long ?

AP : Le long a mis du temps à se mettre en place… Parfois, il y a d’autres propositions de producteurs qui se mettent en place entretemps plus ou moins opportunément. Après, pour Panique au Sénat, j’avais écrit un film prévu pour faire 20 minutes, mais je me suis effectivement demandé à un moment si ça ne valait pas le coup de l’adapter en long, en étoffant beaucoup le scénario. J’ai envie de tourner tout le temps ! Il y a un mois, j’ai tourné un court métrage de 25 minutes de zombies, pour tester des choses, pour rencontrer des comédiens et changer un petit peu de proposition cinématographique… Et pour ne pas rentrer dans un ronron.

Le choix de Floc’h pour l’affiche vient-il de vous ou d’une proposition qui vous a été faite ?

AP : Un peu des deux. J’ai toujours apprécié ses dessins. Quand on a eu l’opportunité de faire une affiche avec lui, quand le distributeur me l’a proposé, j’ai immédiatement accepté. Et ça été immédiatement bien vu : n’y a pas eu 15 allers-retours. Il est très fort. J’ai eu de la chance.

Dans son livre Sélection officielle, Thierry Frémaux reproduisait la désopilante lettre que vous lui aviez adressée pour le convaincre de prendre votre film à Cannes. Lui avez-vous de nouveau écrit depuis ?

AP : Ah ! Non, j’ai failli… Et puis bon voilà, je ne l’ai même pas fait. Quand j’y ai pensé, c’était trop tard pour la sélection à Cannes (plaisantant)... Il avait fait une grosse erreur en ne prenant pas La Loi de la Jungle : il disait que c’était trop franco-français — ce qui n’est pas mon avis…

★★★☆☆La Pièce Rapportée de Antonin Peretjatko (Fr. 1h27) avec Anaïs Demoustier, Philippe Katerine, Josiane Balasko…

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En salles : "La méthode Williams", "Lingui, les liens sacrés", "Animal"...

Théma | Le monde tourne en rond et sur lui-même. Quant à nous, nous hésitons entre l’arbre et la pirogue, laquelle nous permet de voguer vers un autre arbre voire, mieux, au cinéma voir des films parlant ou montrant des allers-retours…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

En salles :

Qu’est-ce que ça bouge sur les écrans ! Espérons toutefois conserver un peu de stabilité pour les films, certains sortant à la vitesse d’un service des sœurs Williams (207 km/h). Celles-ci sont justement au cœur de La Méthode Williams, biopic autorisé de Reinaldo Marcus Green (01/12) dans lequel Will Smith incarne leur père et coach Richard, promoteur d’une méthode destinée à faire dès le berceau de ses filles des championnes. La nécessité de créer des role models aux États-Unis, alliée au politiquement correct, abrasent les rugosités du personnage. Certes, il apparaît déterminé et doué d’une formidable vista, mais ses zones d’ombre avérées sont soit à peine évoquées, soit “arrangées” en extravagances de caractère. Dommage, car en instillant ces nuances dans le rôle, il y aurait eu davantage d’enjeu pour Will Smith. Et plus d’intér

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"Le Lion" : l’espion qui venait de l’asile

ECRANS | De Ludovic Colbeau-Justin (Fr., 1h35) avec Dany Boon, Philippe Katerine, Anne Serra…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, "le Lion", un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader… Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête : compte à rebours, poursuite, fuite etc. Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon – de plus en plus attiré par les emplois physiques – et Philippe Katerine — qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la

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Katerine à confesse

Pop | Retour en forme olympique d'un très grand Katerine, livrant avec Confessions sa complexité évangélique comme on s'offre entièrement. La Belle Électrique est promise à la renverse.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2020

Katerine à confesse

Allez donc le choper, le Katerine : réalisateur what the fuck (Peau de cochon) ; clown chez Gilles Lellouche et Éric Judor ou dans Le Lion aux côtés de Dany Boon, panouillant chez Claire Denis ou Jonathan Demme ; ancien roi confidentiel de l'easy-listening intronisé mangeur de banane ; chevauchant de concert avec Arielle Dombasle et Alkpote, The Herbaliser et Pink Martini ; reprenant M

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"Vous êtes jeunes, vous êtes beaux" : battling vieux

ECRANS | De Franchin Don (Fr., 1h40) avec Gérard Darmon, Josiane Balasko, Patrick Bouchitey…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

À 73 ans, Lucius (Gérard Darmon) se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre "vieux", il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona (Josiane Balasko), qui sait ? Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage de Franchin Don aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s’ajoute à un propos fort ainsi qu’à une interprétation solide. Or, si c’est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu’elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres, tout comme Patrick Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une "non-comédie" – et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n’aient pas l’imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards

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Philippe Katerine sera à la Belle électrique en février

Annonce | Ce n’est pas parce que notre panorama musique et spectacle vivant vient d'être publié que les annonces des salles s’arrêtent. La preuve : la Belle (...)

