"Les Terrains incertains" : Vincent Mauger, material boy

Exposition | Accueilli en résidence depuis janvier au Centre d’art Bastille, l’artiste Vincent Mauger a créé pour ce site bien singulier un parcours captivant qui permet de revenir sur les grandes spécificités de sa pratique.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 avril 2019

Photo : Christophe Levet


Au sol, une sculpture imposante qui pourrait être la matérialisation d'une image virtuelle d'un paysage lunaire. Au mur, des dessins nerveux et spontanés qui, lorsqu'on s'en rapproche, semblent avoir été réalisés en partie grâce à des logiciels de création d'images. Cette oscillation permanente entre réel et virtuel traverse l'œuvre de Vincent Mauger.

Né en 1976 à Rennes, il appartient à une génération qui a vu son environnement iconographique se transformer avec l'arrivée progressive des images de synthèse. Cependant, comme en réaction, il revendique dans le cadre de sa pratique une approche manuelle, puissante, artisanale, attachée à la manipulation de matériaux aux caractéristiques bien réelles. Il s'inscrit ainsi dans la filiation des grands artistes de l'art minimal des années 1960 qui, bien qu'attachés à développer un art éminemment conceptuel, ont toujours été soucieux du choix des matériaux et sensibles à la manière dont ceux-ci interagissent avec le site d'exposition et le visiteur.

Marbre mou et parpaing aérien

La seconde grande caractéristique des œuvres de Vincent Mauger est de donner visuellement à certains matériaux un aspect très éloigné de leur véritable nature. Expert en maniement de tout un tas d'outils de chantier, l'artiste parvient à créer l'illusion que des parpaings d'une dizaine de kilogrammes sont de légères éponges et que des blocs de marbre ont la molle souplesse du beurre. Cette tension entre l'apparence des choses et leur nature crée un léger trouble de la perception du spectateur qui s'accentue avec la proposition qui clôt l'exposition.

Pour cette dernière installation, Vincent Mauger renverse littéralement l'usage habituel que l'on fait des parpaings puisqu'il les utilise pour recouvrir un sol qui a été préalablement surélevé et incliné. Cette pièce, qui s'apparente plus à une intervention architecturale qu'à une sculpture à proprement parler, propose une relecture stimulante de l'espace du Centre d'art Bastille dont les qualités sont souvent des écueils pour les artistes qui y exposent – quoique dernièrement, ils s'en sont plutôt bien sortis.

Les Terrains incertains
Au Centre d'art Bastille jusqu'au dimanche 9 juin


Les Terrains incertains

Par Vincent Mauger
Centre d'Art Bastille Site sommital de la Bastille Grenoble
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