Au théâtre demain

ACTUS | La saison dernière, la Ville de Grenoble a décidé de lancer un appel à projets pour le Petit théâtre, camp de base actuel du Créarc de Fernand Garnier, et le Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas, aux mains de Diden Berramdane. Pour en savoir plus, rencontre avec Éliane Baracetti, adjointe à la culture. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 5 septembre 2013

En 2010, vous déclariez dans nos colonnes : « Je ne serai pas une grande constructrice, ma priorité est de consolider l'existant. » Ces deux appels à projets (au Petit théâtre et au Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas) sont-ils dans la lignée de votre politique dit du « théâtre en réseau », dont l'acte emblématique a été la naissance du Tricycle ?
Éliane Baracetti
 : Le Tricycle et les théâtres dont on va parler, ce n'est pas tout à fait la même chose. Depuis 2008, personne ne l'ignore, il y a partout des gros problèmes financiers – ce n'est pas propre à la Ville de Grenoble. Je trouvais donc qu'il était plus important de soutenir ce qui existait déjà plutôt que de partir dans des folies de constructions et de nouveaux projets – des investissements qui auraient demandé de nouveaux budgets de fonctionnement. Donc voilà pourquoi je disais que je ne serai pas une grande constructrice. Pour le Théâtre 145, devenu depuis le Tricycle avec le Théâtre de poche, la question était que l'on manquait cruellement à Grenoble de plateaux pour les compagnies, pour qu'elles aient du temps de répétition comme de représentation. Tout le projet est parti de là. En ce qui concerne Sainte-Marie-d'en-bas et le Petit théâtre, c'est simplement que nous arrivions en fin de convention et qu'il y a longtemps que le projet de ces deux théâtres n'avait pas été réinterrogé. Ce qui ne veut évidemment pas dire que les projets qui y étaient défendus n'étaient pas bons. Ce n'est pas une négation du travail qu'a pu faire Diden Berandame d'un côté et Fernand Garnier de l'autre, mais il nous semblait normal qu'une municipalité se repose la question du projet censé habiter un théâtre.

La décision a été prise la saison passée, mais n'a pas pris effet en juillet 2013...
Arrivés en fin de convention, nous avons prévenu les deux équipes qu'on les prolongeait par un avenant jusqu'en juillet 2014. Et qu'on se donnait ce temps-là pour faire un appel à projets auquel l'une et l'autre pouvaient tout à fait répondre.

Des appels à projets qui évoquent notamment les arts visuels et numériques. Est-ce la volonté de votre part de donner une nouvelle identité aux deux lieux, et éviter les doublons avec le Tricycle par exemple ?
On a ouvert très largement les possibilités de projet sans donner de priorité – je serais très embêtée si vous aviez senti l'inverse dans l'appel à projets. Mais on a également souhaité alerter les éventuels porteurs de projet des limites de ces deux théâtres, qui sont des lieux modestes. On tenait donc à montrer quels pouvaient être les pistes mais aussi les axes rédhibitoires.

Comment la sélection va-t-elle se faire ?
Sur la méthode retenue, nous avons choisi de travailler collégialement. Ce n'est pas l'élue à la culture qui choisira seule, mais un groupe d'élus représentant toutes les sensibilités politiques – comme ça a été le cas quand MixLab a obtenu la délégation de service public pour la salle de musiques amplifiées [La Belle électrique, qui ouvrira à la rentrée 2014 – ndlr]. Une méthode de travail choisie non pas pour diluer la prise de responsabilité, mais simplement parce que ce sont des choix qui engagent une ville sur le long terme.

Et quand connaitrons-nous les compagnies retenues ?
Les compagnies ou les projets ! Ça peut être un artiste, un collectif, mais aussi une association par exemple... Tout est possible ! Dans tous les cas, les projets seront retenus tout début 2014. Et après, on verra pour la mise en place.

La question de l'avenir des deux équipes déjà en place au cas où leurs projets ne seraient pas retenus se pose. Le Créarc a notamment beaucoup communiqué dessus en fin de saison dernière, craignant que les Rencontres du jeune théâtre européen qu'il organise puissent disparaître...
La question est importante. Pour le Petit théâtre, il ne s'agit pas de remettre en cause les Rencontres du jeune théâtre européen. Que le projet de Fernand Garnier soit retenu ou pas pour le Petit théâtre, de toute façon, nous n'écarterons pas l'avenir des Rencontres, d'une manière ou d'une autre. C'est de notre responsabilité. Et ça a été dit très clairement à Fernand Garnier par le premier adjoint au maire.