La rédaction | Jeudi 19 septembre 2019

Philippe Katerine sera à la Belle électrique en février

Ce n’est pas parce que notre panorama musique et spectacle vivant vient d'être publié que les annonces des salles s’arrêtent. La preuve : la Belle électrique nous a récemment informés qu’elle recevrait l’immense et bien barré Philippe Katerine samedi 1er février pour défendre Confessions, son dixième album à paraître en novembre (avec pas mal d'invités comme il l'explique dans la petite vidéo ci-dessous). Degré d’excitation extrême de notre côté. Du vôtre, ça vous laisse un peu de temps pour relire (et écouter) notre article « Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons » toujours disponible ici.

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"Yves" : robot après tous

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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Josiane Balasko sera samedi à la librairie Arthaud

Littérature | « Je me dis que c'est dommage que les Debout n'éprouvent pas les mêmes plaisirs que nous, au niveau de la truffe. De ce côté-là ils sont vraiment (...)

Aurélien Martinez | Mardi 5 mars 2019

Josiane Balasko sera samedi à la librairie Arthaud

« Je me dis que c'est dommage que les Debout n'éprouvent pas les mêmes plaisirs que nous, au niveau de la truffe. De ce côté-là ils sont vraiment handicapés. » Dans son recueil de nouvelles Jamaiplu (une référence à Edgar Allan Poe qu’elle explique dans le bouquin) sorti ce mois-ci, Josiane Balasko (oui, l’actrice que l’on a connue dans l'équipe du Splendid) se met dans la peau d’un chien. Et dans d’autres, comme celle d’une femme qui communiquent avec les animaux ou encore d’une réalisatrice embarquée dans une aventure sordide… Des récits qui, si l’écriture et le style n’ont rien de sensationnels, se suivent avec plaisir et tiennent en haleine. Et dont l’autrice viendra parler samedi 9 mars à 15h30 à la librairie grenobloise Arthaud. Soit l’occasion de pouvoir rencontrer une comédienne et réalisatrice à la palette plus large que l’image gouailleuse qu’on lui renvoie souvent. Et, tout simplement, un monument du cinéma populaire français.

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"Un beau soleil intérieur" : rayonnante Juliette Binoche pour éteinte Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr., 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand-chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du "what the fuck" revient au face-à-face final avec Depardieu jouant les médiums, balafré par le générique. Aucun plan ne montre les deux comédiens ensemble – m

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Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

Playlist | Depuis 25 ans, Philippe Katerine se promène dans le vaste monde de la chanson française, naviguant à sa marge tel un dadaïste pop tout en produisant par moments, et presque sans le faire exprès, de véritables tubes. Pour bien comprendre tout le génie qui se cache derrière le personnage fantasque, on remonte le fil de l’histoire en dix titres emblématiques de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mars 2017

Philippe Katerine, génial après tout : la preuve en dix chansons

1996 : Parlez-vous anglais Mr Katerine ? Après Les Mariages chinois, premier album qu’il enregistre tout seul dans son coin, et L'Éducation anglaise, deuxième tentative sur laquelle il ne chante carrément pas (c’est sa sœur et sa compagne de l’époque qui s’y collèrent), Phillipe Katerine publie en 1996 Mes mauvaises fréquentations, bijou qui lancera véritablement sa carrière. On perçoit déjà un côté gentiment décalé, à l’image de ce Parlez-vous anglais Mr Katerine ? très bossa-nova, même si le plus grand des voyants aurait bien eu du mal à prédire la voie (ou plutôt les voies) suivie(s) ensuite par Katerine. 1999 : Je vous emmerde Présent sur Les Créatures, album ambitieux enregistré avec la formation jazz et musique improvisée The Recyclers, ce morceau emmène Katerine sur un terrain qu’il va de plus en plus affectionner au fil des ans : celui de la chanson théâtrale, où la forme compte autant que le fond. Ici, c’est un Katerin

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Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Panorama rentrée 2017 | Les prochains mois, il y aura du bon, voire du très bon, à écouter dans les salles grenobloises et de l'agglo. On vous détaille nos coups de cœur.

La rédaction | Mardi 3 janvier 2017

Grenoble : les vingt concerts à ne pas louper entre janvier et mai

Yael Naim et le Quatuor Debussy À la faveur d'un concert exceptionnel à Lyon en 2015, Yael Naïm et le Quatuor Debussy (on ne présente plus ni l'un, ni l'autre) sont tombés en amour. D'où l'idée de prolonger cette expérience de manière plus durable et plus travaillée. La chanteuse et le quatuor baroque ont donc lancé une tournée qui revisite avec douceur – et les arrangements du Debussy – le répertoire passé et présent de la franco-israélienne. Grâce lumineuse et cordes sensibles garanties. À la Rampe (Échirolles) Jeu 12/01 et ven 13/01 _______ Camera Les années 1970 inspirent plus que jamais les artistes d'aujourd'hui et ce ne sont pas les Berlinois de Camera qui diront le contraire. Figure de proue de la renaissance du krautrock, ce genre tombé aux oubliettes pendant de longues années, le trio guitare-clavier-batterie n'a rien de conventionnel. Il épr

