Les sorties cinéma de la quinzaine

En salle | Les films qu'on a vus avant leur sortie, et ceux qu'on n'a pas (encore) vus... Revue de détail des deux prochaines semaines au cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Indispensables !

★★★★☆ Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson (É.-U, 2h13) avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn… En salle le 5 janvier

Critique à lire ici

★★★★☆ Twist à Bamako de Robert Guédiguian (Fr.-Can.-Sén., 2h) avec Alicia Da Luz Gomes, Stéphane Bak, Issaka Sawadogo… (05/01)

Juste après l'indépendance malienne, un responsable révolutionnaire chargé de porter la bonne parole socialiste dans les villages bambara s'éprend d'une jeune femme de son âge mariée de force. La romance va se heurter à la fatalité… Loin de sa géographie coutumière, Guédiguian tourne pourtant au plus près de son histoire et de sa jeunesse : dans un décor où les lendemains chantent et dansent sur les tubes des yéyés, avant de déchanter entre le marteau des idéologues et le pragmatisme de la réalité. Servi par une distribution impeccable, ce portrait groupe sur fond de décolonialisme rappelant le Lumumba de Raoul Peck (2000), montre (avec la même indignation que Jean Ferrat dans Le Bilan) comment le pouvoir peut hélas flétrir un idéal…

A voir

★★★☆☆ Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé (Fr.-Bel., 1h56) avec Daniel Auteuil, Gilles Lellouche, Sara Giraudeau… (12/01)

Paris, 1941. Un bijoutier juif se réfugie dans le sous-sol de sa boutique qu'il a confiée à son employé ; las ! ce dernier commence un double-jeu trouble avec l'occupant… Quelque part entre Le Dernier Métro, Monsieur Klein et Les Misérables version Lelouch (Claude), l'intrigue paie un peu trop son tribut au théâtre dont elle est issue. Du pain béni pour Lellouche (Gilles), dont le personnage de brave type se mue peu à peu en vil salaud collabo à force de renoncements et de compromissions ; ce sont pourtant Sara Giraudeau et Nikolai Kinski qui captent l'attention.

Interview de Fred Cavayé à lire ici

★★★☆☆Placés de Nessim Chikhaoui (Fr., 1h51) avec Shaïn Boumedine, Julie Depardieu, Philippe Rebbot… (12/01)

Sans boulot après avoir loupé le concours de Sciences-Po, Elias prend un job provisoire d'éducateur dans un foyer de jeunes. Contre toute attente, il va adorer les cas-soc'… Avant d'être scénariste des Tuche, Nessim Chikhaoui a été éduc' et ça se ressent dans cette chronique douce-amère d'une troupe d'âmes cabossées (encadrants et encadrés) conforme à la réalité du terrain. Le pendant en comédie à De toutes mes forces de Chad Chenouga, en aussi réussi.

A la rigueur

★★☆☆☆Jane par Charlotte de & avec Charlotte Gainsbourg (Fr., 1h30) avec également Jane Birkin (12/01)

Version actualisée du Jane B. par Agnès V., sauf que c'est par Charlotte G. Un family movie sympathique parce que Jane est une icône que tout le monde aime, mais anecdotique cinématographiquement.

On s'en passe

☆☆☆☆☆ Rosy de & avec Marine Barnérias (Fr., 1h26) (05/01)

On pourrait passer sous silence son existence. Mais c'est faire œuvre de salubrité publique que de détourner les spectateurs de cet abominable pseudo-documentaire où une étudiante en école de commerce se découvrant atteinte de sclérose en plaque réplique à la maladie en partant à l'autre bout du monde grâce aux dons de sa communauté de fans. La discordance est ici hurlante entre son discours (« je-recherche-l'intériorité-en-allant-humblement-à-la-rencontre-des-autres-et-de-l'ailleurs ») et les images de son ego-trip ultra nombriliste — une collection de selfies animés sur fond d'antipodes complétée par une auto-interview en gros plan face caméra. Puant l'exaltation de l'individualisme et l'héroïsation cosmétique, ce clip géant de promotion personnelle filmé à la truelle (étonnant pour une animatrice télé) tient en outre un discours ambigu sur le monde médical ; on espère que le monde du handicap (et de la SEP en particulier) en cruel manque de visibilité ne tombera pas dans le panneau en pensant qu'il est représenté par ce flyer opportuniste. Précisons que Marine Barnérias ne “paie” pas ici pour les délires complotistes de son père, réalisateur de Hold-up