 

Repères

13 : c'est le nombre de candidatures reçues en mairie à la date de clôture des appels à projets (fin août 2013). Sept pour le Petit théâtre, et six pour Sainte-Marie-d'en bas. La Ville ne souhaitant logiquement pas communiquer les noms des postulants, nous ne les connaissons pas tous !

1976 : Le Créarc (pour Centre de création de recherche et des cultures), dirigé par Fernand Garnier, occupe le Petit théâtre depuis cette date (même si il a dû quitter les lieux pendant une période). L'équipe a lancé une pétition en ligne qui a reçu plus de 1550 signatures. « Soit le projet du Créarc est retenu, soit il ne l'est pas. Le bon sens commande qu'on travaille sur les deux hypothèses. Dans le premier cas, le problème est résolu. Dans le second cas, qu'adviendra-t-il du Créarc et de l'action qu'il mène à bien depuis des dizaines d'années ? La Ville est à ce jour muette à ce propos. »

1986 : Diden Berramdane dirige le théâtre Sainte-Marie-d'en bas depuis 1986, et a souvent refusé bruyamment qu'on le déloge (la question a maintes fois été posée).

 

 

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30 ans d’Europe avec les Rencontres du jeune théâtre européen

Festival | Zoom sur la 31e édition du festival grenoblois prévue du vendredi 28 juin au dimanche 7 juillet.

Aurélien Martinez | Mardi 18 juin 2019

30 ans d’Europe avec les Rencontres du jeune théâtre européen

31e édition pour les Rencontres du jeune théâtre européen qui, on peut l’écrire sans trop se mouiller, sont devenues avec le temps une institution grenobloise. Une institution vieille de 30 ans (sa naissance remonte à 1989, année de la chute d’un fameux mur) qui n’a pourtant rien d'un mastodonte malgré l’ambition clairement affichée dans le titre. Il s’agit plutôt, pour l’association le Créarc qui la pilote (et qui a aussi mis en place un réseau du jeune théâtre européen), de « faire vivre l’idée d’une Europe riche de ses différences et de ses ressemblances dans les domaines de la culture, du théâtre et de la citoyenneté » (extrait de l’édio rédigé par le directeur Fernand Garnier). Pendant une grosse semaine, on pourra donc croiser pas mal d’artistes étrangers à Grenoble : beaucoup d’Européens, forcément, mais aussi des Burkinabés et des Vietnamiens afin d’élargir la focale de ces Rencontres. Tout ce beau monde (19 compagnies de 12 pays différents en tout) présentant dans plusieurs lieux de la ville (dans des salles ou à l’air libre) des spectacles aux formes variées mais toujours dans la langue d’origine des artis

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Éliane Baracetti : « Je suis contente de finir ma carrière de cette manière »

ACTUS | À la rentrée, le Grand Angle de Voiron, salle de spectacle généraliste rayonnant sur un bassin de population très large, aura un nouveau directeur ou une nouvelle directrice, l’actuelle Éliane Baracetti partant à la retraite « en principe » en novembre. L’occasion d’un rapide bilan avec cette figure de la culture locale passée par diverses salles de l’agglo et, également, la politique.

Aurélien Martinez | Mardi 5 juin 2018

Éliane Baracetti : « Je suis contente de finir ma carrière de cette manière »

En 2014, on apprenait qu’Éliane Baracetti était nommée directrice du Grand Angle de Voiron, alors qu’elle était encore adjointe à la culture du maire de Grenoble de l’époque Michel Destot. Un retour « logique » dans le monde culturel pour celle qui, avant d’entrer en politique, dirigeait la Rampe d’Échirolles (et qui, encore avant, avait travaillé à la MC2). « J’ai vraiment apprécié de retrouver mon métier favori que j’avais quitté temporairement pour la politique. Et je l’ai retrouvé dans un cadre formidable avec une équipe elle aussi formidable et impliquée. Je suis donc contente de finir ma longue carrière de cette manière-là. » « Le panel le plus large possible » Sauf que le Grand Angle n’est pas la Rampe, avec un volet de programmation beaucoup plus large faisant se côtoyer, dans une immense salle (jusqu’à 2 400 places), Calypso Rose, Francis Huster, Michel Leeb, Muriel Robin, Claire Diterzi, le Cirque plume ou encore des artistes plus confidentiels pour en citer certains de cette dernière saison, ce qui a dû lui changer. « La programmation est très large simplement parce que le territoire est différent. »

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Rencontres du jeune théâtre européen : jeunes de tous pays, unissez-vous !

