Apocalypse No(w)

ACTUS | Entre supposées prédictions mayas, sortie de "4h44, dernière nuit sur terre", le dernier film d'Abel Ferrara, et autres événements thématisés « fin du monde », tout semble concorder vers un 21 décembre apocalyptique – même si on n'y fait que se bourrer la gueule. Peu étonnant quand on songe que la « fin du monde » est vieille comme... le monde. Et qu'elle n'a pas fini de nous tarauder. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 décembre 2012

Photo : Melancholia de Lars von Trier


« Dans le roman qu'est l'histoire du monde, rien ne m'a plus impressionné que le spectacle de cette ville jadis grande et belle, désormais renversée, désolée, perdue […], envahie par les arbres sur des kilomètres à la ronde, sans même un nom pour la distinguer. » Ce pourrait être la voix-off du survivant d'un film post-apocalyptique déambulant dans Londres, New-York, Paris, Grenoble... Ce ne sont « que » les mots de l'explorateur américain John Lloyd Stephens, découvrant au XIXe siècle la splendeur passée d'une ancienne ville maya mangée par la jungle du Yucatan. Ces mêmes Mayas dont le calendrier aurait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Peu importe que la Nasa elle-même ait démenti ces rumeurs dont les illuminés, les conspirationnistes et les survivalistes font leur miel et la fortune des agents immobiliers du village français de Bugarach, censé être épargné.

 

Qu'on la nomme Apocalypse (« révélation » dans la Bible) ou Armageddon (d'Harmaguédon, le « Waterloo » hébreu du livre de l'Apocalypse), la « fin du Monde » est depuis toujours le sujet de conversation préféré de l'humanité (avec la météo) et les occasion d'en parler sont nombreuses : extinctions, catastrophes comme lorsque le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, le « 11 septembre des Lumières », ne manqua pas de faire s'écharper Voltaire et Rousseau sur la question de la contingence face à celle de la responsabilité humaine et son goût de la démesure – une question qui a eu sa résonance de l'ouragan Katrina à Fukushima. Ou lorsque la Shoah et Hiroshima firent prendre conscience à l'Humanité de la possibilité de son auto-anéantissement.

 

La Fin de toutes choses

 

Dans son indispensable Effondrement – Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, qui vaut mode d'emploi, le géonomiste Jared Diamond passe en revue les causes de l'effondrement d'une poignée de civilisations passées : Pascuans, réduits à néant par leur sale manie de vouloir ériger des statues monumentales jusqu'à détruire un écosystème, Anasazis, Mayas, Moches (le peuple, pas les gens laids)... Diamond s'y demande si, un jour, « des touristes médusés admireront les débris rouillés des gratte-ciel new-yorkais comme nous contemplons les ruines des cités mayas englouties par la jungle ». Une image que la fiction a rendu familière.

 

Sans doute, dans cette interprétation superstitieuse et fumeuse du calendrier maya – qui nous renvoie, à travers l'idée d'une civilisation jadis dominante éteinte en un clin d'oeil (ou quasi), le reflet de nos propres crises –, faut-il voir l'oblitération d'une mauvaise conscience de la modernité autant qu'un atavisme humain, un rappel à la finitude et à la lucidité. « Les signes annonciateurs du dernier jour, nous dit Kant dans La Fin de toutes choses, certains les reconnaissent dans le triomphe de l'injustice, dans l'oppression des pauvres sous la débauche insolente des riches et dans la disparition générale de la loyauté et de la confiance ; ou encore dans les guerres sanglantes déchaînées aux quatre coins du monde. (…) D'autres (…) dans des changements inhabituels de la nature, des tremblements de terre, des tempêtes, des inondations ou des comètes et des météores ». Nous sommes alors en 1794 et la Révolution française vient de changer le monde.

 

Naufrage

 

Comment ne pas voir dans 2012 de Roland Emmerich – qui manque de finesse mais pas nécessairement d'à propos témoignant au mieux du fait que le film catastrophe est l'une des manières dont une société se juge, fut-ce naïvement – cette métaphore d'un monde où seul les riches s'en sortent (ici, en monnayant leur Salut comme on se paie un voyage de luxe dans une arche de Noé new look – on peut en faire un parallèle ironique avec le Costa Concordia choisi comme symbole de décadence européenne par Jean-Luc Godard dans Film Socialisme et échoué quelques mois plus tard) ? Ailleurs, la peur d'un déclassement introduit par l'annihilation pure et simple de la lutte des classes : dans la recrudescence de la figure zombiesque, ce sous-prolétariat de la fiction apocalyptique ; dans La Route (où, The Day cette étonnante série B qui pourrait en être le sequel), dans des séries comme Terra Nova, Revolution, Falling Skies. Soit autant de « fins du monde », quelles qu'en soient les modalités, en appelant à une remise à zéro hobbesienne, à la possibilité d'une seconde chance qui ne vaudrait pas mieux qu'une punition. Comme le serait au fond la mort elle-même.

