"Entre terre et ciel" : la poétique d'un nuage par Agne

ARTS | Le photographe expose à la galerie Alter-Art jusqu'au 21 mai.

Charline Corubolo | Mardi 2 mai 2017

Photo : Agne


Si Agne se balade Entre terre et ciel, sa photographie est cependant résolument céleste même lorsqu'elle s'aventure le long d'une ligne blanche bitumée ou dans l'horizon d'une prairie habitée par la brume. Dévoilant deux séries opposées sur le plan discursif et esthétique mais ondulant le long d'un fil commun qu'est le nuage, le photographe déploie au sein de la galerie Alter-Art un tableau photographique emprunt de picturalité.

Au noir et blanc d'une nuée isolée répond un panorama vertical ou horizontal d'un brouillard qui envahit la terre, touche romantique d'une vision artistique du paysage. Le cumulus sur fond noir se métamorphose en test de Rorschach, faisant de l'infini non plus le ciel mais l'imagination, tandis que le voile vaporeux effleurant le sol ouvre une perspective sans fin dans l'environnement.

Un antagonisme dialectique entre l'atmosphère et le palpable, au creux d'une matière nébuleuse véhicule de songes, rapportée du col de l'Arzelier (massif du Vercors) et à découvrir jusqu'au 21 mai.


Entre terre et ciel

Photographies de Agne
Alter-Art 75 rue Saint-Laurent Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Scènes obliques : en route vers l'Espace interculturel de la montagne

ESCAPADES | Vendredi 17 et samedi 18 septembre, l'association Scènes obliques, à qui l'on doit chaque été l'exigeant festival L'Arpenteur, proposera dans le Grésivaudan la deuxième édition de ses Rendez-vous au manoir, préfiguration d'un futur et intrigant Espace culturel international de la montagne.

Aurélien Martinez | Mardi 7 septembre 2021

Scènes obliques : en route vers l'Espace interculturel de la montagne

De la musique (des Balkans, avec Stracho Temelkovski), des projections (de courts-métrages documentaires par Tomas Bozzato avec un groupe d'élèves du collège Belledonne) ou encore d'autres propositions assez atypiques (comme une pièce radiophonique immersive de Jean-Manuel Warnet sur une expédition au Groenland) : avec la deuxième édition de ses Rendez-vous au manoir, l'équipe de l'association Scènes obliques continue le travail qu'elle mène à l'année dans le Grésivaudan, notamment avec son festival L'Arpenteur. Tout en annonçant la suite, ambitieuse. « Avec ces Rendez-vous, on essaie déjà d’esquisser ce que sera l'Espace culturel international de la montagne (ECIM) sur lequel on travaille depuis trois ans, avec l'idée d'en faire un centre culturel de rencontre, du nom de ce label d'État su

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Petits écrans et hautes montagnes

Télé | L’automne dernier, on aurait à coup sûr aimé découvrir les films des Rencontres CinéMontagne autrement que lors d’un rendez-vous digitalisé ! En attendant l’annonce de l’édition 2021, on pourra toujours voir quelques films de montagne sur TéléGrenoble au cours de la soirée du dimanche 28 février.

Martin de Kerimel | Dimanche 28 février 2021

Petits écrans et hautes montagnes

Au mois de novembre dernier, leurs organisateurs espéraient pouvoir accueillir quelque 20 000 curieux au Palais des Sports de Grenoble et dans toute une série de salles partenaires. Patatras ! La faute encore à ce maudit coronavirus, il n’en a rien été : les 22e Rencontres CinéMontagne, elles aussi, ont dû se contenter d’une édition virtuelle – sans la moindre petite rencontre « en présentiel ». Vous avez tout raté et vous auriez envie de rattraper le coup ? Un bon tuyau : TéléGrenoble diffuse plusieurs films de montagne, regroupés sous le titre Libre comme l’air, dimanche 28 février, à 21h. On y découvrira Aconcagua (notre photo), le récit d’un homme parti traverser la Cordillère des Andes… en parapente et bivouac ! Sous d’autres latitudes, on fera également connaissance avec Aziz Elmssaid, un jeune pêcheur marocain devenu l’un des meilleurs pilotes de vol de proximité, le long des falaises d’Aglou, ainsi qu’avec des enfants malgaches, eux aussi parapentistes, et qui pourraient avoir trouvé dans la pratique de ce sport extrême une manière de créer leur propre emploi ! Enfin, le programme se complètera avec It’s a bird thing, un fi

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"Les Parfums" : Et néanmoins patronne…

Cinéma | De Grégory Magne (Fr., 1h40) avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, "nez" indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux… Devenu un visage familier grâce à la série 10%, Grégory Montel avait éclos en 2012 aux côtés du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentie

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Drôles de mamans

Humour | De retour à Grenoble, Valérie Vagné et Émilie Geymond s’amusent à secouer le cocotier de la maternité. Les femmes qu’elles incarnent sont sincères, mais bien loin d’être parfaites. Autant en rire avec elles !

Martin de Kerimel | Mardi 17 décembre 2019

Drôles de mamans

Valérie Vagné approche de la cinquantaine. Cela ne la traumatise pas, mais elle raconte – avec le sourire – qu’elle trouve désormais quelque peu incongru d’être sur scène dans un rôle de jeune maman. La plaisanterie dure pourtant depuis une dizaine d’années : c’est en effet en 2010 qu’elle a écrit Les mères veillent, ce spectacle qu’elle joue en duo avec Émilie Geymond, sa fidèle complice en (fausse) indignité maternelle. Pas question d’accabler les comédiennes pour le comportement discutable de leurs personnages : on sait que c’est pour rire ! L’auteure assume un petit côté grinçant, parfois mal compris : sa comparse et elle ont beau s’habiller en rose pour afficher leur fantaisie, il arrive que certains membres du public prennent leurs blagues très au sérieux. Allez savoir, peut-être qu’il n’est pas facile de rire avec celui qui se moque de vos propres travers… Tendre ironie Une mère qui refuse d’aller chercher son enfant perdu dans un grand magasin, une autre qui s’est fait un lifting sans assumer vraiment sa maternité, une troisième qui cache un ballon sous ses vêtements pour avoir une place assise dans le bus… Les différents modèles choisis pa

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L’enfance au Ciné-Club : trois films à (re)voir

ECRANS | Des longs-métrages très différents les uns des autres sont présentés en cycle au Cinéma Juliet-Berto, le 27 novembre, puis les 4 et 11 décembre.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

L’enfance au Ciné-Club : trois films à (re)voir

L’arrivée précoce de la neige ne trompe personne : ça sent le sapin. Enfin, comprenons-nous bien, : Noël se rapproche. Et qui dit Noël, dit bambins aux frimousses réjouies déballant leurs cadeaux au pied de la cheminée, façon chromo. Voilà qui tranche avec les enfants que nous donne à voir le nouveau cycle du Ciné-Club. Dans les trois films, choisis avec leur coutumière sagacité, l’âge dit tendre est soumis à la rudesse ordinaire de la vie ou dévoyé par la sauvagerie extérieure, qu’elle soit le fait des adultes, de la société ou d’événements fantastiques. Fort logiquement, c’est Allemagne année zéro (1948) de Rossellini qui ouvre le bal mercredi 27 novembre. Un bal tragique sous des auspices néo-réalistes, narrant l’errance d’un pré-ado dans les décombres physiques et moraux d’un pays ravagé ; un enfant dévoré par la culpabilité se trouvant symboliquement dans l’impossibilité de survivre à la guerre. Un monument terrible. Suivra une des œuvres précoces de Manoel de Oliveira, son premier long métrage Aniki-Bóbó (1941), racontant des rivalités amoureuses entre gamins portuans, filmés

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Rencontres Ciné Montagne : les arts aux sommets

Festival | Le Palais des sports de Grenoble accueille jusqu'au 9 novembre la 21e édition du festival. Au programme : du cinéma, de la musique, des rencontres. Suivez le guide !