Festival | Ces Rencontres, organisées à Grenoble, ont au moins une qualité : elles ne mentent pas sur la marchandise, annonçant clairement la couleur dans leur nom. Zoom sur la nouvelle édition prévue du vendredi 30 juin au dimanche 9 juillet.

Aurélien Martinez | Mercredi 21 juin 2017

Rencontres du jeune théâtre européen : jeunes de tous pays, unissez-vous !

C'est parti pour une nouvelle édition des Rencontres du jeune théâtre européen. « 9 jours de spectacles, de cafés-débats, d’ateliers, d’échanges artistiques entre théâtre, danse, musique, écriture ; 9 jours de dialogue international entre jeunes comédiens appartenant à 14 compagnies de 12 pays différents. » Niveau pays invités, en plus de la France, on retrouvera l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, la Pologne, la Roumanie, la Hongrie et la Lituanie ; ainsi que deux autres pas forcément européens géographiquement parlant mais dont la présence fait évidemment sens : le Burkina Faso et le Canada. Sinon, concrètement, pendant le festival, on découvrira des spectacles dans plusieurs salles de l’agglo ou en plein air (avec notamment une parade-spectacle en clôture avec tous les participants des Rencontres – cette année sur Œdipe Roi de Sophocle), en VO pour la plupart et, fait non négligeable, présentés gratuitement. Voilà pour l’explication du principe. Mais, au-delà de ce seul aspect, les Rencontres ont, bien sûr, d’autres qualités. Dont celle, primordiale, d’am

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La « petite utopie » européenne du Créarc

SCENES | Théâtre et politique, une association vieille comme… l’invention du théâtre ! La preuve une nouvelle fois en ce début juillet avec la vingt-huitième édition des fameuses Rencontres du jeune théâtre européen, organisée comme toujours par les Grenoblois du Créarc, Centre de création de recherche et des cultures. C’est-à-dire ?

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 21 juin 2016

La « petite utopie » européenne du Créarc

Seize compagnies de onze pays différents pour une semaine de programmation théâtrale : voilà en quelques chiffres le festival organisé par le Créarc et qui se déroulera dans divers salles grenobloises. Mais les Rencontres du jeune théâtre européen, c’est avant tout un rassemblement sans égal de jeunes qui aiment et pratiquent le théâtre. Comme chaque année, les compagnies débarquent à Grenoble avec leurs créations, toutes visibles gratuitement. La plupart du temps, elles sont jouées en langue maternelle. L’occasion d’entendre des monologues en anglais, des diatribes en espagnol ou des échanges en hongrois (pour les plus polyglottes). « On peut parler de petite utopie. Parce que faire travailler ensemble 200 jeunes avec des langues différentes n’est pas facile » assure Romano Garnier, qui chapeaute le Créarc. Cette utopie, on la retrouve notamment dans la déambulation de fin de festival. Tous les acteurs répètent une partie de la pièce durant la semaine du festival. Le rendu a lieu le vendredi 8 juillet, en mouvement dans toute la ville. « Artistiquement, comme on n'a pas beaucoup de temps, ce n’est pas forcément très abouti. Mais il y a une vraie

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Des Rencontres tout feu tout flamme

SCENES | Zoom sur les vingt-septième Rencontres du jeune théâtre européen, qui auront lieu pendant dix jours dans plusieurs lieux de Grenoble. Et toujours en VO.