 

Dernière nuit

 

Dans 4h44, dernière nuit sur terre d'Abel Ferrara, l'espoir n'est plus permis mais la culpabilité demeure : un passage onirique de ce film pré-apocalyptique montre Cisco (Willem Dafoe) abattre le dernier palmier de l'île de Pâques, dans l'ombre fantomatique des Statues qui ont conduit à sa déforestation, comme un écho à l'analyse du biologiste américain Jared Diamond sur la civilisation pascuane. « Comment peut-on être aussi aveugle et ne pas penser à l'avenir. Comment ont-ils pu se foutre des conséquences ? Que ce soit en abattant un arbre, en construisant les Twin Towers ou la bombe atomique » se lamente ensuite Cisco dans un reproche à la terre entière et à lui-même. Là encore, nous voilà renvoyés dos-à-dos à un constat de Diamond sur l'extinction des Mayas cette fois, trop occupés à « privilégier la guerre et la construction de monuments au lieu de résoudre les problèmes de fond ».


Dans Melancholia de Lars Von Trier et Take Shelter de Jeff Nichols (tournés au même moment), on ne sait si la catastrophe annoncée est le fait de la folie de faux-prophètes névrosés, ou s'ils la provoquent par une sorte de regard médiumnique, d'extra-lucidité mélancolique, de culpabilité christique. Dans Le monde comme Volonté et comme représentation, Schopenhauer écrit que « des soleils et des planètes sans un œil pour les voir » ne sont rien, car « c'est bien de ce premier œil une fois ouvert que tout l'univers tient sa réalité ». « Le monde s'est ouvert avec le premier œil, complète Peter Szendy dans Apocalypse-cinéma, il se fermera aussi avec lui ». Celui de Justine (Melancholia), de Curtis (Take Shelter) et de Cisco (4h44), regard plongé dans celui de sa compagne, comme à l'instant d'avant l'éclat final du très similaire Last Night de Don McKellar (1998).

 

À propos de la métaphore à l'oeuvre dans son film, Ferrara a dit : « c'est tous les jours la fin du monde » et « chaque soir, quand vous allez dormir, c'est le dernier jour du monde ». Au définitif « le monde va finir » de Baudelaire, l'un des personnages de 4h44, doutant de l'Apocalypse mais désireux de ne pas louper le spectacle au cas où, répond d'ailleurs qu'il « n'en finit plus de finir ». Comme nous n'en finissons plus de fantasmer sa fin à la moindre occasion, de nous en inquiéter et, en guise d'exorcisme, de nous en amuser.

 

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"The House that Jack built" : la mort va si bien à Lars von Trier

ECRANS | Le cinéaste danois s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Jack (Matt Dillon) aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie (et lui confèrent au passage l’apparence d’un splendide magma), Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Épouser, comme ici, le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victimes participe évidemment de cette démarche : la mécanique humaine et celle, perverse, du suspense conduisent inconsciemment le spectateur de The House tha

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Tesnota – Une vie à l'étroit" : elle est libre Ilana

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Kantemir Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs et de combat. En fait, le rapport de forces ne peut évoluer que si des Ilana font b

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"Le Secret de la chambre noire" : photos-souvenirs

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Fr-Bel, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Olivier Gourmet et Tahar Rahim, le Japonais Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir.

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Rendez-vous au Paradis

Musique | Duo rétro-futuriste parisien aux manières mélancoliques, Paradis visite le passé de la chanson française en même temps qu'il explore le panthéon de la French Touch. Entre variété pop, boucles électro et house amniotique, Pierre Rousseau et Simon Mény semblent chercher un au-delà de la musique française. Et le trouvent le plus souvent.

Stéphane Duchêne | Lundi 6 mars 2017

Rendez-vous au Paradis

A l'écoute de Paradis, il faut imaginer les deux Alain, Souchon et Chamfort, avoir la vingtaine aujourd'hui – même s'il faut se concentrer très fort. En 2011, leur reprise de La Ballade de Jim avait laissé entrevoir ce que pourrait donner un Alain Souchon bercé à l'électro, engagé dans un duo casqué (autrement que de cheveux) avec le DJ Laurent Voulzy. Robot Rockollection, en somme. Mais c'est à l'une des chansons de l'autre Alain (Chamfort), également reprise, décidément, sur un album hommage, que le nom de Paradis fait référence. Et de fait, Paradis est plus Chamfort que Souchon, trop investi dans la maniaquerie de l'écriture et moins pop que son collègue par ailleurs plus musicien. Car si, comme bien des membres de leur génération plutôt versés dans le rock (Feu ! Chatterton, Grand Blanc,

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"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux...

