Déjeuner chez Madam

Resto | Le beau resto de la rue Thiers, installé dans une ancienne clinique, rouvre avec un nouveau proprio et un nouveau chef, Alexandre Zdankevitch. On a testé.

Valentine Autruffe | Mardi 19 octobre 2021

Photo : Valentine Autruffe


Pour un plaisir extra-quotidien, impressionner une conquête, romantiser une soirée à deux (ou plus) ou sortir en belles tenues, sachez que le restaurant Madam a rouvert ses portes fin septembre. Le cadre est superbe dans cette ancienne clinique qui, selon la plaque apposée sur la façade, a recueilli plus d'un millier de blessés durant la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui elle peut recevoir 45 à 50 convives, sans compter les salles à privatiser à l'étage. Repreneur, le groupe Gobertier a confié les cuisines au chef Alexandre Zdankevitch, Grenoblois qui avait fondé feu le Zdank, rue Fantin-Latour. Tarifs, entrée/plat/dessert le midi à 29 euros, menu à 55 euros le soir. On y a déjeuné, on a savouré une soupe à l'oignon déguisée en tartelette citron, une dorade cuite dans une croûte quinoa-pistache, entre autres… C'est beau, c'est bon, et surtout Madam arrive à l'équilibre qu'on aime : c'est sophistiqué sans être guindé.

Madam 34 rue Thiers à Grenoble

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Le "Vertige" de trois artistes sans fioriture

ARTS | Sarah Anton, Jacob Madamour et Thierry Lombard exposent jusqu'au 30 octobre à la 1-10 Galerie, quartier Saint-Bruno à Grenoble.

Valentine Autruffe | Vendredi 22 octobre 2021

Le

Jacob Madamour met en scène des femmes dans des photographies sophistiquées et violentes, que l’on croirait tirées de films noirs. Sarah Anton évoque en peinture le corps des femmes, l’enfantement, le sexe, dans des tableaux colorés que l’on croirait, avant d’en saisir les détails, enfantins. Thierry Lombard, artiste multicartes, propose ici des peintures multicolores invitant au voyage. Moins explicites, ses toiles répondent à celles de Sarah Anton. Les trois artistes se réunissent à la 1-10 Galerie dans une exposition commune, intitulée Vertige. Happé par les couleurs et les contours francs du projet Acoeur de Sarah Anton, on prend le temps de décortiquer chaque détail de ses toiles, avant d’être attiré par une série d’œuvres représentants des vulves (thème très (trop ?) en vogue en ce moment), y compris des boucles d’oreilles. Issus d’une autre série, ses portraits sont remarquables. Au milieu des tons vifs de Sarah Anton et Thierry Lombard, les

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Vingt ans pour Vues d’en face

ECRANS | Festival / Sorti des radars au printemps, Vues d'en face est de retour dans quelques jours. Heureuse nouvelle !

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Vingt ans pour Vues d’en face

Qui s’apprête à souffler ses 20 bougies aujourd’hui est doublement embarrassé. D’une part parce que l’acte en lui-même d’éteindre par l’air expiré, si symbolique pourtant, est désormais proscrit pour des raisons prophylactiques ; de l’autre à cause d’une fameuse sentence de Paul Nizan certifiant de toute son aigreur (ou jalousie d’homme mûr ?) : « J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » Vous parlez d’un accueil ! Considérons plutôt le verre bien rempli, car il n’est hélas pas donné à tout un chacun d’atteindre la double dizaine, et notamment aux festivals. Vues d’en face peut en témoigner : quand il ne s’agit pas d’une baisse (ou coupe) de subventions, c’est un coronavirus qui vient s’en mêler. Mais à 20 ans, il est aussi capable de rebondir pour transformer son édition printanière en rendez-vous automnal. Plus ramassée sur un week-end, la programmation ne perd rien de ses multiples identités LGBT+, ni de sa propension à voir du pays : le Portugais L'ange gardien, l’Étasunien Tell it to the bees, l’Italien

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

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"I am not Madame Bovary" : une femme puissante

ECRANS | de Feng Xiaogang (Chin., 2h18) avec Fan Bingbing, Guo Tao, Da Peng…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Six mois après un divorce bidon dans le but d'obtenir un second appartement, Li Xuelian réclame que le tribunal déclare le jugement illégal mais, paradoxalement, le confirme – son coquin d’époux s’étant recasé ailleurs. Déboutée, l’obstinée Li va d’échelon en échelon, jusqu’à Pékin. Dix ans durant… Une femme du peuple luttant avec entêtement pour son bon droit face à l’administration chinoise… La procédurière Li Xuelin ressemble beaucoup à la Qiu Ju dans le film homonyme de Zhang Yimou (1992) : à la base, son affaire paraît dérisoire ; elle prend pourtant peu à peu des dimensions éléphantesques, la plaignante refusant (à raison) toutes les solutions "amiables". Révélant les failles d’un système mangé par la corruption, elle parvient malgré elle à renverser la table, en dépit des nombreuses tentatives ourdies par les autorités pour la faire renoncer — certaines stupides, retorses, d’autres d’une perversité rare. Nul n’est besoin d’être juriste pour apprécier cette réussite de Feng Xiaogang : son portrait de femme déborde de rebondissements, souvent drôles, jusqu’à un épilogue totalement désarçonnant. Sur cette trame initiale sèche comme un ali

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"Monsieur & Madame Adelman" : ego trip signé Nicolas Bedos

ECRANS | De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Monsieur & Madame Adelman de (et avec) Nicolas Bedos a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo Doria Tillier et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel, et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes.