Nathalie Gresset | Mardi 5 novembre 2019

Rencontres Ciné Montagne : les arts aux sommets

« Présenter la montagne sous toutes ses formes et à travers ses différentes disciplines. » Organisées sur une semaine par la Mission Montagne de la Ville de Grenoble, les Rencontres Ciné Montagne se déroulent au Palais des sports jusqu’au samedi 9 novembre. Elles font la part belle à la projection de films, mais pas seulement. Si les 25 métrages aux paysages dantesques présentés lors de cette 21e édition constituent le cœur de ce rendez-vous incontournable pour les amoureux des sommets, les organisateurs de l’événement souhaitent également aborder la montagne « à travers d'autres dimensions artistiques » afin de « créer des temps de surprise, montrer la montagne sous un autre angle et toucher un public plus important », explique Virginie Lacroix, programmatrice et chargée de mission sur l’événement. Ainsi, le duo trip-hop et électro Aora Paradox ouvrira le bal avec un ciné-concert mercredi soir sur la thématique du solo, « une composition autour d’un montage vidéo spécialement réalisée pour l’occasion ». Les festivités se poursuivront jeudi avec la compagnie Les Impondérables

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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Murcof et Vanessa Wagner : piano magique

Concert | Il va se passer de grandes choses musicalement parlant vendredi 4 octobre au Déclic de Claix.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 octobre 2019

Murcof et Vanessa Wagner : piano magique

Le spécialiste ou amateur avisé de musique exigeante et laborantine sait combien le label InFiné aime à fouiner dans tout ce que cet art compte d'hybridation audacieuse et savante (souvent à la croisée de l'innovation et du classicisme). Et à provoquer des rencontres inattendues dont les étincelles accouchent de formes inédites. Il en est ainsi de la rencontre entre l'électronicien atmopshérique mexicain Murcof (vu un temps aux côtés d'Erik Truffaz) et de la pianiste classique française Vanessa Wagner. Cette rencontre a rapidement attrapé le goût de l'évidence, d'abord sur scène puis en studio avec Statea en 2016, où le duo s'attelle à revisiter les standards du minimalisme (Cage, Glass, Feldman – Morton, pas François –, Pärt) et même le fou génial Aphex Twin pour livrer un ensemble qui se présente comme une esthétique de la douceur et de l'angoisse. Le duo sera sur la scène du Déclic à Claix, vendredi 4 octobre, pour faire vivre aux curieux cette drôle d'expérience aussi sensuelle que cérébrale.

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"I Remember Earth" : objectif Terre au Magasin des horizons

Exposition | Toujours en prise avec l’actualité, le Magasin des horizons ouvre une magnifique exposition sur les rapports que l’Homme entretien à la Terre. Au programme : de l’écologie, du féminisme, des figures historiques de l’art de la performance et pas mal de jeunes artistes qui méritent le détour.

Benjamin Bardinet | Mardi 10 septembre 2019

Ce qui caractérise d’emblée l'exposition I Remember Earth est son immédiate générosité et sa dimension extrêmement séduisante. La scénographie, aussi sobre qu’ingénieuse, invite à une déambulation parmi les œuvres et permet au visiteur de se plonger avec plaisir dans les démarches, souvent conceptuelles, des artistes présentés. Ceci est d’autant plus favorisé par l'accrochage qui rassemble, en début de parcours, plusieurs œuvres de figures pionnières de la performance : Gina Pane, Judy Chicago ou Agnès Denes. L’Italienne Gina Pane, que l’histoire de l’art a souvent cantonné à une pratique gentiment sentimentalo-geignarde (et soi-disant tellement plus appropriée pour une artiste femme !), présente ici des œuvres aussi minimales que poétiques dont la géniale performance de 1969 dans laquelle elle tente d’enfoncer un rayon de soleil dans la terre. Judy Chicago est également mise à l’honneur avec une série de photographies et de vidéos de la série Atmosphères (1969-1974, photo). Violemment colorées, les images de ces actions à base de fumigènes et de corps nus ont susci

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"Première campagne" : une autre partie de campagne

ECRANS | De Audrey Gordon (Fr, 1h12) documentaire

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

L’arrivée à la rédaction de France 2 d’Astrid Mezmorian coïncide avec l’entrée en lice d’un outsider pour la Présidentielle 2017, Emmanuel Macron. Priée de suivre la campagne du novice, la nouvelle venue s’acquitte de cette tâche jusqu’à l’élection. Deux "premières fois" se croisent… Atypique à bien des égards, la dernière Présidentielle aura donné lieu à une inflation d’images, dont un certain nombre de reportages hagiographiques (qualifiés un peu hâtivement de documentaires, alors qu’ils dépeignaient dans le plus pur style courtisan/partisan les mirifiques mérites de leurs si lisses sujets) consacrés à Macron ou Mélenchon – on n’a pas vu celui centré sur Lassalle, mais on doute qu’il soit aussi féroce que le Depardon sur VGE. En suivant une jeune journaliste agrippée aux basques d’un candidat, Audrey Gordon est exempte de toute complaisance vis-à-vis de celui-ci : ses images de Macron ne constituent qu’une matière secondaire de son tournage. La distance qui est la sienne permet en outre de constater à quel point l’essaim médiatique, agglutiné sur le futur monarque en représentation, manque de recul et se complaît à restitue

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Agne : « Jamais je ne fais de photographie lorsqu’il fait beau »

Exposition | Le photographe isérois propose à la librairie Arthaud jusqu’au samedi 18 mai une superbe exposition baptisée "Les Racines du temps". Visite guidée.

Benjamin Bardinet | Mardi 9 avril 2019

Agne : « Jamais je ne fais de photographie lorsqu’il fait beau »

Ce qui frappe d’emblée lorsqu’on entre dans l’exposition Les Racines du temps du photographe Agne, c’est l’usage qu’il fait du format vertical pour traiter les paysages. Pourtant, s'il est peu conventionnel en Occident d’appliquer ce choix à ce type de sujet, il suffit de jeter un œil du côté de l’estampe japonaise pour se rendre compte des atouts que la verticalité peut apporter à l’évocation de la nature – surtout si celle-ci présente des reliefs escarpés. Voilà qui tombe bien : installé dans le Vercors, le photographe explique réaliser 99 % de ses clichés à moins de quelques kilomètres de chez lui, jouant ainsi avec la présence des falaises et des forêts escarpées. Dans ses travaux, la partie inférieure est alors souvent terrestre et sombre, tandis que la partie supérieure se révèle céleste et lumineuse – l’image devenant un axe sur lequel les nuances qui amènent d’une atmosphère à l’autre sont offertes à la contemplation. L’influence des estampes se retrouve également dans l’intérêt que l’artiste porte à des manifestations éphémères qui témoignent de l’impermanence des choses : fluctuations vaporeuses des nuages, apparitio

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"Montagne et paysage dans l’estampe japonaise" : des paysages plein la vue au Musée de l’Ancien Évêché