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard, pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque, dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins virent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au p

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Rousseau : le savoir en Savoie

ESCAPADES | La nature et les territoires savoyards sont des clés majeures pour lire l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau et comprendre son aspiration au Romantisme. Thibault Copin

Thibault Copin | Mercredi 6 avril 2016

Rousseau : le savoir en Savoie

« S’il est une petite ville au monde où l’on goûte la douceur de la vie dans un commerce agréable et sûr, c’est Chambéry. » Jean-Jacques Rousseau a ainsi entretenu avec Chambéry des liens intimes liés à sa relation avec Mme de Warens, sa tutrice qui y vivait. Arrivé en 1731 dans le chef-lieu de la Savoie, le jeune homme genevois encore novice va découvrir ce qu’on serait tenté d’appeler les choses de la vie, ainsi qu’il le concède dans ses célèbres Confessions : « C’est durant ce précieux intervalle que mon éducation, mêlée et sans suite, ayant pris de la consistance, m’a fait ce que je n’ai plus cessé d’être à travers les orages qui m’attendaient. » Il est agréable de suivre la balade romancée mise en place au sein de l’entrelacs des rues. Disponible sur le site en ligne de l’Office du tourisme, le parcours retrace, du château jusqu’au cimetière où repose la préceptrice, les pas de l’auteur. Cette promenade gratuite et fraîche est un bon moyen pour découvrir, au travers des yeux d’un Rousseau amoureux, les richesses architecturales et historiques de la commune – Chambéry est une cité chargée en patrimoine qui fut notamment le siège de la dy

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La volte-face de Voltaire

CONNAITRE | Peu enclin aux courbettes, Voltaire devenu indésirable à la Cour comme à Genève et brouillé avec le roi de Prusse s’est installé, au milieu du XVIIIe siècle, dans l’Ain, aux confins de la Suisse, pour y passer les vingt dernières années de sa vie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 13 avril 2016


La volte-face de Voltaire

Depuis 1999, le château de Voltaire est propriété de l’Etat. Il est administré par le Centre des monuments nationaux de France et est même classé Monuments historiques. Il fallait bien tous ces macarons décernés par le Ministère de la culture pour dire à quel point cette bâtisse est un passage incontournable de l’histoire littéraire de ce pays. Et même sociale. Fervent défenseur des nobles causes (les affaires Calas, Sirven), Voltaire s’est battu contre l’affranchissement des serfs jurassiens et l’octroie de franchises sur cette terre du pays de Gex où il vécut dès 1758, à 64 ans. C’est dans ce château, dont les premières traces remontent à 1312, qu’il réunissait ce que la société des Lumières comptait de personnages haut-placés (hommes d’affaires, écrivains, artistes…). On retrouvait en permanence sur place une cinquantaine d’invités que l’écrivain pouvait notamment héberger dans les pièces des deux ailes rajoutées de chaque côté du bâtiment après cinq ans de travaux. Ferney ou la destinée Si c’est en ce lieu que Voltaire rédiga notamment son immense correspondance, son Dictionnaire philosophique et quelques contes (Candide,

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Seyssinet-Pariset : voici l’Ilyade

ACTUS | Changement de nom pour le Centre culturel Jean-Jacques Rousseau de Seyssinet-Pariset. Mais une ligne directrice conservée, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Aurélien Martinez | Mardi 30 juin 2015

Seyssinet-Pariset : voici l’Ilyade

Le Centre culturel Jean-Jacques Rousseau n’est plus, vive l’Ilyade ! Pour célébrer la réouverture après travaux de sa salle de spectacle de 300 places, la municipalité de Seyssinet-Pariset a décidé de frapper fort en arrêtant avec l’ancien nom à rallonge. Et en "grenoblisant" le nouveau avec ce fameux Y qui n’a rien de mythologique. Niveau programmation, pas de changements par contre, on est toujours sur un pertinent croisement de formes. Pour débuter, on se réjouit que l’Incredible Drum Show des Fills Monkey (deux batteurs pour un show musical et théâtral explosif) soit repris après son succès dans ces mêmes murs en 2014. Sinon, en théâtre, l’auteur et metteur en scène Gilles Granouillet de la compagnie Travelling Théâtre dévoilera Abeilles, spectacle tout public su

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Pasolini

ECRANS | Etre ou ne pas être un biopic, là est la question qui se pose à tout cinéaste qui se respecte abordant la vie d’un homme célèbre. Pasolini vu par Ferrara n’est (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Pasolini

