Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

ACTUS | À Noël, tout le monde pense à mettre sous le sapin le dernier gadget technologique à la mode ou la bonne et rassembleuse bouteille de vin. Et si on misait sur un spectacle ou un concert, comme ça, pour changer un peu ? Le PB s’est donc lancé dans une sélection thématique : si vous suivez bien nos recommandations, on parie sur un taux de satisfaction de 100%. Oui, on est optimistes. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Photo : Carpentier


Ceux qui ne voient pas d'inconvénient à rire souvent

Celui qui campe une Catherine hilarante dans la pastille quotidienne du Petit Journal Catherine et Liliane est également l'auteur et l'interprète d'un one-man-show épatant et très théâtral à placer tout en haut dans la vaste catégorie humour. Sur scène, Alex Lutz est une ado en crise, Karl Lagerfeld ou un directeur de casting odieux : des personnages plus vrais que nature pour un comédien remarquable.

Alex Lutz, samedi 9 avril au Grand Angle (Voiron). De 31 à 37€.

Ceux qui aiment autant la danse que le rire

Tutu, c'est un petit ovni savoureux. Six danseurs jouent sur les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l'acrobatique…) en une vingtaine de tableaux pour un spectacle solidement construit et, surtout, très drôle. Car jamais les interprètes au physique d'Apollon (d'où un rendu très queer) ne se prennent au sérieux, au contraire – en même temps comment rester sérieux dans un costume de cygne ? Même si, paradoxalement, leur maîtrise technique est éclatante.

Tutu, mercredi 10 février au Théâtre municipal de Grenoble. De 10 à 25€.

Ceux qui aiment autant les histoires que l'Histoire

Dans son nouveau spectacle, le metteur en scène Joël Pommerat remonte à ce moment historique où tout a vrillé : la Révolution française. En s'attaquant à la fin de la monarchie (avec un Louis XVI en costard cravate rose triomphant au son de The Final Countdown), il libère la parole de sa troupe et porte aux nues durant 4h30 un débat dont les protagonistes sont autant sur scène que dans la salle. C'est certain : cet homme a un talent immense pour raconter des histoires universelles.

Ça ira (1). Fin de Louis, du mercredi 18 au vendredi 27 mai à la MC2. De 13 à 27€.

Ceux qui veulent tout comprendre

Qui-vive, c'est un spectacle de magie qui est plus qu'un spectacle de magie ! Sur scène, trois magiciens utilisent leur art pour questionner le spectateur sur les techniques de manipulation, avec quelques tours bluffants. Le but de Thierry Collet, le concepteur ? « Activer l'esprit critique du public. » C'est réussi (et très ludique).

Qui-vive, mardi 8 et mercredi 9 mars à l'Hexagone (Meylan). De 9 à 22€.

Ceux qui veulent s'émerveiller

Véritable féerie visuelle, Pan-Pot est un petit bijou de cirque contemporain. Épuré à souhait, le plateau sert simplement de piste à trois jongleurs et une pianiste, qui élaborent ensemble une partition tendue où les balles se transforment en notes, pour créer cette musicalité du jonglage envoûtante.

Pan-Pot, jeudi 12 mai à la Rampe (Échirolles). De 8 à 19€.

Ceux qui ont le cœur bien accroché

Le théâtre de l'Italien Romeo Castellucci est plastiquement fort, avec ces corps déformés (obèses, mutilés, trop maigres…) envahissant le plateau. Un théâtre organique qui fascine, comme c'est le cas dans son Orestie, relecture du mythe d'Oreste qui avait marqué son époque lors de sa création en 1995. Attention donc à qui vous offrez ça !

Orestie, du mercredi 13 au samedi 16 janvier à la MC2. De 13 à 27€.

Ceux dont le cœur bat la chamade dès qu'on prononce le nom Mouawad

L'Opéra de Lyon, c'est un bâtiment grandiose (ça c'est pour la remarque très guide touristique) qui, en plus, programme souvent des opéras bien loin du cliché du spectacle poussiéreux pour initiés. En juin, on aura ainsi droit à un Enlèvement au sérail de Mozart mis en scène par le fameux metteur en scène Wajdi Mouawad, à qui l'on doit des spectacles marquants comme Littoral, Incendies ou encore Forêts. On ne sait pas ce que cela donnera, mais bon…

L'Enlèvement au sérail, du mercredi 22 juin au vendredi 15 juillet à l'Opéra de Lyon. De 14 à 94€.

Ceux qui aiment les vieux groupes

Du rimmel a coulé sous les ponts depuis la dernière véritable tournée européenne de The Cure. C'était en 2008 et, depuis, le groupe s'est contenté de quelques dates prestigieuses mais éparses. Il passera cette fois par Paris, Montpellier et, en ce qui nous concerne, Lyon. Mais il faudra s'armer de patience : ce n'est que le 17 novembre 2016 que Robert Smith et ses camarades nous gratifieront de leurs grands tubes dépressifs, à la Halle Tony Garnier. Ça laisse donc onze mois à celui ou celle qui recevra ce cadeau pour tout réviser.

The Cure, jeudi 17 novembre à Lyon. 55€.

Ceux qui aiment les vieux groupes (2)

Tout le monde connaît le morceau Popular du groupe Nada Surf, sorti il y a tout juste 20 ans – mais si, écoutez bien. Les New-Yorkais toujours en activité seront de retour en mars avec un nouvel album (You know who you are) et, du coup, la tournée qui va avec. « Je suis populaire / Ma mère dit que je suis un tombeur / J'ai une copine pom-pom girl. »

Nada Surf, lundi 25 avril à la Belle électrique. De 23 à 28€.

Ceux qui en veulent toujours plus

Musilac, c'est le gros festival de l'été rhônalpin, organisé comme toujours au bord du lac à Aix-les-Bains. Si on ne connaît pour l'instant que certaines de têtes d'affiche déjà programmées (Elton John, Les Insus, Louise Attaque, Foals et Lilly Wood and The Prick), les places sont déjà en vente, dont des pass trois jours financièrement intéressants. Sachant que vu l'éclectisme qui préside chaque année à Musilac, il y aura forcément un (voire plusieurs !) groupe qui plaira à celui ou celle qui recevra ce cadeau.

Musilac, du vendredi 8 au dimanche 10 juillet à Aix-les-Bains. Pass trois jours de 129 à 154€.

Ceux qui apprécient encore la bubblegum pop

Si un ami ou un membre de votre famille rentre dans cette catégorie, sachez 1/ qu'on ne juge personne 2/ que Mika sera de passage par Grenoble en mai. De la bonne humeur, de la pop colorée et du « boum boum boum » au programme.