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Madame Bovary

ECRANS | De Sophie Barthes (Fr, 1h58) avec Mia Wasikowksa, Henry Lloyd-Hugues, Ezra Miller…

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Madame Bovary

Lorsque l’on décide d’adapter un classique (et quel classique, en l’occurence !), il faut soit se montrer d’une fidélité absolue, soit d’une infidélité intransigeante en massacrant jusqu’à l’histoire même, façon Tarantino. Se contenter de la tiédeur de l’entre-deux se révèle toujours un choix exécrable : celui de l’indécision ou du "par défaut". Or c’est celui adopté par Sophie Barthes dans ce film bâtard, à la distribution anglophone qu’on croirait empruntée au Sundance Film Festival (Ezra Miller, Rhys Ifans, Paul Giamatti plus l’indispensable Olivier Gourmet, pour des raisons de coproduction, sans doute) et au décor de "film du milieu" français. La diaphane Mia Wasikowksa, très présente à l’écran en ce moment, mais bien peu prégnante, ne fait que raviver le souvenir d’Isabelle Huppert chez Chabrol, dont ce Bovary semble être une évocation persistante mais affadie.

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Madame K : peur sur la ville

SCENES | Voilà bien un spectacle atypique que ce Madame K du metteur en scène et comédien Vincent Clergironnet. L’histoire d’une femme viscéralement effrayée par tout ce (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 mars 2015

Madame K : peur sur la ville

Voilà bien un spectacle atypique que ce Madame K du metteur en scène et comédien Vincent Clergironnet. L’histoire d’une femme viscéralement effrayée par tout ce qui l’entoure et pour qui vivre semble être une torture. Un propos a priori banal pourtant traité originalement, en utilisant les codes du théâtre visuel. Soit une immense scène tournante sur laquelle Madame Kapeurdetou évolue ; ou plutôt est bringuebalée, les cercles continus décrivant subtilement le côté répétitif de sa vie. Une vie qui est néanmoins chamboulée par le si inquiétant monde extérieur, matérialisé par une machinerie (avec deux manipulateurs présents sur le côté de la scène) qui propulse via des cintres différents objets sur le plateau. L’héroïne, campée très finement par Dominique Posca, va alors devoir avancer coûte que coûte, croisant en plus sur sa route divers personnages interprétés par Vincent Clergironnet. En résulte une création bourrée d’inventivité et d’espoir (le sous-texte sur notre monde qui se fabrique lui-même ses peurs est percutant), à découvrir le samedi 7 mars à 20h30 au Théâtre en rond de Sassenage.

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La vie pas si tranquille

SCENES | « Pourquoi que chacun il ne viderait pas sa poubelle ? Pourquoi faut-il qu’il y en ait qu’une seule qui vide les chiures de cinquante autres ?  » Bah (...)

Aurélien Martinez | Lundi 10 février 2014

La vie pas si tranquille

« Pourquoi que chacun il ne viderait pas sa poubelle ? Pourquoi faut-il qu’il y en ait qu’une seule qui vide les chiures de cinquante autres ?  » Bah oui, pourquoi ? C’est que Madame Dodin, concierge qui n’a rien d’affable, n’en peut plus de faire ce job. Surtout que les habitants de son immeuble parisien ne font pas grand-chose pour lui faciliter la tâche – enfin, selon elle. Avec Madame Dodin, Marguerite Duras raconte une époque (les années 50), un monde (celui des travailleurs invisibles), une certaine hiérarchie sociale, inéluctable. La nouvelle de 1954, tirée du recueil Des journées entières dans les arbres, est un écrin à citations, tant l’auteure a nourri son texte de répliques puissantes et excellemment bien écrites. La metteuse en scène Véronique Kapoian-Favel et l’auteur Sarah Fourage ont adapté les mots de Duras pour les porter sur le plateau, et donner vie à quatre personnalités, entre dialogues et narration : la concierge donc, mais aussi un balayeur et deux voisines, dont Duras elle-même. En découle une pièce d’une grande force, notamment grâce à l’interprétation de Véronique Kapoian-Favel qui campe le rôle titre avec tout

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David et Madame Hansen

ECRANS | De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un (...)

Aurélien Martinez | Mardi 28 août 2012

David et Madame Hansen

De la part du créateur de Kaamelott, rien ne pouvait laisser présager une entrée au cinéma aussi singulière que ce David et Madame Hansen. Loin d’exploiter un filon, Alexandre Astier le prend à rebrousse-poil avec cette œuvre aussi mélancolique que l’automne sur le lac du Bourget, où se déroule une partie de l’action. On y voit un ergothérapeute fraîchement investi dans une clinique en Suisse (Astier lui-même, tout en retenue et chuchotements), qui doit s’occuper d’une patiente souffrant d’amnésie post-traumatique, Madame Hansen-Bergmann, qui porte sur le monde un regard imprévisible et d’une mordante lucidité. C’est le thème du film : la norme bousculée par une pathologie qui devient une forme de santé face à des êtres coincés dans leur conformisme. Astier l’aborde avec son habituelle maîtrise d’écriture, et une mise en scène d’une belle simplicité, même si elle se laisse parfois aller à quelques inutiles ralentis et fondus enchaînés. Ce qui touche dans David et Madame Hansen, c’est la manière dont Astier redouble la quête de communication entre les deux protagonistes par son propre dialogue de comédien avec une Isabelle Adjani impressionnante. Comme

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