Double trouble

ARTS | Surprise au Studio Spiral : la photographe Pascale Cholette réalise deux prises de vue sur un seul et même négatif, pour donner vie à des images étonnantes.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 février 2020

Photo : (c) Pascale Cholette


La photographe Pascale Cholette distingue deux grands corpus dans sa production : ce qui est "réel" et ce qui est "imaginé". Si le premier s'attache plutôt à une approche documentaire, le second met en avant des images fabriquées, mises en scène, tirant parti de certains effets proprement photographiques. Intitulée Je ne vois que du silence, la série exposée au Studio Spiral se revendique de la seconde approche. En effet, la photographe grenobloise y explore le procédé de la double exposition sur pellicule argentique et réalise donc, pour chaque image, deux prises de vue sur une même portion de négatif. Bien qu'elle s'évertue, lors de la prise de vue, à anticiper les effets qui apparaîtront à la surface de l'image, ce procédé donne lieu à des compositions dont le hasard (le plus sympathique des complices) contribue à produire des photographies oniriques sur lesquelles notre regard de spectateur glisse comme dans un rêve. L'appareil photo, dont on fait naturellement usage pour conserver la mémoire d'un instant, devient ici au contraire un outil à produire du trouble, de l'ambiguïté : les textures et les référents s'entre-mêlent confusément, comme si la temporalité qui s'immisce entre les deux prises de vue venait brouiller les pistes et pervertir la résurgence d'un possible "instant décisif".

Je ne vois que du silence (Pascale Cholette)
Au Studio Spiral jusqu'au 21 mars


Pascale Cholette

"Je ne vois que du silence". Photographie
Le Studio Spiral 16, rue Chenoise Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Les fantômes du Congo

Photo | De 2014 à 2019, le photographe William Dupuy a arpenté les confins de la République démocratique du Congo à la rencontre des enfants soldats. Une plongée dans l’enfer des conflits inter-ethniques dont le regard hagard des protagonistes témoigne de la détresse, souvent inconsciente, qui les hante. Une exposition à découvrir au Studio Spiral.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 mars 2021

Les fantômes du Congo

Sous un ciel encombré de nuages teintés d’un gris électrique, une luxuriante végétation vert sombre recouvre le doux relief de collines dont les lignes sinueuses se perdent dans le lointain. L’ambiance singulière qui se dégage du paysage que dévoile le cliché introductif de l’exposition de William Dupuy a autant pour but de témoigner des caractéristiques géographiques du Nord Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, que de nous plonger dans l’étrange atmosphère de cette contrée en proie à de multiples conflits. Une dimension fantasmatique que William Dupuy amplifie en re-baptisant ce territoire Neverland en référence à Peter Pan, car, tout comme la fameuse île issue de l’imaginaire de J.M. Barrie, cette région abrite un grand nombre "d’enfants perdus". En effet, embrigadés dès leur plus jeune âge, les enfants-soldats du Nord Kivu s’engagent dans de multiples micro-conflits qui les dépassent et dont ils ne savent généralement pas grand-chose, si ce n’est que s’ils ne tuent pas l’ennemi qui leur est désigné, c’est eux qui seront tués. Totalement désœuvrés et déscolarisés (les rares instituteur.trices encore en place expliquent généralement

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Magique argentique au Studio Spiral de Benoit Capponi

Nouveau lieu | La galerie très rétro le Studio Spiral, destinée au travail photo argentique et alternatif, ouvre ses portes vendredi 16 novembre au 16 rue Chenoise. Derrière le viseur se cache le photographe Benoit Capponi, qui nous a parlé de son concept.

Alice Colmart | Mardi 13 novembre 2018

Magique argentique au Studio Spiral de Benoit Capponi

C'est à Grenoble, en plein centre-ville dans la très populaire rue Chenoise, que le photographe Benoit Capponi a choisi d’implanter son Studio Spiral, galerie photo « conçue à la manière d'un lieu de travail sur la photo argentique et alternative ». Situé dans une ancienne boutique, il se partage entre une première pièce de 50 m², tout en longueur pour exposer le travail de photographes, et, plus au fond, une surface équivalente destinée aux stages et aux formations. « C’est une pièce tout équipée, dans laquelle les gens qui voudraient par exemple travailler sur le noir et blanc argentique et les procédés anciens peuvent venir pratiquer. En ça, c’est un vrai travail de laboratoire. Des lieux comme ça, il n'y en a pas ou très peu à Grenoble. » Une nouvelle aventure pour lui liée au travail rédactionnel qu’il mène pour la revue de photographies Halogénure, distribuée notamment à Grenoble dans les librairies le Square et les Modernes et spécialisée dans ces procédés. « J’avais besoin de locaux

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Pascale Cholette : «Je ne cesse d’interroger mon rapport au réel»

Interview | Après une exposition à la Bobine, et une nouvelle maintenant au Bauhaus, Pascale Cholette commence à creuser son sillon grenoblois dans la photographie. Entre reportages et séries hallucinées, elle cherche l’humain. Rencontre avec une photographe au regard sensible.

Charline Corubolo | Jeudi 19 janvier 2017

Pascale Cholette : «Je ne cesse d’interroger mon rapport au réel»

Vous exposez actuellement au Bauhaus bar une série intitulée Over the sun. Il s’agit d’un reportage photographique réalisé en Jordanie dans un camp de réfugiés syriens pour la fondation de l’enfance de l’UEFA. Quel était l’objectif de ce projet ? Pascale Cholette : À cette période, je n’avais qu’un travail d’auteur à présenter. On m’a proposé cette mission et, du coup, j’y suis allée. Je n’ai eu aucune consigne, à part qu’il ne fallait pas faire de photo de foot. Ils voulaient un regard personnel, européen, sur ce qui se passait dans ce camp de réfugiés et sur la fondation. Au début, je ne savais pas quoi photographier, j’étais complètement perdue. En plus, je travaille toujours en argentique et là, pour des raisons techniques, j’ai travaillé en numérique, ce qui n’était pas facile. Puis un travail documentaire nécessite une immersion au sein d’un sujet, alors que là je n’y suis allée que trois jours ! Pour qualifier ce travail, vous parlez donc de "portrait document

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Vous êtes des animaux

ARTS | Présentée jusqu’au samedi 28 septembre à la Galerie Ex-Nihilo, l’exposition Who Cares ? de Pascale Cholette explore les différentes définitions du verbe « to (...)

Damien Grimbert | Vendredi 13 septembre 2013

Vous êtes des animaux

Présentée jusqu’au samedi 28 septembre à la Galerie Ex-Nihilo, l’exposition Who Cares ? de Pascale Cholette explore les différentes définitions du verbe « to care » à travers une splendide série de photographies argentiques en noir et blanc, à l’esthétique extrêmement forte. Motif récurrent à chacune d’entre elles, un ou plusieurs animaux (chiens, chats, oiseaux…), presque toujours aux côtés d’un être humain, seul. Un moyen pour la photographe d’illustrer « les déclinaisons de l’affect » en s’appuyant sur une citation tirée de L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera : « aucun être humain ne peut faire à un autre l’offrande de l’idylle. Seul l’animal le peut parce qu’il n’a pas été chassé du Paradis. L’amour entre l’homme et le chien est idyllique. C’est un amour sans conflits, sans scènes déchirantes, sans évolution ». Vernissage le jeudi 19 septembre à 18h, et visite chaudement recommandée !

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