Etre ou ne pas être un biopic, là est la question qui se pose à tout cinéaste qui se respecte abordant la vie d’un homme célèbre. Pasolini vu par Ferrara n’est pas plus une bio filmée de l’auteur d’Accatone que ne l’était le Saint Laurent de Bonello ; ladite vie est réduite aux dernières vingt-quatre heures du romancier-réalisateur-essayiste, mais Ferrara crée des trouées de fiction dans sa chronologie : les images de Salo, des extraits de Pétrole, grande œuvre romanesque inachevée, ou un article polémique sur le monde contemporain deviennent les réels événements de la première partie, de loin ce que Ferrara a tourné de mieux depuis des lustres. Pasolini (via son interprète, Willem Daffoe, excellent) avance d’un pas serein vers une fin dont il semble avoir la prémonition, comme en témoigne cette scène magnifiquement mise en scène où la caméra accompagne son retour dans sa famille sans effusion, dans une harmonie retrouvée où chacun reprend naturellement sa place. La manière dont Ferrara adapte à l’écran les bribes de son dernier roman est

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Awards 2014 cinéma

ECRANS | L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Awards 2014 cinéma

L’award du meilleur film : Nymphomaniac Avant même sa sortie, le (double) film de Lars von Trier a créé la polémique, qui ne s’est pas calmée lorsque le premier volume est arrivé sur les écrans. De fait, on ne peut pas dire que Nymphomaniac ait fait l’unanimité, loin de là… Mais de tous les films de 2014, il paraît avec le recul (et l’arrivée, imminente, de sa version intégrale en DVD, celle souhaitée par l’auteur et qui lui donne sa pleine puissance opératique) le plus synchrone avec une certaine idée d’un cinéma authentiquement contemporain. Relecture très libre des Mille et une nuits, Nymphomaniac déploie pour raconter l’histoire de Joe, nymphomane autoproclamée, un dispositif où chaque chapitre est un nouveau mode de récit, et chaque récit une petite machine à produire de la figuration et de l’émotion. Drôle, cruel, violent et, bien sûr, pornographique, il s’affirme aussi comme une synthèse remarquable de tout le cinéma de Lars von Trier, mais dans une humeur moins dépressive qu’

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Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

ECRANS | "Nymphomaniac volume 1" (version longue) de Lars von Trier. "Kreuzweg" de Dietrich Brüggemann. "Historia de miedo" de Benjain Naishtat. "A long way down" de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3 : vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce q

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissés sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que Seligman va rectifier en gr

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Awards 2013 théâtre

SCENES | L’award du meilleur espoir : la compagnie des Gentils Ça fait un bout de temps que la petite bande issue en partie du conservatoire de Grenoble et (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 19 décembre 2013

Awards 2013 théâtre

L’award du meilleur espoir : la compagnie des Gentils Ça fait un bout de temps que la petite bande issue en partie du conservatoire de Grenoble et réunie autour du metteur en scène Aurélien Villard fait son nid dans le milieu grenoblois, toujours guidée par l’envie de proposer un théâtre généreux et non intimidant. On a souvent pu la croiser à l’Espace 600, qui la soutient depuis longtemps, mais aussi à l’Amphidice (sur la fac) ou au festival Textes en l’air de Saint-Antoine-l’Abbaye (Aurélien Villard vient de ce village isérois). Pourquoi un award maintenant du coup ? Parce que 2013 est véritablement l’année du décollage pour les Gentils, grâce à leur création La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi qui vient d’être produite par le Théâtre nouvelle génération de Lyon – et non par une structure grenobloise, mais bon ! Un acte de professionnalisation (avant, c’était en mode débrouille, alors que là, tout le monde est payé) qui ouvre de nouvelles voies à ces saltimbanques adeptes du théâtre chanté et,

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane – dont voici les cinq premiers –, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe – Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin – dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman – Stellan Skarsgard – qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. « Ça va être une longue histoire » dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une « nymphomane »… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices (ralentis, split screen, retours en arrière) et changeant sans cesse de formats (pellic

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« Une vision anarchiste du monde »

ARTS | D’une part, il y a des tableaux animés pleins de fioles, d’autre part des installations qui envahissent l’espace. D’une part, il y a le Vog, d’autre part il y a l’Espace Vallès. Avec cette double exposition plus que réussie, on découvre le travail de Samuel Rousseau, plasticien adepte de la vidéo, et d’autres œuvres tout aussi captivantes. Rencontre avec l’artiste. Propos recueillis par Charline Corobulo

Charline Corubolo | Vendredi 6 décembre 2013

« Une vision anarchiste du monde »

