Coup de crayon

ARTS | « Du dessin ? En noir et blanc ? » Gommez vos préjugés ! Regroupant les œuvres d’une vingtaine d’artistes français et américains, "Pure Drawing", à découvrir au centre d'art Spacejunk, est de loin l’une des expos les plus vivifiantes du moment. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Lundi 7 janvier 2013

Photo : Singeon - Tapis poursuite


Longtemps considéré comme une sorte de "parent pauvre" de l'art, traité avec un mélange égal de compassion et de dédain, le dessin a, comme tant d'autres formes artistiques jugées mineures, tiré parti de ses contraintes techniques pour développer une créativité qu'on serait bien en peine de retrouver ailleurs. C'est du moins le constat qu'on est amenés à tirer au sortir de Pure Drawing, une exposition qui regroupe un vaste éventail de créations contemporaines d'une fraîcheur inégalée. Si la partie américaine, qui regroupe des artistes comme Dave Cooper, Chris Mars, Billy Norrby ou Nicola Verlato, fait surtout la démonstration des capacités techniques exceptionnelles d'artistes qu'on se réjouit déjà de retrouver dans des expositions ultérieures, la partie française, plus aventureuse, s'attache quant à elle à remettre en cause, non sans une certaine audace, un certain nombre de présupposés hâtifs.

« La recherche d'un langage pur »

« Un bon dessin, ce n'est pas forcément un dessin bien fait, c'est plutôt un dessin vrai, franc, qui raconte quelque chose » explique Morgan Navarro, commissaire d'exposition de la partie française de Pure Drawing. « Le but, ce n'est pas de bien dessiner, c'est de découvrir, d'explorer, de défricher… et dans cette optique, la technique peut vite devenir une barrière. La technique, c'est juste un outil. Est-ce qu'il faut vraiment maîtriser ses outils pour faire de l'art ? On n'en est plus là. Sinon, on serait tous des sous-Dennis Hopper… L'art pictural pur, je pense qu'on en a fait le tour. Ce qui réunit les artistes exposés, c'est avant tout des univers très personnels, et peut-être aussi un goût pour les codes, les références culturelles… ». Une vision commune, qui n'implique pas pour autant une similitude dans les parcours. « Si on doit parler de scène, alors c'est une scène composée d'une multitude de pôles : des artistes comme Jonathan Larabie, Singeon, Bapton ou Florence Dupré Latour viennent plus de la bande dessinée, Adrien Fregosi de la scène fanzine/micro-édition, les frères Boulard Le Fur ont un pied dans l'art contemporain, Amandine Urruty dans l'illustration, le graphisme, l'esthétique Low Brow… ». Une véritable constellation de talents à l'imagination débridée, l'énergie galvanisante, et l'irrévérence féroce, qu'on vous enjoint à découvrir sans plus attendre. « Tout ça en dessin ? En noir et blanc ? » Eh oui !

Pure Drawing, Grâce au Cerveau Droit
jusqu'au samedi 2 février à Spacejunk


Pure drawing - grâce au cerveau droit

Le dessin ne peut pas être réduit à un style ou à une simple pratique. Il tient du geste comme de la pensée. La partie droite de notre cerveau ne dira pas le contraire! Evanescence, suggestion, vision... il est pour les artistes un impératif. Cette exposition rassemble une vingtaine d'artistes qui vont vous dérouter, vous questionner, vous charmer, vous déranger peut-être, vous surprendre en tout cas
Spacejunk 19 rue Génissieu Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La BD, reine d’un jour

Festival | La très jeune association grenobloise BD Partage ne désarme pas : même si elle a dû réduire la voilure par rapport à ses ambitions premières, elle organise un événement consacré à la bande dessinée, samedi 19 juin. Plusieurs auteurs seront présents dans les locaux de l’ancienne chocolaterie Cémoi, au 12A de la rue Ampère.

