« Un exercice du regard »

ARTS | Rencontre avec Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble. Propos recueillis par AM

François Cau | Vendredi 6 mars 2009

Petit Bulletin : Ce n'est pas la première exposition française sur Richter ?
Guy Tosatto : Non, c'est même la cinquième dans un musée français. Mais c'est la première à ne se baser que sur les œuvres détenues par les institutions publiques françaises.

Ce qui offre un regard différent sur le travail de l'artiste…
Cet ensemble d'œuvres permet d'avoir à la fois une vision du travail de Richter dans sa diversité et en même temps, compte tenu de certaines œuvres et de certaines périodes qui ont été plus collectionnées que d'autres, l'exposition montre le regard que les Français ont porté sur Richter.

Les Français se sont notamment beaucoup intéressés au côté abstrait de l'artiste…
Oui, avec l'achat d'un certain type d'œuvres. On présente ainsi six monochromes gris dans l'exposition… sur vingt-quatre œuvres, ça fait beaucoup, et c'est assez significatif de cette approche très française de Richter.

Vous expliquez que son œuvre a longtemps été incomprise. C'est-à-dire ?
Comme il a plusieurs styles qu'il mène de front, on n'a pas saisi toute de suite les objectifs et la finalité de sa recherche, de sa démarche. C'est seulement à partir des années 80, lorsqu'on a pu avoir un recul d'une vingtaine d'années sur ses débuts, qu'on a compris qu'il y avait une dialectique à l'œuvre chez lui, où des choses très différentes coexistaient, qu'elles étaient là pour créer une sorte de synthèse sur la question de la peinture dans la relation à la représentation.

Vous avez élaboré une exposition très aérée…
Autant il y a certaines salles où il y a de véritables confrontations, dans d'autres on peut totalement être concentré sur l'œuvre qui est montrée. La peinture de Richter est vraiment un exercice du regard : comment faut-il voir la peinture ? qu'est ce qu'on y cherche ? Afin de trouver les meilleures conditions pour cette expérience, on a construit la logique de la sorte.

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Ivre de peinture et d'abstraction

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Ivre de peinture et d'abstraction

Un monochrome gris, un paysage de campagne, une toile des plus abstraites… En se baladant dans les différentes salles du musée pour cette exposition Richter en France, il y a de quoi rester pantois. Car l’œuvre du peintre contemporain allemand surprend et questionne par son foisonnement de styles. Pourtant, à y regarder de plus près, le travail de Richter occupe une place centrale dans l’histoire récente de l’art. Notre homme s’est ainsi posé de nombreuses questions sur la peinture et ses fonctions ; questions qu’il offre aux visiteurs par le biais de son œuvre. Quand on dispose des quelques clés nécessaires, ce cheminement peut s’avérer passionnant : il est donc impératif de se renseigner sur Richter avant de se rendre au musée, sous peine de passer à côté de l’exposition. Photo vs. peinture Première question posée par Richter dès ses débuts : celle de la représentation. Celui qui a toujours voulu « peindre comme un photographe » a réalisé de nombreuses toiles à partir de clichés. L’artiste accepte donc son époque faite d’images, mais désire ardemment ne pas rester spectateur de ce flot. La photographie devient alors un prétexte, comme l’était

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BIO. Gerhard Richter est l’un des artistes encore vivants les plus importants de notre époque. Celui qui cartonne régulièrement dans les records de vente sur les différents marchés de l’art est né en 1932, à Dresde. Mais le réalisme socialiste à l’œuvre en Allemagne de l’Est lors de ses études artistiques ne lui convient pas du tout. Il s’installe donc à 29 ans à l’Ouest, à Düsseldorf précisément, et peint la première œuvre de son catalogue un an après : ce sera Table, une peinture à l’huile réalisée d’après une vulgaire photo de presse. Mais à cette époque, la scène européenne est dominée par l’école de Paris et son abstraction informelle, qui tranche avec l’art de l’Est. Richter ne se retrouve pas non plus dans cette approche-là. Il sera alors ravi de découvrir le pop art américain, et sa critique de la société de consommation à partir de choses a priori banales. Par dérision, il se réclamera même le représentant du pop art allemand, mais n’en retiendra que l’utilisation de la photographie. En 1977, le Centre Pompidou lui consacre sa première exposition française. Les années 80 vont marquer le début de son ascension, sa réputation allant crescendo. C’est à partir de cette péri

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