Depuis une vingtaine d’années, vous occupez la scène artistique contemporaine entre Grenoble et le reste du monde. Pourtant, c’est seulement avec l’exposition De part et d’autre que le public grenoblois semble vous découvrir… Samuel Rousseau : En réalité, c’est la deuxième exposition "importante" que je réalise à Grenoble. La première a eu lieu il y a environ une dizaine d’années aux Beaux-arts. C’est dans cette école que j’ai fait mes armes et que j’ai découvert la vidéo. À l’époque, pour moi, c’était le médium de la facilité. Un jour, un prof m’a lancé un défi : réaliser un film. C’est un projet qui m’a valu pas mal d’emmerdements, je suis allé dans l’ancienne usine Lustucru, je me suis fait chopper par les flics, ils m’ont amené au commissariat, c’était rock’n’roll. Mais finalement, je n’avais rien d’intéressant. J’ai donc dû réaliser une vidéo dans la nuit et c’est là que je me suis rendu compte que c’était un outil incroyable. C’est avec des monobandes [courtes vidéos – ndlr] que j’a

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Et tous ces petits êtres qui courent...

ARTS | Le titre De part et d’autre n’est pas que la transcription de la genèse de l’exposition qui se déploie entre le Vog et l’Espace Vallès, c’est également (...)

Charline Corubolo | Vendredi 6 décembre 2013

Et tous ces petits êtres qui courent...

Le titre De part et d’autre n’est pas que la transcription de la genèse de l’exposition qui se déploie entre le Vog et l’Espace Vallès, c’est également l’évocation du sens des œuvres, naviguant entre l’universel et l’individuel, à travers l’espace et au cœur de New York, la « capitale du monde » selon Samuel Rousseau. La ville a inspiré nombre de créations vidéo à l’artiste qui ne se contente pas de dresser un kaléidoscope de l’architecture américaine mais qui déroule une mise en abyme troublante du réel au moyen d’une technologie numérique sublimée. Un voyage entre virtualité et réalité tangible qui débute au Vog. Dans ce premier volet, plusieurs tableaux animés sont présentés, dont la série Urban Totem (2012, photo) dans laquelle la confrontation entre l’humain et l’urbain commence à se dessiner. Au centre de caissons lumineux, qui se présentent comme des toiles, des constructions symétriques faites de fioles laissent évaporer ou jaillir une substance colorée. Une danse hypnotique de flu

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Artistes en Vog

ARTS | On aime, et le Vog nous y invite chaque année, découvrir un artiste en quelques œuvres, presque en un clin d'oeil qui peut ensuite, et selon l'envie, se (...)

Aurélien Martinez | Lundi 30 septembre 2013

Artistes en Vog

On aime, et le Vog nous y invite chaque année, découvrir un artiste en quelques œuvres, presque en un clin d'oeil qui peut ensuite, et selon l'envie, se prolonger en plus longues et profondes contemplations. Le centre d'art de Fontaine ouvre sa saison avec le Dijonais Didier Marcel (jusqu'au 26 octobre) découvert notamment pendant la Biennale de Lyon 2003 avec son installation faite d'une voiture et de maquettes architecturales... Au Vog, il présentera d'étonnants « paysages », soit deux moulages monumentaux d'un champ de maïs repeints en rouge ! L'artiste aime à brouiller les frontières entre l'artificiel et le naturel, l'œuvre et le prélèvement brut d'éléments du réel... Le plus humoristique des vidéastes, le Grenoblois Samuel Rousseau, lui succèdera avec ses petites installations d'images mouvantes, entre drôlerie et poésie, matériaux « cheap » et trouvailles techniques (du 21 novembre au 21 décembre au Vog et aussi à l'Espace Vallès à Saint-Martin d'Hères). Plus tard dans la saison, nous vous conseillons particulièrement l'exposition de David Lefebvre (du 15 mai au 28 juin). L'artiste travaille à partir d'ima

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« J’aime peindre avec un large pinceau »

ECRANS | Il n’a que 34 ans, une silhouette d’éternel adolescent et un entretien avec lui se transforme vite en conversation familière avec un passionné de littérature et de cinéma. Jeff Nichols ressemble à ses films : direct, simple et pourtant éminemment profond. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

« J’aime peindre avec un large pinceau »

Vous avez écrit Mud avant Take shelter, c’est ça ?Jeff Nichols : Plutôt pendant… Mais j’avais conçu l’histoire de Mud bien avant Take shelter, quand j’étais encore à l’université, il y a dix ans de cela. J’avais posé les grandes lignes du récit, dessiné les personnages. C’est seulement à l’été 2008 que je m’y suis vraiment consacré et que j’ai écrit coup sur coup Take shelter et Mud. Pourquoi l’avoir tourné après, alors ?Pour plusieurs raisons. L’une est pratique : Take shelter coûtait moins cher que Mud. Après mon premier film, Shotgun stories, j’avais eu d’excellentes critiques, mais il n’avait pas rapporté d’argent, en particulier aux États-Unis, donc personne ne frappait à ma porte pour me demander de tourner un autre film. Je savais que Mu