Pas (encore) vus

05/01 : En attendant Bojangles de Régis Roinsard ; Marché noir d'Abbas Amini ; Mes frères et moi de Yohan Manca ; 355 de Simon Kinberg


12/01 : Scream de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett ; Cher Evan Hansen de Stephen Chbosky ; Ouistreham de Emmanuel Carrère ; Sans Toi de Sophie Guillemin ; La leçon d'Allemand de Christian Schwochow

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Charlotte Gainsbourg : « Ce qui m’intéressait, c’était voir sa peau, avoir un contact physique »

Interview | La fille de qui l’on sait et sa mère se livrent (et se délivrent) l’une l’autre dans un double portrait au miroir tenant autant de la catharsis que de l’apprivoisement mutuel, à la lisière timide du privé et du public. Rencontre avec Charlotte Gainsbourg.

Vincent Raymond | Mercredi 12 janvier 2022

Charlotte Gainsbourg : 
« Ce qui m’intéressait, c’était voir sa peau, avoir un contact physique »

Concrètement, comment en êtes-vous arrivée à ce dialogue ouvrant le film, au Japon, autour d’une tasse de thé avec votre mère ? Charlotte Gainsbourg : Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour démarrer. Je me suis d’abord adressée au producteur de mes clips. Du coup, c’était facile de mettre sur pied une équipe avec le chef op’ que je connaissais. Entre le temps où j’ai demandé à ma mère si l’idée pouvait la séduire et le fait d’aller au Japon pour que ça se concrétise, ce n’a pas été si long. Mais elle n’a pas aimé ce premier échange. Elle ne savait pas ce que je voulais faire ; moi-même je ne savais pas. J’avais mis au point une interview avec plein de questions en me disant qu’il fallait que je sois la plus sincère possible, que ce soit direct, intime et pas professionnel. Mais justement, c’était choquant pour elle d'avoir à

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Nessim Chikhaoui : « "Placés" met un visage sur des chiffres »

Interview | Retour à la case éducateur pour Nessim Chikhaoui. Pour son premier long métrage, le co-scénariste des Tuche et du Doudou fouille ses souvenirs et signe une comédie très ancrée dans la réalité sociale des maison d’accueil pour les mineurs et jeunes majeurs. Rencontre lors du Festival de Sarlat.

Vincent Raymond | Mercredi 12 janvier 2022

Nessim Chikhaoui : «

Qu’y a-t-il de personnel dans votre film ? Nessim Chikhaoui : J’ai été éducateur en MECS (maison d’enfance à caractère social) pendant 7 ans à Draveil, et ensuite 3 ans, en AEMO (aide éducative en milieu ouvert) où l’on suit des jeunes qui sont encore chez eux. Beaucoup de situations du film sont réelles et vécues, d’autres romancées. C’est important pour moi de montrer cet aspect du métier, qu’on ne voit pas forcément dans tous les documentaires. Bon, il manque quand même les assistantes sociales, les psychologues, mais je pouvais pas mettre tout le monde, donc on s’est concentré sur les éducateurs et les jeunes pour des raisons scénaristiques. Il y a déjà beaucoup de personnages. Pourquoi votre héros débarque-t-il dans ce milieu après avoir manqué le concours de Sciences-Po ? L’i

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Robert Guédiguian : « Je refuse de monter dans une voiture s'il n'y a pas Otis Redding ! »

Interview | Robert Guédiguian explore les premières années de l’indépendance malienne en compagnie de la jeunesse révolutionnaire du pays, partageant son temps entre le socialisme en journée et le twist dans les maquis la nuit. Une évocation plus qu’une reconstitution dans une tragédie politique et sentimentale. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 6 janvier 2022