Exposition | Encore une nouvelle exposition dans le cadre de l’Année du Japon en Isère ? Oui, et tant mieux. Car avec "Montagne et paysage dans l’estampe japonaise", le Musée de l’Ancien Évêché explore le regard porté par les Japonais sur la nature, complétant ainsi magnifiquement la proposition en cours au Musée dauphinois sur les relations entre le pays du Soleil-Levant et l’Occident.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 décembre 2018

Généralement, quand un musée propose une exposition temporaire comprenant des œuvres d’un artiste "star" (genre, au hasard, Gauguin ou Delacroix), il se débrouille pour mettre en avant sur ses affiches une œuvre "blockbuster" dudit artiste. Et s’arrange pour trouver un titre qui mette cet aspect en avant – même s’il peut être trompeur sur la marchandise. Pour sa nouvelle exposition, le Musée de l’Ancien Évêché a fait fi de ces stratégies marketing en se contentant d’intituler sobrement Montagne et paysage dans l’estampe japonaise un accrochage qui réunit un nombre conséquent d’estampes des deux grands maîtres du genre dont l’évocation des seuls noms suffit à déplacer les foules : Katsushika Hokusai (1760 – 1849) et Utagawa Hiroshige (1797 – 1858). Le parcours n’essaye d’ailleurs pas de nous tenir en haleine en gardant le "meilleur" pour la fin puisqu’il démarre d’emblée avec la fameuse vague d’Hokusai. Comme c’est souvent le cas avec les images trop reproduites, cette vague n’est plus vraiment regardée : voilà donc une belle occasion de nous pencher dessus avec attention. On y voit trois barques de pêcheurs sur le point d’être submergées par une gigantesque va

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"Attraction" : nous sommes deux sœurs siamoises...

Théâtre | La metteuse en scène Valérie Vagné propose, du jeudi 6 au samedi 8 décembre au Théâtre de Poche de Grenoble, un spectacle sur les sœurs Hilton qui, dans les années 1920, ont connu un important succès avant de sombrer dans l'oubli.

Aurélien Martinez | Mardi 4 décembre 2018

On les voit dans le Freaks de Tod Browning, film américain culte sorti en 1932 et titré en France La Monstrueuse parade. Deux sœurs siamoises anglaises reliées par le bassin qui ont été des stars dans les années 1920 avant de sombrer dans l’oubli. C’est cette histoire pleine de hauts et, surtout, de bas que la metteuse en scène et autrice grenobloise Valérie Vagné (compagnie Telkel) a décidé de raconter en s'inspirant, sur le plateau, des codes du music-hall, les deux petites filles ayant été de véritables bêtes de foire rapportant pas mal d’argent à celles et ceux qui les ont prises sous leurs ailes, souvent par opportunisme. Dans un décor jouant sur l’apparition et la disparition, les comédiennes Emmanuèle Amiell et Émilie Geymond campent Daisy et Violet Hilton jusqu’à leurs 60 ans, alors que les médecins ne leur donnaie

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Mercredi, le Ciné-Club projettera "Les Glaneurs et la Glaneuse" d'Agnès Varda

ECRANS | Dans Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), documentaire célébrant la libre cueillette des tubercules oubliés lors du ramassage par les cultivateurs, le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 7 novembre 2018

Mercredi, le Ciné-Club projettera

Dans Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), documentaire célébrant la libre cueillette des tubercules oubliés lors du ramassage par les cultivateurs, le cinéaste Agnès Varda collecte également, ici ou là, dans le passé ou le présent, des matériaux ou des souvenirs, brindilles cocasses ou petit bois d’émotion dont elle fait son feu cinématographique. Un collage intime et ludique où celle qui se définit volontiers comme la "grand-mère" de la Nouvelle Vague pratique son sport favori : aller à la rencontre des gens, avec une petite caméra, comme Alain Cavalier. Il faut beaucoup de talent pour évoquer la misère sociale sans pathos mais avec tact, et d’humilité pour parler de soi sans jamais se la jouer, mais en se jouant de soi. Un petit bijou à (re) découvrir mercredi 14 novembre à 20h grâce au Ciné-Club de Grenoble.

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Rencontres Ciné Montagne : montagn’art

Événement | La vingtième édition de cet événement grenoblois phare se déroulera du mardi 6 au samedi 10 novembre au Palais des sports. Avec des films de montagne mais pas que...

Aurélien Martinez | Mardi 30 octobre 2018

Rencontres Ciné Montagne : montagn’art

20e édition déjà pour les rencontres grenobloises du cinéma de montagne qui se dérouleront dans l’immense Palais des sports de Grenoble – 3 500 places par soir tout de même. Un événement organisé par la Mission Montagne de la Ville de Grenoble qui a pour but d’offrir au public des films mettant en avant la montagne et, surtout, celles et ceux qui l’arpentent : de quoi en prendre plein la vue comme chaque année avec des images grandioses. Mais ces Rencontres Ciné Montagne ne s’aventureront pas seulement sur le terrain du reportage. Elles s’ouvriront ainsi le mardi 6 novembre avec une soirée estampillée « voyager en musique » où sera programmé un ciné-concert célébrant les temps forts des 19 éditions précédentes. On pourra aussi rencontrer de nombreux artistes, comme le fameux street-artist Veks Van Hillik qui, après avoir réalisé d’impressionnantes fresques dans toute l’agglo (le Renard à Chavant, c’est lui par exemple), en produira une dans l’enceinte du Palais (inaugu

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Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

ECRANS | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, Place publique, nouveau ballet orchestré par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, tient de la comédie de caractère, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière – au point de tendre à respecter la triple unité classique (d’action, de temps et de lieu). Une féroce et mélancolique vanité dont on a parlé avec eux deux.

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : « Les rapports de pouvoir entre les gens nous passionnent »

Quel a été le point de départ de l’écriture de Place publique ? Agnès Jaoui : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : tiens, peut-être que ce sera une pièce… L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précédent, Au bout du conte, qui avait cinquante-trois décors ! Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoir entre les gens – parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’égratigner certains personnage

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"Place publique" : le sens de la garden party

ECRANS | de et avec Agnès Jaoui (Fr, 1h38) avec également Jean-Pierre Bacri, Léa Drucker, Kévis Azaïs…

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Pendaison de crémaillère chez Nathalie (Léa Drucker), productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro (Jean-Pierre Bacri), star du petit écran en perte de vitesse, son ex Hélène (Agnès Jaoui), leur fille (Nina Meurisse), ainsi qu'une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté, de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des prétentieux décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre, une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants portant leur misère pathétique en sautoir. Avec Place publique, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (elle à la réalisation, eux deux au scénario et à l'écran) b

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Elli et Jacno, Étienne Daho... : la généalogie pop (et folle) de Calypso Valois

Concert | Son ascendance même (elle est la fille d'Elli et Jacno et la filleule d'Étienne Daho) a suffi à nourrir la hype autour de Calypso Valois, apprentie actrice (pour Olivier Assayas notamment) déjà remarquée au sein du duo Cinema que sa rencontre avec le compositeur et producteur Yan Wagner et les encouragements ont poussée pour de bon derrière un micro. Jusqu'à accoucher d'un premier album, "Cannibale", à la séduisante duplicité, entre mélodies pop, atmosphères savantes et rythmiques robotiques. Avant de la découvrir sur la scène de la Maison de la musique de Meylan, on tente ici de faire son arbre généalogique autant réel que fantasmé. Aurélien Martinez (avec Stéphane Duchêne)

