La Casemate, la science pour tous

ACTUS | Installée au sein d'anciennes fortifications de la ville de Grenoble dont elle tire son nom, la Casemate est aussi atypique que son emplacement. Son directeur Laurent Chicoineau nous explique la vocation de ce centre de culture scientifique. Propos recueillis par Alexis Orsini

Aurélien Martinez | Mardi 23 décembre 2014

Photo : Pierre Jayet


La Casemate présente des expos, mais ce n'est pas vraiment un musée…

Laurent Chicoineau : Effectivement ! Nous n'avons pas de collections. C'est un lieu de partage et de communication scientifique, de vulgarisation… L'idée est vraiment d'être beaucoup plus interactif, d'être dans l'actualité contemporaine. Nous organisons des expositions temporaires sur ces sujets, au nombre de deux par an. Celle baptisée À quoi tu joues ? a par exemple été développée avec des collectifs locaux et des designers de Rhône-Alpes qui ont tous répondu à un appel à projet sur la question : "comment le jeu vidéo parle du numérique ?" L'interactivité est donc au cœur de notre centre de culture scientifique technique et industrielle.

Vous visez « à diffuser et promouvoir la culture scientifique auprès de tous les publics ». En pratique, lequel est majoritaire ? Celui des scientifiques ou le grand public ?

On constate beaucoup d'intérêt général pour des questions scientifiques et techniques. Sur le jeu vidéo, on touche évidemment un public très large avec beaucoup de jeunes. Et ça nous permet aussi, derrière, de parler d'autre chose avec nos médiateurs présents dans l'exposition. Quand on organise la fête de la science tous les ans sur Grenoble, on attire également un public assez large qui s'intéresse à la science et veut par exemple découvrir ce qu'on fait dans les labos. Les visiteurs se posent aussi des questions sur les grands sujets d'actualité. Pour la comète Tchouri, par exemple, on a participé à la session de direct sur l'atterrissage de Philae : ça a attiré beaucoup de monde, un public populaire loin d'être dans le milieu scientifique.

Vous portez aussi le projet de Fab Lab, lieu ouvert au public où sont mis à sa disposition toutes sortes d'outils. C'est-à-dire ?

C'est un espace dans lequel on donne accès à des machines de prototypage rapide comme des imprimantes 3D qui permettent de réaliser des maquettes et des projets assez facilement. Et au-delà de ça, c'est un outil essentiel pour mettre en réseau des projets et les gens qui les réalisent, à l'échelle locale mais aussi nationale et même internationale.

La Casemate, 1 Place Saint-Laurent, Grenoble. 04 76 44 88 80
Ouverture tous les jours sauf le 25 décembre et le 1er janvier. Fermeture à 16h les 24 et 31 décembre.

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À hauteur d'enfant

La science, c'est pas que pour les grands ! La Casemate l'a bien compris et propose depuis 2008 un espace d'exposition réservé aux 3-7 ans. Depuis le 15 septembre, on y trouve Ciels, une installation mêlant poésie, sciences et psychologie. La mascotte Samaé, un petit garçon aux cheveux bleus, prend le visiteur par la main et l'entraîne dans un voyage au dessus des nuages. Au programme : quatre espaces d'activités ludiques pour partir à la découverte de ce ciel un peu énigmatique, de ces changements et de ces caprices qui rythment la vie quotidienne. Mettre des mots sur les émotions et favoriser le dialogue, c'est ainsi le but que s'est donné l'exposition Ciels.

Bérénice Charles


Ciels

Exposition-atelier pour les enfants de 3 à 6 ans
La Casemate 2 place Saint-Laurent Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Les Mondes inconnus" : l'univers à portée de main

Exposition | Dans le cadre du programme d’événements scientifiques "Une saison dans les étoiles", l’exposition fortement axée jeune public "Les Mondes inconnus", qui se tient à la Casemate, au Muséum et sur le campus, permet d’explorer les sciences si mystérieuses que sont celles de l’univers. On l'a visitée.

