Mario Prassinos, le peintre qui aimait les arbres

Peinture | L’artiste Mario Prassinos a fait de la figure de l’arbre un leitmotiv récurrent, dont l’exposition que lui consacre le musée Hébert nous dévoile les multiples variations. Un travail fascinant et un univers singulier.

Benjamin Bardinet | Mardi 7 septembre 2021

Photo : DR


Si Mario Prassinos porte un intérêt récurrent, limite obsessionnel, pour les arbres, c'est qu'ils lui permettent d'exprimer pleinement sa sensibilité. En effet, dans ses réalisations (peintures, gravures, mais également tapisseries – très en vogue dans les années 1960/70 !), Mario Prassinos semble davantage travailler à donner à voir ce qui structure ces éléments naturels que leur immédiate apparence visible.

Le vent tout d'abord, qui façonne leur arborescence, tout particulièrement dans la série des cyprès qu'il peint lors de son séjour sur l'île grecque de Spetsai en 1958. Un ensemble saisissant qui lui donne l'occasion d'ébouriffer sa peinture et de travailler à d'énergiques envolées gestuelles que lui inspire le meltem – vent caractéristique de la mer Égée. Plus loin c'est un travail d'égouttage de la peinture sur une toile disposée au sol qui lui permet de créer d'hypnotiques frondaisons dans lesquelles le regard se perd à l'infini. Ainsi, oscillant entre des tableaux nerveux, à la limite de l'esquisse et des compositions foisonnantes de détails, Prassinos nous invite à observer les arbres pour mieux regarder la peinture (et l'inverse !).

Sensibilité surréaliste

En ouverture de parcours, deux œuvres de petit format témoignent de ses débuts dans les années 1930, à l'époque où il fréquente les cercles surréalistes parisiens. Dans un autoportrait, son visage se dessine sur une souche de bois surgissant d'un environnement désertique, face à un mannequin sans tête. On pense à Chirico ou Dali. Et si Prassinos s'est par la suite éloigné du mouvement, il a toujours partagé avec les surréalistes ce désir de porter son regard au-delà de la surface des choses. « L'épaisseur plutôt que la surface visible. Peindre ce qui est dedans plutôt que ce qui est dessus », déclarait-il à propos de son approche.

C'est également cet intérêt pour les confins du visible qui transparaît à travers une série de portraits présentés dans un petit cabinet en complément de l'exposition. On s'éloigne alors des arbres, mais on retrouve cette manière de faire émerger de la confusion d'une myriade de gouttelettes une figure qui apparaît furtivement, dans un travail réalisé en collaboration avec le hasard. Une présence évanescente que les réserves de peinture contribuent à rendre tout juste perceptible, à l'image du visage du Christ sur le Suaire de Turin.

Elégance immuable

Enfin, en clôture d'exposition, plusieurs magnifiques portraits photographiques témoignent autant de l'élégance immuable de Prassinos à différents moments de sa vie que de la proximité qu'il pouvait entretenir avec le milieu artistique de son époque. Ainsi il apparaît, sous l'objectif de sa sœur la poétesse Gisèle Prassinos, jeune artiste fraîchement arrivé à Paris ; sous celui de la cinéaste Agnès Varda, sympathique compagnon de route ; et grâce à un montage multi-facettes du plasticien César, artiste accompli. Ajoutons à cela le portrait cinématographique réalisé par Lucien Clergue qui donne l'occasion de voir le peintre à l'œuvre, et ceci tout particulièrement lors de la réalisation d'un carton pour tapisserie (puisqu'on vous dit que c'était à la mode !)

Mario Prassinos. L'arbre qui ne cache pas la forêt, au Musée Hébert jusqu'au 28 octobre


L'arbre qui ne cache pas la forêt - Mario Prassinos

Considéré comme l'un des grands peintres de sa génération, Mario Prassinos a partagé son temps entre Paris et la Provence. Il s'installe à Eygalières en 1951, où il travaillera jusqu'à sa mort en 1985.
Musée Hébert Chemin Hébert La Tronche
Jusqu'au 28 octobre 2021, ts les jrs sauf mar de 10h à 12h et de 14h à 18h


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Des prolos aux aristos

ARTS | Sculpture. Le Musée Hébert devrait rouvrir prochainement avec son exposition consacré à Jean-Baptiste Carpeaux. L'occasion de redécouvrir cet artiste important de la seconde moitié du XIXe siècle.

