Short Édition : « La qualité ne se mesure pas au poids ! »

ACTUS | En cette rentrée 2012, nous lançons un partenariat avec Short Édition, éditeur basé à Grenoble qui, depuis 2011, publie en ligne et gratuitement des romans courts, nouvelles, bandes dessinées, strips, poèmes, slams, chansons... Chaque mois, Le Petit Bulletin sélectionnera pour vous un de leurs textes, accessible via notre site Internet [MAJ : nous avons arrêté notre partenariat en 2013]. Rencontre avec l’une des responsables du projet. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 24 septembre 2012

Comment est né shortEdition ?
Isabelle Pleplé, responsable éditoriale : Notre constat est que l'édition a besoin du format court, un produit à part entière de l'économie du livre qui a pourtant toujours été mal perçu dans la littérature francophone. Les libraires, les distributeurs, les éditeurs, les auteurs... : tous ont besoin de produits qui se vendent chers, et c'est évidemment plus facile de vendre cher un produit de 180 pages qu'un produit de 50 pages, voire de 40 ou 20. D'où l'idée répandue que si ce n'est pas long, c'est forcément mauvais. Alors que nous, au contraire, pensons que ce qui est court peut être bon... La qualité ne se mesure pas au poids !

Quelles sont, selon vous, les raisons de cette dévalorisation du format court ?
C'est la culture française de l'édition, qui s'est construite en partie sur le modèle de Gallimard, modèle très élitiste... Pour résumer, en France, celui qui fait une nouvelle, c'est celui qui ne sait pas faire un roman. Alors qu'en littérature anglo-saxonne, les auteurs de nouvelles sont beaucoup mieux considérés.

Quelles sont les vertus du court ?
Le court peut permettre un autre rapport à la lecture et au temps, pour ceux qui n'ont justement pas le temps de lire, où pour les jeunes qui sont derrière leurs écrans et pour lesquels il nous semble important de proposer des contenus, à côté de la presse, des jeux et des utilitaires. On propose donc des œuvres de 1 à 20 minutes : des nouvelles, des poésies, des très très courts, des BD de 1 à 12 cases...

Qu'est-ce qui change avec le monde de l'édition traditionnelle ?
Aujourd'hui, dans le monde de l'édition traditionnelle, le rapport de force est très favorable à l'éditeur et très défavorable à l'auteur. Si vous envoyez un manuscrit chez P.O.L ou Anne Carrière, sans avoir déjà été publié, vous avez une chance sur 2500 voire 3000 de l'être : tout le reste, ce sont des auteurs maison, des traductions, des auteurs apportés par des agents littéraires, ou des transfuges d'autres maisons d'édition. Il y a donc moyen de substituer à cette sélection descendante une sélection ascendante par la communauté. Chez Short Édition, on propose de rendre visible des œuvres, d'abord sur Internet et les applications mobiles, pour ensuite amener à l'édition numérique en collectif puis en individuel, et à l'édition papier, en collectif puis en individuel.

Comment fonctionnez-vous ?
La base, c'est évidemment le site Internet, avec sa duplication sur les applications mobiles. Mais on a aussi sorti nos premiers ebooks au mois de juin (avec une expérimentation sur des ebooks audio – une histoire d'une quinzaine de minutes lue par un comédien). Et l'on va sortir une revue papier le 15 octobre : le meilleur de la short littérature des trois derniers mois. Une revue pour l'instant vendue uniquement chez nous, même si l'on est en discussion avec des distributeurs. Mais on ne veut pas s'engager dans le circuit de la diffusion traditionnelle des 4 000 librairies françaises... On veut un réseau de 50 à 80 points de vente sur la France, parce que les coûts liés à la diffusion du livre sont extrêmement élevés... Tout ça pour aboutir à un modèle d'éditeur qui veut marcher sur trois jambes : un site qui génère des recettes grâce au trafic, des ebooks à la vente (entre 2, 50 et 3, 90 euros), et des livres imprimés.

Pour découvrir de nouveaux auteurs, vous organisez les prix de la short littérature...
Oui, ils ont lieu chaque saison. Un auteur nous envoie son texte en passant par le site. Il a deux solutions : soit il utilise la publication libre, soit il décide de soumettre son œuvre au comité éditorial pour éventuellement être en compétition. Cette option-là fait qu'il nous choisit comme éditeur, et nous cède ses droits d'exploitation et de diffusion, tout en restant propriétaire de son œuvre. Le comité éditorial donne son avis sur celles qui sont mises dans la colonne compétition, et si la note est suffisante, on met en compétition. Il y a ensuite un vote des lecteurs. Et trois semaines avant la fin (du 1er au 21 septembre, du 1er au 21 décembre, etc...), il y a une finale, avec environ une moitié d'œuvres apportées par les votants, les internautes, et une moitié d'œuvres apportées par le comité éditorial. On remet alors les compteurs à zéro, et les votes sont les seuls juges de paix pour décider du lauréat dans chaque catégorie – lauréat qui gagne 800 euros, et qui est sûr d'être publié dans short.

www.short-edition.com

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