Martin de Kerimel | Vendredi 18 juin 2021

La BD, reine d’un jour

Vous vous en souvenez peut-être : nous vous avions parlé d’eux en janvier l’année dernière, alors qu’ils venaient tout juste de lancer leur association. Les membres de BD Partage ont de la suite dans les idées et toujours l’intention de créer des événements autour de leur passion commune pour les bandes dessinées, comics et autres mangas. C’est vrai qu’au cœur de la crise sanitaire, on les avait un peu perdus de vue, mais samedi 19 juin pourrait enfin marquer l’heure des retrouvailles tant attendues. C’est en effet le jour retenu par l’asso pour organiser son festival annuel, le temps d’une journée. Une bonne occasion de mieux se faire connaître. « Neuf auteurs seront parmi nous, pour la plupart venus de Grenoble ou de l’agglomération, indique Christian Huberson, président de BD partage. Notre association est parrainée par Jean-Marc Rochette, mais il ne se déplace pas sur les festivals. Nous avons donc choisi Morgan Navarro comme invité d’honneur. Une rencontre est prévue pour permettre au public d'échanger avec lui ». Dédic

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Teddy Beat, troisième sexe

Bande dessinée | Troisième volet des aventures de l’ourson lubrique imaginé en 2011 par l’auteur grenoblois Morgan Navarro, Teddy Beat : Sex Change voit notre protagoniste changer de sexe dans le seul but d’expérimenter la jouissance féminine. Tout un programme… qu’on vous détaille avant la séance de dédicace de l’auteur ce jeudi 8 avril à la librairie Les Modernes.

Damien Grimbert | Mercredi 7 avril 2021

Teddy Beat, troisième sexe

C’est une période chargée pour Morgan Navarro : après les deux tomes de Ma vie de réac en 2016 et 2018, il sortait au printemps 2020 Stop Work (éditions Dargaud) en collaboration avec Jacky Schwartzmann qui posait un regard acerbe sur les mutations du monde de l’entreprise moderne, et Le Président (éditions Les Arènes) en collaboration avec Philippe Moreau-Chevrolet, dystopie politique qui imaginait l’accession à la Présidence de la République de Cyril Hanouna en 2022. Avec la sortie de Teddy Beat : Sex Change, on peut littéralement parler d’un triple retour : à son éditeur historique, Les Requins Marteaux, maison d’édition bordelaise spécialisée en bande dessinée alternative au sein de laquelle il avait fait ses premiers pas, à la géniale collection "érotico-comico-expérimentale

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« Une bonne métaphore de la société entière »

Rencontre - Morgan Navarro | C'est à l’occasion de la sortie de "Stop Work", sa première collaboration avec l’écrivain Jacky Schwartzmann, que l'on a rencontré l’auteur de bande dessinée grenoblois Morgan Navarro pour en savoir plus sur le processus qui avait donné naissance au projet.

Damien Grimbert | Mardi 7 juillet 2020

« Une bonne métaphore de la société entière »

Déjà riche d’une longue carrière et auteur d’un nombre de bandes dessinées pour le moins important (Flipper le flippé, Skateboard et vahinés, Cow-boy Moustache, Malcolm Foot, Teddy Beat, L’Endormeur, ou plus récemment les deux tomes de Ma vie de réac, pour ne citer que les principales), Morgan Navarro n’avait en revanche jamais travaillé avec un scénariste jusqu’à présent. C’est l’édition 2017 du Printemps du Livre de Grenoble qui va jouer le rôle de déclencheur en le réunissant à l’occasion d’une rencontre en public avec François Bégaudeau et… Jacky Schwartzmann : « En fait, j’ai lu son bouquin Mauvais coûts avant la rencontre, lui avait lu ma BD Ma vie de réac, et quand on s’est rencontrés, on s’est entendus instantanément parce qu’on avait le même humour un peu corrosif, à contrepied par rapport à l’époque… Après ça, on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on fasse une bande dessinée ensemble, et je crois qu’environ un an après, on a attaqué le scénario. » Rapidement, le duo nouvellement formé décide de prendre pour base de départ l’univers de Mauvais coûts : «J’aimais

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"La Belle peinture" : une bien belle équipe réunie à Spacejunk

ARTS | Avec "La Belle peinture", Spacejunk dévoile des grands noms de la peinture contemporaine œuvrant en plein pop surréalisme, pour une fresque picturale déroutante. Dix artistes s’affichent ainsi sur les murs du centre d’art grenoblois, entre classicisme esthétique et satire sociétale.

