"Working Class Hero" au Musée Géo-Charles : et voilà le travail !

Exposition | Au Musée Géo-Charles d’Échirolles a été inaugurée début février "Working Class Hero", exposition sous-titrée "La représentation du travail dans l'art" dans laquelle on découvre, à côté d'objets évoquant la mémoire ouvrière, les œuvres de plusieurs artistes contemporains. Nous l’avons visitée avec Élisabeth Chambon, la conservatrice du musée.

Alice Colmart | Mardi 27 février 2018

Photo : Estefania Peñafiel Loaiza


« Son titre fait écho à la chanson de John Lennon, écrite en 1970 pour exprimer sa lutte en faveur de la classe ouvrière » : voilà comment Élisabeth Chambon, conservatrice du Musée Géo-Charles d'Échirolles, présente l'exposition Working Class Hero – La représentation du travail dans l'art. « Depuis la Préhistoire avec, dans les grottes, les peintures des chasseurs-cueilleurs, jusqu'au Moyen Âge, la Révolution industrielle et nos jours, l'homme a toujours cherché à représenter son activité. Les artistes ont puisé dans cette matière pour en faire des créations. »

L'objectif des pièces présentées (photographies, vidéos, tableaux, dessins, objets...), issues en grande partie des collections du Musée Géo-Charles, de celui de la Viscose et du Centre du graphisme, n'est pourtant pas de raconter chronologiquement l'histoire du travail. « On voulait surtout montrer quelle était la position des artistes vis-à-vis du travail au XXIe siècle : la crise économique, le chômage, les fermetures d'usines… »

« Approfondir une réalité sociale »

Fil rouge de l'exposition, l'histoire de l'usine d'Échirolles à l'origine de la création de la soie artificielle (ou viscose), est retranscrite tout au long du parcours. L'évolution du lieu, créé en 1927 et démoli en 1993, est racontée à travers un triptyque sonore réalisé par l'artiste Laurent Sellier. Du rez-de-chaussée au premier étage, on entend les témoignages du poète Géo-Charles et de Michel Silhol, président de l'association des anciens viscosiers.

Plus loin, on découvre des cartes postales de femmes travaillant à l'usine. « L'exposition vient approfondir une réalité sociale. La femme, trop souvent ignorée, n'avait pas de réalité dans le milieu du travail » poursuit Élisabeth Chambon. Mais aussi, plus étonnant, des photos d'employés en pleine séance d'haltérophilie. « Le loisir est une thématique importante du travail. Dans cette usine, faire du sport était un élément fondamental, qui favorisait l'embauche. »

Enfin, trois vidéos (photo) de l'artiste contemporaine Estefania Peñafiel Loaiza viennent faire écho au sujet. « Il s'agit ici d'une autre usine, celle de la Manufacture des œillets à Ivry. L'artiste a fait appel à un artisan pour relancer le mécanisme de l'horloge de la manufacture et en a tiré une vidéo sous forme de triptyque. »

Non-motivation

Plusieurs artistes présentés dans le parcours ont ainsi abordé le travail sous ses aspects « sociaux, politiques et écologiques ». C'est par exemple le cas de Régis Perray et de son projet 340 grammes, fait de photographies qui représentent un camion miniature voyageant dans différents lieux de Nantes. « L'artiste a utilisé 340 grammes de poussière de la voûte de la cathédrale de Chartres. Chaque nuit, pendant 10 jours, il a déplacé à la main le petit dumper qui traverse le seul cadre de l'image. » Accolée aux images, une photo-portrait de l'artiste, habillé en éboueur, est présentée. « Elle est tirée de son projet Carnet de bord d'un éboueur, dans lequel il a intégré l'équipe de nettoyage de Nantes pour mieux percevoir la ville. Il a écrit une chronique quotidienne sur son expérience. »

Autre travail artistique immersif présenté dans l'exposition, les fameuses Lettres de non-motivation de Julien Prévieux. « Pendant sept ans, il a envoyé 1000 lettres de non-motivation, en jouant sur le fait qu'il n'allait pas répondre favorablement aux offres d'emploi proposées par les entreprises. » Face à ces lettres sont affichées les réponses des entreprises, pour la plupart automatiques. Un véritable canular humoristique et artistique qui a de quoi nous questionner sur l'exercice, souvent cynique, du recrutement. Et sur la notion même de travail.