Aurélien Martinez | Mardi 6 mars 2018

Elli et Jacno, Étienne Daho... : la généalogie pop (et folle) de Calypso Valois

Les parents : Elli & Jacno A Bailar Calypso (1987), c’est un tube dans la pure veine de ce que le meilleur des années 1980 a pu produire. Un morceau signé Elli Medeiros, à qui l’on devait déjà l’efficace Toi mon toi sorti un an plus tôt, qui s’adresse donc à une énigmatique Calypso « mi amor » – la chanteuse est née en Uruguay, d’où l’espagnol. Calypso est ainsi le prénom de la fille qu’Elli Medeiros a eu avec le musicien et chanteur français Jacno (Denis Quilliard). Un couple que la France découvre d’abord dans le groupe Stinky Toys, précurseur du punk en France, avant de voguer en duo sous le nom d’Elli et Jacno. Et de marquer le début des années 1980 avec leur son fait de synthétiseurs minimalistes qui convenaient parfaitement à leurs chansons pop et légères comme Main dans la main (dont les paroles sont un véritable hymne à la tolérance, contre tous ces tenants d’une norme rétrograde) ou le magnifique

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"Montagne défaite" : les images (im)mobiles d’Olivier de Sépibus

Exposition | Tantôt photographie poreuse, tantôt cliché pictural, la "Montagne défaite" d’Olivier de Sépibus s’affiche dans les jardins du Musée de l’Ancien Évêché. Une balade sur les massifs alpins où l’œil photographique capture l’invisible.

Charline Corubolo | Lundi 15 janvier 2018

Dans les fissures de la roche, l’histoire terrestre raconte son évolution. Une mutation sédimentaire qui semble figée à l’échelle humaine mais qui opère des grands écarts si l’on se réfère à celle du globe. Avec sa Montagne défaite, Olivier de Sépibus mène ainsi une étude photographique de cette géologie montagneuse. Présentée dans le cadre de la manifestation iséroise Paysage > Paysages, l’exposition déploie dans les jardins du Musée de l’Ancien Évêché un panorama où la matière brute est animée d’un mouvement invisible. La minéralité du désert rocheux oscille entre découpe analytique et abstraction. Le grain de l’image flirte avec une forme de picturalité séduisante qui donne vie à ces massifs alpins, se détachant lentement de leur cœur de pierre. Malgré la conquête de l’homme, la montagne demeure sauvage et indomptable dans l’espace carré de la photographie où la surface arpentée se meut suivant les différentes couches. Une nature saisie avec délicatesse par Olivier de Sépibus pour un voyage au creux des glaciers parsemés de failles, d

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"Au loin les montagnes" : les horizons intérieurs de Mengpei Lui et Yuanchi Jiang

Exposition | Si la perspective est lointaine, l’expression sur la toile est intérieure. "Au loin les montagnes", nouvelle exposition de la galerie Marielle Bouchard, dévoile entre douce énergie picturale et sombre intensité de la nature les panoramas de massifs de deux jeunes artistes : Mengpei Liu et Yuanchi Jiang.

Charline Corubolo | Lundi 27 novembre 2017

Tous deux issus de l'École supérieure d'art de Grenoble et originaires de Chine, Mengpei Liu et Yuanchi Jiang renouent dans l’espace de la toile avec une forme de classicisme pictural du paysage. Guidés par une inspiration à sublimer la nature, ils proposent néanmoins une touche profondément contemporaine : alors que Mengpei Liu esquisse des vues bucoliques inspirées par son environnement immédiat où l’énergie du pinceau côtoie étrangement la douceur des traits, Yuanchi Jiang applique à ses horizons une forme de lenteur trouvant sa genèse dans son for intérieur. Entre puissance délicate et poésie minérale, les deux peintres versent ainsi dans un « paysagisme abstrait » (pour reprendre les mots du critique d’art français Pierre Francastel formulés en 1950) et proposent une expérience du sensible et une expérimentation de la couleur qui se délient dans l’atmosphère du tableau. Jouant avec la lumière diffractée des pigments colorés, les deux artistes opèrent au creux de la matière un dépouillement de la nature entre abstraction et figuration où les traces mémorielles de leur Chine natale se retrouvent par fragments. Une réminisce

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Broken Back : du succès dans les affaires

Pop | Le phénomène français Broken Back, au succès fulgurant, sera sur la scène du Summum ce jeudi 23 novembre. On fait les présentations.

Stéphane Duchêne | Lundi 20 novembre 2017

Broken Back : du succès dans les affaires

S'il fallait une preuve supplémentaire qu'une bonne école de commerce mène à tout, alors Broken Back est celle-ci. Né Jérôme Fagnet, le jeune Malouin (il a vu le jour à Saint-Malo en 1990) mène un temps de front études à l'EDHEC de Lille et un projet de start-up. Un rythme de vie un peu fou qui finit par le mener à la rupture. Selon l'expression consacrée et notoirement psychanalytique, Jérôme en a plein le dos au point que celui-ci craque. Résultat : deux vertèbres déplacées et arrêt des activités. Un retour à la case départ et malouine qui le fait se tourner vers la musique. Il en a déjà tâté plus jeune mais en soufflant dans un tuba. Il essaie donc la guitare en autodidacte, se baptise Broken Back, reprend Bon Iver sur Youtube, commence à composer, cite Albert Cohen en guise de titre de son premier EP (Dear Misfortune, Mother of Joy, qui cartonne aux États-Unis) et s'offre un nouveau départ. Surtout, il découvre que chez lui, il n'y a pas que le dos de cassé. Sa voix l'est tout autant. Ou au moins magnifiquement voilée. Comme la roue d'un vélo accidenté sur lequel on continuerait de rouler à vive allure, au risque de la c

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"La Montagne entre nous" : cousu de fil blanc (comme neige)

ECRANS | de Hany Abu-Assad (E.-U., 1h47) avec Kate Winslet, Idris Elba, Beau Bridges…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Trop pressée pour attendre, une photojournaliste sur le point de se marier convainc un médecin d’affréter un avion de tourisme afin de rentrer au plus vite. Mais leur appareil s’écrabouille en altitude… Bonne nouvelle : après trois semaines à suer de la crasse dans la neige, à frôler la gangrène acétonobutylique et à manger des racines, Kate Winslet a des sous-vêtements immaculés, la peau lisse et le poil soyeux dans les bras de Mistre Freeze. Cela bien qu’elle souffre d’une sévère déshydratation – mais elle a quand même eu la veine de s’abîmer au milieu de nulle part avec un chirurgien célibataire à son goût, capable de fabriquer une perfusion à partir d’un vieux tuyau et d’un sac en plastique. Aventureux mixte de film catastrophe et de romance (deux catégories de films destinées à rapprocher les couples de spectateurs·trices dans les salles), La Montagne entre nous réussit sa séquence d’accident, particulièrement immersive. La suite est tellement cousue de fil blanc comme neige qu’on aimerait presque être surpris par une issue tragique. Malheureusement, tout se termine vraiment trop bien.

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"En route vers les JO de 1968" : les JO en image et en musique

Ciné-concert | Les festivals Le Tympan dans l’œil et Les Rencontres Ciné Montagne s'associent une nouvelle fois pour proposer un intrigant ciné-concert imaginé par Xavier Machault et Roberto Negro. On vous en (un peu) dit plus.