Benjamin Bardinet | Mardi 8 décembre 2020

Des prolos aux aristos

Si Jean-Baptiste Carpeaux est surtout connu pour avoir réalisé le fameux Génie de la danse qui orne la façade de l’Opéra Garnier à Paris, ce n’est pas un hasard : il a toujours excellé à retranscrire en sculpture l’énergie propre au mouvement qui traverse les corps. Consacrée à ses années de pensionnaire de l’Académie de France à Rome (la fameuse Villa Médicis), la première partie de l’exposition conçue par le musée Hébert (en partenariat avec le musée d’Orsay) permet d’en prendre la pleine mesure. On y découvre l’esprit frondeur de l'artiste qui, refusant les sujets historiques ou bibliques imposés par l’Académie, s’autorise à remettre des œuvres d’inspiration libre, dont le Pêcheur à la coquille présenté dans la première salle est un bel exemple. Plus intéressé par les sujets contemporains que par l’Antiquité, Carpeaux se nourrit de l’observation de la vie dans les quartiers populaires et les campagnes romaines. Il y croise de pittoresques paysans, des danseurs de tarentelle et surtout Barbara Pasquarelli dont la beauté du visage le hantera toute sa vie – une série de bustes en témoigne. Enfin, consacrée aux relations qu’entretenait l’artist

Continuer à lire

PB d'or 2018 : expo

C'était 2018... | Avec une pépite locale et pas mal de musées isérois.

La rédaction | Mardi 18 décembre 2018

PB d'or 2018 : expo

Le PB d’or du réseau incroyable : les musées départementaux de l’Isère Si l’Année du Japon en Isère (qui dure jusqu’en juin) a été si bien suivie, c’est surtout grâce aux musées départementaux (gérés par le Département de l’Isère donc), dont certains se sont emparés de l’événement avec pertinence, sortant parfois des domaines que leur nom peut laisser penser. Comme le Musée dauphinois, qui a inauguré fin octobre Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l'Occident, soit l’une des expositions les plus réussies de 2018 ; le Musée de la Résistance qui, cet été, a accueilli la très forte exposition Hibakusha, dessins des survivants d'Hiroshima et de Nagasaki ; ou encore le Musée de l’Ancien Év

Continuer à lire

Hébert et ses amis en villégiature à La Tronche

ESCAPADES | Un musée consacré donc au peintre Ernest Hébert (1817-1908) mais pas que. Et, surtout, un lieu magnifique dans lequel il vécut qui se visite à l'année. Suivez-nous.

Charline Corubolo | Lundi 18 juillet 2016

Hébert et ses amis en villégiature à La Tronche

On aimerait vous dire qu’Hébert et ses amis ont fait les 400 coups, ça donnerait une touche rock’n’roll à notre patrimoine muséal isérois. Hélas ce n’est pas le cas. Ernest Hébert (1817-1908) était de la trempe de ces peintres académistes du XIXe siècle, excellant dans l’art du portrait. Alors à quoi bon gravir la colline tronchoise pour se rendre dans l’ancienne demeure familiale, transformée en musée depuis 1979 ? Car, amoureux ou pas de cette touche oscillant entre romantisme et symbolisme, vous n’aurez pas sué pour rien en arrivant sur ce lieu où souffle une douce brise de sérénité. L’ensemble, composé d’un splendide jardin, d’un bâtiment réservé à des expositions temporaires et de la maison elle-même, recèle bien des trésors. C’est dans l’antre de la grande bâtisse que sont présentées les collections permanentes avec la particularité de dévoiler des œuvres du peintre né à Grenoble mais aussi des toiles de ses camarades de pinceaux. Le parcours se découpe selon les thèmes qui jonchent la carrière d’Hébert avec des œuvres de jeunesse, des fonds d’atelier et des tableaux primés dont n

Continuer à lire

« Revenir aux missions premières »

ARTS | L’ancienne grange devenue lieu d’expositions dans les années 80 en face du musée Hébert a fait peau neuve cette année : deux salles belles et immaculées prévues pour accueillir de l’art contemporain. Rencontre avec Laurence Huault-Nesme, directrice et conservatrice du musée. Propos recueillis par Laetitia Giry