Alice Colmart | Mardi 16 octobre 2018

L’exposition Les Mondes inconnus étant découpée en trois parties présentées dans trois lieux distincts, il faut donc faire un choix pour la débuter. Pour nous, le décollage fut à la Casemate. « Pour que les enfants comprennent comment ça se passe dans l’espace, il faut que ce soit interactif. Beaucoup de choses vont leur permettre de découvrir et de chercher » : voilà ce que nous a expliqué à notre arrivée Élodie Weber, chargée de communication du fameux centre de culture scientifique, technique et industrielle grenoblois. Ainsi, pour commencer, un espace pour « se localiser » propose des manipulations consistant à replacer les planètes dans un tableau de bois qui illustre le système solaire. Et pour avoir une idée précise de la manière « dont on observe le ciel » est exposé à ses côtés un véritable télescope donné par le Groupe d'astronomie du Dauphiné. Dans la deuxième partie, « on voyage ». On entre dans une navette spatiale dans laquelle on observe différents corps célestes (« une étoile, le soleil, une lune, un astéroïde… ») ainsi que différents cailloux (« les cailloux de

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Jeany Jean-Baptiste : « À la Casemate, on ne s’est pas autorisés à être effondrés »

ACTUS | Depuis cet été, le centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) de Grenoble répondant au doux nom de Casemate (rapport au lieu où il se trouve, au pied de la Bastille) a une nouvelle directrice en la personne de Jeany Jean-Baptiste (l’ancien directeur Laurent Chicoineau étant parti au CCSTI de Toulouse). On l’a rencontrée pour faire connaissance, et surtout revenir avec elle sur l’incendie que la Casemate a subi fin novembre.

Aurélien Martinez | Mardi 23 janvier 2018

Jeany Jean-Baptiste : « À la Casemate, on ne s’est pas autorisés à être effondrés »

Comment se porte la Casemate depuis l’incendie qui, dans la nuit du 21 novembre 2017, a détruit son Fab Lab (« laboratoire qui dope l’inventivité en donnant accès à des outils de fabrication numérique ») ? Jeany Jean-Baptiste : En fait, l’incendie n’a pas détruit que le Fab Lab mais aussi toute l’infrastructure du premier étage. Depuis, même si les matériaux et les machines qui ont brûlés sont encore sur le toit-terrasse en attendant d’être très vite apportés à la déchetterie, les locaux ont été décontaminés – c’est le terme technique. Donc on a presque récupéré un plateau nu en état d’être reconstruit [le reste du bâtiment, notamm

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Incendiée, la Casemate veut (et va) renaître

ACTUS | Le Fab Lab du centre de culture scientifique, technique et industrielle grenoblois a été victime d'un incendie. Mais ses activités vont continuer, grâce notamment à un appel aux dons.

Aurélien Martinez | Mardi 28 novembre 2017

Incendiée, la Casemate veut (et va) renaître

En avril dernier, nous consacrions un long article (d’où est issue cette photo) au Fab Lab grenoblois, « laboratoire qui dope l’inventivité en donnant accès à des outils de fabrication numérique » que l’on avait baptisé « l'atelier des bricoleurs de futur ». C’est lui, situé à l'étage du Centre de culture scientifique, technique et industrielle de Grenoble (plus communément appelé la Casemate), qui a été volontairement incendié dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 novembre par un groupe dénonçant cette « institution notoirement néfaste par sa diffusion de la culture numérique ». Visiblement, les incendiaires n’ont pas dû se rendre souvent au Fab Lab et, plus largement, à la Casemate… Les dégâts sont considérables. « Nous n’avons pas l’intention de baisser les bras, mais pour envisager un nouveau départ, nous avons besoin de machines, d’outils, de matériaux et, pour en racheter, nous avons besoin de vous » on

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Fab Lab : l’atelier des bricoleurs de futur

reportage | Les Fabs Labs, « réseau mondial de laboratoires qui dopent l’inventivité en donnant accès à des outils de fabrication numérique », sont en plein essor depuis quelques années. On a testé celui de la Casemate (le Centre de culture scientifique, technique et industrielle de Grenoble) qui s’ouvre tous les mercredis aux makers, défenseurs de l’opensource et autres curieux pour des soirées baptisées Open Lab. Reportage.

