De mur en mur

ARTS | Elles sont omniprésentes, mais l’homme n’y fait plus guère attention. Les lettres défilent quotidiennement sous nos yeux sans que l’on en saisisse la richesse plastique. La typographie est pourtant un art singulier, que Michel Bouvet et Anita Gallego mettent brillamment en lumière à travers une exposition entre photographies lumineuses et dessins efficaces. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Vendredi 13 décembre 2013

Photo : Michel Bouvet


En préambule de l'exposition Typographies parallèles, actuellement aux Moulins de Villancourt, Michel Bouvet précise qu'il n'est pas photographe, Anita Gallego qu'elle n'est pas typographe. Force est de constater que cela a peu d'importance tant les œuvres dévoilées fascinent par leurs plastiques et leurs messages. Un message en apparence simple, mais dont les deux artistes s'emparent pleinement pour lui redonner toute sa valeur.

En parcourant le globe, Michel Bouvet a été frappé par la diversité et l'harmonie typographiques qu'il existe dans les différentes villes du monde. L'affichiste photographie tous ces lettrages urbains à fin d'en dresser un inventaire artistique, directement en prise avec le contexte sociopolitique des lieux. Les clichés offrent des vues de rues et de bâtiments aux quatre coins de la Terre, sur lesquelles la typographie varie. Mais dans ce kaléidoscope de caractères foisonnants une logique apparaît : la même écriture est utilisée à travers les continents pour certains commerces, ou les alphabets sans serif sont privilégiés pour la propagande. Ce n'est pas seulement l'histoire du lettrage qui s'expose, mais aussi celle de notre siècle. Les œuvres deviennent le témoin d'un art populaire, par le prisme d'un regard photographique qui a su capter toute l'essence des pays.

Voyages écrits

Une force visuelle qui se dégage également des sérigraphies d'Anita Gallego. Car si son comparse aime l'objectif, elle préfère le dessin mais toujours avec cette volonté de magnifier la forme des mots. Aux côtés des images argentiques, des pages blanches envahies par du texte noir (de la typographie bâton à la calligraphie en passant par la plus fantaisiste) donnent à voir encore un peu plus les différentes identités nationales par la lettre. Dans ces espaces dessinés publicités, graffitis et panneaux s'entremêlent. Mais comme il est frustrant de ne commencer ce voyage typographique qu'à la fin des années 1980, Anita Gallego propose de le débuter dès les années 1950 à travers une collection de cartes postales, toujours sur la même variation.

Typographies parallèles, jusqu'au vendredi 31 janvier aux Moulins de Villancourt


Typographies parallèles

Typographie des rues dans 40 pays sur les 5 continents, photographies par Michel Bouvet + "Voyages typos", dessins d'Anita Gallego
Moulins de Villancourt 85 cours Saint-André Pont-de-Claix
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Michel Bouvet : « 1967 est en matière de musique ce que 1968 est à la politique »

Exposition | En se proposant d'étudier les rapports entre graphisme et musique, la foisonnante exposition "Pop music 1967-2017 : graphisme et musique" du Centre du graphisme d’Échirolles interroge à travers les décennies les évolutions des supports discographiques et de nos pratiques musicales depuis le boom pop de la fin des années 1960, comme nous l’explique le co-commissaire d’exposition Michel Bouvet.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 novembre 2017

Michel Bouvet : « 1967 est en matière de musique ce que 1968 est à la politique »

Si Michel Bouvet, graphiste et commissaire (avec Blanche Alméras) de l'exposition Pop music 1967-2017 : graphisme et musique a choisi 1967 comme point de départ, c'est d'abord, dit-il, parce que partant à rebours de 2017, « on se demande ce qu'il se passe cinquante ans avant ». Sauf que hasard ou coïncidence, 1967 correspond sans doute au climax de la culture pop et du rock. « 1967 est en matière de musique ce que 1968 est à la politique. 1967, c'est le summer of love de San Francisco, l'apogée du mouvement hippie et de sa concrétisation musicale, la première apparition publique de Jimi Hendrix, et la sortie de ce qui reste sans doute comme le meilleur album de tous les temps : Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, la galaxie pop est en fusion. » 1967, c'est aussi l'année de la sortie du premier album du Velvet Underground dont la pochette, ornée d'une banane devenue mondialement célèbre, est signée Andy Warhol. Pochette qui marque sans doute, avec Sgt. Pepper, la première coucherie avérée entre graphisme et musique. Ce que nuance toutefois Mich

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Grenoble ramène sa science

ACTUS | À l’occasion du festival Pint of Science organisé du 23 au 25 mai dans vingt villes françaises, on se demande où se pense la science à Grenoble. Echosciences, la Casemate, le projet des Grands Moulins de Villancourt… : on a trouvé plusieurs réponses prometteuses pour l’avenir.

