L'Arbre qui découvre la forêt

ACTUS | Au cœur du quartier Mistral, l’ancien Espace Culturel Bachelard rebaptisé Le Prunier sauvage rouvre ses portes. C’est le premier lieu dédié à l’art dans cette zone qui était jusqu’à présent culturellement délaissé. Reine Paris

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Vu de l'extérieur, le bâtiment ressemble encore à une annexe du stade Bachelard. « On aurait pu l'appeler Le Vestiaire », plaisante Brahim Rajab, le directeur de l'association Cultur'Act qui gère l'espace culturel. Finalement, ce sera Le Prunier sauvage. Un nom autrement plus poétique qui ressuscite l'arbre autrefois déraciné pour bâtir ces murs, et qui souligne sa liberté de pousser là où on ne l'attend pas.

Dans le quartier Mistral, l'art est en friche depuis des décennies et Cultur'Act doit relever le défi d'attirer une population peu habituée à s'approprier la culture. A sa disposition : un nouveau cadre. Certes, les fondations sont les mêmes, mais après deux ans de travaux, l'intérieur a été transformé. La salle de spectacle a perdu ses airs de salle polyvalente. Elle est aujourd'hui joyeusement parée de moquette rouge aux murs et de lourds rideaux noirs. Une scène amovible doit parfaire le tableau et être livrée pour l'inauguration prévue samedi 19 novembre. Au sous-sol, les studios de répétition et d'enregistrement ont été refaits afin de gagner en acoustique ce qu'ils perdent en chaleur conviviale. « Avant, le lieu était impersonnel, mal identifié. L'une de nos missions, voulue par la Ville,  consistait à  le louer pour des mariages », raconte Brahim Rajab.

Démocratisation culturelle

Aujourd'hui, le Prunier sauvage est entièrement dédié à la culture et son projet s'articule autour de trois grands axes : la pratique artistique avec notamment la tenue de cours de théâtre, de clown et de danse urbaine, l'accueil de spectacles et de concerts et enfin l'organisation de cafés citoyens encourageant les habitants à s'exprimer et à se rencontrer.

« Ce lieu doit être ancré dans son territoire et prendre en compte ses spécificités. Il a pour objectif la démocratisation culturelle. Ce n'est pas un lieu de diffusion comme La Bobine et l'AmpéRage, mais ce n'est une MJC non plus », explique le directeur de Cultur'Act. Pour le moment, il n'a pas fixé de programmation sur le long terme, faute de connaître les moyens financiers dont il disposera. « Un projet de conventionnement est en cours avec la mairie, précise-t-il. Le problème, c'est que la culture de proximité n'est pas considérée comme de la culture. Les financements vont surtout au soutien à la création et aux gros lieux culturels. Aujourd'hui, la Ville semble être sur une position différente. Nous espérons que cela va encourager les autres partenaires. »

En attendant d'y voir plus clair et afin de faire vivre le lieu, Brahim Rajab accueillera le festival Détours de Babel, mais aussi plusieurs structures socio-culturelles comme Culture du monde en Rhône-Alpes et SOS Racisme. Il va également travailler avec l'Atelier des musiciens du Louvre ou le Festival de la marionnette, et organiser des sorties de groupes à la MC2. « On veut proposer une offre qu'on n'attend pas forcément ici. L'idée, c'est de faire venir des gens de l'extérieur, mais aussi d'amener le public à sortir du quartier. »

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Home" : Flamand rosse

ECRANS | de Fien Troch (Bel, 1h43) avec Sebastian Van Dun, Mistral Guidotti, Loïc Bellemans…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Bon garçon, Kevin a le sang chaud et des problèmes de violence lui ayant déjà valu un séjour en prison. En réinsertion chez sa tante, il sort avec les amis de son cousin. Dont un victime d’une mère abusive. Un soir, un drame survient, auquel Kevin et son cousin assistent… Mettant en jeu des tensions morales extrêmes, et confrontant chacun·e à ses petites lâchetés du quotidien (la non-assistance à personne en danger finit par se payer d’une manière ou d’une autre), cette histoire aurait pu inspirer le Michael Haneke des "bons" jours, dans tout ce qu’elle a d’implacable. La réalisatrice belge Fien Troch lui emprunte sa crudité glaçante, brossant les contours de ses personnages en peu de traits. Mais ils se révèlent d’une acuité stupéfiante pour cerner les caractères. On perçoit ainsi dès le début les réticences de la tante, sa bienveillance forcée et cette barrière social qu’elle pose entre sa famille et les autres, impatiente qu’elle est d’oublier son extraction. Sans complaisance, ni rien appuyer, Fien Troch disperse les mirages de sa "douce maison" : derrière l’avenante façade, tout n’est que ruine.

