Peintures pour cible

ARTS | Pour la première exposition de l’année de ses 30 ans, l’Espace Vallès réunit trois peintres familiers du lieu. Une exposition qui joue sur les rapprochements et glissements possibles entre leurs pratiques, ayant en commun une grande maîtrise des effets picturaux.

Benjamin Bardinet | Mardi 28 janvier 2020

Photo : Sébastien Layral


Thierry Carrier, Olivier Poizac et Sébastien Layral affectionnent tous trois une technique picturale qui oscille entre le désir de jouer des effets propres au médium (coulures, brossage, touche...) et un traitement quasi hyperréaliste des sujets. C'est particulièrement le cas dans le travail de Thierry Carrier dont l'identité des personnages portraiturés est souvent troublée par un léger flou. Immergées dans d'austères environnements désolés prenant parfois la forme d'un fond non-figuratif de matière picturale, ces personnages semblent saisis dans une action aussi énigmatique que la temporalité est incertaine. Une dimension étrange que l'on retrouve chez Olivier Poizac dont les scènes représentées basculent parfois dans un surréalisme fantastique intrigant. Un homme affublé d'une veste "no future" toise un cheval tandis qu'autour d'eux une sarabande de petits personnages a tout l'air de se moquer d'un hiératique membre du Ku Klux Klan et d'un groupe de processionnaires catholiques encapuchonnés. Une association libre dont on peut imaginer qu'elle interroge certaines réalités du monde contemporain : l'entremêlement des questions identitaires et religieuses, notre rapport à la nature…

Toujours en lien avec les réalités de notre époque, l'œuvre de Sébastien Layral apporte en complément une touche d'humour assez appréciable. En effet, pour cette série de tableaux sur lesquels le tracé d'une cible est superposé au visage de l'artiste, le visiteur peut lancer une fléchette pour faire baisser le prix d'achat de l'œuvre à condition de miser 10 euros (dont 2 seront versés à une association humanitaire). Plus les visiteurs participent, plus la somme pour jouer augmente, plus le prix d'achat de l'œuvre baisse (la mise en vente est de 1000 euros). Une sorte de partie de roulette qui détourne les pratiques imposées par le marché de l'art et interroge la manière dont l'art et l'économie s'entremêlent.


Thierry Carrier, Sébastien Layral, Olivier Poizac

Peinture
Espace Vallès 14 place de la République Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Olivier Poizac : le bâtisseur de narration

Exposition | Le peintre expose jusqu'au 17 février à l’Espace Vallès de Saint-Martin-d’Hères.

Charline Corubolo | Mardi 6 février 2018

Olivier Poizac : le bâtisseur de narration

Après avoir grandi sur un territoire marqué par la religion, s’être imprégné de la littérature d’anticipation et fait ses premières armes professionnelles dans le jeu vidéo, Olivier Poizac construit aujourd’hui une peinture narrative éparse, nourrie par ses éclats de vie passée. Une picturalité qui explore de multiples esthétiques où la figuration emprunte une voie surréaliste parsemée de pixels, mélangeant des codes classiques à une imagerie moderne. Dans l’espace de la toile, l’artiste interroge notre société contemporaine en injectant des réminiscences personnelles dans les interstices mystérieux de la composition. Inspirée par le livre Le Guérisseur de cathédrales de Philip K. Dick, son exposition du même nom convoque des figures iconiques, presque totémiques, pour questionner la religion, la jeunesse, les migrants, l’homme et la femme dans leur environnement, l’évolution de nos systèmes et ses mutations… Au rez-de-chaussée de l’Espace Vallès se déplo

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Olivier Poizac : « Ma façon de critiquer la société, c’est de poser sur la toile »

Exposition | Avec son "Guérisseur de cathédrales", titre emprunté à l'auteur de science-fiction Philip K. Dick, Olivier Poizac donne à voir le monde par le prisme d’une réalité picturale éclatée. Sa figuration flirte ainsi avec une vision surréaliste marquée par le pixel, et sa peinture narrative se confronte à des questions de société. À l’occasion de son exposition à l’Espace Vallès, nous l'avons rencontré.

