Saisissantes formes insaisissables

Benjamin Bardinet | Mardi 14 janvier 2020

Photo : Gravitation, Vincent AnaskieviezHypnos II, Vincent Anaskieviez


L'univers graphique de Vincent Anaskieviez n'est pas d'un abord immédiat très évident. Dans ses compositions abstraites, les formes sont parfois rebutantes. Quant aux œuvres plus figuratives, les scènes représentées sont franchement inquiétantes. Mais la cohérence avec laquelle se déploie l'exposition confère à l'ensemble une intensité saisissante à la hauteur du travail subtil que mène l'artiste en explorant la diversité des effets offerts par les matériaux graphiques (graphite, pierre noire, crayons…). Une première œuvre offre à voir un immense cercle à la surface duquel des volutes graphiques délicatement travaillées à la pierre noire évoquent des marbrures. Juste à côté, réalisés avec la même technique, quatre cercles évoquent des sphères dans lesquelles se développerait un écosystème donnant naissance à d'embryonnaires formes énigmatiques. Dans une autre série, ces formes semblent avoir achevé leur développement mais restent indéfinissables, entre l'organique et le végétal. Puis, progressivement, ces formes se font figuratives et amènent vers des grands formats conciliant univers clinique et surréalisme délirant : des jambes humaines boursouflées côtoient, dans un environnement en apesanteur, un mobilier de métal à la fonction indéterminée… fascinant.

Êtres et chimères (Vincent Anaskieviez)
À la galerie Alter Art jusqu'au 2 février

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Vibrations picturales

ARTS | Peinture. La galerie Alter Art doit prolonger son exposition consacré au peintre Jacques Y. R. Redoux. On était allé la découvrir un peu avant le deuxième confinement.

Benjamin Bardinet | Mardi 8 décembre 2020

Vibrations picturales

Dans la catégorie peintures minimales, maniéristes et gestuelles, les œuvres de Jacques Y.R. Redoux se défendent pas mal. C’est la galerie Alter Art, située quartier Saint-Laurent, qui nous propose d'en faire la découverte grâce à un accrochage qui donne l’impression, au fur et à mesure que l’on avance dans l’exposition, que ses tableaux nous racontent une histoire dans laquelle le noir éclatant semble affronter le blanc abrasif – ne surtout pas y voir une quelconque métaphore d’une éventuelle situation sociale mais plutôt la recherche d’un équilibre ancestral entre forces contradictoires. Si, sur une toile, l’une des couches recouvre l’autre, dans la suivante, cette dernière semble user de son épaisseur pour faire front et instaurer une limite franche et ciselée, imposant alors l’amorce d’une composition géométrique. Parfois, dans certaines compositions, surgissent de fulgurantes lignes dorées qui semblent tenter de contenir la nervosité de cette gestuelle picturale un peu trop débridée. Enfin, dans d’autres toiles, c’est en sourdine, noyées dans la texture picturale, qu’apparaissent d’improbables couleurs : du vert moisi ou des violets exténués affleurant à grand peine de la s

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Affinités formelles

Photo | Exposés à la galerie Alter-Art, les diptyques photographiques de Nicole Joye surprennent. L'un d'eux s'avère même particulièrement étonnant. Découverte.

Benjamin Bardinet | Mardi 11 février 2020

Affinités formelles

Voilà une expo qui devrait ravir ceux qui envisagent davantage la photographie comme une construction formelle que comme une possible image fictionnelle ou documentaire. Prises pendant plusieurs années à des endroits très différents, les photographies couleur de Nicole Joye jouent des possibilités de rapprochements et de similitudes formelles entre les clichés. Exposées en diptyque, les images se répondent et se complètent. Les reflets sans aspérités d’un immeuble vitré font écho aux ondulations miroitantes d’une surface liquide, la subtile imperfection de l’horizontalité des marches successives d’un escalier dialogue avec celle des lames d’un store... Dans cet ensemble sympathique, un diptyque nous a paru toutefois plus palpitant. Le premier cliché présente, dans la devanture d’un magasin, de musculeux mannequins en plastique qui apparaissent comme les pâles imitations de reproductions de statues antiques elles-mêmes reproduites à partir d’originaux d’un musée dont on devine l’architecture en arrière-plan du second cliché. Un diptyque qui renvoie au propre de l’image photographique qui, elle-même reproductible, n’est qu’une reproduction possible du visible. Au

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