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In the Mud for love

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Critique et entretien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

In the Mud for love

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir – parions que, toutes générations et tous goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis – verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait ou le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros. C’est dire l’ambition de Jeff Nichols : Shotgun stories et

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4h44, dernier jour sur terre

ECRANS | Si l’on devait mesurer la qualité d’un film à la sincérité de son auteur, il n’y aurait aucun doute : 4h44 est un chef-d’œuvre, Abel Ferrara ayant (...)

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2012

4h44, dernier jour sur terre

Si l’on devait mesurer la qualité d’un film à la sincérité de son auteur, il n’y aurait aucun doute : 4h44 est un chef-d’œuvre, Abel Ferrara ayant définitivement renoncé à toute volonté de séduction pour une expression spontanée et éminemment personnelle de son art. En regardant la fin du monde depuis un loft new-yorkais et le couple qui l’occupe – Skye, une jeune peintre, et Cisco, un ancien junky – Ferrara met en scène ce qui reste de l’humanité quand celle-ci s’apprête à partir en fumée : l’amour physique, les regrets, la colère, la résignation… L’extérieur, il ne le filme que via des écrans (de télé, de smartphone, d’ordinateur) ou aux fenêtres des voisins dont le comportement, désespéré ou absurdement quotidien, reflète en petites touches impressionnistes cette sensation d’inéluctable. Le risque de cette démarche anti-spectaculaire, c’est de flirter avec le vide intégral ; c’est flagrant quand Ferrara tente de relancer sa machine par de maigres soubresauts scénaristiques : ainsi de la dispute entre le couple, qui conduit à la seule scène cassant le huis clos (les retrouvailles entre Cisco et son frère amènent ici le film à un quasi-degré zéro de mise en scè

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Un sentiment de bulle

SCENES | Avec les élections et l’actualité sportive, on en oublierait presque que 2012 marque aussi le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Pour l’occasion, la compagnie d’arts de rue Délices DADA produit "Rousseau des champs", un nouveau spectacle consacré au philosophe. Rencontre avec Jeff Thiebaut, comédien et cofondateur de la compagnie. Propos recueillis par Benjamin Bultel

Aurélien Martinez | Lundi 18 juin 2012

Un sentiment de bulle

Comment est né ce spectacle ?Jeff Thiebaut : On a reçu une forte incitation de la part d’un vieux partenaire, la région Rhône-Alpes, qui voulait qu’on monte un spectacle pour les 300 ans de la naissance de Rousseau. Pas un truc sérieux, mais qu’on garde notre univers dada. Pour l’écrire, on s’est plongés dans les œuvres de Rousseau. Il fallait faire en sorte que le spectacle soit accessible aux non-rousseauistes, mais le plus dur a été de trouver des partenaires pour financer le projet. Ensuite, la préparation s’est surtout faite seul, on a juste eu un mois de travail collectif. Outre les répétitions, ce qui nous occupe ce sont les repérages sur le terrain, afin d’adapter le spectacle au parcours et au paysage. En quoi consiste "Rousseau des champs" ?C’est un spectacle qui parle de Rousseau sans que celui-ci n’apparaisse. Il y dix personnages fictifs mais contemporains : un savant fantaisiste qui a retrouvé les traces sonores que Rousseau a laissées, le psychanalyste de La Nouvelle Héloïse (qui en aurait eu bien besoin), un aristo intégriste qui a du ressentiment envers le philosophe et même le Petit

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Fessée panachée

ARTS | Pour les 300 ans de la naissance de Rousseau, la Bibliothèque Municipale sort ses plus belles archives - manuscrits, gravures, tableaux... Et les regroupe dans une exposition pour le moins foisonnante, pensée dans le respect des multiples facettes de cet Homme-personnage, embrassant de façon surprenante les différents héritages et continuités de son œuvre. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Vendredi 27 avril 2012