Aurélien Martinez | Mardi 24 octobre 2017

Du mardi 7 au samedi 11 novembre se déroulera au Palais des sports de Grenoble la 19e édition des Rencontres Ciné Montagne – « l’un des plus grands [événements] d’Europe » sur cette question assure le maire Éric Piolle dans l’édito du programme. Avec, forcément, la diffusion de films de montagne, en présence souvent de leurs protagonistes et des réalisateurs, pour ensuite initier une discussion. Mais aussi des rencontres avec des auteur.e.s, un salon du livre alpin, une bourse au ski de rando ou encore, et c’est là la raison principale de cet article, un ciné-concert en ouverture dans le cadre de la célébration des 50 ans des Jeux olympiques de Grenoble. En route vers les JO de 1968, création de 15 minutes proposée par le festival de ciné-concert Le Tympan dans l’œil (dont la 8e édition aura lieu fin novembre), se basera sur des images provenant de trois films du cinéaste gren

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"La Colle" : non merci, vraiment

ECRANS | de Alexandre Castagnetti (Fr., 1h31) avec Arthur Mazet, Karidja Touré, Thomas VDB…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Si le regretté réalisateur américain Harold Ramis revenait d’entre les morts, il croirait à une caméra cachée. Voire irait fissa réclamer des droits d’auteur à la multitude de disciples ou d’épigones accommodant à toutes les sauces le concept de boucle temporelle d’Un jour sans fin (1993). Après Edge of Tomorrow et avant Happy Birthdead, voici donc ici la tentative française. Pour brouiller les pistes, Alexandre "La Chanson du Dimanche" Castagnetti pousse le vice en hybridant le bazar avec l’intrigue du Breakfast Club (1985) de John Hugues, dans lequel cinq lycéens aux caractères totalement opposés se retrouvent en colle un samedi après-midi. Résultat : son héros se retrouve lui aussi en heure de colle, mais sous la garde d’un pion ringard, avec un échantillon d’élèves mal assortis, et ne peut fuir de sa boucle que s’il conclut avec la belle Leila dont il est l’amoureux transi – laquelle forcément ignore un crapaud de son espèce. Après environ 72 heures de gags potaches répétitifs, c’est bon, les deux roucoulent pendant que tous les punis deviennent de chouettes copains, Sonia Rolland essaie les pro

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Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Interview | On a rencontré Agnès Varda et JR, qui reviennent sur l’aventure inédite de leur tandem (« approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs ») baptisé "Visages, Villages".

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Votre film parle des autres, mais aussi de vous puisque vous dialoguez énormément à l’écran… Agnès Varda : On a l’impression d’avoir travaillé modestement pour un projet qu’on avait en commun : approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs pour vous les faire connaître. C’est un documentaire sur les gens qu’on a rencontrés, même si on fait un petit peu les fous dedans. Notre présence dans le film a construit une relation. Mais au départ, je n’ai jamais pensé que ça deviendrait en fait le regard de JR sur moi ! JR : C’est l’un des rôles de l’artiste d’apprendre à re-regarder. Avec Agnès, on s’est rencontrés pour la première fois de notre vie un lundi à son atelier, elle est venue le mardi dans le mien et le mercredi, on a commencé à travailler ensemble. Elle n’avait jamais coréalisé, moi non plus, et on a passé les deux dernières années ensemble. Quand on se voyait pas,

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"Visages, Villages" : Agnès Varda et JR à la colle

ECRANS | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels (la cinéaste Agnès Varda) et une nouvelle tête du street art (JR) partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes de la première, ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour "grand-mère de la Nouvelle Vague", s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet (elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film), Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la "machinerie" JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires. Bienveillante sage-femme, Varda obtient des fragments de vécu dont le récit surpasse par sa sincérité toute forme de construction plastiqu

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Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Interview | Agnès Jaoui campe le premier rôle dans "Aurore", une comédie insolite de Blandine Lenoir sur la ménopause et contre la tyrannie des apparences. On l'a rencontrée.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Agnès Jaoui : « Plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Aurore aborde un sujet concernant les femmes de plus de cinquante ans, et sort justement au moment où l’on parle de la difficulté des actrices de cet âge de se voir confier des rôles… Agnès Jaoui : Le cinéma reflète peu ou prou la société civile, où les femmes ont moins de postes importants. Si on écrit un rôle de chirurgien, de commissaire, de personnalité politique, on ne va pas forcément penser à une femme, alors que ça pourrait être simplement le cas. Souvent, on va se sentir obligé de faire en sorte que ça devienne un sujet en soi. Ce que je trouve aussi très énervant, c’est que les acteurs masculins de 40 à 70 ans ont souvent des épouses ayant 20 ou 30 ans de moins qu’eux, et que plein de femmes se battent pour eux alors qu’ils sont vieux et bedonnants. Ça m’irrite profondément parce que dans la vie, Dieu merci, beaucoup d’hommes de 50 ans et plus sont avec des femmes de leur âge parce qu’ils les aiment. Bizarrement, quand on passe au cinéma, elles perdent 20 ans – et 20 kg en gén

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"Aurore" : elle est libre Agnès Jaoui !

ECRANS | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée de Blandine Lenoir sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Dimanche 23 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s’offrent "nues" à la caméra, non sans vêtement mais dans la vérité de leur âge et la pureté d’un jeu dépourvu d’afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d’Agnès Jaoui,

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La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

ARTS | C’est au cœur des montagnes que le 9e art a fait ses premières bulles. Presque deux siècles plus tard, c’est aux pieds de ces dernières que cet art, la bande dessinée, s’expose de planches colorées en crayonnés noirs pour mettre en vignette les rapports entre l’homme et les cimes. Une ascension délicieuse, à réaliser au Musée de l’Ancien Évêché.

Charline Corubolo | Lundi 12 décembre 2016

La montagne de bulle en bulle au Musée de l'Ancien Évêché

Remplir les bulles de sommets, cela fait longtemps que les dessinateurs et scénaristes s’y appliquent. Le premier en date est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827 dans les Alpes, s’adonne à un nouvel exercice, celui d’une narration par planches dessinées. Avec ses Amours de monsieur Vieux Bois, la bande dessinée voit s'esquisser ses premières vignettes en même temps que l’homme arpente les montagnes, l’exploration des massifs traduisant les changements sociétaux d’une modernité en marche. Un bouleversement dont s’emparent les auteurs, comme Aristide Perré avec Poucette Trottin ou encore Émile-Joseph-Porphyre Pinchon avec sa fameuse Bécassine. Une recherche des différentes représentations de cette nature toujours d’actualité, qu’elle soit lieu de conquête ou élément personnifié, que le Musée de l’Ancien Évêché déploie entre ses murs grâce à une scénographie subtile le long de l’exposition Pic & bulle, la montagne dans la BD. Avec pas moins de 90 auteurs, 200 planches originales, 15 albums historiques et 62 rep

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Mardi, le Tympan dans l’œil ouvrira les Rencontres ciné montagne de Grenoble

CONNAITRE | « Les musiciens revisitent le cinéma en live ! » Telle est la ligne éditoriale du festival de ciné-concert le Tympan dans l’œil. Si sa septième (...)

