Art contemporain franco-africain, l'expo inattendue

ARTS | Découverte par hasard, l'exposition "Visage, art contemporain franco-africain", à l’ancien musée de peinture, mérite que l'on s'y arrête.

Benjamin Bardinet | Mardi 19 octobre 2021

Photo : Benjamin Bardinet


Voilà un événement qui aurait bien pu nous échapper, si on n'avait pas été intrigué par le kakemono accroché à l'entrée de l'ancien musée de peinture : "art contemporain africain", voilà ce qu'on pouvait y lire.

Bonne surprise ! Cette exposition géographico-thématique, un peu fourre-tout, offre l'occasion de découvrir quelques œuvres qui méritent le détour. Dès l'accueil, faciles mais efficaces, les séries photographiques de Khalifa Ndiaye montrent des personnages dont on ne sait s'ils lévitent, volent ou planent dans des environnements relativement triviaux… un peu de légèreté et de poésie dans un monde de brutes.

"foRest" par Paul Armelson

C'est aussi l'impression que donnent les petits films d'Ezra Wube dont l'animation dynamique restitue l'urbanisation trépidante des mégapoles contemporaines. Plus loin, Sirifo Diakaby questionne la couleur noire à travers une installation téléphonique qui vous permettra d'entrer en communication avec l'esprit de cette couleur et une composition murale faite d'objets hétéroclites qui ont le noir en commun.

Enfin, le parcours se termine avec des installations d'envergure : Myriam Ribon invite dans un univers étrange fait d'appareils audio obsolètes, de branchements factices et de colonnades en rouleaux cartonnés surmontés de plantes en plastiques, tandis que Barthélémy Toguo propose une vision de l'exode avec une remorque pleine à craquer de ballots de tissus ethniques. L'exposition rassemble ainsi pêle-mêle des artistes des quatre coins de l'Afrique (avec un focus sur le Sénégal et l'Éthiopie), d'autres désormais installés en Europe, ainsi qu'une poignée d'étudiants de l'École Supérieure d'Art et de Design, également originaires du continent africain.

Visage, art contemporain Franco Africain, à l'ancien musée de peinture jusqu'au 28 octobre

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"Trois visages" : Jafar Panahi, cinéaste plus fort que tout

ECRANS | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste iranien Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, jeune villageoise, se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz Jafari se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences – c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à sa protagoniste.

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Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Interview | On a rencontré Agnès Varda et JR, qui reviennent sur l’aventure inédite de leur tandem (« approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs ») baptisé "Visages, Villages".

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

Agnès Varda & JR : « Le hasard est notre meilleur assistant »

Votre film parle des autres, mais aussi de vous puisque vous dialoguez énormément à l’écran… Agnès Varda : On a l’impression d’avoir travaillé modestement pour un projet qu’on avait en commun : approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs pour vous les faire connaître. C’est un documentaire sur les gens qu’on a rencontrés, même si on fait un petit peu les fous dedans. Notre présence dans le film a construit une relation. Mais au départ, je n’ai jamais pensé que ça deviendrait en fait le regard de JR sur moi ! JR : C’est l’un des rôles de l’artiste d’apprendre à re-regarder. Avec Agnès, on s’est rencontrés pour la première fois de notre vie un lundi à son atelier, elle est venue le mardi dans le mien et le mercredi, on a commencé à travailler ensemble. Elle n’avait jamais coréalisé, moi non plus, et on a passé les deux dernières années ensemble. Quand on se voyait pas,

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"Visages, Villages" : Agnès Varda et JR à la colle

ECRANS | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels (la cinéaste Agnès Varda) et une nouvelle tête du street art (JR) partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes de la première, ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Lundi 26 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour "grand-mère de la Nouvelle Vague", s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet (elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film), Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la "machinerie" JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires. Bienveillante sage-femme, Varda obtient des fragments de vécu dont le récit surpasse par sa sincérité toute forme de construction plastiqu

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"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, Alberto Rodríguez, réalisateur du fameux "La Isla minima", poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Lundi 10 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser (voire d’infantiliser) les puissants, ravalés au rang en marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité – c’est l’"arrosé" arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de l'Italien Paolo Sorrentino dans

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« Une fenêtre imaginaire »