Fessée panachée

Ce n’est un secret pour personne : Jean-Jacques Rousseau, philosophe de son état, grand penseur du siècle des Lumières (le dix-huitième, celui qui prépare la refonte révolutionnaire amorcée en 1789) est un peu le père spirituel de l’écologie (amour des balades dans la nature, peur et critique de la vilaine marche de l’industrialisation), en même temps qu’une référence absolue en termes d’éducation (on pense à l’Emile, si mal reçu à l’époque). La première partie de l’exposition, honnête, salue ces acquis de manière quelque peu démonstrative, par un accrochage à l’allure fouillis mais original, soutenu par des notes précises et instructives. Si la seconde partie se présente quant à elle sous une forme plus conventionnelle (étant essentiellement constituée de gravures, manuscrits et livres ouverts sous verre), elle se distingue par l’intérêt de son contenu et la présence de certaines pièces aussi rares que précieuses. On constate que les héritages moins évidents de la pensée de Rousseau sont partout : chez les résistants et les collabos, les romantiques, les révolutionnaires et les socialistes, dans la psychanalyse ou bien encore chez Sade… Surmoi sur Rousseau

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Gloire à Jean-Jacques !

ARTS | Une révolution a toujours ses inspirateurs. Ainsi, ceux qui ont porté haut la flamme de 1789 se référaient entre autres à l’écrivain et philosophe Jean-Jacques (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 16 mars 2012

Gloire à Jean-Jacques !

Une révolution a toujours ses inspirateurs. Ainsi, ceux qui ont porté haut la flamme de 1789 se référaient entre autres à l’écrivain et philosophe Jean-Jacques Rousseau, mort onze ans avant la prise de la Bastille, et à ses écrits – notamment Le Contrat social. Pour le tricentenaire de sa naissance, plusieurs évènements ont lieu dans la région, les Alpes ayant souvent été foulées par le Genevois. Le Musée de la Révolution française de Vizille s’intéresse ainsi à l’influence des idées du penseur pendant la décade révolutionnaire, en prenant comme angle d’attaque la volonté de nombre de Français de l’époque de vouloir lui ériger une sculpture monumentale – sculpture qui ne verra pourtant jamais le jour. Ce qui illustre avant tout le besoin de brandir de nouvelles valeurs après la période monarchique. D’où le développement d’un culte autour de la figure de Rousseau, qui conduira à son entrée au Panthéon en 1794. Pour cette (très courte) exposition, le Musée s’appuie sur plusieurs œuvres représentant Rousseau, dont un modèle en plâtre de monument devant lui être dédié, un tableau s’attachant au transfert de ses cendres au Panthéon, ou encore un impressionnant cabinet de cir

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L'Amer Rousseau

SCENES | Michel Raskine tire le portrait d'un Jean-Jacques Rousseau vieillissant et aigri dans un spectacle intelligent, drôle et mordant, emporté par une fantastique Marief Guittier. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mercredi 15 février 2012

L'Amer Rousseau

Allongé sur un banc, emmitouflé dans des couvertures alors que l'aube se lève sur sa maison à la campagne, Jean-Jacques Rousseau se réveille lentement. Que ce soit Marief Guittier qui lui prête ses traits féminins ne choque pas longtemps - surtout quand l'actrice atteint un tel sommet de maîtrise de son jeu - car toute la scénographie, entre moquette vert fluo et arbre en carton-pâte, joue le faux-semblant. Et le spectacle ? Il montre d'abord un Rousseau illuminé, en plein trip exalté face à la nature, évoquant ses siestes en barque et ses promenades en forêt. On se demande, pendant ce premier quart d'heure à la lisière de l'ennui, où Raskine veut en venir, quel intérêt il peut bien trouver à ce Rousseau des champs à la naïveté surannée... Le Misanthrope suisse Soudain, le valet un peu effacé du philosophe (Bertrand Fayolle, impeccable de flegme et de présence discrète face au monstre), le rappelle à l'ordre : «Le Théâtre !» lui crie-t-il. C'est alors un tout autre Rousseau qui apparaît, Raskine révélant enfin l'objectif du spectacle :

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter tient à cette capacité à faire cohabiter un spectacle figuratif reposant sur des effets spéciaux magnifiques mais jamais gratuits, et son exact contraire : une plongée abstraite dans les mécan

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Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé Antichrist, Melancholia poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal) vient de se marier

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Cannes, jour 8 : Pater noster

ECRANS | Melancholia de Lars Von Trier. Pater d’Alain Cavalier.