Mika, lundi 30 mai au Summum. De 38, 50 à 44€.


Alex Lutz


Le Grand Angle Place des Arcades Voiron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Tutu

Chor. Philippe Lafeuille, par les Chicos Mambo, à partir 14 ans
Théâtre municipal de Grenoble 4 rue Hector Berlioz Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Qui-vive

Magie contemporaine et théâtre par Carmelo Cacciato, Thierry Collet et Kurt Demey, conception Thierry Collet, ms Éric Didry, à partir de 12 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Pan-Pot, ou Modérément Chantant

Jonglage par le Collectif Petit Travers, à partir de 7 ans
La Rampe 15 avenue du 8 mai 1945 Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Orestie (une comédie organique ?)

D'après "Eschyle" de Romeo Castellucci
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Ça ira (I) Fin de Louis

Création théâtrale de Joël Pommerat, avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat Bien plus qu'une reconstitution historique, ce spectacle est une "archéologie de nos valeurs"...
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Contes et légendes" : portraits robots par Joël Pommerat

Théâtre | Après l’immense réussite "Ça ira (1) Fin de Louis" passée par Grenoble en 2016, la MC2 accueille de nouveau le metteur en scène Joël Pommerat avec son "Contes et légendes" créé l’an passé. Un titre faussement doux pour un spectacle qui s’intéresse autant à l’adolescence comme période de construction violente qu’à notre monde contemporain déshumanisé. Une immense réussite qui prouve une fois de plus, s’il en était encore besoin, que Joël Pommerat est un artiste qui fera date dans l’histoire du théâtre français.

Aurélien Martinez | Mardi 20 octobre 2020

Nous avons de la chance, nous pauvres êtres du début du XXIe siècle qui glorifions notre passé théâtral avec, parfois, une nostalgie mortifère, de pouvoir suivre de près la carrière d’un homme de théâtre comme Joël Pommerat. Un metteur en scène qui, depuis trente ans, développe un langage artistique singulier, à la fois contemporain (il écrit ses textes, lui l’« écrivain de spectacle »), engagé (il questionne sans cesse notre monde, avec finesse) et, ce qui n’est pas la moindre des qualités, populaire. Il n’y a qu’à empiriquement faire le test en amenant à l’une de ses représentations une personne qui penserait que le théâtre n’est pas pour elle : c’est presque gagnant à coup sûr ! Un savoir-faire de plus en plus affirmé avec le temps (et le succès) qui transparaît une nouvelle fois dans son dernier spectacle en date, Contes et légendes. Un Pommerat pur jus, notamment visuellement (quel travail sur les clairs-obscurs !), mais tout de même surprenant dans son propos… Humain après tout Il était une fois notre société ultratechnologique, presque déshumanisée. C’est en son sein que Joël Pommerat va d

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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Des créations très attendues, des succès enfin à Grenoble, des découvertes... Suivez-nous dans les salles grenobloises et de l'agglo.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Théâtre : quinze pièces pour une saison parfaite

La Buvette, le tracteur et le curé Et voici la nouvelle pièce de l’inénarrable humoriste dauphinois Serge Papagalli, qui sera créée début octobre et tournera ensuite dans pas mal de villes autour de Grenoble. Avec toujours cette fameuse famille Maudru, dont Aimé, le chef de famille (Papagalli lui-même, parfait), et Désiré, le neveu un peu attardé (Stéphane Czopek, grandiose). Où cette fois, visiblement, il sera question d’une énième reconversion de cet agriculteur à la retraite, mais aussi d’un curé un peu strict nouvellement venu. Vivement les retrouvailles ! À partir d’octobre dans de nombreuses villes de l’Isère Tournée complète sur www.papagalli.fr Incertain Monsieur Tokbar

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

ECRANS | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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"Tous des oiseaux" : le roi Mouawad et les oiseaux

Théâtre | Avec "Tous des oiseaux", le metteur en scène et auteur Wajdi Mouawad retrouve la verve épique qui lui avait valu un succès dingue au cours des années 2000. Et livre une pièce forte qui n’a pas peur d’aborder la question brûlante du conflit israélo-palestinien.

Aurélien Martinez | Mardi 30 avril 2019

C’était il y a une vingtaine d’années. Les spectateurs français découvraient le théâtre d’un auteur et metteur en scène libano-canadien nommé Wajdi Mouawad. Et se prirent alors de passion pour ses récits amples, sorte de réactualisation contemporaine des grands mythes antiques. La décennie 2000 verra ainsi le sacre du roi Mouawad, avec trois hits en particulier : Littoral, Incendies et Forêts. Des pièces fleuves construites autour de la notion de partage générationnel et du devoir de comprendre ses origines. Et des pièces qui, loin du théâtre qui place le public dans une situation d’inconfort pour mieux l’amener à réagir, assume leur côté grand spectacle capable de fédérer le plus largement possible, et surtout celles et ceux pour qui le théâtre est un art lointain et intimidant. Retour de hype

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All I want for Christmas is... une place de concert ou de spectacle

Sélection de Noël | Et voici notre traditionnelle sélection de cadeaux de Noël immatériels faite de places de spectacles et de concerts pour lesquels, bien sûr, il reste de la place. Histoire de faire sensation sous le sapin (et, surtout, tomber juste), on vous a classé ça selon les goûts de celles et ceux qui recevront votre présent.

La rédaction | Mardi 4 décembre 2018

All I want for Christmas is... une place de concert ou de spectacle

Pour les fans de chanson classieuse en VF Angèle (photo), c’est le phénomène pop de ces derniers mois grâce à une poignée de petits tubes entêtants (La Loi de Murphy, Je veux tes yeux, La Thune…) savamment mis en musique et qui, avant même la sortie de l’album début octobre, lui ont fait remplir des salles. Comme la Belle électrique, dans laquelle la Belge jouera à guichets fermés mercredi 12 décembre. Au vu du succès dingue, une autre date grenobloise a donc été rajoutée, en mai et dans une salle encore plus grande : le Summum. Classe. Angèle Au Summum jeudi 23 mai. 33€ Pour celles et ceux qui, au théâtre, adorent qu’on leur raconte de grandes histoires Littoral, Incendies, Forêts… Avec les pièces-fleuves qu’il propose depuis presque 20 ans, le

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"Guy" : Guy (Alex) Lutz

ECRANS | de et avec Alex Lutz (Fr, 1h41) avec également Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 21 août 2018