Continuer à lire

Parc des arts à Grenoble : où en est-on ?

Inauguration | Dimanche 9 avril sera inauguré à Grenoble, dans le quartier Mistral, le Théâtre de verdure, petit amphi de 100 places situé à quelques mètres du Prunier sauvage. On a rencontré Brahim Rajab de ce même Prunier pour en savoir plus sur cette première étape du futur Parc des arts censé voir le jour en 2019.

Aurélien Martinez | Mardi 4 avril 2017

Parc des arts à Grenoble : où en est-on ?

On est derrière le Prunier sauvage, salle de spectacle du quartier Mistral située dans le parc Bachelard, devant un petit amphithéâtre installé entre les arbres. C’est joli (surtout avec ce soleil), mais ça va servir à quoi ? Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage, répond à notre (fausse) interrogation : « C’est le Théâtre de verdure qui a été voté dans le cadre du budget participatif 2015 de la Ville de Grenoble. C’est un élément sur l’espace public destiné à tous les usages, amateurs comme professionnels, où chacun pourra proposer des spectacles, des concerts, des débats… » Coordonné par le Prunier sauvage, cet espace de 100 places va être officiellement inauguré ce dimanche 9 avril avec une batucada ou encore un spectacle de la Fabrique des petites utopies (Un mystérieux voyage en forêt). Avant d’être investi les prochains mois par plusieurs temps forts, dont un gros événement baptisé L’Été indien fin août avec pas mal d’artistes – la Fabrique, Yoann Bourgeois… Ambition collective Une inauguration qui n’est surtout qu’une étape d’un projet beaucoup plus grand : la création d’un

Continuer à lire

"Et les mistrals gagnants" : la maladie à hauteur d'enfant

ECRANS | de Anne-Dauphine Julliand (Fr., 1h19) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Choisir la "chanson préférée des Français", signée de surcroît par le multi-ressuscité favori des citoyens de l’'Hexagone, pour titrer un documentaire consacré à des enfants malades, voilà qui avait de quoi susciter une méfiance légitime. Mais devant l'écran, on oublie vite la rengaine pianotée tire-larmes de Renaud (qui n’arrivera qu’à la fin) pour s'’attacher au quotidien des jeunes protagonistes suivis par Anne-Dauphine Julliand. Une réalisatrice ayant le tact (l’élégance, même) de s’'effacer pour nous permettre d'’entendre avec quelle étonnante lucidité (et maturité) ses petits patients évoquent les affections lourdes pour lesquelles ils sont suivis. Partageant leur spontanéité, leurs mots comme ceux de leurs proches, si elle n’'enjolive rien par intérêt dramatique ou cinématographique, elle privilégie la vie au voyeurisme impudique ou au sanglot complaisant. Ce qu’il y a de plein dans un verre valant toujours mieux que le vide. Cette approche sensible prenant les enfants pour ce qu’ils sont (c’est-à-dire des êtres doués de raison) rappelle un beau documentaire de Denis Gheerbrant, La Vie est immense et pleine de dangers (1995),

Continuer à lire

Jour de fête à ciel ouvert au Prunier sauvage

Ouverture de saison | « Pour sa cinquième rentrée automnale, le Prunier sauvage vous invite à une journée exceptionnelle, dans une ambiance festivalière. » Intrigués par le concept et séduits par les propositions artistiques qui nous sont proposées, nous avons voulu en savoir plus. Lisez donc…