Robert Guédiguian : « Je refuse de monter dans une voiture s'il n'y a pas Otis Redding ! »

Au générique de Twist à Bamako, vous rendez hommage à une grande figure de l’indépendance culturelle africaine, Malick Sidibé. Il y a d’ailleurs en permanence à l’arrière-plan du film un personnage de photographe qui immortalise la vie de la jeunesse… Robert Guédiguian : Sidibé collait complètement à son époque. Il était jeune, joyeux, révolutionnaire ; il a filmé — lapsus [sourire] — photographié essentiellement la jeunesse de Bamako en liesse partout : au bord de la plage, dans les clubs qui étaient à tous les carrefours (c’était la fête de la musique dans tout Bamako tous les soirs). Il a cru en ça, c’était un personnage très intéressant et très libre. Et c’est de ses photos qu’est parti le film. Il y avait eu une exposition à la Fondation Cartier en 2017, et aussi de grands tirages que j’avais vus dans la Gare de la Part-Dieu ; c’est ce qui a déclenché l’idée de fouiner dans cette période historique. Vous avez convoqué Gilles Taurand, votre complice habituel pour les films historiques… Il sait le faire ! Gilles est un int

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Fred Cavayé : « Je me suis un peu autocensuré pour ne pas tomber dans le plagiat »

Interview | Après y avoir déjà présenté en avant-première "Pour Elle" et "À bout portant", Fred Cavayé avait réservé l’exclusivité de son nouveau film "Adieu Monsieur Haffmann" au Festival de Sarlat. Bien lui en a pris : son drame se déroulant durant l’Occupation a remporté le Grand prix du public et le Prix d’interprétation pour Sara Giraudeau. Toujours prompt à parler fabrication, Fred Cavayé raconte l’histoire de ce film dans l’Histoire. Rencontre sarladaise…

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Fred Cavayé : « Je me suis un peu autocensuré pour ne pas tomber dans le plagiat »

Qu’est-ce qui vous a amené à aborder ce sujet et cette époque ? Fred Cavayé : Beaucoup de choses : l’envie date de très longtemps. Le point de départ, c’est un roman de Michel Audiard, La nuit, le jour et toutes les autres nuits, qui parle de la Libération et notamment des femmes qui se sont fait tondre. Les salauds sous l’Occupation, c’est un sujet qui avait été assez peu abordé. J’avais le souvenir de films comme Lacombe Lucien ou du formidable téléfilm Au bon beurre avec Roger Hanin. Alors quand Jean-Philippe Daguerre, l’auteur de la pièce Adieu Monsieur Haffmann, m’a envoyé le texte, je n’ai pas voulu le lire (je préférerais découvrir la pièce une fois montée), je m’en suis fait mon histoire avec le peu que j’en savais. Or sa pièce est ailleurs, en vérité, pas sur ce sujet-là. Comme j’ai la chance d’avoir de bons producteurs et d’être ami avec Jean-Philippe Daguerre de longue date, je leur ai proposé d’adapter d’une manière peut-être plus libre en faisant dévier

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"Vers la bataille" et "Si le vent tombe" : si loin, si proches

ECRANS | L’époque et la géographie les oppose, mais les protagonistes de "Vers la bataille" et de "Si le vent tombe" ont beaucoup en commun. À commencer par le fait d’être des Français temporairement expatriés et irrésistiblement attirés par le souffle de la guerre…

