Diego Zaccaria : « L'affiche devient sociologique »

ARTS | C'est l'un des auteurs de théâtre les plus connus de l'histoire. Si William Shakespeare, auteur de "Roméo et Juliette" ou encore "Macbeth", a raccroché la plume depuis maintenant 400 ans, il ne cesse pourtant d'inspirer les artistes d'aujourd'hui. Pour preuve : le Centre du graphisme d’Échirolles propose aux Moulins de Villancourt une exposition d'affiches de pièces de théâtre du maître. Rencontre avec Diego Zaccaria, le directeur du Centre, pour connaître toute l'histoire.

Charline Corubolo | Mardi 15 décembre 2015

Photo : Anke Feuchtenberger ("Othello")


2016 marque les 400 ans de la disparition de William Shakespeare. Vous avez décidé de célébrer cet anniversaire avec une exposition d'affiches...

Diego Zaccaria : C'est la mission du Centre du graphisme que de travailler sur les univers graphiques de manière générale, et sur la communication visuelle en particulier. On défend l'affiche non publicitaire, qui peut être porteuse d'éléments critiques, de débats et de discussions. Et, dans le domaine de l'image, l'affiche de théâtre a toujours été quelque chose de particulier, d'où notre exposition. Je savais qu'il y avait une matière graphique importante et intéressante qui s'inscrit dans l'espace public, tout comme le théâtre : ce sont deux vecteurs extrêmement populaires.

Quant à Shakespeare, il y a la portée même de son œuvre. Elle est considérable et reste actuelle dans la manière qu'il avait de traiter le pouvoir. Et elle a contribué à forger la légende d'une nation.

L'exposition permet donc une plongée dans l'univers shakespearien...

Le parcours a effectivement été pensé à partir de l'œuvre de Shakespeare, selon trois parties principales : les grands mythes théâtraux fictifs comme Hamlet ou Othello, les comédies et les drames historiques. Pour les drames, Shakespeare est allé puiser dans l'histoire de l'Écosse, de l'Angleterre, afin d'en extraire des personnages plus qu'une véritable histoire. Ce n'était pas un historien mais un homme de théâtre.

Par exemple, Richard III était probablement quelqu'un d'odieux mais il en a vraiment fait un personnage de théâtre, s'éloignant sans doute du coup de la réalité. En tant que dramaturge, son but n'était pas de respecter les événements mais de restituer quelque chose de l'Histoire qui traduit une période. Finalement, les affichistes font la même chose.

Car ce sont aussi eux qui sont au centre de l'exposition, et non seulement Shakespeare !

Effectivement. On a dû faire un travail important de réalisation pour les présenter car, parfois, les affiches des uns et des autres peuvent s'anéantir quand elles sont côte à côte. L'idée était de cheminer à travers un lieu et de découvrir ou de se remémorer des pièces de théâtre, d'avoir en regard la littérature et les affiches qui ont été produites pour.

Comme il y a plusieurs publics qui viennent, on cherche aussi à avoir un discours didactique, voire pédagogique. C'est pour cela qu'on apporte du commentaire, pour que ça ne soit pas seulement une succession d'images. On cherche à développer de l'esprit critique chez les enfants comme les adultes.

La Mégère apprivoisée, 1979, Grapus, France

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Le Centre du graphisme d’Échirolles sur orbite

Nouveau lieu | Dans les cartons depuis de nombreuses années, le Centre du graphisme d’Échirolles va officiellement voir le jour ce samedi 19 novembre, jour du lancement de la nouvelle édition du Mois du graphisme, pour mener des actions tout au long de l’année sur les arts graphiques.

Sandy Plas | Mardi 15 novembre 2016

Le Centre du graphisme d’Échirolles sur orbite

Avec ses trois salles d’exposition et ses deux autres dédiées au numérique et à la pratique artistique, le Centre du graphisme d’Échirolles fait figure d’exception dans le paysage culturel français. « Un seul autre centre similaire existe en France, à Chaumont » explique Diego Zaccaria, directeur adjoint des services d'Échirolles et directeur artistique du Centre du graphisme. Imaginé dès 1990 avec le lancement du Mois du graphisme, un évènement qui résonne aujourd’hui au-delà de l’Hexagone, ce projet de créer un espace permanent consacré au design graphique et aux arts visuels à Échirolles prend un nouveau tournant en 2004, quand un dossier est officiellement déposé auprès de la mairie. Douze ans plus tard, le Centre du graphisme a trouvé sa place dans les murs de l’ancienne mairie de la commune. « Le fait d’avoir désormais un lieu nous permet de sortir de la logique évènementiel du Mois du graphisme, en menant tout au long de l’année un travail pédagogique, avec les écoles, avec les associations et avec la population dans son ensemble. Le centre va également permettre de s’adresser aux professionnels et aux étudiants en

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Shakespeare s'affiche

ARTS | Zoom sur l'exposition du Centre du graphisme d'Échirolles à l'affiche jusqu'à fin janvier.

Charline Corubolo | Mardi 15 décembre 2015

Shakespeare s'affiche

Afficher ou ne pas afficher, la question ne se pose pas aux Moulins de Villancourt. Car c'est en grand que William Shakespeare s'affiche sur les murs grâce au talent d'une quarantaine de graphistes. Une exposition réalisée à l'occasion des 400 ans de la disparition de l'auteur, dont l’œuvre littéraire foisonnante est autant source d'inspiration pour le théâtre que pour l'image. Pensée par le Centre du graphisme d’Échirolles, Shakespeare à la folie, affiches internationales dévoile des créations réalisées durant les dernières décennies pour la représentation des pièces écrites par le dramaturge. Plus qu'une plongée au cœur du mot, l'exposition s'avère être une véritable plongée au cœur du signe, manié avec créativité et justesse par des graphistes français mais aussi polonais ou encore finlandais, d’aujourd’hui ou en activité dans les années 1970. Découpé en trois sections selon l’œuvre de Shakespeare (les comédies, les drames et les grands faits historiques), le parcours met en regard des styles et des messages très différents. Tout en se complétant, les oppositions graphiques sont saisissantes, passant d'un découpage d'une épure prégnante à une illu

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Les temps forts de la saison

ARTS | Une sélection à base de Musée de Grenoble, de Spacejunk, de Musée Géo-Charles, de Moulins de Villancourt, de Muséum ou encore de Casemate.

Charline Corubolo | Samedi 3 octobre 2015

Les temps forts de la saison

Derrière l’artiste, la femme au Musée de Grenoble Affirmer que l’art n’a pas de sexe serait remettre en cause la construction même de nos sociétés établies depuis des siècles sur un rapport de force du masculin sur le féminin. Bien que ce schéma ancestral tende à s’estomper, des fragments entiers de l’histoire de l’art ont été marqués par cette dominance au point de gommer certaines influences majeures. Il paraît bien sûr absurde d’affirmer qu’un art puisse être masculin ou un autre féminin (encore que cette thèse demeure point de discorde et de débats à approfondir), l’évidence est pourtant faite depuis plusieurs années que la lutte des sexes a bien eu lieu au sein de l’art et que, trop souvent, les artistes féminines ont été relayées au second plan. C’est ainsi que la saison 2015-2016 du Musée de Grenoble s’attache à offrir une relecture de l’art selon la conception féminine avec deux expositions dédiées aux femmes programmées de manière fortuite, mais dont la coïncidence permet un programme riche autant sur le plan plastique que sur celui de la réflexion délicate de la « femme-artiste ». Georgia O’Keeffe, peintre américaine du début d

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