« Juste une mise au point…

ARTS | Sur les plus belles images de ma ville », sur les expositions à voir pendant les vacances, avant qu’elles ne ferment pour toujours ? Oui, avec comme alléchant programme un zoom sur une œuvre présente dans chacune. Pas plus, pas moins : une mise au point. Laetitia Giry

François Cau | Vendredi 17 décembre 2010

L'origine du monde
Stephan Balkenhol : sculpteur allemand en perpétuelle quête de l'essence de la nature humaine. Sa technique : creuser le bois, le meurtrir à petits coups de marteaux, en faire émerger des figures simples et archétypales, révélatrices d'une forme de régularité dans l'humanité. Cette revisite de L'origine du monde (Gustave Courbet, 1866) s'organise sur deux plans : une reproduction du tableau d'origine en bas-relief, elle-même observée par la sculpture d'un homme. Le regard de ce dernier, interrogateur mais calme, redynamise à la fois la perception de cette toile et l'approche conceptuelle de l'œuvre de l'artiste. En agençant une véritable mise en scène – à ce titre, le positionnement des sculptures relèverait de la direction d'acteur, quand l'interaction entre les deux particules de l'œuvre serait la trame narrative – l'artiste profite de sa toute-puissance pour irradier d'un sens plus précis le reste de son travail. Et ce en posant la question latente, de fait, dans chaque sculpture visible dans cette exposition : que signifie le mystère de la vie humaine, et comment sommes-nous censés en supporter le silence ?Stephan Balkenhol
Jusqu'au 23 janvier 2011, au Musée de GrenobleEmmanuelle
Dans la famille de la jeune création italienne, on demande Santo Tolone. Père de cette nature morte contemporaine se jouant de toute une tradition et de ses codes, les redéfinissant avec malice et un brin de provocation délicieusement subtil. Car elles sont loin les jolies petites coupes de fruits bien sages : des rondes cerises d'un Fantin-Latour au XIXe siècle, aux pommes audacieusement cernées de noir d'un Cézanne au XXe. Le temps passe, l'Histoire de l'art aussi, et ce sont les normes qui trépassent. Cette nature morte impudique en est un flamboyant symptôme : la table de formica remplace la noblesse du bois, une coupe vulgairement commune devient plus digne récipient que la porcelaine de Limoges, la peinture cède son hégémonie à la reine photographie, et les fruits, que diable, se dénudent (ils sont pelés) ! D'ailleurs, sans être spécialiste du genre, le titre de l'œuvre, Emmanuelle, évoque sans grand doute un fameux film déconseillé aux moins de 16 ans : un brin de provocation disions-nous ? De l'intelligence artistique propre à créer du renouveau. L'œuvre nous semble à cet égard représentative de l'exposition et de la quarantaine d'autres œuvres proposées : modernes et malines.SI Sindrome Italiana
Jusqu'au 2 janvier 2011, au Magasin - CNACLa Tour Eiffel de Carin Goldberg
Cette toute choupinette Tour Eiffel peut s'admirer au Musée Géo-Charles, dans l'exposition The American Dream, consacrée à la graphiste new-yorkaise Carin Goldberg. Cette dernière aime à user et abuser des stéréotypes, jouant avec le sens attribué aux objets – qu'elle détourne à l'envi. Ce découpage/collage de la Tour Eiffel en une succession verticale d'étiquettes blanches à bord rouge (du type de celles que l'on utilise sur les cahiers d'écoliers) indique les mots « Cigarettes », « Sartre », « meat », « ART » et « Sex » : une bonne dose de clichés qui, empilés, prêtent à sourire et finissent par donner un aperçu de sa conception de la France, dans une mise en abyme à l'apparence grossière, mais dont le recoupage n'a finalement rien d'une moquerie.Mois du graphisme
Jusqu'au 30 janvier 2011, dans divers lieux à Echirolles (le Musée Géo-Charles, La Rampe et les Moulins de Villancourt).

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