Pour approcher Guy Jamet (Alex Lutz), vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier (Tom Dingler) a entrepris de tourner un documentaire dans l’intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à la star déclinante… Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s’est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l’apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s’accrochant aux basques d’une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences "d’archives" forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C’est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace (sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n’y est-elle pas étrangère) : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l’appui s’avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d’en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs. Mais les prises de vues

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"Les Aventures de Spirou et Fantasio" : il leur manque des cases

ECRANS | de Alexandre Coffre (Fr., 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Lundi 19 février 2018

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le "moooonde". Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une BD au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en était tiré sans trop de dégâts – et encore, au risque de défriser la doxa, avec Le Marsupilami et Mission Cléopâtre. Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont évidentes à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz (qui avait quelque chose à défendre physiquement en Fantasio) un faire-valoir façon Jar Jar Binks de théâtre de boulevard, c’est peut-être bon pour un public de 6 ans (et encore), mais destructeur pour le reste de l’assistance. Spielberg et Chabat (encore lui), eux, pensent toujours à combiner plusieurs niveaux de lecture parallèles, afin de ne frustrer personne. Si l’

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"M" : un film initial signé Sara Forestier

ECRANS | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Lundi 13 novembre 2017

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus – rien de commun donc avec ces "it-girls" précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans Le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout-venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long-métrage succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Aime le mot dit

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"Primaire" : une vision... primaire de l'école !

ECRANS | de Hélène Angel (Fr., 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d'Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Fleurant la madeleine, la colle en pot parfum amande et la bonne conscience, Primaire s’inscrit dans la lignée de ces films rendant sporadiquement hommage à des membres du corps enseignant… davantage qu’à l’institution dont ils dépendent. Ici, c’est Sara Forestier qui fait le job, en instit’ surinvestie. Prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon, elle s’attire le courroux de son propre fils qui va se sentir délaissé, voire trahi. Hélène Angel actualise l’un des thèmes du film-patchwork de Truffaut, L’Argent de poche (1975), mais en adoptant le point de vue des adultes – ce qui amoindrit considérablement l’intérêt. Sans doute pour éviter la redondance avec Le Maître d’école (1980) de Claude Berri ou Ça commence aujourd’hui (1999) de Tavernier, elle amende son sujet de fanfreluches inutiles, comme une fable sentimentale avec un Vincent Elbaz peu crédible en livreur fruste. A-t-elle eu la volonté d’atténuer la rugosité potentielle d’un film-dossier (grandes tirades à César incluses) en l’enrobant d’un glaçage de miel parsemé d’éclats de comédie ? Il en résult

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"Mercenaire" : rite ovale et épopée grandiose

ECRANS | Aux antipodes du nombrilisme coutumier des cinéastes débutants, Sacha Wolff raconte le parcours initiatique d’un jeune rugbyman wallisien dans un film ample comme un chant, tragique comme un combat, exaltant comme un haka. Un essai largement transformé, Prix de la mise en scène au dernier Festival du film francophone d'Angoulême.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Sacha Wolff vient du documentaire et cela s’en ressent : il possède cette capacité d’embrasser les atmosphères et cerner les personnages avec une économie de plans et de dialogues subtile – cet art d’aller à l’essentiel en évitant les ornementations superflues et l’épate. Aussi erratique que les rebonds d’un ballon ovale, la trajectoire de Soane, son géant balloté, est avant tout une épopée grandiose à hauteur d’homme : on assiste à la construction d’un ado naïf devenant adulte en dépit – ou à cause – des embûches se dressant sur son passage. Un récit d’initiation cruel où un fils, renié par son père parce qu’il ose tenter sa chance sur le continent, se trouve d’un coup arraché à ses fragiles racines – pour un Wallisien ayant déjà migré en Nouvelle-Calédonie, partir vers la métropole revient à accomplir une sorte de "déplacement au carré". Sans jamais choir dans l’éthnofolklore, Wolff offre ici une visibilité cinématographique aux cultures océaniennes qui n’en ont guère eue : il faut presque remonter à L’Âme des guerrier (1995) de Lee Tamahori pour trouver dans une fiction le désir de faire partager les coutumes de ces peuples. Un p

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Danse : les cinq spectacles à ne pas louper cette saison

Panorama 2016/2017 | Avec des nouveautés, des reprises, des stars et même un concours. Suivez-nous.

Aurélien Martinez | Lundi 24 octobre 2016

Danse : les cinq spectacles à ne pas louper cette saison

Pindorama La Brésilienne Lia Rodrigues, chorégraphe des émotions à fleur de peau et du dépassement des limites du corps, voit la danse comme un combat. Après des passages à la Rampe ou à l’Hexagone, elle sera cette saison à la MC2 avec un Pindorama (un mot qui, dans la langue tupi, désigne le Brésil d’avant la colonisation) que nous n’avons pas vu mais qui nous intrigue fortement. Attention, choc possible, surtout que le dispositif scénique (qu’on ne dévoilera pas) fera tout pour le renforcer. À la MC2 du mercredi 16 au vendredi 18 novembre ______ [re]connaissance Un concours de danse ? Oui ! Sur deux soirs, douze compagnies de toute la France (voire de l’étranger pour certaines) présentent une pièce courte pour trois à cinq danseurs. Un temps fort appréciable vu la diversité remarquable que l’on découvre chaque année dans la salle qui accueille le concours. Et un temps fort ludique, les spectateurs étant amenés à voter pour décerner l’un des trois prix qui, justement, offriront une im

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Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

ACTUS | Le jeudi 2 juin, le quotidien Libération publiait une tribune du metteur en scène Joël Pommerat baptisée « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». Un (...)

Aurélien Martinez | Lundi 13 juin 2016

Éric Piolle et Corinne Bernard répondent à Joël Pommerat

Le jeudi 2 juin, le quotidien Libération publiait une tribune du metteur en scène Joël Pommerat baptisée « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». Un texte qui avait fait grand bruit à Grenoble. On attendait donc la réponse du maire de Grenoble Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard, directement visés par le metteur en scène. C’est chose faite depuis ce dimanche 12 juin (même si Éric Piolle s’était rapidement exprimé le 3 juin sur France Culture), avec une tribune là aussi publiée par Libération et intitulée « À Grenoble, une culture ni populiste ni libérale ». Les deux élus reviennent notamment sur les dossiers polémiques – la MC2, les Musiciens du Louvre, le Tricycle, le Ciel – évoqués par Pommerat. On vous laisse

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Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

ACTUS | Le metteur en scène qui vient de présenter son fabuleux "Ça ira (1) Fin de Louis" à la MC2 (c'était notre une du numéro du 18 mai) publie une tribune dans le quotidien "Libération". Son titre ? « Grenoble, la déception de l’écologie culturelle ». L'action du maire Éric Piolle et de son adjointe aux cultures Corinne Bernard est directement visée.