Charline Corubolo | Mercredi 20 septembre 2017

La nouvelle exposition collective du centre d’art Spacejunk est tapissée d’un doux paradoxe sémantique et plastique : intitulée La Belle peinture, elle présente dix artistes nord-américains pour qui la peinture classique sert de cheval de bataille, et qui proposent ainsi une critique contemporaine et un détournement des codes populaires par une touche pop surréaliste saisissante. Paradoxe car malgré la beauté technique de la picturalité, les sujets dépeints dressent un panorama ambigu où l’œil est attiré par la forme tout en étant quelque peu révulsé par des univers sombres, voire gores, fondus dans un glacis de quiétude. C’est, par exemple, avec le savoir-faire des peintres flamands du XVe siècle que Nicola Verlato démonte les icônes d’aujourd’hui via sa Madonna sculpturale ; tandis que Peter Ferguson dévoile des portraits satiriques à l’esthétique baroque. D’autres artistes conservent la pratique des grands maîtres classiques mais l’appliquent avec une modernité décalée, à l’image de la toile de Shwan Baber où les corps fusionnent avec nervosité dans la matière ou celle de Dan Witz

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Morgan Navarro : sa vie de réac

CONNAITRE | L'auteur de bande dessinée né à Grenoble dévoile ce mois-ci le tome 1 de "Ma vie de réac" (Éditions Dargaud), et c'est une réussite. Il viendra en parler jeudi à la librairie Les Modernes.

Damien Grimbert | Mardi 20 septembre 2016

Morgan Navarro : sa vie de réac

Ah, ce merveilleux climat actuel, où l’on vit tellement à couteaux tirés que la moindre réflexion anodine vous classera immédiatement parmi les "bobos neuneus bisounours bien-pensants" ou les "réactionnaires nauséabonds rappelant les heures les plus sombres de notre histoire" selon votre interlocuteur… Sommé, comme nous tous, de choisir son camp, Morgan Navarro, talentueux auteur de bandes dessinées grenoblois dont on a déjà vanté plus d’une fois les mérites dans ces pages, a donc tranché : oui, il fait partie des réacs, et qui plus est, il va nous raconter ça en détail, par le biais de son medium de prédilection. Libéré enfin du poids permanent de devoir se justifier, l’auteur va ainsi pouvoir nous livrer ses petites « réactions » quotidiennes ainsi que celles de ses interlocuteurs (et parfois contradicteurs) sur les sujets les plus divers. Le résultat est évidemment souvent très drôle, pointe fréquemment du doigt les raccourcis de pensée présents dans les deux camps, mais apporte surtout le bénéfice incommensurable de renvoyer tout un chacun à ses propres contradictions et d’amorcer ainsi la possibili

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Morgan Navarro au sommet avec "Miroirs Noirs"

CONNAITRE | Critique enthousiaste du tome 3 de la saga "L’Endormeur" de l’auteur de BD grenoblois Morgan Navarro paru aux éditions Delcourt.

Damien Grimbert | Mardi 28 juillet 2015

Morgan Navarro au sommet avec

Troisième et dernier volet d’une saga au long cours (L’Endormeur) entamée il y a maintenant trois ans par l’auteur de bandes dessinées grenoblois Morgan Navarro (dont on vous a déjà vanté plus d’une fois le talent ébouriffant), Miroirs Noirs conclut en beauté la quête éperdue de Merlin, jeune père de famille parti à la recherche de l’Endormeur auquel il a fait appel pour aider son fils à trouver le sommeil. Après avoir erré sans relâche aux confins des diverses contrées fantasmagoriques d’un univers parallèle et multiplié les rencontres avec des personnages aussi intrigants qu’étranges, Merlin va t-il enfin réussir à mettre la main sur le mystérieux individu qui a endormi son fils ? Alors que le deuxième tome de la saga nous avait passablement déboussolés, ce troisième acte résout vaillamment les différents arcs narratifs laissés jusqu’alors en suspens, sans jamais renier pour autant le foisonnant mélange de genres et de registres qui fait le sel de la série depuis ses débuts. Récit d’aventure réflexif, onirique, ambitieux, formidablement imaginatif et toujours drôle, L’Endormeur est une bande dessinée qui ne ressemble véritablement à aucune

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Aux frontières du réel

ARTS | Poursuivant sa fructueuse politique de mise en avant de nouvelles (micro-)scènes artistiques, le centre d’art Spacejunk s’intéresse avec sa nouvelle (...)