Aurélien Martinez | Mardi 27 septembre 2016

Jour de fête à ciel ouvert au Prunier sauvage

Samedi 1er octobre, la journée d’ouverture de la nouvelle saison du Prunier sauvage aura des airs de festival avec de la danse (une interprète de la compagnie du chorégraphe Rachid Ouramdane proposera des « impromptus dansés »), du théâtre (la très drôle compagnie Afag Théâtre débarquera avec une relecture toute personnelle des Trois mousquetaires) ou encore des arts de la rue avec les locaux de Tout en vrac. Brahim Rajab, directeur des lieux : « C’est presque un festival, oui ! Comme on était un peu frustrés de ne pas pouvoir faire Mistral courant d’airs [la dernière édition date de 2014 – NDLR], on voulait quand même marquer le coup et commencer ainsi à inscrire un projet un peu ambitieux qui s’appelle le Parc des arts. » Un projet « autour des arts de la rue, autour de l’art sur l’espace public » dont

Continuer à lire

"Quartier chic" : le Prunier sauvage lance son magazine

ACTUS | Le lieu de vie culturelle situé dans le quartier Mistral vient de créer un bimestriel pour « modifier les représentations, élargir le champ des possibles, faire du commun, valoriser et donner confiance ». Le premier numéro est sorti début mars.

Aurélien Martinez | Lundi 21 mars 2016

« On a mis numéro 1, mais en fait c’est le numéro 0 ! » Quartier chic, c’est un nouveau magazine qui vient de voir le jour à Grenoble. Mais un magazine atypique, avec un message fort comme nous l’explique Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage. « C’est dans la continuité de ce qu’on a toujours fait au Prunier sauvage : lutter contre les discriminations sociales et culturelles, jouer sur les représentations et donner une autre lecture de nos quartiers populaires qui ne doivent pas seulement être regardés à travers le prisme social. » Le premier numéro est sorti ce mois-ci : 16 pages tirées à 2 000 exemplaires et distribuées tous les deux mois dans les boîtes aux lettres du secteur 3 de Grenoble et dans différents lieux de vie du secteur comme de la ville entière, pour « jouer sur le double regard » (comment les habitants

Continuer à lire

« Valoriser le territoire aux yeux des habitants »

ACTUS | Revoilà le festival "Mistral, courant d’airs", qui repointe le bout de son nez après deux ans d’absence. Rencontre avec Brahim Rajab, directeur du Prunier sauvage, la salle qui porte dorénavant la manifestation, pour causer de culture, du quartier Mistral, et des deux mélangés. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 10 juin 2014

« Valoriser le territoire aux yeux des habitants »

Pourquoi "Mistral, courant d’airs" est relancé aujourd’hui pour une dixième édition, après deux ans d’interruption ? Brahim Rajab : La dernière édition avait eu lieu en 2011. On reprend aujourd’hui, en 2014, quelque temps après la fin des travaux [le Prunier sauvage, anciennement Espace Bachelard, a été inauguré à la rentrée 2011 – ndlr]. Car la réouverture nous a beaucoup mobilisés. Puis la question financière a aussi joué : c’était un projet onéreux, il a fallu retrouver des financements... Mais surtout, on ne trouvait plus de sens au projet tel qu’il était fait avant : un grand événement où les gens venaient seulement consommer un spectacle puis repartaient. On a voulu mieux penser la manifestation en faisant plus d’efforts sur l’aspect médiation et en allant encore plus sur le quartier, au centre de l’espace urbain. On a mis en place de nombreux ateliers en amont, en incluant de manière forte les associations du quartier, le collège... Mais Mistral, courant d’airs s’adr

Continuer à lire

Notre sélection de terrasses vertes

GUIDE URBAIN | « Voilà l’été » comme dirait la chanson, avec ses incontournables soirées en terrasse. Soucieux de vous accompagner même dans ces moments-là, nous avons sélectionné trois endroits atypiques en plein air pour passer du bon temps à la nuit tombée. Suivez-nous ! La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 29 avril 2014