Aurélien Martinez | Jeudi 2 juin 2016

Politique culturelle : Pommerat attaque la Ville de Grenoble

Son spectacle Ça ira (1) Fin de Louis, tout juste présenté à Grenoble (et tout juste "molièrisé"), est d'une intelligence folle. L'homme l'est également, comme on peut s'en rendre compte depuis vingt-cinq ans avec ses textes ciselés et ses créations percutantes auscultant le monde d'aujourd'hui comme celui d'hier (la Révolution française dans Ça ira). Alors quand il prend la parole sur la situation grenobloise, et plus particulièrement sur la politique culturelle menée par l'équipe Piolle aux commandes de la Ville depuis deux ans, c'est forcément avec un long texte argumenté (sur les Musiciens du Louvre, sur

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Joël Pommerat fait sa Révolution avec "Ça ira (1) Fin de Louis"

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira (1) Fin de Louis". Un exceptionnel moment de théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Joël Pommerat fait sa Révolution avec

« Il n’y a pas de point de vue » reprochent à Ça ira (1) Fin de Louis les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort – Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, « il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique », soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même

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Alex Lutz : haut les masques

SCENES | Chaque soir sur Canal +, Alex Lutz est Catherine, quadra maniérée et accroc à la presse people. Sur scène, il est un directeur de casting odieux, un régisseur au professionnalisme contestable ou un incroyable présentateur de JT. Des personnages plus vrais que nature qui peuplent un one-man-show épatant.

Benjamin Mialot | Mardi 5 avril 2016

Alex Lutz : haut les masques

Où se situe la frontière entre le traitement en réanimation et l'acharnement thérapeutique au sujet du fameux "esprit Canal" qui végète dans l'entre-soi grégaire depuis une bonne quinzaine d'années ? Personne ne le sait vraiment… Deux hommes, toutefois, incarnent encore le fameux mélange de décalage et d'impertinence qui fit les grandes heures de la chaîne cryptée dans les années 1980 et 1990. Ou plutôt deux femmes : Catherine et Liliane, les deux secrétaires de rédaction qui, chaque soir dans Le Petit journal de Yann Barthès, décortiquent l'actualité avec un bon sens involontaire mêlé d'idiotie pure. Derrière leurs maquillages "absolutely fabulous" se cachent Bruno Sanches, habitué des feuilletons policiers franchouillards, et Alex Lutz, qui n'a pas attendu le succès de sa vamp de l'open space pour mettre à profit ses prédispositions naturelles au transformisme et à l'observation d'énergumènes en milieu naturel. Une bande à lui tout seul Cela fait même plus de huit ans qu'il tourne,

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Des "obus dans le cœur" de Mouawad et Baquet

SCENES | Un monologue rageur sur un homme qui va bientôt perdre sa mère : du grand Wajdi Mouawad dans le texte et du grand Grégori Baquet sur scène.

Aurélien Martinez | Mardi 15 mars 2016

Des

Il y a quelques années, l’auteur et metteur en scène libano-canadien Wajdi Mouawad était à la mode, grâce notamment à une trilogie (Littoral, Incendies et Forêts) qui connut un succès délirant. Si, après quelques projets à l’accueil plus mitigé, on le voit moins aujourd’hui (il n’est pas revenu à Grenoble depuis 2010), il ne faut tout de même pas oublier qu’il est avant tout un auteur au talent remarquable. Comme il l’a démontré en 2007 avec Un obus dans le cœur, monologue rageur (et fortement autobiographique) sur un jeune homme qui se rend au chevet de sa mère mourante et passe alors par divers états avant d’affronter la douleur qui, forcément, le submergera. « Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier ! » Le comédien Grégori Baquet, Molière 2014 de la révélation masculine, porte ce texte à bout de bras, happant le spectateur dès le début de la représentation pour ne plus le lâcher. Très fort. La preuve ce mardi 22 mars à 20h30 à la Faïencerie (La Tronche).

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Thierry Collet : « Titiller le libre arbitre du spectateur »

SCENES | En pleine mode des shows de magie et d’hypnose, le magicien Thierry Collet propose avec deux camarades un spectacle de déconstruction de son art pour mieux questionner le public sur les enjeux de la manipulation. Le tout en restant extrêmement ludique. Rencontre avant le passage par l’Hexagone de Meylan de ce très réussi "Qui-vive".

Aurélien Martinez | Mardi 1 mars 2016

Thierry Collet : « Titiller le libre arbitre du spectateur »

Vous expliquez ne pas faire de la magie « pour endormir les gens mais pour les réveiller ». C’est-à-dire ? Thierry Collet : Historiquement, la magie a vraiment été un marchand de sable inventé pour prendre en charge, endormir, hypnotiser, charmer l’auditoire… Un auditoire qui, du coup, devient soumis aux pouvoirs du magicien. Certes il n’y a pas mort d’homme, on est dans le cadre d’un contrat librement consenti, les gens savent qu’ils viennent se faire avoir, mais cette dépendance me fait penser à des rapports de pouvoir qui peuvent exister dans le monde réel – vis-à-vis d’autorités morales, politiques, religieuses… Pourquoi accordons-nous notre confiance à certains ? Sur quels critères ? J’aime bien titiller le spectateur sur son libre arbitre. Malgré les couleurs chatoyantes du décor, Qui-vive est un spectacle plus profond dans lequel vous déconstruisez les techniques de manipulation des magiciens. Votre propos est donc politique ? C’est une magie avec un petit côté pédagogique – même si on n’est pas à l’école mais bien au spectacle ! On attire l’attention des spectateurs sur ce

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« Pour se moquer de la danse, il faut la maîtriser »

SCENES | Dans "Tutu", six excellents danseurs jouent avec les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l’acrobatique…) en une vingtaine de tableaux. Un spectacle savoureux, drôle et surtout solidement construit. Rencontre avec son concepteur avant son passage par le Théâtre municipal de Grenoble. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 2 février 2016

« Pour se moquer de la danse, il faut la maîtriser »

