Photo obsession franco-italienne

ARTS | Les Rencontres franco-italiennes de la photographie amorcées le mois dernier se poursuivent brillamment jusqu'à la fin octobre avec une programmation off. L'assocation Surexpose qui les porte, en étroite collaboration avec l'Italie, met en lumière le talent photographique d'artistes italiens dans six lieux du centre-ville de Grenoble. Place aux présentations.

Charline Corubolo | Mardi 18 octobre 2016

Photo : Raffaele Montepaone


Ugo Panella, regards d'Afghânes

Plus qu'un photoreportage, Ugo Panella donne à voir dans ses images, à la portée documentaire, la force et la douceur des femmes, par qui le changement semble aujourd'hui possible en Afghanistan. Les photographies qui s'affichent sur les murs de la galerie la Vina prennent naissance dans cette rencontre humaine. S'intéressant pour cette série au micro-crédit qui permet à certaines femmes de s'en sortir, l'artiste saisit le quotidien à travers un regard, un sourire furtif, sur le visage de plusieurs générations féminines. Un portrait symbolique lumineux, tel un faisceau d'espoir.

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Raffaele Montepaone, la pureté magnifiée

De ses images en noir et blanc emplies de pureté émane une fascination envoûtante. Exposé à la galerie Ex Nihilo, Raffaele Montepaone dévoile une série consacrée à des Italiennes vivant dans le sud du pays, presque toutes centenaires, pour raconter leur histoire avec poésie et finesse à travers le détail. Ce détail se loge dans le temps, qui marque les mains, les cœurs et les visages. Joyeux ou mélancoliques, les portraits sont chargés d'une authenticité qui, au-delà d'une certaine vision anthropologique d'une Italie d'hier, révèle une intimité touchante et la réelle beauté de l'être.

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Claudio Argentiero, paysages oniriques

Pour mettre en lumière les éléments qui échappent à notre œil, Claudio Argentiero utilise l'infrarouge. Ses photographies sont ainsi habillées d'un étrange voile irréelle qui met en exergue les détails des paysages par de forts contrastes en noir et blanc. Un blanc immaculé, dont la charge onirique est renforcée par le lieu d'exposition qu'est la maison natale de Stendhal. De végétations cotonneuses en eau sombre, le photographe documente le lac Majeur (Italie) à travers des compositions soignées où le silence se fait lumineux. Une vision romantique de la nature, dans laquelle l'homme devient spectre et l'imperceptible évident.

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Mario Vidor, grain de la poudre

Dans l'enceinte de la galerie Pygmaphore, la poudre blanche semble bruisser sous l'objectif de Mario Vidor. Dévoilant des sommets enneigés de l'Italie, la série comporte quelques inégalités compensées par certaines images qui démontrent l'œil aiguisé du photographe. À l'instar des clichés envahis d'un manteau poudreux où seules quelques lignes dessinent le relief. Le grain de la neige devient minimalisme, tout comme le grain photographique octroie une esthétique picturale à l'image. Un style proche de la peinture romantique qui s'exprime avec légèreté, comme lorsque les nuages effleurent les sommets.

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Giovanni Sesia, photographie renaissante

Oscillant entre la photographie et la peinture, l'œuvre de Giovanni Sesia est marquée par des accents stylistiques semblables à ceux de la Renaissance. Une esthétique particulière, qui s'éloigne de la photographie pure pour un regard moins abouti, mais qui saura indéniablement conquérir les amateurs d'une imagerie romantico-dramatique. S'intéressant aux milieux psychiatriques, il présente à la galerie l'Art et la Raison une série sombre où se succèdent visages, draps et fleurs, comme autant de natures mortes réactualisées par une photographie picturale. Une approche du médium propre à l'artiste, qui octroie une charge troublante à ses images.

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Il bel paese, réunion italienne

La Maison de l'International se présente comme une synthèse, formelle et sémantique, de ces Rencontres Franco-Italiennes de la photographie. Titre du livre dont les photographies sont extraites, l'exposition Il Bel Paese parle de l'Italie et de ses difficultés sociales, mais aussi de la beauté, de la nature et de l'homme, qui habitent ce pays. On y retrouve les photographies de Raffaele Montepaone, Mario Vidor et celles de Claudio Argentiero, mais également le noir et blanc anthropologique de Virgilio Carnisio, les marionnettes authentiques d'Alessia Recupero, et Les îles Pelagie de Giuseppe Cozzi où les éclats colorés se confrontent à la question migratoire. Une sélection fine et séduisante, pour un tour d'Italie photographique réussi.

Off des Rencontres franco-italiennes de la photographie
Dans divers lieux à Grenoble, jusqu'au samedi 29 octobre


Ugo Panella

Photographies
Galerie-café La Vina 12, place Notre-Dame Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Raffaele Montepaone

Photographies
Galerie Ex-Nihilo 8, rue Servan Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Claudio Argentiero

Photographies
Appartement Stendhal 14 rue Jean-Jacques Rousseau Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Mario Vidor

Photographies
Galerie Pygmaphore 2 rue Bayard Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Giovanni Sesia

Photographies
Galerie l'Art & la Raison 6 rue Bayard Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Instantanés italiens

Exposition collective
Maison de l'International 1 rue Hector Berlioz Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Saisissante Sicile avec Claudio Argentiero et Giuseppe Leone

Expositions | Les Rencontres franco-italiennes de la photographie proposent de temps en temps, à Grenoble, des expositions qui méritent l’attention des amateurs. C’est le cas en mai avec la présentation dans deux lieux du travail de deux photographes qui ont pour point commun de porter leur regard sur la Sicile.

