Écosystème graphique

ARTS | Graphisme / Éric Alibert livre, au musée de l’Ancien Évêché, une séduisante exposition, Calligraphies alpines, dans laquelle son habile coup de pinceau nous brosse dans le sens du poil.

Benjamin Bardinet | Mardi 8 septembre 2020

Photo : (c) Éric Alibert


Ce qui frappe d'emblée le visiteur, c'est à quel point chacune de ses compositions se présente comme une vision où sa sensibilité d'artiste résonne harmonieusement avec la nature dans laquelle il s'immerge. « Les montagnes sont autant devant nos yeux que dans nos âmes », déclare-t-il, et il est vrai que ce qui nous est offert au regard témoigne autant d'une observation aiguë de l'environnement que d'une mémoire imprégnée de la fugacité des manifestations naturelles. Ainsi, évoluant dans ce subtil équilibre entre ce qu'il a vu et ce qu'il a ressenti, Éric Alibert produit-il des petits miracles alchimiques pour chacun desquels il excelle à jouer de ce que la technique picturale lui impose. « Il y a ce qu'on veut peindre et ce que la peinture vous invite à peindre », explique-t-il. En effet, avec l'encre de Chine, pas question de repentir ni de retouche, l'impermanence de l'eau l'oblige à développer un geste prompt et déterminé qui fait de la composition une sorte de précipité de l'instant de création. À cette stimulante tension entre le geste de l'artiste et les réactions physiques de l'eau répond le mouvement des animaux dont il parvient merveilleusement à saisir la quintessence. Un équilibre subtil qui fait de la surface de la feuille un écosystème graphique singulier.

Écriture sans alphabet

On découvrira, au fil de l'exposition, des variations graphiques sur un même thème, des triptyques consacrés à la versatilité lumineuse du crépuscule, ainsi que des œuvres plus métaphoriques en hommage aux résistants. C'est toutefois lorsqu'il s'engage vers une pratique plus radicale que cet adepte d'Henri Michaux (qui revendiquait « une écriture sans alphabet ») semble réellement inventer son propre langage. Ponctué de taches graphiques, un tableau s'offre peu à peu comme une vision d'un paysage désolé après le passage d'une avalanche. Troncs d'arbre arrachés, silhouettes de chamois et geste graphiques s'hybrident. Ou, plus radical, sur un petit format, un simple coup de pinceau évoque le contour archétypal d'une montagne. Ainsi se confondent geste, respiration, et paysage.

Calligraphies alpines, Éric Alibert
Au musée de l'Ancien Évêché, jusqu'au 15 novembre

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