Comment est né le spectacle Tutu ? Philippe Lafeuille : Avec ma compagnie Les Chicos Mambo, on revisite les grandes phases chorégraphiques depuis pas mal d’années. J’ai repris cette idée pour ce nouveau spectacle baptisé Tutu, parce que l’icône tutu est ce qui représente le mieux la danse pour le grand public. Vous jouez justement avec les codes de la danse pour en rire… Oui, je croque les tics de certaines danses en utilisant la parodie, même s’il n’y a pas que des choses parodiques dans le spectacle – il y a même quelques moments plutôt poétiques. Plusieurs niveaux de lecture sont présents dans Tutu. Vous faites ainsi de nombreuses références à l’histoire de la danse, sans que ces références ne soient rédhibitoires si on ne les connaît pas. Comme cette séquence autour de Pina Bausch … Des gens l’autre jour ont pensé que je faisais référence aux princesses Disney ! Chacun y voit donc ce qu’il a en

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Paris-Willouby

ECRANS | De Quentin Reynaud & Arthur Delaire (Fr., 1h23) avec Isabelle Carré, Stéphane De Groodt, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Paris-Willouby

Collectionner des talents sur une affiche n’a jamais été gage de réussite artistique : si grandes soient leurs qualités, ils ne parviennent jamais à masquer ni compenser les défauts d’un film, et surtout pas ceux d’un scénario cacochyme. Constat à nouveau opéré avec ce poussif décalque de Little Miss Sunshine, qui oublie cependant de s’inspirer du rythme et de la transgression du modèle. Au lieu de singer des comédies “indépendantes” étasuniennes formatées, les jeunes auteurs français devraient lorgner du côté du vétéran Rappeneau et son Belles Familles : ils gagneraient en causticité, finesse et profondeur…

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Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Théâtre | Événement : cette semaine, le metteur en scène italien Romeo Castellucci, véritable star du théâtre européen depuis plus de vingt ans, débarque à la MC2 avec "Orestie (une comédie organique ?)", relecture du mythe d’Oreste et des codes de la tragédie antique grecque. Un spectacle fort, violent, éprouvant et plastiquement grandiose. Ça valait bien une interview (par mail). Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Tout d’abord, merci de nous accorder cette interview, comme vous en donnez très peu ! Est-ce par ce que vous jugez que vos spectacles n’ont pas besoin d’explications ? Parce que vous ne voulez pas en donner ? Romeo Castellucci : Je trouve que recourir à l’artiste pour mieux connaître son travail est anormal. Je ne considère pas que la théorie, l'explication du processus, les idées ou même les questions universelles que l’on pose fréquemment aux artistes, comme s’ils étaient les ultimes prophètes, soient intéressantes. Selon moi, c’est à la critique de parler correctement du travail des artistes. On ne va donc pas vous demander de nous "expliquer" Orestie (une comédie organique ?)... Mais des questions nous viennent quand même, notamment sur ce choix de recréer un spectacle vingt ans apr

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"Orestie" de Castellucci : les feux de l’amour et de la mort

SCENES | Critique de la pièce que le metteur en scène italien star va donner cette semaine à la MC2. Où il est question de tragédie, de corps hors norme, de sang et de mort.

Aurélien Martinez | Mardi 12 janvier 2016

C’est l’histoire d’Oreste, adolescent dont le père Agamemnon est assassiné par Égisthe, l’amant de sa mère Clytemnestre. Devenu adulte, Oreste se vengera en tuant le nouveau couple et deviendra donc matricide. Il faut connaître, même de façon partielle, la mythologie grecque, ces Feux de l’amour (et de la mort) antiques, pour saisir pleinement le travail que Romeo Castellucci a mené avec la trilogie d’Eschyle (458 av. J.-C). Le metteur en scène italien est ainsi revenu au cœur de la tragédie, s’en est emparé pour la recracher sur scène, avec toute sa violence symbolique. Dans son Orestie, il y a peu de texte (il n’en reste que des lambeaux, en italien surtitré), mais beaucoup d’images fortes et dérangeantes – le spectacle est déconseillé au moins de 16 ans. Castellucci, diplômé des beaux-arts en scénographie et en peinture, y va à fond, jusqu’à l’écœurement. Se réclamant du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, son art est volontairement organique, comme dans cette première partie d’

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Quelques mots d’amour avec "La Liste de mes envies"

SCENES | La vie est pleine de surprises. Comme cette adaptation théâtrale du best-seller de Grégoire Delacourt La Liste de mes envies défendue par le comédien Mikaël (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 novembre 2015

Quelques mots d’amour avec

La vie est pleine de surprises. Comme cette adaptation théâtrale du best-seller de Grégoire Delacourt La Liste de mes envies défendue par le comédien Mikaël Chirinian. Ce dernier est seul sur scène pour camper tous les personnages de cette histoire surprenante où Jocelyne, une gagnante à l’Euromillions (18 547 301 euros et 28 centimes tout de même), ne va pas chercher son gain pour conserver l’existence simple et heureuse qu’elle a toujours eue – avec son boulot, ses amis et, surtout, son mari. C’est donc forcément le personnage de Jocelyne qui retient toute l’attention, tant dans le roman que sur le plateau. Ça tombe bien : Mikaël Chirinian est comme Grégoire Delacourt, il aime son héroïne, et surtout sa banalité. Il s’amuse de sa candeur, de ses réflexions presque naïves, se transformant en elle grâce à quelques accessoires et une intonation de voix on ne peut plus douce. Le spectacle devient alors une petite bulle touchante parsemée de chansons populaires qui, si elle n’a pas la prétention de révolutionner le monde (on est face à un matériau de départ proche du roman de plage), est tout à fait plaisante et émouvante.

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Hybridations artistiques au Centre d'art Bastille

ARTS | Croiser les esthétiques et les réflexions, mêler les notions de temps et de fiction, tels sont les enjeux de "Double cross" actuellement au Centre d'art Bastille. Conçue dans le cadre d'un échange avec une structure italienne, l'exposition dévoile les travaux de Jacopo Miliani et Alessandro Di Pietro, avec Mikaël Belmonte en invité.