Tiphaine Lachaise | Mardi 17 mai 2016

Grenoble ramène sa science

Au regard de l’agenda de la semaine, la culture scientifique ne saute pas forcément aux yeux à Grenoble et dans l’agglo, alors que la capitale des Alpes est réputée pour être à la pointe dans ce domaine. Un constat qui n’a pas effrayé Élise Delaforge, jeune docteure en biophysique qui a décidé d’importer l’événement Pint of Science à Grenoble : des rencontres avec des scientifiques autour de thèmes précis et dans un bar, pour désacraliser la chose. Le festival entame sa seconde édition grenobloise. « À Grenoble, les gens ont l’habitude d’être curieux » explique-t-elle. Un point de vue que partage Gilles Grand, des Cafés sciences et citoyens de l’agglomération grenobloise, même si selon lui il reste « une certaine défiance du public envers la science ». D’où son envie de « faire le lien entre les citoyens et les scientifiques ». Sur le même principe de rencontres, son association œuvre depuis 10 ans pour la vulgarisation et a su fédérer une communauté – « entre 40 et 80 personnes minimum à chacune de nos rencon

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Nous sommes tous des Tunisiens

ARTS | Composée de dessins satiriques, d’affiches au graphisme fort et de nécessaires recontextualisations, l’exposition itinérante Le Peuple Veut s’arrête aux Moulins de Villancourt pendant un mois, et offre aux visiteurs des points de vue singuliers sur la Révolution tunisienne. On est allés à la rencontre de deux de ses instigateurs, Raouf Karray, professeur des arts graphiques à Sfax, et Mohamed Guiga, graphiste à Tunis. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 25 novembre 2011

Nous sommes tous des Tunisiens

Quand vous est venue l’idée de cette exposition ?Raouf Karray : Le 15 janvier, le lendemain de la fuite de Ben Ali. On était soulagés, on a respiré et on a tout de suite eu l’idée en se concertant avec Mohamed et un ami graphiste français qui vit à Paris. On s’est dit qu’on allait lancer un appel sur Facebook, demander qu’on nous envoie des visuels de soutien et de participation à la révolution tunisienne – un dessin de presse, une caricature, une affiche, peu importe. On pensait qu’avec Internet, ça pouvait faire rapidement un effet boule de neige, et en une semaine, j’ai été bombardé de visuels extraordinaires, de blogueurs tunisiens mais aussi d’ailleurs. On s’est alors demandé que faire de toutes ces choses, et on a lancé un autre appel pour faire savoir qu’on avait ce contenu à disposition. On a eu des retours d’institutions, d’écoles partout dans le monde qui étaient intéressées pour faire une exposition. La France, l’Italie, la Belgique, l’Egypte, le Liban… il y a une liste d’attente énorme ! Parmi les propositions d’artistes tunisiens, avez-vous tout de suite senti une plus grande liberté d’expression ?

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Le masque et l'enclume

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François Cau | Vendredi 28 octobre 2011

Le masque et l'enclume

Exposition / Le sculpteur et peintre Jacques Durand, cinquante ans d’activité au compteur et un champ d’expérimentation très large, a souvent exposé dans l’agglo – il est installé à Saint-Paul-de-Varces. Les Moulins de Villancourt proposent ainsi de découvrir certaines de ses œuvres récentes. Car l’artiste est prolifique, comme en témoigne l’impressionnante collection de peintures (une cinquantaine) exposée. Des productions souvent abstraites, surprenantes par leur aspect charnel et l’énergie dégagée. Le travail sur la couleur, avec une utilisation très précise du blanc, renforce le magnétisme intrinsèque des tableaux. En parallèle, sont présentées une vingtaine d’enclumes détournées de leur usage traditionnel : là des seringues sont plantées à l’intérieur, ici des champignons la recouvrent… Une série ironique (notamment par l’utilisation de titres imagés), à découvrir jusqu’au mardi 8 novembre à Pont-de-Claix. AM

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Le serpent assume

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| Mercredi 2 mai 2007

Le serpent assume

Exposition / Les peintres Asger Jorn, Pierre Alechinsky, Karel Appel, Corneille, Constant (entre autres) et des poètes tels que Chrisitian Dotremont, Joseph Noiret appartiennent au mouvement Cobra fondé en 48 et qui s’achève 3 ans plus tard. Une vie courte, mais intense. Intensément libre. Puisque ce mouvement prend racine dans un désir de rupture et d’émancipation. En effet, les membres du mouvement prônent le travail en collectif et international qui plus est - CoBrA acronyme des lettres initiales Copenhague, Bruxelles, Amsterdam- ; ils sont en rupture avec le surréalisme jugé trop dogmatique ; ils travaillent la couleur, se rapprochant de l’Art Brut ; veulent désacraliser l’Art et expérimenter à tout va, en collaborant avec des poètes, écrivains, dramaturges. Au final, leur production réunit peintures, peintures-mots, film. Un mouvement d’avant-garde, aujourd’hui à tort, méconnu. Ainsi, aux Moulins de Villancourt, l’exposition Cobra et Cie rectifie un peu le tir. Lithographies, dessins, affiches, une soixantaine d’œuvres au total permettent de pénétrer cet univers tonique, quelque fois explosif et remuant. On retiendra, les dessins d’Asger Jorn, des figures pseudo humaines, des

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