Aurélien Martinez | Mardi 8 novembre 2016

Mardi, le Tympan dans l’œil ouvrira les Rencontres ciné montagne de Grenoble

« Les musiciens revisitent le cinéma en live ! » Telle est la ligne éditoriale du festival de ciné-concert le Tympan dans l’œil. Si sa septième édition commencera vraiment le 23 novembre, une première séance aura lieu ce mardi 15 novembre au Palais des sports, dans le cadre de l’ouverture des fameuses Rencontres ciné montagne de Grenoble. Le film ? À l'assaut de la tour Eiffel, sur quatre alpinistes qui se mesurent à la dame de fer. Le groupe ? Le duo K-ARP, composé de deux locaux : Jonathan Dioudonnat (The Next Tape, …) et Franck Litzler (SZ, The Next Tape, …). Plus d’infos sur www.grenoble-montagne.com

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Les Tigres du Futur, rock de série B

MUSIQUES | Le groupe plus ou moins énigmatique, dont la musique se rapproche d'un garage rock furieusement psychédélique, sera mercredi 26 octobre à Grenoble. On vous en dit plus.

Damien Grimbert | Mardi 18 octobre 2016

Les Tigres du Futur, rock de série B

Avouons-le d’emblée, on reste quelque peu circonspects, pour ne pas dire franchement dubitatifs, concernant l’authenticité de la biographie des Tigres du Futur. Cinq musiciens de studio aux noms à consonances italiennes, auteurs de bandes-son de films italiens et mexicains tellement obscurs qu’il n’en subsisterait aucune trace sur internet, réunis en 1978 par un légendaire producteur du département de l’Hérault dénommé Jo-Bernard Castagneri ? Tout cela demande une bonne dose d’incrédulité. Ce qui ne fait aucun doute en revanche, c’est l’excellence des compositions du groupe, réunies sur deux albums sortis fin 2012 et début 2016, Collection Illusions Sonores Vol 1 & 2. Mélange incandescent de garage rock furieusement psychédélique et de discrets emprunts synthétiques à l’âge d’or de la cosmic disco et de la library music italienne, la musique des Tigres du futur s’avère, en dépit de ses influences hautement hétérogènes, d’une cohérence sans faille et d’une efficacité redoutable. Ajoutez à cela des clips, pochettes d’albums et titres de morceaux qui sonnent comme autant d’hommages aux après-midis passés entre amis à chasser

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Tous les chemins mènent à Fontaine en montagne

CONNAITRE | Zoom sur la trentième édition du fameux festival, qui part cette année dans toutes les directions artistiques. Pour notre plus grand plaisir.

Charline Corubolo | Mardi 4 octobre 2016

Tous les chemins mènent à Fontaine en montagne

Les sentiers sont variés pour accéder à la plénitude des sommets. Ceux choisis par le festival Fontaine en montagne, une référence dans le paysage isérois, sont orientés vers le partage et la transmission. Pour ses 30 ans, la manifestation reprend les mêmes ingrédients que pour les éditions précédentes, c’est-à-dire des activités en plein air, les traditionnels échanges avec des alpinistes, des projections ainsi que des rencontres littéraires. Et afin de vivre les pics rocheux sous tous ces angles, le festival embarque aussi passionnés et amateurs des massifs en terres musicales. À la Source, il y aura ainsi une fraîche brise d’exotisme jeudi 8 octobre avec le Bollywood Masala Orchestra, et des musiques du monde sauvagement interprétées par le violoniste de jazz français Didier Lockwood et le joueur de vièle chinoise Guo Gan samedi 15 octobre. Au centre d'art le Vog, Jeremy Wood esquisse une déambulation artistique à l’échelle d’un GPS (photo) tandis que Jean-Luc Agne et Marc Ducourtil

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Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Saison 2016 / 2017 | Cette année, direction le Musée de Grenoble, la galerie Spacejunk, le Musée dauphinois, le Musée de l'Ancien Évêché ou encore la Ville d'Échirolles.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Le bleu de Paris Les femmes (Georgia O'Keeffe et Cristina Iglesias) vont laisser place aux artistes disparus au Musée de Grenoble. Et si en mars prochain l'institution se consacrera à la touche d'Henri Fantin-Latour, sa saison s'ouvrira avec les années parisiennes de Vassily Kandinsky (1866-1944). Père de l'art abstrait dont l'œuvre est principalement connue pour sa construction géométrique, le peintre russe a laissé son style flirter avec le biomorphisme durant ses dernières années à Paris (1933-1944), lorsqu'il fuyait le nazisme. Les angles deviennent courbes, manifestation de sa passion pour les sciences, comme autant d'organismes cellulaires perdus dans le Bleu du ciel, pour une abstraction au plus près de la nature sous forme de synthèse d'œuvre. L’exposition de cette rentrée 2016. Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944)

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« Médecine et cinéma sont des arts du contrôle absolu »

ECRANS | Alors que sort sur les écrans ce mercredi "Médecin de campagne", rencontre avec le cinéaste et médecin Thomas Lilti. Par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

« Médecine et cinéma sont des arts du contrôle absolu »

Sachant qu’il a la réputation d’être un parfait hypocondriaque et le pire patient qui soit, qu’est-ce qui vous intéressait dans la figure du médecin malade ? Thomas Lilti : On a tous vu des spécialistes en nutrition obèses, ou des cancérologues fumant deux paquets par jour : ils ne s’infligeraient pas une seconde ce qu’ils infligent à leurs malades ! Mais ce n’est pas l’argument du film : mon personnage a comme particularité d’être médecin de campagne et il se trouve qu’il est malade. Sa catastrophe est d’avoir à assumer sa maladie aux yeux de ses patients. J’ai rencontré des médecins dans cette situation : ils la vivent comme une honte, un secret. D’habitude, ils sont au-dessus de la maladie ; là, ils se retrouvent au même niveau que leurs patients. Ils perdent une partie de leur pouvoir magique. Ici s’ajoute une dimension plus terre-à-terre : l’idée que quelqu’un va s’occuper des patients qu’il suit depuis 30 ans, dont il connaît tous les secrets. Or un médecin a rarement confiance en celui qui vient le remplace

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès de son film "Hippocrate", chronique du monde impitoyable de la médecine, le docteur Thomas Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres… Une nouvelle réussite. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du "bushido", code des principes moraux des samouraïs japonais : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du "rōnin", ce samouraï sans maître : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie – le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au sabre katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme, dans toutes ses nuances : en

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La Montagne magique

ECRANS | D'Anca Damian (Rou/Pol/Fr 1h 25) animation

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2015

La Montagne magique

À destin extraordinaire, film hors du commun. La trajectoire d'Adam Jacek Winkler, peintre polonais et aventurier contemporain dont le parcours semble sortir d’un roman de Joseph Conrad ou suivre les traces de Lawrence d’Arabie (version d’Afghanistan), méritait en effet le traitement composé par Anca Damian : une œuvre d’animation hybride, à la fois abstraite (ou, à tout le moins, non strictement figurative) et poétique. La réalisatrice mêle toutes les techniques possibles pour raconter les avatars de cet homme ayant passé sa vie à se réinventer, à suivre ses envies et à courir après des idéaux : atteindre des sommets d’altitude, lutter contre les oppressions communistes, au point de rallier Massoud pour combattre l’Armée rouge ! Le cinéma qui en découle, à géométrie (esthétique) variable, est fidèle au modèle qui l’a inspiré : irréductible et libre. C’est dire si la voix de Miossec est bien trouvée pour l’habiller ! Sortie le 23 décembre

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Rentrée cinéma : il va y avoir de l’animation…

ECRANS | "​Le Petit Prince", adaptation de Saint-Exupéry qui, cet été, a ravi du public à "Vice-Versa" (et divisé la rédaction du Petit Bulletin), ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir : la fin 2015 s’annonce riche en productions animées enthousiasmantes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : il va y avoir de l’animation…