Charline Corubolo | Mardi 6 octobre 2015

Hybridations artistiques au Centre d'art Bastille

Piano, créée à l'initiative de d.c.a / association française de développement des centres d'art, est une plateforme franco-italienne offrant un espace de recherches et de travail partagé à des curateurs et des artistes, l'objectif étant d'établir un projet double, comme une exposition, entre une structure artistique italienne et une française. C'est ainsi que le Cab est devenu le théâtre de cet échange plastique avec l'Italie. L'exposition Double Cross, programmée par le commissaire d'exposition indépendant Vincent Verlé (et ancien boss du Cab), présente les œuvres de Jacopo Miliani et Alessandro Di Pietro, dont la mise en parallèle permet la construction d'un récit commun par le prisme d'un langage hybride. À travers un questionnement sur la représentation de l'image et sa réception par les masses et dans les mémoires, Jacopo Miliano esquisse un nouveau langage de forme. Ce nouveau tout se met en place dans des installations hermétiques – une main disposée sur un rectangle de tissu représentant une action – mais qui stimulent indéniablement l'hémisphère gauche du cerveau. L'approche des œuvres d'Alessandro D

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Danse : une saison, cinq spectacles

SCENES | On a épluché les programmations des différentes salles de l'agglo qui proposent de la danse. On a retenu cinq propositions, à base d'Akram Khan, de Kaori Ito, de Josette Baïz, d'Arcosm ou encore de Chicos Mambo.

Aurélien Martinez | Lundi 14 septembre 2015

Danse : une saison, cinq spectacles

Sublime « Arcosm, une nouvelle compagnie en résidence pour trois saisons » : voilà, la plaquette de la Rampe d’Échirolles confirme la nouvelle. L’excellente nouvelle même, le danseur et chorégraphe Thomas Guerry et le musicien et compositeur Camille Rocailleux ayant mis en place en presque quinze ans un univers artistiquement fort matérialisé notamment dans Echoa, leur plus grand succès, ou dans des pièces aussi originales que, par exemple, La Mécanique des anges. Un univers où la danse côtoie la musique le plus simplement du monde, comme une évidence. On pourra donc suivre de près la naissance de leurs deux prochaines créations présentées sous forme d’un dytique : Sublime cette saison, proposition tout public pour quatre interprètes sur le paraître, l’apparence et toutes les dérives qui en découlent, et Subliminal à l’automne 201

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Humour : les temps forts de la saison

SCENES | Une sélection à base de Professeur Rollin, de Vincent Dedienne, d'Alex Lutz et même de Fills Monkey. Aurélien Martinez et Benjamin Mialot

Aurélien Martinez | Dimanche 13 septembre 2015

Humour : les temps forts de la saison

Le Professeur Rollin Oui, le Professeur Rollin a toujours quelque chose à dire. La preuve avec Le Professeur Rollin se rebiffe, nouveau seul-en-scène où l’humoriste lettré répond aux questions qu’on lui pose, sur tout un tas de sujets : les raisins noirs et blancs (baptisés ainsi par des daltoniens), les ouvrages sur les perdrix, le paprika ou encore l’islam et l’homosexualité non souhaitée d’un enfant. C’est que le Professeur a, entre deux phrases proches de l’absurde et trois questions à l’intérêt discutable, décidé de dénoncer à sa façon la bien-pensance ambiante, en prenant soin tout de même de ne pas passer pour un vieux réac – l’allusion à Zemmour est bien trouvée. C’est drôle, surprenant, limite parfois ; bref ça mérite d’en savoir plus avec une interview. Attention Professeur, on va nous aussi vous poser des questions. Si bien sûr vous acceptez de nous répondre ! AM Vendredi 2 octobre à l’Heure bleue (Saint-Martin-d’Hères)

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Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

SCENES | Du théâtre contemporain, du classique ; des metteurs en scène stars, des plus confidentiels ; des pièces avec plein de comédiens, d'autres avec beaucoup moins de monde... Voici les coups de cœur et les attentes du "PB" pour cette saison 2015/2016.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 septembre 2015

Théâtre : les dix pièces à voir cette saison

L’Avare Dans le très vaste répertoire théâtral français, Molière est l’un des auteurs qui a écrit les plus efficaces machines à jouer. D’où le fait que ses pièces soient si souvent montées. Le metteur en scène Ludovic Lagarde, directeur de la comédie de Reims, a décidé de se confronter à l’efficace Avare, où il est question d’un vieux père qui n’a pas que des qualités – il est on ne peut plus proche de ses sous ! Un rôle monstre que Lagarde a décidé de confier à son comédien fétiche : le fascinant et explosif Laurent Poitrenaux, qui marque de sa présence chaque mise en scène, au risque qu’on ne voie que lui. Ça tombe bien, c’est ce que le rôle veut – au cinéma, Louis de Funès l’avait aussi très bien compris. On espère donc passer un bon moment devant cet Avare rajeuni (Poitrenaux n’a même pas 50 ans) que nous n’avons pas pu découvrir avant sa venue à Grenoble, mais dont on a eu plein de bons échos. AM Du mardi 17 au samedi 21 novembre à la MC2 La Liste de mes envies

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon" passe enfin par Grenoble. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Pommerat refait les contes

« Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi. » Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. « Écrivain de spectacles » comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce par an et de la faire jouer à chaq

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse hi-tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro-domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-ê

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne, le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, qui voudraient percer à peu de frais l’opacité de son

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Top of the pops

SCENES | Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 septembre 2013

Top of the pops

Ce n’est certainement pas très original vu l'acceuil dithyrambique déjà reçu par le sepctacle, mais l'une des propositions que l’on place tout en haut de la liste des conseils de rentrée est signée Joël Pommerat, qui revient à Grenoble avec une pièce de son répertoire des contes (et non avec un de ses textes pour adultes qu’il écrit de A à Z). Mais attention, il a tant modelé ce Cendrillon à sa convenance que l'œuvre de Perrault s’est endurcie et actualisée. Finalement, ce n’est pas que pour les enfants : ça fume, ça jure et ça berce aussi. La jeune fille, rebaptisée Cendrier, n’a pas bien entendu les derniers mots prononcés par sa mère avant de mourir et croit qu’elle doit penser à elle tout le temps. Sa montre à quartz 80’s sonne donc sans cesse sur les notes de Ah ! vous dirai-je, maman et voilà la gamine entravée voire étouffée par cette mémoire à porter, sa marâtre de belle-mère et son père inerte (tenus par des comédiens époustouflants dans un décor parfait). Jusqu’au face-à-face avec un prince charmant qui n’a rien de charmant, gosse paumé comme elle. Leur

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From Mickey to Mika

MUSIQUES | Quand France Info dit quelque chose, on l'écoute (ben oui, c'est une radio). Or, le site internet de la radio d'information continue a affirmé que The (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 juin 2013

