La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

ARTS | C’est au cœur des montagnes que le 9e art a fait ses premières bulles. Presque deux siècles plus tard, c’est aux pieds de ces dernières que cet art, la bande dessinée, s’expose de planches colorées en crayonnés noirs pour mettre en vignette les rapports entre l’homme et les cimes. Une ascension délicieuse, à réaliser au Musée de l’Ancien Évêché.

Charline Corubolo | Lundi 12 décembre 2016

Photo : Lucky Comics, 2016 et Studio Boule & Bill, 2016


Remplir les bulles de sommets, cela fait longtemps que les dessinateurs et scénaristes s'y appliquent. Le premier en date est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827 dans les Alpes, s'adonne à un nouvel exercice, celui d'une narration par planches dessinées. Avec ses Amours de monsieur Vieux Bois, la bande dessinée voit s'esquisser ses premières vignettes en même temps que l'homme arpente les montagnes, l'exploration des massifs traduisant les changements sociétaux d'une modernité en marche. Un bouleversement dont s'emparent les auteurs, comme Aristide Perré avec Poucette Trottin ou encore Émile-Joseph-Porphyre Pinchon avec sa fameuse Bécassine.

Une recherche des différentes représentations de cette nature toujours d'actualité, qu'elle soit lieu de conquête ou élément personnifié, que le Musée de l'Ancien Évêché déploie entre ses murs grâce à une scénographie subtile le long de l'exposition Pic & bulle, la montagne dans la BD. Avec pas moins de 90 auteurs, 200 planches originales, 15 albums historiques et 62 reproductions numériques, la proposition offre un corpus varié qui analyse l'esthétique, l'histoire et la sémiologie de cet objet dans lequel les cimes s'immiscent, de Tintin à Névé, pour ravir les bédéphiles comme les curieux.

Volume 1 – Gravir la montagne

Équipé d'une corde comme Tintin ou chaussé de skis façon Lucky Luke, le premier chapitre de l'exposition slalome sur le terrain de la BD franco-belge. Ici, la montagne incarne de case en case un voyage initiatique, un environnement réparateur ou encore un labyrinthe policier. Entre contemplation et conquête, elle est régénératrice dans l'album Tintin au Tibet de Hergé, devient récit de vie avec Les Chevaux du vent de Christian Lax et Jean-Claude Fournier et un espace à conquérir pour L'Aigle sans orteils du même Lax.

Un déroulé de planches et de dessins qui met en bulles les diverses représentations des sommets, avec des esthétiques multiples, de l'aquarelle fluide au noir et blanc en passant par le traitement numérique. Avec également un focus sur des auteurs tels que Cosey, qui porte un regard écologique sur le sujet, Sergio Toppi, grand maître italien de la BD, ou encore Derib, pour des dessins d'après nature.

Quant aux ouvrages Le Secret de la goule rouge de René Bonnet et Les Amants de l'Oisans de Nelly Moriquand et Fabien Lacaf, ils sont découpés de l'idée jusqu'à la réalisation, dévoilant les secrets de fabrication d'une BD.

Volume 2 – Styliser la montagne

Mais plus que les mystères bien gardés du gaufrier, le plan de Pic & Bulle est de mettre en lumière la multiplicité des regards stylistiques portés sur cette figure de la montagne, devenant à la fin du XXe siècle un véritable domaine d'expérimentation pour les romans graphiques. C'est ainsi que le deuxième chapitre du parcours laisse place à des auteurs qui élaborent, par monts et rochers, une nouvelle écriture graphique où la montagne n'est plus seulement divertissement mais expérience visuelle.

Cette approche nouvelle de l'art séquentiel est sillonnée par des artistes comme Jean-Marc Rochette avec Himalaya Vaudou (où l'environnement devient théâtral) et Amélie Fléchais avec son Homme montagne, dont la planche originale révèle un dessin d'une finesse et d'une poésie saisissantes.

Volume 3 – Japoniser la montagne

Le dernier volet de cette visite, haute en vertige et en couleur, plonge dans l'art du manga. À travers 18 planches, on découvre l'extrême délicatesse du trait asiatique où l'hommage est fait à la beauté et l'immensité de cette nature. Mais ici, la montagne est plus un obstacle à gravir ou la personnification froide de la mort.

La visite de l'exposition se finit ensuite avec un documentaire sur Christian Lax et un coin lecture. De pic en bulle, le musée déroule ainsi un sublime panorama de la montagne dans la BD, à la fois contemplatif et philosophique, pour les petits comme les grands.