Le temps où "film d’animation" avait pour étroit synonyme "dessinanimédeoualdisney" (en un seul mot) est définitivement révolu. Si la concurrence a fait son œuvre et créé de l’émulation là où le studio aux grandes oreilles vivait confortablement de sa rente, il serait illusoire de croire que les seules majors ont permis à l’animation de connaître son boum actuel : l’évolution des techniques, les alternatives soumises par les indépendants (en particulier en Europe et en Asie) ont fait naître chez les spectateurs le désir de voir d’autres images. Depuis, la mondialisation des talents a rempli son office ; une relative uniformisation contamine Hollywood, qui lorgne sur le modèle esthétique et narratif (gagnant) développé par Pixar. La pompe aspirante californienne recrute à tout-va, consacrant les animateurs qui s’assimilent à son modèle. Dernier exemple en date, le Français Pierre Coffin, réalisateur des Minions, tombeur du Mission Impossible de Tom Cruise cet été. Mais la nature a horreur du vide, et les dépar

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Jing Wang entre toi et moi

ARTS | De selfies décalés en doubles portraits en passant par des dictons détournés, l'artiste Jing Wang crée tout au long de son œuvre une narration personnelle où se mêlent fantaisie et mystère. La bibliothèque Kateb Yacine en dévoile une partie, en photographie. CCo

Charline Corubolo | Mardi 23 juin 2015

Jing Wang entre toi et moi

« En route pour la France, je me suis dit : "finalement, c'est toujours moi qui m'accompagne partout". » Suite à cette réflexion personnelle, l'artiste Jing Wang conçoit la série photographique C-elle qui m'accompagne, nom également de son actuelle exposition à la bibliothèque Kateb Yacine. L'ensemble des clichés dévoilent des selfies détournés, autoportraits qu'elle réalise avec un smartphone posé au sol. Les codes de la représentation de soi sont brisés, métaphore d'une société ultraconnectée et pourtant isolée. Prise à chaque fois en contre-plongée et à contre-jour, l'artiste se scénarise et propose un autre regard sur son image. Noyé dans sa masse de cheveux noirs, le visage est masqué et le reste du corps joue avec l'environnement. Vêtue telle une dame noire, devenant créature chimérique ou apparaissant de manière mystique entourée d'un halo de lumière, elle crée des ambiances à la limite du réel, parfois glaçantes et intimes, et de la fiction, entre personnage théâtrale et bête cauchemardesque. Une démarche photographique qui lui permet de s'approprier les lieux qu'elle investit et les éléments qui s'y trouvent, mais aussi son image san

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La Bataille de la montagne du tigre

ECRANS | De Tsui Hark (Chine, 2h20) avec Tony Leung Ka Fai, Zhang Hanyu…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

La Bataille de la montagne du tigre

Depuis sa conversion au numérique, le génial Tsui Hark semblait avoir perdu la boussole de son cinéma, confondant effets spéciaux et mise en scène, ordonnancement du chaos et pure bouillie visuelle. De ce point de vue, La Bataille de la montagne du tigre est une bonne nouvelle : Hark parvient à garder une parfaite lisibilité des séquences tout en ne lésinant pas sur les capacités du virtuel et de la 3D. Il faut dire qu’au grand délire sériel de Detective Dee, il substitue ici un pur récit de guerre où, durant la guerre civile chinoise en 1946, une troupe de soldats tente de reconquérir une forteresse tenue par des bandits cruels et sans pitié. Le film avance ainsi comme une suite de morceaux de bravoure où tout fait spectacle : les combats bien entendu, réalisés avec une liberté totale, capable de concilier effets "bullet proof" et découpage classique, mais aussi l’étonnant bestiaire de méchants, freaks aux corps difformes et aux looks improbables. Comme George Miller avec son

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux – savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui (ici actrice et conseillère au scénario) à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision – les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchant (notamment le beau

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Par monts et merveilles

ARTS | Un élément imposant s'expose actuellement au couvent Sainte-Cécile, siège des éditions Glénat : la montagne. Mais cela se fait avec subtilité, intelligence et poésie, grâce aux créations d'une quarantaine de designers français et étrangers qui présentent des prototypes usant des codes des sommets blancs. Entre assises, luminaires et étagères, la montagne se décline et séduit. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 3 février 2015

Par monts et merveilles

Le 12 mars prochain, Saint-Étienne va se transformer en capitale du design avec la neuvième édition de la Biennale internationale design, véritable marathon d'un mois qui nécessite un entraînement solide. Montagne design : nouvelles inspirations, la nouvelle exposition du couvent Sainte-Cécile, semble tout indiquée pour cela. Présentée par le Fonds Glénat, dont les missions sont de valoriser et diffuser la création culturelle auprès du public, l'exposition met en avant une quarantaine de designers, français et étrangers, dont les créations réalisées entre 2010 et 2015 ont été fortement influencées par la montagne. Au gré d'une scénographie attractive, l'idée, la forme ou encore la couleur du paysage montagneux sont déclinées d'objet en objet, mettant en lumière les deux composantes qui ont conduit à cette exposition : la montagne comme muse et la montagne comme ressource. Richesses inspirantes La montagne comme source d'inspiration créative est réellement à l'origine de la démarche artistique des de

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Praia do futuro

ECRANS | De Karim Aïnouz (Brésil-All, 1h46) avec Wagner Moura, Clemens Schick…

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Praia do futuro

Deux motards se noient sur la plage du futur à Rio, et Donato, maître nageur, ne parvient à sauver que Konrad. Le drame digéré, les deux hommes se jettent l’un sur l’autre pour copuler dans une voiture. Ellipse. Berlin, quelques mois plus tard. Donato a suivi Konrad, mais traîne son spleen d’exilé dans les rues de la ville. Ellipse. Ayrton, le frère de Donato, débarque à son tour dans la capitale allemande à la recherche de son frangin, qu’il adulait. On a à peu près tout raconté du nouveau film de Karim Aïnouz, remarqué avec Madame Sata, et c’est justement le problème de ce trop long-métrage : il est particulièrement avare en idées de scénario, sinon en idées de cinéma. Dommage, car quand il en a – une par partie – elles sont plutôt bonnes. Notamment cette capacité à saisir la sensation de déracinement éprouvée par Donato face à la grisaille allemande. En revanche, le cinéaste est incapable de montrer la passion physique autrement que comme une sorte de pulsion animale, sans aucune forme de sensualité. Surtout, il a une fâcheuse tendance à tout filmer in extenso, plus par paresse que par goût d’un cinéma contemplatif – et contempler quoi, de toute façon

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Daho le « pionnier »

MUSIQUES | Si Étienne Daho est le « pop father », quels artistes peuvent bien être ses enfants ? Rencontre avec Yan Wagner, l’un de ses potentiels descendants, présent sur "Les Chansons de l'innocence retrouvée". Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 18 novembre 2014

Daho le « pionnier »

« Étienne Daho occupe une place prépondérante dans la musique française et en même temps un peu à part. Il est en tout cas parmi les pionniers d’une vraie pop française – j’entends par là une musique qui ne met pas tout dans les paroles, qui prend en compte le son et la production comme le faisaient les Anglo-Saxons. C’est devenu aujourd’hui quelque chose de tout à fait banal, mais c’était assez rare auparavant. » Pour le jeune parisien Yan Wagner, musicien à l'électro-pop synthétique et un brin new wave, Daho a donc été une source d’inspiration. Mais pas la seule. « C’est quelqu’un dont je respecte l’opinion et avec qui j’aime discuter. Mais si je devais être le fils de quelqu’un artistiquement, ce serait le fruit d’une belle orgie aux multiples participants ! » Les deux artistes ont collaboré à deux reprises : d’abord dans le cadre d’un duo sur le

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Les soirées du mois de novembre

MUSIQUES | 10 ans de Chica-Chic On vous en parlait déjà dans le précédent Insomniak, mais cette fois, c’est bel et bien parti. Après une soirée de lancement à la Bobine (...)