From Mickey to Mika

Quand France Info dit quelque chose, on l'écoute (ben oui, c'est une radio). Or, le site internet de la radio d'information continue a affirmé que The Origin Of Love, le troisième album de Mika, était l'album de la maturité (lol). Cela nous fait donc deux infos. D'abord, Mika a sorti un troisième album (au risque de paraître manquer de professionnalisme, on était complètement passés à côté et on s'en excuse). Ensuite, ben il y a cette histoire de maturité, fameuse tarte à la crème de troisième album. D'un autre côté, l'Anglo-libanais n'allait pas passer le reste de sa carrière à ululer des hymnes diabétiques estampillés Mickey maousse. Il faut bien grandir un peu.   En l'occurrence, l'élément déclencheur aura été pour le chanteur, après un léger burn-out, l'accident quasi mortel dont a été victime sa sœur. Laquelle est tombée d'un balcon en fumant une cigarette – interdiction de rire, elle a failli y rester en s'empalant sur une grille. Le genre de truc qui rend mature plus vite que son ombre. Bon, cela ne signifie aucunement que Mimi donne désormais dans le crypto-Daniel

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Mika en concert gratuit cet été

MUSIQUES | On ne pensait pas qu'il y aurait un gros concert gratuit cet été à Grenoble (comme l'an passé avec IAM par exemple). Puis finalement si. Ce sera Mika, et ce (...)

Aurélien Martinez | Lundi 17 juin 2013

Mika en concert gratuit cet été

On ne pensait pas qu'il y aurait un gros concert gratuit cet été à Grenoble (comme l'an passé avec IAM par exemple). Puis finalement si. Ce sera Mika, et ce sera le mercredi 10 juillet à 21h30 à l'anneau de vitesse du parc Paul-Mistral. Avec Fanny Ardant?!

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Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise… Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage sur TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), et y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique de fin, et s’inscrit sous l

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Stars 80

ECRANS | Projet improbable emmené par l’équipe d’"Astérix aux jeux olympiques" autour de la réunion de vieilles gloires du "Top 50", "Stars 80" fascine par son envie farouche d’être aussi médiocre que son pitch. Y avait-il une autre issue ? Peut-être… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

Stars 80

Si tant est qu’on aime le cinéma et la musique, il n’y a aucun espoir au moment où l’on franchit les portes de Stars 80 : ce sera affreux, il ne peut pas en être autrement. Imaginer Thomas Langmann aux commandes d’une fiction retraçant l’histoire vraie de deux producteurs qui décident de monter un show avec les vedettes du Top 50 dans les années 80 (quelques noms, juste pour mesurer l’enfer : Début de soirée, Jeanne Mas, Sabrina, Émile et Images…), c’est déjà une sorte de cauchemar. Et pourtant, à la vision du film, quelque chose d’étrange se produit : Stars 80 n’est pas bon, nos yeux piquent et nos oreilles saignent à de nombreuses reprises durant ses 110 minutes, mais on se dit qu’on passe toujours à deux doigts d’une improbable réussite. Il suffit pour cela de se rappeler qu’il y a deux mois sortait Magic Mike ; sur le papier, l’idée est proche : raconter le passé de strip-teaseur de Channing Tatum, et dresser la chronique d’un groupe humain soudé par un métier alimentaire qu’ils exercent pourtant avec professionnalisme et dignité. Scénaristique

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Revenge

ECRANS | De Susanne Bier (Dan, 1h53) avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm…

François Cau | Vendredi 11 mars 2011

Revenge

Un jeune orphelin de mère entraîne le souffre-douleur de sa classe dans une spirale incontrôlable. Le père de ce dernier, médecin humanitaire, jongle entre une séparation douloureuse, un garagiste crétin qui le provoque et un chef de guerre qui terrorise son campement en Afrique. Susanne Bier, spécialiste danoise du mélodrame hardcore à thèse (Brothers, After the Wedding, Nos souvenirs brûlés), s’attaque ici à l’engrenage de la vengeance, dans un récit complexe et ambitieux, quitte à se tendre quelques pièges au passage – on peut renâcler sur le ton systématiquement plombant d’un film où tout le monde semble rivaliser de dépression, ou sur l’impasse (volontaire) de la sous-intrigue labellisée “choc des civilisations“. On ne peut nier, en revanche (AH AH AH), la puissance cinématographique incroyable que la réalisatrice insuffle à un scénario qui aurait pu se perdre dans son caractère programmatique. Ce souffle artistique transcende complètement le film, à travers sa réalisation, ses cadres et sa photo impeccables, ses acteurs incroyables. D’un scénario / dissertation très Dossier de l’écran dans l’esprit (la violence amène-t-elle la violence ? vous avez deux heures), Bier a tiré un

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Incendies

ECRANS | De Denis Villeneuve (Canada, 2h10), avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin…

François Cau | Vendredi 7 janvier 2011

Incendies

Le travelling est-il encore affaire de morale ? Oui, et quand le québécois Denis Villeneuve tourne Incendies d’après la pièce du libanais Wajdi Mouawad, cette question le hante. Sauf que Villeneuve n’est pas un bon lecteur de Rivette. Dans cette longue odyssée retraçant les destins entrecroisés d’une femme et ses enfants, l’une au passé, comme héroïne traversant et subissant les tourments de la guerre du Liban, les autres au présent, sur les pas de leur mère et d’un frère caché, le cinéaste cumule les fautes d’intention. Fidèle à son matériau originel, Incendies se veut une tragédie. Mais à force de chichi (cartons pompeusement stylisés, musique hors sujet) et d’une mise en scène réussissant à rendre la distance impudique, le film vire à l’épreuve. Pour son personnage principal, accablé du premier au dernier plan, et nous, forcés d’assister à cet acharnement sadique et obscène qui, recourant à un suspens ignoble, se drape évidemment du plus grand sérieux. Un calvaire pour tout le monde. Jérôme Dittmar

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"Ciels" : virage à 180° pour Wajdi Mouawad

Théâtre | Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2010

Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. Dans le dernier volet de sa réflexion sur l’héritage, Mouawad prend ses spectateurs à rebrousse poil, au risque de les froisser (l’accueil a été mitigé lors de sa présentation cet été à Avignon, où il était artiste associé). Littoral, Incendies et Forêts, pièces toutes les trois présentées à l’Hexagone, étaient construites sur la notion de partage générationnel et du devoir de comprendre ses origines ; ici, c’est l’inverse : non, les enfants que l’on a engendrés ne sont pas forcément nos clones et peuvent lutter avec force contre les idéaux familiaux. En plus de 2h30 (que l’on sent bien passer), on assiste alors à la déliquescence progressive de la notion d’héritage, malmenée par des aînés incapables de comprendre leur descendance. Le tout dans une scénographie on ne peut plus originale, les spectateurs se retrouvant au centre d’un dispositif où les comédiens évoluent sur les côtés et en hauteur. Résultat, on peut trouver un certain pl

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"Littoral" : je t’aime moi non plus

Théâtre | Et revoilà Wajdi Mouawad, celui qui fascine autant qu’il irrite. Avant la présentation de sa dernière création Ciels en mars prochain à la MC2, il revient cette (...)