ARTS | Pour l’expo "Visages-fenêtres", l’artiste grenoblois Nosca a choisi de travailler avec quatorze détenus de la maison d’arrêt de Varces. Chacun d’eux a pu s’exprimer par le collage d’images sur une mystérieuse boîte que le public est invité à ouvrir… Genèse et déroulement du projet. Propos recueillis par Laetitia Giry

Aurélien Martinez | Mardi 14 février 2012

« Une fenêtre imaginaire »

Comment t’est venue l’idée de travailler avec des détenus ?Nosca: Ça faisait quelques temps que je menais des interventions parallèlement à mes expositions et projets personnels. Comme j’avais fait plus de public jeunesse qu’adulte, j’avais envie de changer d’interlocuteur. J’ai conçu une espèce de petit dossier que j’ai déposé au service pénitencier. On m’a répondu et je suis allé à une réunion, on a discuté du public, des projets qui avaient l’habitude d’être menés, de ce qu’ils attendaient de mon intervention. Je suis reparti avec des textes écrits par différents artistes et personne ayant travaillé dans ce milieu-là, ce qui m’a aidé à me familiariser avec ce milieu et les préoccupations des détenus. Pourquoi les as-tu fait travailler sur des boites à ouvrir et fermer par le public ?J’avais en tête Down by law, le film de Jim Jarmusch : trois personnages sont enfermés dans une prison, personne ne se parle et la première chose que fait le personnage incarné par Roberto Benigni (toujours aussi jovial), c’est de prendre une craie pour dessiner une fenêtre imaginaire sur le mur de la cellule - le point de départ de la discussi

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« 100% Italie, du gothique au giallo »

CONNAITRE | À découvrir ce lundi au Théâtre 145, un alléchant double-programme « 100% Italie, du gothique au giallo », dédié à deux œuvres phares, bien que radicalement (...)

François Cau | Lundi 21 février 2011

« 100% Italie, du gothique au giallo »

À découvrir ce lundi au Théâtre 145, un alléchant double-programme « 100% Italie, du gothique au giallo », dédié à deux œuvres phares, bien que radicalement différentes, du cinéma de genre transalpin. Réalisé en 1963 par Mario Bava, Les 3 visages de la peur est une des réussites les plus marquantes du film à sketches horrifique, enchaînement virtuose de trois courts récits n’ayant en commun que leur parfaite maîtrise du medium cinématographique et leur caractère profondément anxiogène. Film insensé, brutal, ironique et volontairement déconcertant, réalisé en 1982 par un Dario Argento encore en pleine possession de ses moyens, Ténèbres suit les traces d’un écrivain américain à succès en voyage à Rome, autour duquel s’enchaînent une série de meurtres violents. Magnifié par le fameux thème musical des Goblin, le métrage alterne d’impressionnants éclats graphiques à une réflexion distanciée sur les codes du giallo italien. Une soirée à ne surtout pas manquer !

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Bons baisers de Taïwan

SCENES | FESTIVAL / En cette fin septembre, l’Espace Aragon de Villard-Bonnot et l’Espace Paul Jargot de Crolles s’associent au Centre culturel de Taïwan à Paris (...)

François Cau | Vendredi 17 septembre 2010

Bons baisers de Taïwan

FESTIVAL / En cette fin septembre, l’Espace Aragon de Villard-Bonnot et l’Espace Paul Jargot de Crolles s’associent au Centre culturel de Taïwan à Paris pour nous concocter un mini festival centré sur les artistes de la République de Chine (l’autre nom de Taïwan). Pourquoi pas… Outre les diverses expositions et projections inhérentes à ce genre d’évènement, deux spectacles ont retenu notre attention. D’abord le Nüwa du danseur taïwanais Shang-Chi Sun (le 23 septembre à Crolles) dont les extraits que l’on a pu visionner laissent présager un très beau moment. Associant toute la technique de la danse néo-classique à un univers évoquant plutôt le tai-chi, le chorégraphe et danseur proposera un duo centré autour de la figure de Nüwa, personnage de la mythologie chinoise qui a façonné les premiers hommes avec de la glaise pour leur donner le pouvoir de procréer : ça c’est sympa. Autre proposition intrigante : le Lyonnais Éric Massé, dont certaines des créations antérieures avaient de la gueule, dévoilera son Migrances (le 8 octobre à Crolles). Un spectacle associant théâtre musical et danse dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il s’articulera autour de la percussionniste Yi Pi

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Théâtre métaphorique

SCENES | Au cours de ces quelques courtes lignes, il s’agira de s’intéresser de près à la question de la scénographie renversante du spectacle de Julie Bérès. Une (...)