Vincent Raymond | Mercredi 26 mai 2021

La Guerre et ce qui s’ensuivit, écrivait Aragon. Quelle que soit l’âge du conflit, le déroulement sur le terrain est identique : les corps des belligérants (et des malheureux civils au mauvais endroit, au mauvais moment) finissent hachés par une pluie de boue et de mitraille, après avoir été laminés par l’angoisse d’être touchés. La raison commanderait de fuir à tout prix ces zones de haut péril, mais la raison, on la connaît, a parfois les siennes, hors de toute logique. Pour Louis dans Vers la bataille de Aurélien Vernhes-Lermusiaux, c’est d’aller photographier au plus près l’Expédition du Mexique de 1861 (et sa déroute) à la demande de l’armée française, histoire oublier la mort de son fis. Pour Alain dans Si le vent tombe de Nora Martirosyan, c’est d’aller observer de ses yeux cette ligne de front ayant justifié sa venue au Haut-Karabagh pour inspecter un aéroport afin de lui donner l’autorisation d’ouvrir ; cette même ligne de front exigeant que le rapport soit défavorables pour

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"Adieu Monsieur Haffmann" : au théâtre hier

Théâtre | Vendredi 25 janvier, la Vence scène de Saint-Égrève accueillera la pièce à succès de Jean-Philippe Daguerre. À guichets fermés, forcément.

Aurélien Martinez | Mardi 22 janvier 2019

Curieux comme un certain théâtre poli et, a priori, sans autre ambition que de proposer une belle histoire peut rencontrer un succès fou. Le spectacle Adieu Monsieur Haffmann appartient à cette catégorie. Soit l’une de ces pièces actuelles qui cartonnent (elle a remporté quatre Molières l’an passé, et il fallait réserver bien en amont si on voulait espérer la voir l’été dernier dans le Off du Festival d’Avignon) grâce à un subtil mélange entre théâtre contemporain (l’auteur et metteur en scène Jean-Philippe Daguerre est tout juste cinquantenaire) et spectacle de nature classique (il aurait aussi bien pu être créé aujourd’hui que, au pif, trente ans plus tôt). Sur scène, on est envoyés en 1942, période dramatique par excellence, face à Joseph Haffmann, bijoutier juif qui va être caché par son employé dans la cave de sa boutique contre un drôle de marché… Un manège à trois (il y a aussi la femme du "patron par intérim") va voir le jour jusqu’à que la menace (les Allemands) se rapproche (au sens littéral du terme) dangereusement. En 1h30, on se retrouve alors pris par l’intrigue de Jean-Philippe Daguerre, qui sait habilement dist

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"Carmen et Lola" : gitanes sans filtre

ECRANS | de Arantxa Echevarría (Esp, 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquence, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer rejet et violence, avec de surcroît – hélas – la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en arrière possible. Et dire qu’il y a trente ans en Espagne, Mecano chantait Mujer co

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"True places" : tracés mémoriels par Jeremy Wood

ARTS | Mécaniques ou humains, les pas de Jeremy Wood sont art. Muni d’un GPS, l’artiste londonien sillonne la ville et la campagne, afin d’esquisser une cartographie sensorielle intime ou collective, qui s’affiche actuellement au Vog de Fontaine. De sentiers en dameuses, il dévoile un nouvel espace et questionne le territoire avec finesse et poésie.

Charline Corubolo | Mardi 18 octobre 2016

S’étalant sur plusieurs mètres, l’œuvre Meridians se lit comme un manifeste préambule à la création de Jeremy Wood. Équipé d’un GSP, cet artiste londonien arpente depuis plus de quinze ans sa ville, celle des autres ainsi que les campagnes, et enregistre inlassablement ses déplacements. De satellites en traceurs, de nouveaux espaces se griffonnent sous les pas de ce marcheur infatigable. True places, exposition présentée au Vog, s’ouvre ainsi avec Meridians dévoilant une marche labyrinthique à travers Londres. L’artiste y inscrit un message le long du méridien de Greenwich grâce au tracé GSP, tout en (dé)montrant qu’il n’y a pas une seule façon de voir le monde. Car cette ligne de référence diffère de 100 mètres suivant les données, celles de l’outil numérique ou celles de l’armée. L'artiste marcheur ne se contente donc pas d’écrire un message à l’échelle du ciel, il interroge aussi nos lieux communs, ces Trues places en référence à l'auteur américain Herman Melville, genèse créatrice entre la littérature et la cartographie.

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