Damien Grimbert | Lundi 4 novembre 2013

Les soirées du mois de novembre

10 ans de Chica-Chic On vous en parlait déjà dans le précédent Insomniak, mais cette fois, c’est bel et bien parti. Après une soirée de lancement à la Bobine le 22 octobre dernier vaillamment assurée par la jeune et talentueuse Léonie Pernet, nouvelle signature du label Kill The DJ, les 10 ans de Chica-Chic battront leur plein du 16 au 23 novembre avec pas moins de cinq évènements distincts. À retenir notamment pour les noctambules, une Go Bang ! Spéciale 10 ans le mardi 19 à la Bobine, qui débutera par un live de C.A.R. (nouveau projet solo de Chloé Raunet du groupe Battant) à 19h, et terminera par un Dj-set réunissant tous les « amis DJs et selectors de la galaxie Chica-Chic ». Et surtout la Chica-Chic Party ! du 23 novembre au Drak-Art qui accueillera aux côtés de Mag, Rescue, et Lucky Jules, la toujours bienvenue DJ Wet, et l’excellent Crackboy (photo), dantesque et jouissif side-project ghetto/acid-house/jackin’ techno d’un producteur bien connu de la scèn

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Panique celtique

CONNAITRE | Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 16 octobre 2013

Panique celtique

Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe Jaworski est de cette trempe. Sauf qu'à la différence de ses illustres prédécesseurs, il a suffi à ce prof de lettres modernes d'un recueil de nouvelles et d'un premier roman, l'époustouflant (700 pages !) Gagner la guerre (2009), pour nous rendre fascinant le Vieux Royaume. Un univers conçu au départ en tant que support pour un jeu de rôles – Jaworski est l'auteur de Te deum pour un massacre, un classique amateur de ce loisir des plus fertilisants pour l'imagination – qui prend ses racines dans l'Antiquité romaine et la Renaissance vénitienne et dont la cohérence et la profondeur sont telles que son créateur aurait pu l'exploiter sur des dizaines de volumes.   Pas du genre à se reposer sur ses lauriers

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Les autres têtes d’affiche du vendredi

MUSIQUES | Il y aura donc Blondie et Azealia Banks le vendredi à Musilac. Mais pas que. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 5 juillet 2013

Les autres têtes d’affiche du vendredi

Le classieux Beau gosse brun ténébreux rapidement rangé dans la case des jeunes gens modernes (ces artistes à la Lescop & co qui font plus que référence à une certaine époque musicale française – celle des Jacno, Daho, Darc...), Yan Wagner se permet de refuser l’étiquette : « c’est une lubie journalistique, ou peut-être de la fainéantise, mais c’est quelque chose qui me casse les pieds » déclare-t-il en interview. De toute façon, un jeune gens moderne, ça s’exprime en français, pas en anglais comme lui, non ? Passons... Son premier album Forty eight hours, sorti l’an passé, est d’une efficacité redoutable dans sa construction. De l’électro-pop dansante et sensuelle, qui rappelle ainsi les noms précités, mais aussi New Order et la new wave. En live, le charme vénéneux de Wagner (son timbre grave et faussement nonchalant y sont pour quelque chose) embarque l’audience en moins de deux. Comme on avait pu s’en rendre compte en juin 2011 lors d’un concert parisien en homma

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Fête de la musique 2013 : soir de fête

MUSIQUES | Une flopée d’artistes locaux, une poignée d’autres venus de plus loin, des styles musicaux en veux-tu en voilà : l’incontournable Fête de la musique aura lieu ce vendredi 21 juin. On a pioché parmi les réjouissances proposées pour vous livrer notre sélection. Laissez-vous tenter. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 18 juin 2013

Fête de la musique 2013 : soir de fête

Pour la Fête de la musique 2017, c'est ici que ça se passe ! Sur les plateaux de la ville Let’s rock La Caserne de Bonne, pendant la Fête de la musique, sera rock. Avec une poignée de groupes à découvrir, dont les Grenoblois de Magnetoscop et leur post-rock hypnotique – cinématographique même. Une fleur dans le goudron, leur premier album paru il y a un an, est ainsi une véritable claque auditive, comme on vous l’expliquait ici en décembre. Les cinq musiciens seront l’avant-dernier groupe de la soirée. Avant eux, la fête sera gentiment plus pop rock, et le final carrément métal avec Madmen Sometimes Speak The Truth. Le mal (ou mâle) rode. Scène rock, Esplanade de la Caserne de Bonne. Avec Selfish doll à 20h30, IRM à 21h25, Byron à

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Joséphine

ECRANS | D’Agnès Obadia (Fr, 1h28) avec Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Bérengère Krief…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Joséphine

Librement adapté du personnage créé dans sa BD par Pénélope Bagieu, Joséphine se présente surtout comme un Bridget Jones à la française, avec son héroïne célibataire et complexée, cherchant l’amour en se contentant, temporairement, d’un plan cul régulier avec un homme marié et de la compagnie de son chat nommé Brad Pitt, plus l’amitié de sa bande – copine d’enfance, collègue de bureau et pote homo. Tout cela pourrait avoir le charme sucré de la comédie girly, d’autant plus qu’il y a un talent certain du côté des comédiens – Marilou Berry, notamment, actrice encore sous-employée par le cinéma d’ici ; or, Obadia se repose complètement sur son casting pour venir à la rescousse d’une production bâclée et sans âme. Le scénario accumule jusqu’à l’overdose les péripéties et la réalisatrice s’avère incapable de mettre en scène les gags, passés au hachoir d’un montage hystérique pour créer un rythme illusoire. On a l’impression que tout a été vite fait mal fait, au point qu’il faut vraiment avoir le nez dans le seau de pop corn pour ne pas remarquer les faux raccords et les incohérences scénaristiques. Le modèle anglais de la comédie romantique

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Amour & turbulences

ECRANS | D'Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos, Clémentine Célarié...

Jerôme Dittmar | Mercredi 27 mars 2013

Amour & turbulences

La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacoeur, la comédie romantique est ainsi devenue son nouvel horizon, supposé apporter supplément d'âme et élégance à un cinéma qui fait peine à voir. Nouveau film éjectable du genre, Amour & turbulences commence pile là où se matérialise le rêve frustré de la comédie frenchy : à New York, entre les deux appartements chics des personnages, couple séparé avec fracas et se retrouvant dans l'avion pour Paris, où ils refont le film de leur histoire. Malgré un pitch respectable et une mise en scène chiadée s'acharnant à faire la pub de sa virtuosité, ce petit kaléidoscope du déboire amoureux ne débouche sur rien, sinon son envie d'imiter joliment un patron dont il ne pige pas l'essentiel. Alourdi par des dialogues balourds, des personnages insipides et un casting sans charme (Bedos sauve à peine sa peau), l'apprenti Lubitsch se crashe dès le décollage. Jérôme Dittmar

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