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"Hibou" : petit premier film pour Ramzy Bedia

ECRANS | de & avec Ramzy Bedia (Fr., 1h23) avec également Élodie Bouchez, Étienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence et finit par s’interroger sur sa propre existence ; alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc – l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia est un fidèle, se devine à chaque recoin, mais dans des dilutions homéopathiques. Car il ne suffit pas de convoquer des personnages aux mœurs saugrenues dans une ville d’Amérique du Nord ni se revendiquer Gondry pour signer un film d’avant-garde. Ici, les ruptures ne sont pas des ellipses, mais des trous dans un scénario bâclé ou mal bouclé, et la candeur trop appuyée pour être honnête. Son argument de départ tenant de l’anecdote

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"La Loi de la jungle" : et si c'était le succès surprise de l’été ?

ECRANS | Satire de la bureaucratie obstinée et stérile, film d’aventure burlesque, le second long-métrage d’Antonin Peretjatko est beau comme la rencontre de Jean-Luc Godard (première époque) et de Peter Sellers sur une piste de ski en Guyanne.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche – de rire – devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le "nonsense montypyt

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Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

ECRANS | Comment faire rire ? Ce casse-tête d’un jour pour les candidats au bac de philo est le lot quotidien du réalisateur Antonin Peretjatko, qui reçoit les félicitations du jury grâce à sa dernière copie – pardon, son nouveau film : "La Loi de la jungle". Interview.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

Est-il facile aujourd’hui de tourner une comédie à la fois burlesque et absurde comme La Loi de la jungle ? Les cinéastes contemporains semblent comme timides face à ce style, qui a jadis connu ses heures de gloire… Antonin Peretjatko : C’est effectivement de l’ordre de la timidité ou de l’autocensure. Faire des gags visuels est assez difficile, parce qu’aujourd’hui les scénarios sont financés par des lecteurs. Écrire quelque chose de visuel, c’est aussi délicat que décrire une peinture que vous allez faire ! Cela explique d’ailleurs pourquoi il y a autant d’adaptations de BD comiques : les dessins sont déjà là, et l’on peut plus aisément visualiser les potentiel comique du film. Quant aux livres où l’on éclate de rire, il y en a très peu, il faut remonter à Rabelais. Ensuite, la difficulté des gags visuels, c’est qu’ils peuvent avoir un impact sur le scénario et les personnages. Un gag n’est pas une science exacte, on n’est jamais sûr à 100% que cela fonction

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"Retour chez ma mère" : oh la bonne comédie !

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Vincent Raymond | Mardi 31 mai 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la "génération boomerang" humiliés par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d’autant plus réussi qu’il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire. Malgré les apparences, la mère n’y est pas qu’une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament – sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandre Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l’écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, elle retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante. Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l’ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Mais

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr., 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas Remi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue (ou vécue) par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mentions spéciales à la séquence de jérémiades sous-titrées et à la couette ornée de petites fraises.

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr., 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de non-sense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science-)fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé

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Mes héros

ECRANS | D’Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac…

Jerôme Dittmar | Lundi 10 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeu et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté de Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit cœur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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Quand le plomb devient or

MUSIQUES | On connaissait Philippe Katerine version années 90 début 2000, auteur compositeur français au talent certain qui livra plusieurs albums émaillés de petits (...)

François Cau | Jeudi 29 septembre 2011

Quand le plomb devient or

On connaissait Philippe Katerine version années 90 début 2000, auteur compositeur français au talent certain qui livra plusieurs albums émaillés de petits chefs-d’œuvre (Je vous emmerde, Mort à la poésie...). On rencontra ensuite le Philippe Katerine période collants roses et sa kyrielle de tubes pop à l’efficacité redoutable (Louxor j’adore, 100% VIP...) – notre homme poussant à l’extrême sa recherche de la ritournelle parfaite dans un dernier album-concept renfermant des morceaux courts, souvent répétitifs et entêtants (ce qui en agaça plus d’un). Et voilà maintenant que nous arrive un Philippe Katerine porte-drapeau de la variété française, façon La Chance aux chansons 2.0. Pendant un an, sur un site web spécifique, on a pu découvrir au fil des semaines cinquante-deux reprises de standards français (Capri c’est fini, Comme un avion sans ailes, L’idole des jeunes…) avec Katerine à la voix, et le groupe Francis et ses peintres à l’orchestration. Des reprises qui, souvent, emmènent l’original ailleurs : la fine équipe a ainsi déniaisé le Ne partons pas fâchés de Raphaël avec des chœurs enfa

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