Raphaël Bouyer : « J'aime l'idée de percuter directement le spectateur »

Exposition | Jusqu’au 21 avril, la galerie Marielle Bouchard présente en deux temps les peintures de Raphaël Bouyer. Nous avons rencontré celui qui, du haut de ses 26 ans, nous envoie un signal d’alarme percutant à travers des mises en scène post-apocalyptiques.

Alice Colmart | Mardi 13 mars 2018

Photo : Alice Colmart


Nous avions découvert une de vos toiles lors de la dernière exposition collective de la galerie Marielle Bouchard. Voici maintenant votre exposition personnelle : mais qui êtes-vous Raphaël Bouyer ?

Raphaël Bouyer : Je suis né à Montauban en 1991. Je dessine depuis l'enfance mais c'est à l'âge de 16 ans que j'ai réalisé mes premières peintures. J'ai ensuite obtenu mon bac option arts plastiques, puis entrepris des études en histoire de l'art à l'université de Toulouse. J'ai arrêté trois ans après, ne trouvant pas mon compte dans le milieu enseignant, et depuis 5 ans, j'ai décidé d'être artiste peintre à mon compte. J'expose essentiellement à Paris, même si en 2015, j'ai été sélectionné par le jury d'une galerie parisienne pour l'exposition France/Chine à Chengdu.

Comment définiriez-vous votre style ?

Il était tout d'abord très académique, je réalisais par exemple des natures mortes. Puis j'ai choisi de me lancer dans des peintures plus conceptuelles, très figuratives, réalisées à l'huile mais aussi, dans mes travaux plus récents, au feutre et au marqueur. Progressivement, ma façon de peindre a changé car je me suis inspiré de différentes périodes : l'impressionnisme, les périodes classiques et même, plus récemment, les estampes japonaises nées au XVIIe siècle. J'ai bien sûr été aussi inspiré par quelques artistes contemporains comme Romain Bernini, dont j'admire l'univers, et plus précisément l'atmosphère et les couleurs, ou encore le Britannique David Hockney.

Votre peinture présente des personnages éprouvés par un monde inhumain…

Mes tableaux sont le résultat de mes propres insécurités et de mes questionnements sur les sociétés contemporaines. Dans le monde moderne, il y a beaucoup de choses qui me fascinent et d'autres qui me mettent mal à l'aise et me révoltent. Je retranscris ainsi ce que je vois dans l'actualité, dans les journaux, les enjeux actuels comme le réchauffement climatique ou encore les impacts liés au nucléaire. Dans ma nouvelle série, je traite encore de ces sujets. Je confronte la jungle à une hypermodernité qui prend le dessus sur l'environnement naturel.

Comment représentez-vous ces thématiques dans vos créations ?

La série Ordinary lives met en scène des personnages enfermés dans des combinaisons nucléaires. Je promène ces personnages, prisonniers des erreurs qu'ils ont commises, dans des mondes dans lesquels ils essayent de retrouver leur humanité. On les retrouve par exemple dans des postures où ils méditent ou essayent de sauver un agneau égaré. La série Les Divergents est elle beaucoup plus axée sur l'humain. Ce sont des personnages qui pètent les plombs parce que la société est difficile avec eux. Alors ils se mettent en marge. Sans tomber dans le mélodramatique, c'est à travers une ironie mêlée à une noirceur et de la tendresse que je laisse le spectateur imaginer ce à quoi pourrait ressembler son avenir.

À la vision de ces œuvres, on comprend l'engagement politique qui se cache derrière. La peinture peut-elle entraîner une prise de conscience ?

L'homme peint depuis la nuit des temps et c'est un moyen pour lui de communiquer et d'exprimer son ressenti sur le monde qui l'entoure. Par rapport à la photo, la peinture est impérissable. C'est notamment pourquoi elle influence, incite à agir, contribue à transformer les pratiques et les mentalités. Pour ma part, l'impact que peuvent provoquer mes œuvres passe notamment par les couleurs qui, parce quelles sont criardes et tranchées, soulèvent la révolte. J'aime l'idée de percuter directement le spectateur plutôt que de passer par un concept trop ambigu et compliqué.

Dénaturation
À la galerie Marielle Bouchard jusqu'au 31 mars (première partie) puis du 5 au 21 avril (deuxième partie)


Dénaturation

Par Raphaël Bouyer
Galerie Marielle Bouchard 7 rue Pierre Termier Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Group Show" : l’art du collectif selon la galerie Marielle Bouchard

Exposition | La nouvelle exposition de la galerie grenobloise présente six artistes : deux invités, trois déjà exposés entre ses murs et un nouveau talent. Un "Group Show" plein de promesses, qui annonce une année plastiquement riche rue Pierre Termier.

Charline Corubolo | Mardi 30 janvier 2018

Depuis son ouverture en mars dernier, la Galerie Marielle Bouchard n’a de cesse de nous surprendre avec une ligne artistique qualitative (que l’on avait d’ailleurs saluée en décembre par un PB d’or), mettant en avant de (jeunes) talents aux univers et aux moyens d’expression variés. Une pertinence plastique qui se confirme en ce début d’année avec l’exposition collective Group Show, sorte de "rétrospective" pleine de promesses pour 2018. Une proposition dévoilant six artistes qui fouillent des esthétiques plurielles, refusant ici toute théorisation thématique au profit du pur plaisir visuel, mais non sans sagacité. Car il y a dans cette présentation une véritable intelligence du regard mariant avec finesse les différentes œuvres entre figuration et abstraction, peinture et photographie. On y (re)découvre ainsi des noms connus (et souvent défendus dans ces pages) comme

Continuer à lire