Pic & Bulle, la montagne dans la BD
Au Musée de l'Ancien Évêché jusqu'au 30 avril


Pic & Bulle. La montagne dans la BD


Musée de l'Ancien Évêché 2 rue Très-Cloîtres Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Accrochage dialogique

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Benjamin Bardinet | Mercredi 9 juin 2021

Accrochage dialogique

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Exposition | Avec "Jean-Marc Rochette, artiste au sommet", le Musée de l’Ancien Évêché se penche sur le versant montagnard de la production de l’auteur du "Transperceneige" et d’"Ailefroide, altitude 3954". Une exposition qui réunit bien naturellement de nombreuses planches de bandes dessinées et des esquisses préparatoires, mais également des peintures et des aquarelles qui nous en mettent plein la vue. Visite guidée.

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Jean-Marc Rochette : « Grenoble sera la seule ville de France qui a fait un monument pour les enfants irradiés »

Rencontre | Jean-Marc Rochette, auteur de bande dessinée (le fameux "Transperceneige", c’est lui) passionné de montagne, sera quelques jours à Grenoble dans le cadre du Printemps du livre pour notamment présenter son nouvel ouvrage "Ailefroide", centré sur sa jeunesse grenobloise. Et pour, surtout, inaugurer une statue qu’il offre à la Ville de Grenoble ; statue qui sera installée dans le Jardin Hoche, sur le boulevard Gambetta. Du coup interview.

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Jean-Marc Rochette : « Grenoble sera la seule ville de France qui a fait un monument pour les enfants irradiés »

Pourquoi avez-vous décidé de faire don à la Ville de Grenoble d’une sculpture baptisée L'enfant de Tchernobyl ? Jean-Marc Rochette : En 2015, j’ai publié la bande dessinée Terminus dans laquelle des enfants se font irradier. Pour que cette scène soit convaincante, je me suis renseigné sur le sujet. Et je suis tombé sur le travail du photojournaliste Paul Fusco qui avait fait des photos des enfants de Tchernobyl. Ça m’avait profondément scandalisé, notamment le fait que personne ne parle de ça. J’ai alors décidé de faire plusieurs sculptures à partir de ces photos. Comme je savais que la Ville de Grenoble était écolo, je les ai contactés pour leur en proposer une : ça a tout de suite intéressé le maire. La sculpture est petite – 25 cm de haut sur une colonne d’1m 20 – et n’est pas clivante, avec une sorte de petit prince de l’apocalypse presque tendre à regarder : je n’ai pas voulu faire de la provocation mais simplement que les gens pensent à cette histoire. J’espère que les Grenoblois seront émus par ce petit personnage, d’autant que vous serez la seule ville de France qui a fait un monument pour ces enfant

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Le Musée Géo-Charles au pays de la peinture

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Au même titre que la basket Stan Smith est tendance chez les hipsters, le paysage est le « hit » des expositions actuellement à Grenoble. Après le lancement de l'application Paysages-in-situ, qui fut l'occasion d'une double exposition au Musée de Grenoble et au Musée Hébert en septembre dernier, la verte prairie et les montagnes enneigées reviennent sur le devant de la scène, cette fois-ci au Musée Géo-Charles. Intitulée Paysage ou l'étrange idée du beau, la proposition s'inscrit dans le projet "Paysage Paysages", une plateforme d'innovation et d'initiatives autour des décors naturels de notre région. Cherchant à confronter deux peintres contemporains – Jean-Marc Rochette et Michel Frère – à des artistes de la tradition du paysage en France durant les siècles précédents, le parcours met en parallèle de grandes toiles abstraites avec celle de Courbet, Chotin ou encore Achard. Le paysage pictural s'insère ainsi dans une continuité avec une nouvelle esthétique, où la lumière et la matière sont denses, pour une peinture profonde. Il est cependant regrettable que les salles d'exposition soient plong

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Jean-Marc Rochette, de la montagne à l'art

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Charline Corubolo | Mardi 3 mars 2015

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Tout cela n'a rien d'un parcours classique et manifeste grandement du talent du dessinateur. Né en 1956 en Allemagne, Jean-Marc Rochette débarque à Grenoble en 1968 pour ses études secondaires. Alors en section scientifique en première, il troque les mathématiques pour la montagne et n'y reviendra pas. Il termine son cursus avec une terminale artistique et, après un bac obtenu en 1975, enchaîne avec une année de licence en histoire de l'art. Mais les études ne sont cependant pas réellement sa priorité. « Je n'y allais jamais, j'étais toujours en train de grimper, j'étais complètement investi dans l'alpinisme à l'époque. Mais en 1975, lors de mon année d'histoire de l'art à Grenoble, j'ai eu un gros accident qui m'a éloigné de la montagne et m'a fait m'intéresser davantage à la peinture et la BD que j'affectionnais déjà. » En effet, dès 1974, son nom apparaît dans le magazine de contre-culture Actuel avec des récits courts. Puis il signe dans L'Écho des savanes. « Je suis devenu professionnel en 1978 à 22 ans et je me suis alors lancé à Paris, ce qui m'a encore plus éloigné des monta

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