Antonin Padovani | Mardi 11 avril 2017

Fab Lab : l’atelier des bricoleurs de futur

On entre dans le Fab Lab de la Casemate comme dans une caverne aux merveilles. Sous les voûtes de pierre de cet ancien abri militaire, qui donne son nom au lieu actuel, on trouve des machines, des fils, des écrans, et des gens qui s’activent à relier tout ça. « Vous pouvez venir au Fab Lab pour fabriquer presque tout par vous-même. Plus qu’un atelier partagé, c’est une communauté de "ceux qui font", qui réparent, qui inventent, qui bricolent, qui recyclent, qui détournent… » nous explique le site du Fab Lab. Diego, responsable des soirées Open Lab, accueille une dizaine de curieux, de tous âges, et leur fait découvrir les lieux tandis que d’autres sont déjà dans le vif. « Tous les mercredis, l’Open Lab est un espace de test, de préparation, d’expérimentation, où chacun peut passer une vingtaine de minutes sur les machines. » Rapide tour de présentation : imprimantes 3D, découpeuses laser, ShopBot (grande fraiseuse), déco faite d’objets suspendus fabriqués dans l’atelier… « Ici, quand on fabrique d

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Grenoble ramène sa science

ACTUS | À l’occasion du festival Pint of Science organisé du 23 au 25 mai dans vingt villes françaises, on se demande où se pense la science à Grenoble. Echosciences, la Casemate, le projet des Grands Moulins de Villancourt… : on a trouvé plusieurs réponses prometteuses pour l’avenir.

Tiphaine Lachaise | Mardi 17 mai 2016

Grenoble ramène sa science

Au regard de l’agenda de la semaine, la culture scientifique ne saute pas forcément aux yeux à Grenoble et dans l’agglo, alors que la capitale des Alpes est réputée pour être à la pointe dans ce domaine. Un constat qui n’a pas effrayé Élise Delaforge, jeune docteure en biophysique qui a décidé d’importer l’événement Pint of Science à Grenoble : des rencontres avec des scientifiques autour de thèmes précis et dans un bar, pour désacraliser la chose. Le festival entame sa seconde édition grenobloise. « À Grenoble, les gens ont l’habitude d’être curieux » explique-t-elle. Un point de vue que partage Gilles Grand, des Cafés sciences et citoyens de l’agglomération grenobloise, même si selon lui il reste « une certaine défiance du public envers la science ». D’où son envie de « faire le lien entre les citoyens et les scientifiques ». Sur le même principe de rencontres, son association œuvre depuis 10 ans pour la vulgarisation et a su fédérer une communauté – « entre 40 et 80 personnes minimum à chacune de nos rencon

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Les Paradis artificiels : le film reste en salle à Grenoble

ECRANS | Les Paradis Artificiels du Brésilien Marcos Prado sort cette semaine en France. Mais à moins grande échelle que prévue : douze des quinze salles qui l’avaient (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 31 octobre 2012

Les Paradis artificiels : le film reste en salle à Grenoble

Les Paradis Artificiels du Brésilien Marcos Prado sort cette semaine en France. Mais à moins grande échelle que prévue : douze des quinze salles qui l’avaient programmé l’ont finalement retiré de leurs écrans, au motif qu’elles auraient perdu leur exclusivité de diffuseur. En cause, la stratégie de communication du distributeur Damned, qui avait proposé en avant-première lundi soir à 22h, en séance unique, le film sur Dailymotion, pour lui offrir une plus grande visibilité (le bouche à oreille peut faire des merveilles!). Pour cette opération, Dailymotion s’était associé avec Eye on Film, réseau de 34 distributeurs et de 42 festivals et labels spécialisé dans la distribution de premiers et deuxièmes longs-métrages. Le but : s’essayer à la promotion du cinéma indépendant sur le web. « Une réaction à chaud, de prudence » Nous concernant en région Rhône-Alpes (car oui, le Petit Bulletin est diffusé à Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, pour ceux qui ne seraient pas au courant!), le film n’était pas