Aurélien Martinez | Mardi 30 juin 2015

Des Rencontres tout feu tout flamme

Les Rencontres du jeune théâtre européen, et plus globalement le Créarc (l’asso qui les organise), c’est une histoire de famille dans laquelle le fils, Romano Garnier, a succédé au père Fernand comme directeur, ce dernier étant devenu un simple « chargé de missions » bénévole. Un changement qui ne modifie pourtant en rien le principe d’un festival qui en est à sa vingt-septième édition : « être un carrefour de la jeune création théâtrale en Europe, ouvert sur le Sud, l’Est, l’Afrique et le Nouveau monde », en invitant des jeunes troupes semi-pros, pros ou issues de structures comme des conservatoires ou des ateliers théâtre. Sachant que la spécificité de l’événement est que tout le monde joue dans la langue de son pays, sans aucun surtitrage pour le public – à qui il est tout de même remis un petit synopsis en début de représentation histoire de comprendre un minimum les enjeux développés sur scène. Cette année, seront présentes à Grenoble dix-sept compagnies venues de treize pays d’Europe et d’ailleurs (le Canada, l’Algérie et, grande première, le Viêt Nam) pour seize spectacles en salle, trois dans la rue (dont une grande parade de clôture avec tous

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Matamore, un bien étrange voyage

SCENES | On vous en disait déjà un bien fou l’an passé dans notre panorama de rentrée culturelle – article toujours disponible ici. On en remet une couche cette (...)

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

Matamore, un bien étrange voyage

On vous en disait déjà un bien fou l’an passé dans notre panorama de rentrée culturelle – article toujours disponible ici. On en remet une couche cette semaine alors qu’arrive enfin à Grenoble, sous un tout petit chapiteau posé devant la MC2, le cirque de l’étrange baptisé Matamore. Aux commandes, deux troupes (le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque) qui n’en font qu’une pour un spectacle où les performances ne sont pas celles que l’on imagine. Ainsi, « matamore », terme venu de l'espagnol, signifie « faux brave », « homme qui se vante d'exploits imaginaires » : c’est tout à fait ça. Ici, les freaks sont de sortie, le bancal est à l’honneur, l’étrange suinte de partout. Les créatures qui peuplent la minuscule piste que le public surplombe sont inhabituelles : des êtres lunaires, des pauvres fous, des corps fatigués. Oui, tout ça à la fois, et plus encore. Visuellement, c’est splendide, presque pictural, avec un travail soigné loin, très loin du tape-à-l’œil des son et lumière désincarnés de certains cirques. C’est surtout

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Éliane Baracetti, « marin à la marine »

ACTUS | Suite au départ à la retraite de Janine Goubet, Éliane Baracetti a été nommée en février dernier à la tête du Grand Angle, immense salle (jusqu’à 2 400 places) située à Voiron. L’ancienne directrice de la Rampe d’Échirolles (entre 2001 et 2008) revient donc à ses premières amours après un passage par la case politique – elle a été, entre 2008 et 2014, élue à la culture de l’ancien maire de Grenoble Michel Destot. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 14 octobre 2014

Éliane Baracetti, « marin à la marine »

Vous arrivez à la tête du Grand Angle, salle iséroise particulièrement centrée sur l’éclectisme... Éliane Baracetti : Je n’emploierais pas le mot éclectisme. Il me dérange parce que ça fait un peu bazar à la bonne franquette. Le Grand Angle est plutôt une salle pluridisciplinaire, avec une grande diversité. Historiquement, il a toujours fait le grand écart, et de manière réussie, entre les têtes d’affiche, la partie plus showbiz, et un vrai travail, digne du service public de la culture, de soutien et d’accompagnement de spectacles peut-être moins évidents. En tant que nouvelle directrice, je m’inscris dans la continuité de cette ligne. Au-delà de la continuité, quelles sont les spécificités de votre projet ? J’ai vraiment défendu l’idée de croisement des langages artistiques. Je ne suis pas pour le cloisonnement théâtre, danse, musique, humour... Bien sûr, ce n’est pas une révolution, des artistes se préoccupent depuis bien longtemps de ces questions, mais c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et qui a toute sa place dans une salle pluridisciplinaire. Sinon, je voudrais avoir à l’année des artistes com

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Corinne Bernard : « Oui, on aime la culture ! »

