Le temps suspendu

François Cau | Lundi 7 novembre 2011

Exposition / 2011 marque le dixième anniversaire de la disparition prématurée de l'artiste espagnol Juan Muñoz, auquel le Musée de Grenoble avait consacré une impressionnante exposition au printemps 2007. Au cours de l'Hommage rendu à cet esthète de l'inconfort, le visiteur pourra se confronter à une représentation volontairement parcellaire de son œuvre, clé d'entrée dans son univers. La première salle reprend l'une des installations parmi les plus marquantes de l'expo de 2007 : Hanging figure (After Degas). Inspirée d'une toile du peintre impressionniste, la sculpture d'un homme figé dans une pose relâchée, quasiment chorégraphique, remonte à la force de sa mâchoire un viscère s'échappant de son gosier (grâce à un mécanisme récemment restauré par le Musée). Tout repose sur le contraste entre la beauté immédiate de la sculpture, l'élégance de sa pose, et l'horreur de sa situation de Prométhée auto-anthropophage, condamné à recommencer inlassablement son ascension morbide après la remise à zéro du mécanisme. L'effet de sidération de cette pièce majeure fonctionne toujours autant… La seconde salle accueille une juxtaposition de dessins de bouches, dont l'accumulation crée un sentiment de vertige diffus mais bien présent. Enfin, la dernière œuvre voit une autre sculpture humaine soutenir un miroir avec son crâne – on peut y lire la transmission de l'artiste à ses publics, mais surtout ressentir sa responsabilisation du spectateur par son interpellation directe.
FC

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Leurs présences

ARTS | Installations, sculptures et un ensemble conséquent de dessins alternent dans ce trajet consacré à l’univers déstabilisant et puissant de Juan Muñoz, artiste espagnol disparu prématurément en 2001, à l’âge de 48 ans. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 4 avril 2007

Leurs présences

Si une incommunicable solitude émane des créatures sculptées ou dessinées de Juan Muñoz, c’est ce même sentiment qui peu a peu s’insinue en nous. Mais à ce sentiment d’isolement se greffe, tenace, celui de l’étrangeté : au bout d’un cheminement tortueux, intranquille, le spectateur devient l’intrus, le regardé, l’autre, le différent et peut-être le raillé. Une expérience marquante, sans doute, surtout que les personnages à la fois réalistes et totalement étranges de Muñoz jouissent d’une autonomie de vie inexplicable dans un temps éternel : la sensation de leur densité, de leur présence pèse encore en nous. De plus, la mise en espace imaginée pour cette exposition par le Musée de Grenoble est en adéquation avec le travail de l’artiste espagnol, et met le spectateur en perpétuelle relation avec ces figures. Mais, si l’on connaissait un peu plus les sculptures figuratives racontant une ou des histoires, la vraie découverte sera celle de ses dessins : 80 sont présentés entres les dix installations, enrichissant de leur force évocatrice, l’histoire des personnages sculptés. Les dessins réalisés à l’encre ou à la craie grasse, sont d’ailleurs autant les travaux préparatifs aux sculpt

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