Charline Corubolo | Mardi 6 février 2018

Olivier Poizac : « Ma façon de critiquer la société, c’est de poser sur la toile »

Vous avez travaillé un temps dans le domaine du jeu vidéo. Il y a des réminiscences de ce passé dans votre peinture avec des formes "pixellisées" qui côtoient une figuration plus réaliste. Pourquoi ce mélange d’esthétiques ? Olivier Poizac : Ma formation de départ, c’est la peinture ; j’ai fait les Beaux-Arts. C’est le pinceau qui m’a mené au pixel. J’ai continué avec une école d’arts graphiques pour ensuite travailler dans le domaine du jeu vidéo. Mais lorsque c’est vraiment devenu une industrie, j’ai changé mon fusil d’épaule et suis revenu à la peinture. J’ai du coup gardé certains codes graphiques de cette période que je ne renie pas. Au contraire, j’en suis plutôt content parce c’est une forme de modernité : les "low polygones", les objets avec beaucoup d’angles… D’ailleurs, on observe aujourd’hui ce même chemin inverse dans la sculpture contemporaine. La forme de vos tableaux est imprégnée de votre expérience, mais le fond aussi notamment lorsque vous évoquez la religion. Vos toiles sont une sorte d’introspection personnelle ouverte sur des questions de société – les jeunes aujourd’hui, les migrants… C

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L'autre en héritage

ARTS | Il ne s'agit pas d'altruisme, mais d'« interdépendance » : c'est ainsi que Sébastien Layral, actuellement exposé à l'Espace Vallès, définit son art profondément tourné vers l'humain. Privilégiant le portrait, il cherche à révéler l'autre, autant qu'à se révéler soi-même. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 23 septembre 2014

L'autre en héritage

L’œuvre est à l'image de l'artiste : impressionnante par sa grandeur. Un détail anatomique sur le physique de Sébastien Layral qui pourrait paraître anecdotique, pourtant son enveloppe charnelle semble avoir conditionné d'une certaine marnière son art. Certes, ses œuvres peuvent être de petites aquarelles, mais celles actuellement dévoilées à l'Espace Vallès tiennent du grand format. Sur de grandes toiles de lin quasiment brutes, il vient dépeindre un portrait, le sien ou celui de l'autre. Enfermé dans ce corps massif, l'artiste cherche à l'effacer pour ne garder que l'essentiel : l'émotionnel, qui s'évapore dans l'espace. Ainsi la succession d'autoportraits démesurés présentée à l'entrée submerge, positivement, dès le premier contact. C'est le point de départ de la série intitulée Desire, pour laquelle l'artiste a encore une fois (un processus récurent) fait rentrer le modèle au cœur de la création, aboutissant à une pièce complète, à une association de gens. Chercheur de l'intérieur C'est la marque de fabrique de Sébastien Layral : faire de ses modèles des acteurs artistiques. Avec Desire, il a transformé ses rencontres en toiles sen

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Derrière le voile

ARTS | Peinture / Le peintre français Thierry Carrier propose des séries de portraits à première vue bien austères, mais dont l’intrigante délicatesse se dévoile à mesure (...)

Laetitia Giry | Lundi 3 décembre 2012

Derrière le voile

Peinture / Le peintre français Thierry Carrier propose des séries de portraits à première vue bien austères, mais dont l’intrigante délicatesse se dévoile à mesure que le regard s’y perd. S’il est son premier modèle – ce que l’on vérifie largement dans cette exposition –, cela ne signifie pas que le portrait devient un autoportrait. La nuance est d’importance, car elle détermine la façon d’appréhender le sujet… Et quand l’autoportrait se consacre à discerner ce qui fait la particularité du peintre, Thierry Carrier s’attache plus ici à gommer qu’à mettre en évidence les traces de son moi. Il aborde son visage comme un visage lambda, un support pour exprimer des variations générales. « Si je me peins moi-même, ce n’est pas par narcissisme, mais parce qu’on n’est jamais aussi bien servis que par soi-même : en cherchant une attitude, un regard, j’essaie de rendre un état. » Une recherche d’état qui s’encombre peu de la sacro-sainte fidélité aux traits du modèle. Variables d’une toile à l’autre, ils épousent un cheminement tentant de capturer des impressions, se déforment allègrement à cet effet, sont parfois entraînés dans un tourbillon de matière. Constituant ainsi la gram

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