ACTUS | En mars dernier, l’écolo Éric Piolle, à la tête d’une grande coalition de gauche, remportait l'élection municipale grenobloise contre Jérôme Safar, le dauphin du socialiste Michel Destot. Une toute nouvelle équipe est arrivée aux manettes dans la foulée, avec une volonté de changement clairement affichée. Qu’en est-il dans le domaine culturel, qui n’était pas le mieux maîtrisé par Éric Piolle pendant la campagne ? Pour le savoir, rencontre avec Corinne Bernard, nouvelle adjointe à la culture – pardon, « aux cultures ». Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

Corinne Bernard : « Oui, on aime la culture ! »

Vous êtes la nouvelle adjointe aux cultures de la Ville de Grenoble. Pouvez-vous vous présenter ? Corinne Bernard : J’ai 44 ans. J’habite à Grenoble depuis peu de temps. Je suis entrée en politique en 2010, à Europe Écologie les Verts, via le syndicalisme. Je suis toujours chef de gare à Clelles [sud de l’Isère], mais en congé sans solde compte tenu de mes nouvelles fonctions d’élue. Comment s’est passée votre prise de fonction ? Suite au choix effectué par les Grenoblois, quand on a dû composer l’équipe, ça a d’abord été un peu compliqué. Étant conseillère régionale depuis 2010 et vice présidente de la commission culture, j’avais cette petite envie de la délégation culture qui a pu se formaliser puisque nous n’étions pas non plus 42 à la vouloir ! Dès ma prise de fonction, j’ai été très sollicitée – ça ne s’est pas vraiment calmé. Les premiers mois, j’avais l’impression d’être un médecin généraliste confronté à une épidémie de grippe : dès qu’une personne sortait de mon bureau, une autre entrait ! Sachant que je m’étais donné comme objectif de dire oui à tout le monde, de visiter tous les lieux

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"Matamore" : démons et merveilles

Théâtre | Macabre et prodigieux, "Matamore" ramène les arts de la piste à leurs origines conjuratoires. Planquez les mouflets et les coulrophobes : le cirque le plus étrange de ce côté-ci du Styx arrive en ville.

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

En 2012, la Biennale d'art contemporain de Lyon faisait sienne la « terrible beauté » de William Butler Yeats. Cette saison, c'est à notre tour d'emprunter au poète irlandais l'oxymore que lui inspira la déclaration d'indépendance à mains armées de l'Irlande pour qualifier Matamore, l'événement circassien qui rythmera les vacances scolaires d'avril à la MC2. Rarement en effet a-t-on vu spectacle aussi monstrueux et, dans le même temps, aussi lyrique que ce détournement maboul et crépusculaire des codes de la cabriole sous chapiteau (de la voltige au clown en passant par le dressage canin), mis au point de concert par le vénérable Petit Théâtre Baraque (dont les fondateurs ont assisté Bartabas dans la création de son Théâtre équestre Zingaro) et le Cirque Trattola. En tout cas pas depuis, pêle-mêle, l'apparition du Jim Rose Circus dans l'un des épisodes les plus cultes de la série X-Files (Humburg, saison 2, épisode 20), l'arrêt prématuré de sa cadette La Caravane de l'étrange et l'adaptation en comic-book de l'album Psycho Circus de Kiss (si si). Des maux nécessaires À leur ins

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Créarc un jour, Créarc toujours

SCENES | Les Rencontres annuelles du jeune théâtre européen reviennent pour une vingt-sixième édition. Présentation de l'événement et discussion avec le boss Fernand Garnier autour de l'avenir incertain du Créarc, l'asso qui les porte. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Mardi 1 juillet 2014

Créarc un jour, Créarc toujours

En janvier dernier, un doute planait quant à l’avenir du Centre de création de recherche et des cultures (Créarc), lové dans le Petit théâtre (quartier Notre-Dame) depuis 1976. L’ancienne municipalité, soucieuse de rebattre les cartes, souhaitait en effet le faire travailler avec l’association Théâtre ensemble autour du théâtre amateur, dans les locaux du Petit théâtre (qui appartiennent à la Ville), sans qu’on en sache beaucoup plus. Depuis, si les choses ont un peu bougé, le mystère demeure entier, comme l’explique Fernand Garnier, son directeur : « Nous avons mis en place un groupe de travail avec l’association Théâtre ensemble, et conclu à l’impossibilité de faire coexister les deux associations dans le même lieu, tout en affirmant qu’elles étaient prêtes à travailler ensemble sur le théâtre amateur dans d’autres conditions matérielles. En parallèle, la nouvelle mairie nous a annoncé que le projet était abandonné. Nous avons été reçus par Corinne Bernard, nouvelle a

