"Raconte-toi" : microexpo pour macroartistes et macroambitions

Exposition | Pour la quatorzième édition de son programme hors les murs, le Musée de Grenoble s’installe dans les locaux de l’association Solexine, quartier Bouchayer-Viallet, avec cette petite expo qui présente des grands noms de l’art contemporain. Une façon pour cette honorable institution d’aller à la rencontre d’un public parfois intimidé à l’idée de se confronter à ses collections.

Benjamin Bardinet | Lundi 20 mai 2019

Située dans le quartier Bouchayer-Viallet, au sein des anciennes usines Cémoi, l'association Solexine propose depuis 20 ans de nombreux projets d'éducation populaire à des personnes en situation de fragilité. Il est probable que cette mission ait joué dans la proposition que l'association a faite au Musée de Grenoble d'imaginer une exposition qui puisse être une réflexion sur la manière dont on se met en scène, en tant qu'artiste ou en tant que sujet, pour témoigner de ce qui nous traverse intimement ou socialement.

Une exposition qui convoque de grands noms de l'art contemporain. Tandis que le dessin hyperréaliste d'Oscar Muñoz et la magnifique composition géométrique de Leonardo Cremonini jouent ainsi de l'absence de personnes pour inciter notre regard à imaginer les fictions susceptibles de se jouer dans ces intérieurs vides aux allures de décors, les photographies de Patrick Faigenbaum nous présentent deux sujets plongés dans leur « décor » quotidien : un vieil aristocrate italien dans ses appartements et une femme dans son atelier de couture – pas franchement la même ambiance ! Deux photographies qui ouvrent une réflexion sur la manière dont on se construit à travers l'image, consciente ou inconsciente, que l'on donne de soi.

Visite accompagnée

En face, la photographe Cindy Sherman interroge les stéréotypes de genre en jouant sur les postures qui lui permettent d'incarner, d'un cliché à l'autre, des personnages tout à fait différents. Sophie Calle, quant à elle, nous raconte une histoire inquiétante d'un regard dont elle devient la victime, rejouant et renversant la question du rapport de l'artiste à son modèle et des logiques de domination. Michelangelo Pistoletto, enfin, nous renvoie une image éclatée de nous-même, rappelant que tout cela est affaire de point de vue.

De grands artistes donc, pour un petit lieu qui bénéficie pour toute la durée de l'exposition de la présence de médiateurs et médiatrices pour que vous puissiez confronter votre expérience des œuvres à leurs connaissances en histoire de l'art. Pour avoir souvent tendu une oreille attentive à ce qu'ils racontent, on peut vous assurer qu'ils sont super !

Raconte-toi
À Solexine jusqu'au jeudi 6 juin


Raconte-toi

Exposition hors les murs du Musée de Grenoble
Solexine 12B rue Ampère (Centre Cémoi) Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Patrick Faigenbaum : en concordance avec le temps

Exposition | Le Musée de Grenoble offre au photographe français sa première rétrospective en revenant sur ses trente dernières années de photographie. L’occasion de découvrir un artiste attaché aussi bien à l’instant qu’à la mémoire.

François Cau | Lundi 24 novembre 2008

Patrick Faigenbaum : en concordance avec le temps

Dans les années 1980, Patrick Faigenbaum réalise une série de portraits de familles italiennes aristocratiques, dans leurs intérieurs très imposants. Le photographe français joue ainsi avec les lignes de l’architecture des palais et autres riches demeures dans ces clichés savamment construits évoquant les tableaux de la Renaissance italienne. Un travail qui fit sa réputation, mais qui parallèlement réduisit la portée de son œuvre («"mais si, tu sais, le mec qui photographie les bourges italiens !"). Le Musée de Grenoble a décidé de se pencher plus en profondeur sur l’œuvre d’un des photographes français les plus importants des vingt dernières années, en lui offrant sa première véritable rétrospective. À côté des portraits des aristos et de ceux des statues d’empereurs romains (l’autre pan très connu de son œuvre), on trouve des photographies variées, souvent des portraits. Comme ces différentes commandes de la part de villes comme Barcelone, Prague, Brême, mais aussi Tulle, Saint-Raphaël et Beauvais, où Faigenbaum s’attache autant aux lieux qu’aux habitants, comme des instantanés d’une certaine époque. Photographe généalogiste À s

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