Benjamin Bardinet | Mardi 14 mai 2019

Saisissante Sicile avec Claudio Argentiero et Giuseppe Leone

Deux photographes, deux univers. Dans les images de Claudio Argentiero, ruines abandonnées, zones urbaines périphériques, usines et terrains agricoles se juxtaposent et dévoilent une vision singulière de l’île. Certains clichés violemment contrastés jouent des possibilités de l’infrarouge qui, dans des photographies en noir et blanc, fait basculer le vert des éléments naturels en un blanc immaculé donnant l’illusion que le sol est couvert d’une troublante mousse moutonnante. Giuseppe Leone, quant à lui, livre des photographies inspirées par la littérature sicilienne. Pas la peine de connaître les auteurs auxquels il fait allusion pour apprécier ses œuvres d’un classicisme classieux. Datant, pour la majorité, des années 1960-1970, elles nous plongent dans une Sicile profondément rurale et encore très traditionnelle où l’on croise des paysans à dos d’âne mais peu de femmes, et dans laquelle l’apparition d’un train à vapeur semble comme une fulgurance moderne. Sicile : signes et géométrie du paysage (Claudio Argentiero) À la Galerie Ex-Nihilo jusqu’au samedi 1er juin Sicile : textes en l

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Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

ARTS | Avec une multitude de propositions, le Mois de le Photo, organisé par la Maison de l'Image de Grenoble, est l'occasion rêvée de se faire une cure photographique. Après débroussaillage et repérage dans le vaste programme, nous avons sélectionné quelques-unes des expositions qui ont accroché notre regard. Dont, forcément, celle, place forte de l’événement, proposée à l'Ancien musée de peinture autour du « corps en présence ».

Benjamin Bardinet | Mardi 13 novembre 2018

Corps croisés au Mois de la photo de Grenoble

Chaque année, le cœur battant du Mois de la photo se trouve dans le magnifique (même si plus très en forme) Ancien musée de peinture, place de Verdun. Pour cette édition, le parcours débute avec une présentation des cinq lauréats de l'appel à photo organisé par la Maison de l’image autour du thème « corps en présence ». Ô joie, c'est avec deux propositions inattendues et réussies que s'ouvre la sélection. Dans ses photos, Pablo-Martín Córdoba a enregistré le flux des citadins canalisés par les espaces architecturaux, tandis que Gilberto Güiza-Rojas propose de sobres mais percutantes mises en scène interrogeant la place du corps dans le monde du travail – anonyme pour les uns, bête de somme pour les autres. Autre bonne surprise : plus loin, immergé dans des raves-party dionysiaques, Étienne Racine nous crache à la figure des corps imbibés d'alcool et ruisselants de sueur – à l'opposée de l'imagerie aseptisée des corps stéréotypés de la pub et du cinéma.

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PB d'or 2016 : expo

C'était 2016... | Avec, notamment, une nouvelle tête à suivre.

Charline Corubolo | Mardi 20 décembre 2016

PB d'or 2016 : expo

Le PB d’or de l’artiste découverte : Mengpei Liu Sa nature est paisible, et pourtant il se dégage de ses toiles une puissance picturale qui happe le regard. Ce doux paradoxe plastique trouve sa genèse dans les racines de l’artiste. Née en 1991 dans une petite province de Chine où elle découvre l’art traditionnel à l’encre de Chine, Mengpei Liu poursuit sa quête artistique en France, avec une formation à l’École supérieure d'art et de design de Grenoble. Elle découvre alors les paysages isérois semblables à ceux de ses souvenirs d’enfance et l’expressivité de la peinture de Philippe Cognée présentée en 2012 au Musée de Grenoble. Après un passage au Musée Hébert, nous la découvrions en novembre dernier à la galerie grenobloise Xavier Jouvin où elle dévoilait des toiles de vues du Vercors mêlant peinture à l’huile et encre de Chine. Le geste est frénétique, contraste saisissant avec la quiétude des cours d’eau et vallées qu’elle dépeint. Au creux de la matière se loge un détail coloré, mettant en lumière toute la finesse de Mengpei Liu : un nom qui, nous le parions, va s’imposer dans la peinture contemporaine. Le PB d’or du médium

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Pluralité du paysage avec le Mois de la photo de Grenoble

ARTS | Porté par la Maison de l’Image, le Mois de la photo amène le paysage entre les murs de l’Ancien musée de peinture et de la Plateforme. Une proposition éclectique qui s’intéresse aux grands espaces comme aux paysages intérieurs grâce à l'Italien Gabriele Basilico et à onze autres photographes, pour une quatrième édition placée sous le signe d’un dépaysement sublimé.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Pluralité du paysage avec le Mois de la photo de Grenoble

Fort d’une proposition dense et variée, l’événement annuel de la Maison de l’image se pare d’un nouveau manteau sémantique en cette rentrée 2016. C’est ainsi que se tient jusqu’au 2 octobre le Mois de la photo, avec pour haut lieu la place de Verdun. Investissant l’Ancien musée de peinture et la Plateforme, la manifestation se révèle intelligente et séduisante notamment grâce à la présentation du travail de Gabriele Basicilo (1944-2013). Prenant pour thème le paysage, en résonance avec la 1ère saison de Paysage > Paysages, l’exposition dévoile une quarantaine de clichés de l’Italien pris entre les années 1980 et 1990. Sur petit ou grand format, en noir et blanc, s’exprime alors tout le génie d’un regard qui aimait prendre son temps afin de capter l’essence de la vue, qu’elle soit urbaine ou sauvage. Avec cet éloge à la lenteur du regard, le photographe s’appliquait à mettre u

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