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Une nouvelle partition à Sainte-Marie-d’en-Bas

ACTUS | En avril dernier, la Ville de Grenoble lançait une grande procédure d’appels à projets pour les deux structures municipales que sont le Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas, géré depuis plus de 25 ans par Diden Berramdane, et le Petit Théâtre, camp de base du Créarc de Fernand Garnier depuis 1976. Résultat des courses : Diden s’en va, remplacé par le musicien Antonio Placer, alors que le Créarc reste dans le jeu. On fait le point avec Éliane Baracetti, adjointe à la culture. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 17 janvier 2014

Une nouvelle partition à Sainte-Marie-d’en-Bas

L’idée allait de soi : réinterroger les projets en place depuis un bail dans deux théâtres grenoblois situés près du quartier Notre-Dame. Après avoir ouvert les candidatures, la mairie a reçu six dossiers pour le Petit Théâtre et sept pour Sainte-Marie-d’en-Bas. Alors que le Créarc a bruyamment exprimé son mécontentement quant à son avenir incertain, on a paradoxalement peu entendu le fort en gueule Diden Berramdane. Qui cédera finalement sa place en septembre 2015. « Tout s’est fort bien passé » avec lui nous assure Éliane Baracetti, adjointe à la culture à la mairie de Grenoble, évoquant le fait que le metteur en scène est en âge de bénéficier de ses droits à la retraite. « Rendons d’ailleurs hommage au travail qu’il a effectué. » OK. À la rentrée 2015 (et non 2014 comme annoncé auparavant – « il faut laisser du temps d’installation, on n’est pas dans de l’événementiel »), le nouveau maître des lieux sera le musicien Antonio Placer (« Galicien exilé en France » dixit sa bio), avec son association grenobloise Alma musique. « Antonio Placer est un artiste musicien, mais il n’a pas du tout centré son projet sur la musique stricto se

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L’Europe pour tous

SCENES | C’est parti pour les Rencontres du jeune théâtre européen, manifestation grenobloise phare menée par le Créarc. Un Créarc qui aborde pourtant cette vingt-cinquième édition avec inquiétude, au vu de l’avenir incertain de l’association. On fait le point. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 28 juin 2013

L’Europe pour tous

Jeudi 27 juin, 18h30. Une réunion d’information ouverte à tous se déroule au Petit Théâtre, en plein centre-ville. Un lieu que le Créarc (pour Centre de création de recherche et des cultures) occupe depuis 1976 – même si, comme le rappelle en préambule le taulier historique Fernand Garnier, l’histoire est moins linéaire que ça, à coups de divorce, changement de nom, partage de locaux... Reste que pour tout le monde dans la salle, et dans le milieu culturel local, le Petit Théâtre c’est le Créarc, et vice versa. Mais l’an passé, la mairie de Grenoble en a décidé autrement, ouvrant un appel à projet pour le lieu, ainsi que pour son voisin le Théâtre Saint-Marie-d’en-Bas, géré par Diden Berramdane. Avec, sans nul doute, l’envie de donner un vent d’air frais à ces structures pour un partage plus grand des outils municipaux (les deux lieux appartiennent à la ville), ce qui peut se comprendre – même si, comme le dit très justement Fernand Garnier, « le patrimoine humain compte aussi ». Le Créarc a donc été informé que sa convention triennale pour l’occupation des lieux prendrait fin, après prorogation, en août 2014. Sans assurance quant à son avenir au cas où

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L’Ampérage tient à ses nuits

ACTUS | Le mois dernier, la préfecture de l’Isère a tranché : l’Ampérage doit dorénavant fermer ses portes à une heure du matin (contre cinq heures auparavant). Une décision que déplore l’équipe dirigeante, qui veut que le lieu reste une salle de diffusion dédiée aux pratiques culturelles nocturnes. On fait le point. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 13 mai 2013