Working Class Hero
Au Musée Géo-Charles (Échirolles) jusqu'au 31 janvier 2019. Ouverture les deuxièmes et troisièmes week-ends du mois


Working class hero - La représentation du travail dans l'art


Musée Géo-Charles 1 rue Géo-Charles Échirolles
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Les musées Géo-Charles et de la Viscose (Échirolles) vont se lier

ACTUS | Il y a comme une volonté de renforcer la visibilité des institutions muséales du côté d’Échirolles. Un projet est ainsi en train de se dessiner entre le Musée Géo-Charles, consacré aux collections et aux archives du poète et écrivain français, et celui de la Viscose, témoignant du passé industriel de la région dans la soie artificielle. Une mutualisation des collections menée par Elisabeth Chambon, conservatrice en chef du patrimoine à Géo-Charles, que l'on a rencontrée.

Charline Corubolo | Mardi 25 avril 2017

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Du changement est à prévoir à Échirolles dans les années à venir, et c’est Elisabeth Chambon, conservatrice en chef du patrimoine au Musée Géo-Charles (photo), qui est aux commandes : « 2017 est une année de réflexion. Nous n’avons pas d’exposition temporaire au musée mais un recentrage sur les collections permanentes avec un nouvel accrochage de L’œil du collectionneur. » Une réflexion baptisée "Pôle muséal" qui vise à mutualiser les collections de son établissement avec celles du Musée de la Viscose. Deux axes différents, avec à Géo-Charles un angle Beaux Arts avec les avant-gardes artistiques, et à la Viscose l’histoire, liée à la mémoire ouvrière et à l’identité de la ville d’Échirolles, de la fabrication de la soie artificielle. Mais un lien se dessine entre les deux institutions. « Le XXe siècle a été traversé par de grandes mutations industrielles, technologiques, intellectuelles et artistiques. Le "Pôle muséal", c’est comment faire se rencontrer les récits de Géo-Charles

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Construit en 1982 à l’initiative de la ville d’Échirolles, le Musée Géo-Charles présente une partie de la collection du poète Charles Guyot (dit Géo-Charles), reçue par donation de sa femme Lucienne. Partisan de l’avant-garde artistique et littéraire et passionné de sport, l’homme s’est rapidement distingué comme un collectionneur à l’œil avisé, avec un intérêt prononcé pour ses contemporains. Parmi des peintures, sculptures et estampes de la première moitié du XXe siècle, on retrouve ainsi des œuvres de Derain, Delaunay ou encore Léger. En parallèle à cet accrochage permanent, le musée développe un espace entièrement dédié à l’art contemporain – des créations d’après 1960 – actuellement mis en valeur à travers l’exposition White. Mais la structure ne s’arrête pas là et lance en 2013 un cycle intitulé Chambre d’écoute, en vue de créer des connexions entre des créations du XXe et du XXIe siècle. Au premier étage sont donc exposées trois grandes photographies du Hollandais Hans Neleman, issues de la série Moko-Maori Tatoo, aux côtés de pièces de la collect

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Aramram. Ce n’est pas une formule magique, mais bien le nom d’une œuvre de Jean-Christophe Norman et par extension de l’exposition consacrée à cet artiste au musée Géo-Charles. Alors qu’il regardait la mer de Marmara, l’idée lui est venue de la filmer à l’envers et par la suite d’inverser les lettres de son nom pour baptiser son vidéogramme. Outre ses vidéos, des photos, dessins et peintures du plasticien seront exposés. Jean-Christophe Norman fait une utilisation indifférenciée de ces approches dans sa pratique artistique qui explore beaucoup, de ses dires propres, les notions de déplacements, de répétitions, d’endurance et de voyage. La performance et l’écriture ont aussi leur part dans son travail. Il recouvre des œuvres de graphite et en recopie d’autres sur de très grands formats, Au cœur des ténèbres de Conrad par exemple, rappelant les activités des moines du Moyen-Âge à l’heure où le livre électronique est en plein essor. On est curieux de voir ce que toutes ces idées et usages rassemblés donnent dans un musée.

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