François Cau | Lundi 16 février 2009

Théâtre métaphorique

Au cours de ces quelques courtes lignes, il s’agira de s’intéresser de près à la question de la scénographie renversante du spectacle de Julie Bérès. Une gageure tant il y aurait à en dire. Élaboré avec Goury, scénographe venu de la danse contemporaine (il a beaucoup travaillé avec Josef Nadj), l’univers plastique de Sous les visages tranche avec le théâtre que l'on a l’habitude de voir. Notamment grâce au travail réalisé autour de la lumière : paradoxe intéressant qui consiste à plonger la scène dans une pénombre chaude tout au long du spectacle. Cela permet une recherche sur la suggestion (notamment avec les décors), et l’utilisation de stratagèmes qui fonctionnent à merveille. On pense ainsi au plateau, évoquant des sables mouvants emportant les personnages, littéralement avalés par le sol ; ou encore ces murs qui semblent mous, ne soutenant plus notre héroïne. La scénographie, représentant le désordre mental d’Agnès, devient alors métaphorique, et en dit autant qu’un long monologue. Ça tombe bien, Julie Bérès avoue avoir cherché dans cette direction, et l’on sent tout un travail poétique effectué autour du surréalisme et de l’onirisme, sans pour autant tomber dans l

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A travers le miroir

SCENES | Sous les visages, de Julie Bérès, est à l’affiche de l’Hexagone cette semaine. Une bombe théâtrale intense basée sur la dichotomie entre la réalité et l’univers télévisuel. A ne surtout pas louper. Aurélien Martinez

François Cau | Jeudi 12 février 2009

A travers le miroir

Agnès, une jeune femme qui pendant toute sa carrière a essayé de plaire à ses employeurs, vient d’être licenciée. Au revoir, merci, ce fût un plaisir, maintenant il faut partir. A partir de là, que faire ? Elle se retrouve ainsi seule, devant sa télé, à contempler des êtres au bonheur dégoulinant et à la réussite sociale affichée crânement. Alors que normalement chacun reste de son côté de l’écran, la jeune femme va changer les règles en le traversant, et ainsi partir dans un univers fantasmé où tout semble facile et où elle aussi aura droit à sa part de bonheur. Car pourquoi rester dans un monde, le sien, où tout est gris, où l’on peut se faire jeter en moins de deux ? Vis ma vie La metteuse en scène et comédienne Julie Bérès questionne avec acuité notre monde contemporain. Un monde qui entretient le culte de la performance et offre son quart d’heure de gloire à beaucoup, tout en laissant sur le côté de la route ceux incapables de participer à ce grand raout de la réussite à tout prix. Elle choisit de nous montrer là, sous nos yeux, une jeune femme perdue dans les dédales de son imaginaire imposé. Car Sous les visages est un conte sur

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«Un spectacle sur une perdition»

SCENES | Rencontre avec Julie Bérès, qui nous parle de ses intentions. Propos recueillis par AM

François Cau | Jeudi 12 février 2009

«Un spectacle sur une perdition»

Petit Bulletin : Pourquoi avoir choisi de travailler sur la question sociale, et notamment la précarité ?Julie Bérès : Parce que la place du travail dans notre société moderne a évolué de façon assez étrange. Dans les années 60, le référant de bonheur n’était pas identifié à la réussite sociale. Aujourd’hui, il y a cette confusion, où l’on nous dit de plus en plus qu’être heureux dans la vie, c’est réussir socialement. On définit donc une personne par ce qu’elle fait, par son travail… Après, je ne pense pas que ce soit un spectacle sur la précarité, même si ça m’intéressait de parler du phénomène des nouveaux travailleurs pauvres. C’est plus un spectacle sur une perdition, une perte de confiance, une dévalorisation qui vient d’un accident – un licenciement. Je me suis intéressée au phénomène de précarité que sont les nouveaux travailleurs pauvres, ces personnes qui ont un travail – que l’on appelle souvent un petit boulot –, mais qui vont quand même se retrouver à moitié la tête sous l’eau, vont avoir beaucoup de mal a subvenir de façon correcte à leurs besoins… Et c’est assez terrifiant car ce sont souvent des gens qui ont des diplômes, d

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