L’Ampérage tient à ses nuits

L’Ampérage fait partie des endroits où l’on peut écouter de la musique jusqu’à très tard. « C’est un lieu ouvert avec une programmation faite exclusivement par des associations » nous explique sa directrice Laurence Tadjine, qui se félicite ainsi de proposer des concerts et soirées variés de qualité. Car à l’Ampérage, le public (28 000 spectateurs l’an passé) vient avant tout pour les artistes, à la différence de certaines boîtes de nuit fréquentées pour l’ambiance, qu’importe le son. Que la préfecture demande donc à l’Ampérage d’arrêter ses soirées à une heure du matin comme une salle de spectacle lambda, expliquant que seules les discothèques peuvent ouvrir si tard, sidère les dirigeants de l’Ampérage, qui déplorent ce coup asséné aux pratiques culturelles nocturnes. Pour Thomas Antoine, président du Stud, l’association qui gère l’Ampérage, « la législation n’est pas en accord avec la réalité des pratiques culturelles aujourd’hui. Ce n’est pas parce que l’on ferme à cinq heures du matin qu’on est forcément une discothèque. » Il se fait ainsi le por

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Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

ACTUS | Ça bouge dans le milieu théâtral : l’historique Centre dramatique national des Alpes, aujourd’hui dirigé par Jacques Osinski, va disparaitre en 2014, absorbé par la MC2 qui l’accueille dans ses murs. Une fusion décidée par la mairie de Grenoble et, surtout, le ministère de la culture, que Michel Orier, ancien directeur de la MC2, a rejoint l’été dernier. Une décision et un casting qui, forcément, interrogent. Retour sur une mort annoncée, avec les principaux acteurs concernés.

Aurélien Martinez | Lundi 4 mars 2013

Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

Cette semaine, le metteur en scène Jacques Osinski, directeur du Centre dramatique national des Alpes depuis 2008, dévoilera, sur le plateau de la MC2, son nouveau spectacle Orage, d’après le texte d’August Strinberg. Mais l’actualité de l’homme est ailleurs : le 15 février dernier, il a appris qu’il ne serait pas reconduit à la tête du CDNA (il postulait pour un troisième mandat de trois ans), ce dernier allant tout simplement disparaître, avalé par la MC2 qui l’héberge dans ses murs (avec le Centre chorégraphique national de Grenoble dirigé par Jean-Claude Gallotta et les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski). Une décision visiblement ancienne puisqu’actée en août dernier, par la ministre de la culture et le maire de Grenoble. Et une décision qui questionne beaucoup, à Paris comme à Grenoble. Issus des politiques de décentralisation menées depuis cinqua

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« Il faut partager les outils »

CONNAITRE | Éliane Baracetti, adjointe à la culture à la Mairie de Grenoble, a entre autres impulsé ce projet de refonte du paysage théâtral grenoblois. On l’a rencontrée. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 18 avril 2011

« Il faut partager les outils »

Vous retrouvez-vous dans le projet final porté par le Tricycle, projet qui a évolué depuis le début ?Eliane Baracetti : Sur le fond des choses, il n’a pas tellement changé. Il s’agit toujours de mettre sur pied un dispositif pour aider le mieux et le plus possible la vie théâtrale dans cette ville. On retrouve donc bien la mise à disposition de plateaux, on retrouve bien une aide financière, on retrouve bien des moyens humains ou matériels – les ateliers décors et costumes. Ce projet a aussi une autre visée…Il s’agit d’arrêter ce jeu de chaises musicales, très douloureux à chaque fois. De ne plus confier les clés à une compagnie en se demandant trois ans après si on va les lui confier à nouveau. Les compagnies sont toujours heureuses de rentrer dans un théâtre, et c’est normal, mais c’est bien légitime à un moment donné de leur demander de rendre les clés : il faut partager les outils. Donc la meilleure façon que nous avons trouvée est de confier les clés non plus à une compagnie, mais à un collectif d’artistes, qui pourra évoluer comme il l’entend : il y aura des gens qui arriveront, d’autres qui partiront –

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Grenoble : attention, chantiers

CONNAITRE | Théâtre / Enjeu décisif de l’orientation de la ville en termes de politique culturelle, le devenir du Théâtre 145 ne manque pas de centraliser toutes les inquiétudes quant à la sauvegarde d’une certaine conception de la démocratisation culturelle… François Cau