Laetitia Giry | Mardi 25 septembre 2012

« Revenir aux missions premières »

Quelle est l’histoire de ce lieu ?Laurence Huault-Nesme: Au départ, c’était un bâtiment annexe, qui a été racheté par le donateur au domaine d’en face pour faire des expositions d’art contemporain. Les salles ont été améliorées petit à petit après la nomination du premier conservateur. Puis, au moment du grand projet de rénovation du musée, celle des salles d’exposition temporaire ne faisait pas partie des priorités, ce qui explique que ça ait pris du temps. Finalement, on y est arrivés. Quelles étaient vos idées de transformation ?Je voulais deux salles simples, faciles à accrocher, de façon à ce que l’on puisse sans souci repeindre les murs, accrocher et décrocher avec le minimum de personnel. On a choisi la sobriété, et c’est de toutes manières tout ce qu’il faut pour mettre en valeur les œuvres. Le lieu est donc à la fois élégant et sans fioritures. On est en période de crise, et pour le moment, nous n’avons pas de budget spécifique pour ces salles, je jongle donc avec celui propre au musée [le musée Hébert est un musée départemental, financé par le conseil général de l’Isère, très touché par les bais

Continuer à lire

Les collections de l'agglo

ARTS | Le musée de Grenoble exerce une sorte d’hégémonie en termes de collections d’art, mais, on vous l’assure, il en existe d’autres à découvrir dans Grenoble et son agglomération…

Laetitia Giry | Lundi 14 mai 2012

Les collections de l'agglo

Va y’avoir du sport Le musée Géo-Charles, musée municipal de la ville d’Echirolles, abrite une collection comportant près de 300 œuvres, garantes de la mémoire de Géo-Charles. Elisabeth Chambon, directrice du musée, nous explique qu’elle a été « reçue en donation en 1982 grâce à son épouse », que celle-ci est le « reflet d’un amateur d’art, d’un collectionneur éclairé, d’un homme de son temps qui suivait des artistes avec qui il était ami et qui s’est fait le champion et le témoin d’avant-gardes aussi bien littéraires qu’artistiques », ce qui explique la présence dans les collections « d’artistes emblématiques du vingtième siècle comme Fernand Léger et Derain (cf visuel). » Féru d’art mais aussi de sport, Géo-Charles oriente encore les choix effectués au musée : « On entretient cette identité singulière originale : le sport dans sa relation à l’œuvre d’art, aux pratiques artistiques, à l’économie, à la philosophie, aux évolutions du monde. Pas le sport dans sa représentation spectaculaire ou télévisuelle, mais comme une discipline, un médium qui permet de dire le rapport de l’homme au monde. » Les œuvres montrées changent souvent, car « c

Continuer à lire

S’amuser au musée

CONNAITRE | Nathan et Chloé s’ennuient à la maison. Le remède, amenez-les dans les musées, la plupart d’entre eux proposent pendant les vacances des activités ludiques et interactives. Une bonne façon de susciter curiosité et intérêt. RLR

Aurélien Martinez | Vendredi 10 février 2012

S’amuser au musée

Avec « Dessine-moi un éléphant » au Musée Dauphinois, les petits princes et princesses se retrouvent à une table à dessin où, sur la base de textes anciens, ils sont invités à exprimer leurs visions du mystérieux pachyderme. Une bête fantastique qui mobilisa chez les artistes les représentations les plus fantasmagoriques, comme l’on peut le voir dans l’exposition Hannibal et les Alpes. Hannibal, le chef légendaire des légions carthaginoises à « La conquête de Rome », c’est le titre du scénario que devront résoudre des pré-ados confrontés à des armés de centurions sur un plateau de jeu de stratégie et de simulation. La paix reviendra dès les vacances de printemps lors d’ateliers pacifiques au jardin. En dépit d’un intitulé qui résonne comme une règle de grammaire « Un vitrail, des vitraux », l’animation du Musée de l’Ancien Evêché vibre de lumière et de couleurs. Après une visite des « portails lumineux » de la Cathédrale et de l’église St Hugues, les jeunes verriers conduits dans la salle de pédagogie sont amenés à reproduire sur une plaque de plexiglas un dessin qui, de touche en touche

Continuer à lire