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

Cannes, jour 8 : Pater noster

Arrivé dans la dernière ligne droite du festival et de sa compétition, on attend toujours le film qui mettra tout le monde d’accord, celui qui trouvera le juste milieu entre film pour festival et œuvre suffisamment audacieuse pour séduire la frange la plus dure de la cinéphilie. On pensait que Melancholia, le dernier Lars Von Trier, allait jouer ce rôle. Présenté ce matin au Grand Palais, le film s’avère en définitive une des déceptions majeures de Cannes 2011. Pourtant, Melancholia démarre par dix minutes de pure sidération visuelle, où Von Trier mélange des ralentis étranges où les personnages semblent flotter au milieu des décors, et des visions spatiales d’une planète en fusion, se terminant par une spectaculaire collision avec la Terre, le tout sur fond de Wagner. C’est magnifique, impressionnant, même si on se souvient que l’ouverture d’Antichrist produisait sensiblement la même sensation. Quand le film retrouve une forme traditionnelle (et même ultra-traditionnelle pour du Lars Von Trier : scope et caméra portée, zooms et raccords dans l’axe), les choses s’enlisent dans un pénible remake de Festen. Un mariage, des invités qui règlent leurs comptes (Rampl

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Cannes jour 7 : Du nouveau

ECRANS | Le Havre d'Aki Kaurismaki. Take shelter de Jeff Nichols. Snowtown de Justin Kurzel.

François Cau | Mercredi 18 mai 2011

Cannes jour 7 : Du nouveau

La vision au saut du lit de Le Havre, le nouveau Kaurismaki qui concourt sous bannière finlandaise alors qu'il a été tourné en France et en français, nous a ramené une année en arrière, quand la compétition cannoise alignait des œuvres faibles de cinéastes mineurs, peu soucieux de soigner la forme et paresseux dans leur propos. Le Havre a une odeur de fin de règne pour Kaurismaki. Son comique neurasthénique, sa direction artistique ringarde, ses acteurs monocordes, son absence de rythme, tout devient plus flagrant une fois transposé dans un contexte français et une langue qu'il ne maîtrise visiblement pas. Les comédiens, dont on ne doute pas du talent (André Wilms ou Jean-Pierre Darroussin, quand même), sont ici livrés à eux-mêmes, se débattant avec un texte impossible à base de « as-tu », « veux-tu » et « peux-tu ». Le film cherche à se raccrocher aux branches en brodant une fable très contemporaine autour d'un jeune noir sans-papier qui veut traverser la Manche pour se rendre en Angleterre. Mais Kaurismaki commet un contresens total en filmant son histoire dans une France purement folklorique faite de bistrots, d'épiciers de quartier et de flic en long imper noir et chapeau Stets

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Antichrist

ECRANS | Mélodrame psychanalytique qui vire à mi-parcours à l’ésotérisme grand-guignol, le nouveau Lars von Trier rate le virage entamé par son auteur en voulant trop en faire sans s’en donner la rigueur. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 28 mai 2009

Antichrist

De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les limites de sa "démission" en tant que metteur en scène, laissant une caméra automatisée cadrer l’action au hasard. Le prologue d’Antichrist en est l’exact opposé et s’affirme comme une réelle reprise en main : un sommet de maîtrise où chaque plan est une merveille plastique, magnifiant la scène traumatique qui va enclencher le récit Pendant qu’un couple fait l’amour, leur enfant tombe par la fenêtre. Eros et thanatos, deuil et culpabilité : voilà le programme des quarante minutes suivantes. Lui (Willem Dafoe) est analyste, elle (Charlotte Gainsbourg) s’enfonce dans la dépression, à la recherche de la peur fondatrice qu’il va falloir exorciser. Cette peur est une forêt, Eden, où le couple se retire pour affronter ses démons. Mais sur place, c’est un autre film qui commence, un film d’horreur faisant remonter une mythologie oubliée, le «gynocide». Messie, messie… Tout cela ne manque pas d’ambition, ni de culot ; par contre, Lars von Trier manque sérieusement de

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À deux doigts de l’enfer

SCENES | théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de (...)

| Mercredi 28 mars 2007

À deux doigts de l’enfer

théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de Jean-Paul Sartre, on en oublierait presque que la fameuse réplique «l’enfer c’est les autres» a été ressassée et mangée à toutes les sauces, jusqu’à l’écœurement. La presse salue alors unanimement cette vision résolument moderne, ce Huis Clos “grunge”. Un homme, deux femmes, une statue de Jésus, témoin impassible de la scène qui va se jouer et quatre canapés. L’enfer est ici une chambre sans porte ni fenêtre où l’on entre par une trappe, guidé par un cerbère clownesque et hystérique qui semble se délecter d’avance des drames à venir. Dans une chaleur étouffante, les trois personnages vont alors pouvoir se mettre à nu, au sens figuré comme au sens propre, chacun étalant ses petites horreurs, devenant le bourreau des deux autres, cherchant son pardon ou la protection d’un corps. Que reste-il de cette mise en scène en 2007 ? La même humanité, la même volonté de ne pas juger ces monstres ordinaires mus par le désir violent, l’envie d’être aimés au-delà de la vie. Et une comédienne, Marief Guittier, campant une Inès rock’n’roll, chev

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