La joie du graphisme

ARTS | Le mois du graphisme dure plus de deux mois… On le sait, ça peut paraître étrange, mais c’est comme ça ! La question serait plutôt : qu’est-ce que ce fameux mois propose ? Bribes de réponse ci-dessous, avec un focus sur la jolie exposition "Mariscal, la alegria de vivir". Laetitia Giry

Laetitia Giry | Lundi 19 novembre 2012

Si le Mois du graphisme annonce en pagaille des « expositions, conférences, rencontres, découvertes », force est de constater que les expositions constituent son point fort. Quelques conférences ou rencontres et quelques visites commentées sont prévues pour ceux qui ne voudraient pas être livrés à eux-mêmes lors des visites, mais ces moments sont distribués avec une parcimonie qui nous semble peu propice à créer un réel moment d'émulation autour de l'art du graphisme. Qu'importe. Cette année, l'accent est mis sur les créations latines. De l'Espagne à l'Amérique latine, le visiteur voyage dans un parcours à la cohérence inébranlable : de Cuba Grafica (affiches cubaines à l'artothèque Kateb Yacine), en passant par Nord-Sud, graphistes d'Europe et d'Amérique latine (aux Moulins de Villancourt), jusqu'à celle qui s'affiche clairement comme le clou du spectacle, Mariscal, la alegria de vivir (au musée Géo-Charles).

Joie de vivre

La liste n'est pas exhaustive, mais notre attention s'arrête sur cette dernière exposition. Javier Mariscal vit et travaille à Barcelone. Actif depuis l'effondrement de la dictature franquiste, il compte parmi ces audacieux Espagnols qui ont goûté et forcé la liberté post-franquiste avec délectation. Son trait est vif, alerte, il ne s'encombre pas de détails, et va droit au but. Dyslexique, Mariscal dessine depuis l'école. Avant d'être son métier, le dessin est sa façon de communiquer et interpréter le monde extérieur (ce qu'il fait aujourd'hui sur une tablette virtuelle avec une étonnante dextérité !). « J'ai toujours pensé qu'en dessinant tout ce qui m'entourait, j'arrivais à mieux comprendre le monde. Je prends quelques notes pour capturer les objets, la lumière et le mouvement, puis je les fige dans un cahier. » Figer est un bien grand mot. Car plus que figer les choses, il en redessine le pourtour pour les insérer dans la perception qu'il a d'elles. Ce qui donne finalement une œuvre aussi reconnaissable que mouvante.

Présent transgressif

Curieux et touche à tout qu'il est, on trouve dans son exposition des échantillons de ses diverses activités : sélection d'esquisses en noir et blanc, couvertures du New Yorker, logos ou encore dessins originaux ayant servi à la création du film d'animation Chico et Rita… Inscrit dans le présent, dans une forme de lutte incessante, Mariscal évoque avec malice sa participation à la communication des magasins H&M en Espagne. En apparence, on pourrait croire que l'artiste vend son âme au diable en contribuant à faire fonctionner une machine phare de la mondialisation et de la production de masse. Il ne voit lui que le côté démocratique de l'entreprise, qui permet au tout-venant de porter des habits de toutes sortes, et de pénétrer (pour ce qui concerne Barcelone) dans un palais autrefois fermé au public. Lieu qu'il envisage comme  « une église qui se serait transformée en cinéma porno ». De projet en projet, Mariscal ne semble ainsi tenir qu'à une chose : la transgression par le trait de crayon.

Mois du graphisme d'Échirolles, du 17 novembre au 31 janvier 2013.
Détails de la programmation dans l'agenda.


Mariscal, la alegria de vivir

Né en 1950 à Valencia, Mariscal vit et travaille à Barcelone depuis 1970. Son activité est pluridisciplinaire, dessin, peinture, sculpture, cinéma, architecture. Tout l’univers de Mariscal part du dessin. C’est son espace le plus intime, le plus personnel. C’est à partir du dessin qu’il construit son propre langage, interprète le monde, le transforme et le donne à voir. Il fait des grandes figures du monde de l’art une source d’inspiration ; sous la simplicité formelle se cache un profond travail de recherche. La spontanéité de sa création est plus apparente que réelle
Musée Géo-Charles 1 rue Géo-Charles Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Chico et Rita

ECRANS | De Fernando Trueba et Javier Mariscal (Es-GB, 1h34) animation

François Cau | Jeudi 30 juin 2011

Chico et Rita

Chico se remémore, au crépuscule de son existence, sa jeunesse à Cuba où, jeune pianiste talentueux, il fit la rencontre de Rita, chanteuse exceptionnelle, dont il tomba amoureux et avec qui il vécut une décevante aventure artistique aux Etats-Unis, avant de rentrer seul et oublié dans son pays natal. La bizarrerie de ce film cosigné par Fernando Trueba est son absence totale d’imagination et de surprise : jamais film d’animation n’aura paru si peu légitime dans sa démarche, tant son scénario et ses rebondissements sont ceux de n’importe quelle œuvre en prises de vue réelles. Certes, reconstituer Cuba et New-York dans les années 40 doit coûter une blinde ; certes, le graphisme est loin d’être moche. Mais cela ne suffit pas à sortir Chico et Rita d’une désagréable sensation de routine académique, amassant les clichés à la pelle sur le machisme latino, l’industrie du spectacle américain, la sexualité torride des cubains et tuant dans l’œuf l’émotion mélancolique qu’elle est censée produire à l’écran. Christophe Chabert

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