Damien Grimbert | Vendredi 5 avril 2013

Aux frontières du réel

Poursuivant sa fructueuse politique de mise en avant de nouvelles (micro-)scènes artistiques, le centre d’art Spacejunk s’intéresse avec sa nouvelle exposition The New Romantics à plusieurs artistes installés aux États-Unis réunis par un même amour de la peinture à l’huile, et des influences esthétiques empruntant, comme le nom de l’exposition l’indique, aux grands maîtres du romantisme pictural européen du XIXe. Si l’impression première laissée par les œuvres de Nicola Verlato, Martin Wittfooth, Billy Norrby et Jérôme Romain (photo) est évidemment liée à leur caractère majestueux et à leur incroyable exécution, on réalise cependant très vite que ces derniers s’inscrivent, en dignes héritiers de la mouvance pop surréaliste, dans un système de références tout ce qu’il y a de plus contemporain. On distingue ainsi chez Bill Norrby et Jérôme Romain des ambiances très cinématographiques, qui

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Noirs enchantements

ARTS | Associant les œuvres de deux artistes américains actuels (Chris Mars & Chet Zar) à celles du précurseur polonais Zdzislaw Beksinski, qui les a tous deux (...)

Damien Grimbert | Lundi 25 février 2013

Noirs enchantements

Associant les œuvres de deux artistes américains actuels (Chris Mars & Chet Zar) à celles du précurseur polonais Zdzislaw Beksinski, qui les a tous deux inspirés, la nouvelle exposition présentée dans les murs de Spacejunk constitue une belle introduction à l’univers encore méconnu du Dark Art. Influencé par les esthétiques gothiques et horrifiques, des courants comme le surréalisme et l’expressionnisme, la philosophie métaphysique ou encore le monde des rêves et particulièrement des cauchemars, ce mouvement artistique sombre et dérangeant n’a évidemment pas vocation à séduire tous les publics, mais retient néanmoins l’attention par son caractère hybride et non-consensuel. Essentiellement axé autour de portraits à l’exécution virtuose, qui ne devraient pas dépayser les amateurs de Tim Burton ou des premiers films de Caro et Jeunet, le travail de Chris Mars et Chet Zar ne manque certes pas d’atouts intrinsèques, mais rivalise néanmoins avec difficulté avec le pouvoir d’évocation incroyable des toiles de leur maître à penser Zdzislaw Beksinski. À la fois peintre, sculpteur et photographe, cet adepte du « réalisme fantastique » parcouru

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Bulles de Grenoble

CONNAITRE | Rentrée chargée pour les auteurs de bandes dessinées grenoblois : alors que Morgan Navarro dévoile enfin le premier tome de L’Endormeur, sa nouvelle saga (...)

Damien Grimbert | Lundi 17 septembre 2012

Bulles de Grenoble

Rentrée chargée pour les auteurs de bandes dessinées grenoblois : alors que Morgan Navarro dévoile enfin le premier tome de L’Endormeur, sa nouvelle saga d’aventure fantasmagorique chez Delcourt, Jonathan Larabie livre avec Front, sa première publication chez Les Requins Marteaux, une vision noire et ultra-réaliste du monde du travail. Deux approches aux antipodes, pourtant traversées par la même volonté de chahuter un peu les conventions de la bande dessinée indépendante. Retraçant la quête effrénée d’un père de famille perdu dans un monde onirique afin de trouver un moyen de réveiller son fils, L’Endormeur prolonge avec bonheur l’univers singulier de son auteur. Se réappropriant de façon ludique et audacieuse les codes narratifs propres au conte initiatique, Morgan Navarro y introduit une bonne dose d’intimisme, de modernité et de surréalisme, créant un récit perpétuellement surprenant où son imagination débordante semble seul maître à bord. Chronique acerbe et désabusée du quotidien d’un employé

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