François Cau | Lundi 12 avril 2010

Grenoble : attention, chantiers

Rappel pour les distraits : en décembre prochain, la convention entre les Barbarins Fourchus et la Ville de Grenoble, qui confiait aux premiers la gestion et l’animation du Théâtre 145, prendra fin. Les artistes, après avoir encaissé le coup, ont bien volontiers admis que le renouvellement, au bout de dix années d’activité, pouvait avoir du bon. Via leur réunion publique du 18 mars dernier, les joyeux cabotins ont bien pris soin de ne pas personnaliser le débat : comme l’a exprimé en introduction l’aîné de la bande, Lino, en bondissant d’un fauteuil roulant avec un panache certain, les Barbarins sont réputés pour leur caractère inoxydable. Non, ce qui les inquiète, eux et bon nombre d’habitués du lieu, c’est le maintien de leur travail de médiation au sein du quartier Berriat St-Bruno, dont la qualité a d’ailleurs été reconnue par la Ville. Via des ateliers, rencontres, animations pour tout public (telles que les bals ou les cinémas de quartier), les Barbarins ont réussi à décomplexer ceux qui n’auraient jamais franchi les portes du théâtre en s’imaginant à tort que cette culture n’est pas pour eux. Un travail dont les Barbarins n’ont pas manqué de souligner l’importance toujour

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« Que le meilleur gagne »

MUSIQUES | Eliane Baracetti, adjointe à la Culture à la Mairie de Grenoble, répond à nos questions concernant la future Salle des Musiques Actuelles. Propos recueillis par SD

Laetitia Giry | Vendredi 13 juin 2008

« Que le meilleur gagne »

Pourriez-vous présenter les équipes candidates à la gestion de la future salle des musiques actuelles?Eliane Baracetti : Je ne peux pas vous les présenter, car je ne peux pas vous dire ce qu’il y a dans leurs dossiers. Nous avons trois équipes. Au plan local, il y a MixLab et PMI, et une autre équipe extérieure, Bleue Marine. Mais ces noms sont connus, vous en avez même parlé dans vos colonnes. Sur quels critères le lauréat sera-t-il choisi ?Tout est important dans l’installation d’une équipe dans une salle. C’est très complexe. J’allais dire, il faut que ce soit la meilleure équipe qui gagne. Mais il y a bien des points sur lesquels vous allez être particulièrement regardant…Il y a le projet artistique et culturel, les éléments financiers, les aspects gestions. C’est assez synthétique et réducteur, mais en gros, c’est cela. Quand devraient débuter les travaux ?Actuellement, nous sommes dans la période d'Avant Projet Sommaire. Puis, nous rentrerons dans la période d’Avant Projet Définitif. Il y aura ensuite un appel d’offre. En principe, on avait prévu une ouvertur

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«Grenoble n’est pas élitiste»

CONNAITRE | Eliane Baracetti, la nouvelle adjointe à la culture à la Mairie de Grenoble, s’exprime sur les dossiers en cours. Propos recueillis par François Cau

Laetitia Giry | Lundi 21 avril 2008

«Grenoble n’est pas élitiste»

Concernant le chantier de l'éducation artistique, quelles seraient les priorités : encouragement aux pratiques artistiques, pédagogie ?Eliane Baracetti : Les deux. Les pistes que semblent vouloir prendre l'Etat, particulièrement le couple Albanel-Darcos, soit l'enseignement des arts, c'est bien, mais pas suffisant. Un enseignement des arts, s'il n'est pas accompagné d'une navette avec le monde des arts, c'est-à-dire d’allées et venues entre le monde scolaire et le fait d'aller dans lieux dévolus aux arts, théâtres, bibliothèques, musées, ne suffit pas. Sans compter que la pratique artistique est importante aussi. Si on ne fait que de l'enseignement, on retombera dans l'élitisme, parce que l'on sait bien que tous les enfants ne sont pas égaux face à la connaissance des contextes culturels. Concernant l'éducation artistique, je dois encore faire un état des lieux. Mais j'espère que l'on saura défendre ces trois aspects : l'enseignement des arts (qui sera porté par l'Etat puisque cela va s'instaurer dans les écoles et les collèges entre 2009 et 2010), la sortie dans les lieux d'arts, avec du lien sans être dans de la consommation, et encourag

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