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Les Paradis artificiels

ECRANS | De Marcos Prado (Brésil, 1h33) avec Nathalia Dill, Luca Bianchi…

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Les Paradis artificiels

Dans les années 50, pour dissuader les jeunes de fumer des joints, on tournait des films de propagande qui en montraient les effets dévastateurs. Problème : les films étaient si psychédéliques dans leur forme qu’ils donnaient plutôt envie de tenter l’expérience ! Les Paradis artificiels, réalisé par Marcos Prado et produit par le très ambigu José Padilha (Troupe d’élite), c’est un peu la même chose à l’échelle de la génération ecstasy-électro. Sur trois époques, le film constate que la drogue, la fête et la sexualité débridée nuisent à la famille, l’amitié et l’amour. On pourrait s’en tenir là, mais Prado est incontestablement talentueux et cette moralisation à outrance est contredite en permanence par un travail visuel, sonore et narratif assez grisant, un vrai plaisir de filmer des personnages complexes et irréductibles à la lourde leçon qu’on voudrait leur infliger. Ce que le cinéaste démontre surtout (mais Gaspar Noé l’avait fait avant lui), c’est que le cinéma, mélange d’artifice et de réalité, est particulièrement propice à capter les flux et reflux de la conscience sous psychotropes. Qu’importe si on nous dit à la fin que c’est mal : ce n’est qu’un film,

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Quand le savoir se transmet

ACTUS | En mars dernier, le Centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI), situé à la Casemate (Grenoble), a lancé Echosciences. Un site Internet participatif qui permet de « casser l’isolement des acteurs du monde scientifique et culturel ». Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI, explique l’intérêt de la démarche. Propos recueillis par Benjamin Bultel

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2012

Quand le savoir se transmet

Petit bulletin À qui s’adresse Echosciences ?Laurent Chicoineau : Echosciences a été créé pour que les acteurs de la communauté scientifique et culturelle, mais aussi le grand public, puissent se rencontrer. Cela va des chercheurs, au sein des universités ou dans les établissements publics, comme le CNRS ou le CEA, aux retraités, en passant par les étudiants, les artistes ou même les militants. En fait, tous ceux qui ont un rapport avec la science ou l’innovation dans leur acceptation très large : les sciences dures mais aussi l’écologie, les arts, l’histoire…  Echosciences est au confluent du site d’informations et du réseau social. Il y a aussi une volonté de vulgarisation : les articles doivent être accessibles au plus grand nombre. Et concrètement, comment se présente-t-il ?Les gens s’inscrivent librement puis peuvent écrire des articles. Il y a aussi une petite équipe rédactionnelle, composée d’une journaliste et de moi-même. À l’heure actuelle, nous avons 165 inscrits et 55 articles publiés. Et nous avons accueilli 6000 visiteurs uniques depuis le lancement. Chaque article est par ailleurs ouvert aux co

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"Ciels" : virage à 180° pour Wajdi Mouawad

Théâtre | Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2010

Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. Dans le dernier volet de sa réflexion sur l’héritage, Mouawad prend ses spectateurs à rebrousse poil, au risque de les froisser (l’accueil a été mitigé lors de sa présentation cet été à Avignon, où il était artiste associé). Littoral, Incendies et Forêts, pièces toutes les trois présentées à l’Hexagone, étaient construites sur la notion de partage générationnel et du devoir de comprendre ses origines ; ici, c’est l’inverse : non, les enfants que l’on a engendrés ne sont pas forcément nos clones et peuvent lutter avec force contre les idéaux familiaux. En plus de 2h30 (que l’on sent bien passer), on assiste alors à la déliquescence progressive de la notion d’héritage, malmenée par des aînés incapables de comprendre leur descendance. Le tout dans une scénographie on ne peut plus originale, les spectateurs se retrouvant au centre d’un dispositif où les comédiens évoluent sur les côtés et en hauteur. Résultat, on peut trouver un certain pl

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Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Théâtre | Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient cette année dans l’agglo : d’abord à l’Hexagone en novembre, un théâtre qui le soutient depuis longtemps, puis en mars prochain à la MC2 pour y dévoiler sa dernière création. Il sera donc très difficile d’ignorer Wajdi Mouawad cette saison.

Aurélien Martinez | Jeudi 10 septembre 2009

Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. Au coeur d’une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde, et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (cf. les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir Littoral, l’un de ses premiers textes qu’il a récemment remis en scène, permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thè

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