Notre sélection de terrasses vertes

Côté nature Qui sait qu’il y a un mini golf à l’extrême sud du parc Paul-Mistral, qui fait aussi office de bar ? Ou plutôt de buvette, avec des chaises en plastique et un comptoir dans une cabane. C’est justement le dénuement qui donne du charme à ce lieu atypique, niché entre les arbres sur un parcours de golf défraichi de 18 pistes – mais qui va être refait par le gérant pour pouvoir de nouveau y jouer. Ouvert d’avril à octobre, 7j/7 (sauf en cas de pluie), c’est un spot familial en journée (on peut y grignoter quelques trucs), et plutôt festif le soir (jusqu’à minuit). Une sorte de guinguette où l’on ne sert que des alcools légers (vin et bière), qui semble posée là sans vraiment y croire – il y a des barrières qui l’entourent, même si elles n’ont aucune utilité. Comme quoi, parfois, il suffit de pas grand-chose pour faire une chouette réussite. Mini golf du parc Paul-Mistral, rue colonel Driant, Grenoble. Rens : 06 52 94 55 82 Côté fleuve Les quais de l’Isère côté Bastille ont été inaugurés en novembre dernier après avoir été réaménagés. Leur première saison estivale va être un succès espèrent les profe

Continuer à lire

Tree of life

MUSIQUES | L’ancien Espace Culturel Bachelard, avec force travaux de rénovation et de mise aux normes, va devenir un lieu de vie culturelle du quartier Mistral, baptisé le Prunier Sauvage. Décryptage en compagnie de Brahim de l’association Cultur’Act. François Cau

François Cau | Dimanche 11 septembre 2011

Tree of life

Gros flash-back. À l’époque d’Hubert Dubedout et de René Rizzardo est impulsé le projet de créer à côté du stade Bachelard un lieu dédié aux pratiques musicales, avec le concours des habitants du quartier Mistral, alors riche en musiciens et pauvre en locaux aptes à l’expression artistique. Le temps que le lieu se crée, la municipalité change, et avec le mandat Carignon vient sa requalification en lieu de résidence pour des musiciens d’autres horizons, fermant ainsi catégoriquement la porte aux musiciens du quartier Mistral. « Du fait de cette situation, il y a eu des tensions, des frictions, au point que les artistes résidents sont partis du lieu, après avoir tout cassé, évidemment. La mairie de Carignon a dit “OK, créez une association, débrouillez-vous, on vous laisse le lieu“. Le collectif Espace Culturel Bachelard s’est créé, et s’est occupé de la gestion de l’endroit, qui s’est ouvert à tous les musiciens de Grenoble et de l’agglo. De 1992 à 1998, il n’y a eu aucune relation entre la mairie et l’asso, c’était un lieu municipal géré par des citoyens, presque comme si cet équipement ne faisait plus partie du patrimoine municipal. C’était le cas quand j’ai pris me

Continuer à lire

L’utopie à portée de main

CONNAITRE | FESTIVAL/ Cette semaine aura lieu la neuvième édition de Mistral, courant d’airs, évènement organisé par l’association Cultur’Act en partenariat cette année avec la Fabrique des Petites Utopies (et son grand chapiteau !). Tour d’horizon du projet avec Brahim Rajab, de Cultur’Act. Propos recueillis par AM

François Cau | Mercredi 1 juin 2011

L’utopie à portée de main

Décembre 2010. Pour notre "une" consacrée au Caravansérail de la Fabrique des Petites Utopies (un pôle d’art nomade situé au cœur du quartier Mistral), nous avions interrogé Brahim Rajab de Cultur’Act, l’association qui organise le festival Mistral, courant d’airs. À l’époque, Brahim évoquait clairement la situation périlleuse dans laquelle se retrouvait la manifestation, lâchée par l’Union européenne, l’un de ses principaux financeurs (un tiers du volume total des subventions). Juin 2011. Le festival aura finalement lieu. « On était clairement dans l’incertitude. Mais la mairie de Grenoble a montré son envie de faire perdurer le festival. Elle a augmenté sa participation – ce qui est appréciable, dans une période où les structures voient plutôt leurs financements baisser – ; mais évidemment, ça ne vient pas palier le retrait de l’Union européenne. » Voilà pour les comptes. La nouvelle édition pâtira-t-elle d’un budget resserré ? Pas forcément nous assure Brahim… Au contraire même, serait-il presque tenté d’affirmer : il explique avoir supprimé le volet têtes d’affiche, onéreux et « pas forcément porteur de sens », pour développer une programmation riche et diverse, notamment en pa

Continuer à lire