Aurélien Martinez | Lundi 9 novembre 2009

Et revoilà Wajdi Mouawad, celui qui fascine autant qu’il irrite. Avant la présentation de sa dernière création Ciels en mars prochain à la MC2, il revient cette semaine à l’Hexagone avec Littoral, un texte du début de sa carrière (ici présenté dans une nouvelle mise en scène) et surtout premier volet de la tétralogie où l’on retrouve Ciels, Incendies et Forêts – cette dernière pièce, présentée il y a deux ans à Grenoble cristallisant en elle tout ce que les anti-Mouawad haïssent (en gros, son attrait pour le soap opera mythologique gros sabots). Sauf que contre toute attente, Littoral est une bonne surprise. Certes, Mouawad reste dans sa lignée (il semble faire une psychanalyse à chaque nouvelle pièce, lui le Libanais contraint à l’exil dans sa jeunesse), mais il nous gratifie ici d’un texte fort, sans fioriture dramaturgique aguicheuse tirée par les cheveux, et d’une mise en scène plus que généreuse. Car force est de reconnaître que Wajdi Mouawad sait toucher le public là où il faut, un public qui lui répond toujours par des salves d’applaudissements enjoués – réaction véri

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Rencontre avec Wajdi Mouawad

CONNAITRE | Il y en a qui vont exulter : la librairie le Square accueille ce mardi à 18h30 le metteur en scène bankable Wajdi Mouawad, à l’occasion de la recréation de (...)

François Cau | Lundi 26 octobre 2009

Rencontre avec Wajdi Mouawad

Il y en a qui vont exulter : la librairie le Square accueille ce mardi à 18h30 le metteur en scène bankable Wajdi Mouawad, à l’occasion de la recréation de Littoral mi-novembre à l’Hexagone, et de sa mise en scène de Ciels, son dernier texte, en mars à la MC2. Notre homme, assez généreux et prolixe, pourra ainsi répondre à toutes les questions que vous vous posez (même les plus inavouables). Pour bachoter avant la rencontre, retrouver sur notre site le portrait que nous lui avions consacré en septembre dernier. Et pour les fans voyageurs, on en profite pour rappeler que le metteur en scène jouera sa trilogie baptisée Le Sang des promesses (avec Littoral, Incendies et Forêts) les 14 et 15 novembre à Lyon (aux Célestins) et les 19 et 20 décembre à Chambéry (départs en car pour Chambéry prévus depuis l’Hexagone et la MC2 – renseignements auprès des deux théâtres). Une chose est d’ores et déjà promise : 9h30 de Mouawad, c’est long.

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Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Théâtre | Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient cette année dans l’agglo : d’abord à l’Hexagone en novembre, un théâtre qui le soutient depuis longtemps, puis en mars prochain à la MC2 pour y dévoiler sa dernière création. Il sera donc très difficile d’ignorer Wajdi Mouawad cette saison.

Aurélien Martinez | Jeudi 10 septembre 2009

Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. Au coeur d’une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde, et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (cf. les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir Littoral, l’un de ses premiers textes qu’il a récemment remis en scène, permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thè

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Retour à soi

SCENES | Fort d’une reconnaissance méritée, Wajdi Mouawad ne cesse d’interroger le médium théâtral à travers des formes mêlant grandiloquence et intimité, où les frontières géographiques et temporelles s’abolissent pour jouer le jeu de l’introspection. Il se livre cette semaine sur la scène de l’Hexagone avec Seuls, sa nouvelle création. SD & FC

François Cau | Lundi 19 mai 2008

Retour à soi

Avant qu’on ne découvre son œuvre sur la scène de l’Hexagone de Meylan en 2003 avec Incendies, Wajdi Mouawad a déjà une belle carrière derrière lui. Installé au Québec depuis son adolescence (après avoir vécu au Liban et en France), il s’y forme très tôt à la discipline théâtrale, fondant sa première compagnie, le Théâtre Ô Parleur, à l’âge de 22 ans. Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, vision métaphorique d’un Liban déchiré par la guerre écrite à 19 ans, lui vaudra une récompense des critiques québécois en 1998. Mouawad s’essaie à la mise en scène, gagne en maturité et en assurance en s’attaquant à des œuvres aussi diverses que le Don Quichotte de Cervantès, Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov ou Trainspotting d’Irvine Welsh. La mort en héritage C’est avec l’écriture de Littoral que l’auteur prend son envol théâtral. Le premier volet d’un quatuor de créations sur le thème de la transmission de génération en génération, dont le point de départ similaire (la mort d’un parent et la volonté de découvrir le passé familial enfoui, pour mieux se redécouvrir, se connaître, se comprend

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“Forêts“ : les arbres qui cachent...

Théâtre | Troisième volet d’un quatuor consacré aux questions de l’héritage et de la transmission, “Forêts“ prend tous les risques inhérents aux blockbusters théâtraux et s’en sort miraculeusement, porté par une foi absolue en son propos. François Cau

François Cau | Mercredi 22 mars 2006

“Forêts“ : les arbres qui cachent...

La première scène pose étrangement les prémices narratives. Passées les surprises du 99 Luftballons de Nena balancé plein pot et de l’accent chantant de Montréal, la mécanique s’installe. Interruptions de l’intrigue via le regard d’un observateur extérieur, prose gouailleuse, répétitions signifiantes, intrusions de visions “incohérentes“, ruptures dramatiques incessantes… Le premier acte de Forêts vous entraîne de gré et de force dans une véritable saga intergénérationnelle, aux effets de manche grandiloquents, aux coïncidences bigger than life, dispensées par un casting visiblement investi dans cette histoire aux enjeux énormes. Soit Lou, ado chipie goth rebelle de 16 ans, forcée par un paléontologue passionné de se pencher sur son arbre généalogique et son patrimoine génétique, le tout afin d’élucider le mystère posé par un crâne retrouvé dans le charnier d’un camps de concentration. C’est sûr, dit comme ça, on se prendrait l’envie d’inciter son sourcil au léger haussement réprobateur. Dont acte : Wajdi Mouawad nous fait vite avaler de grosses couleuvres scénaristiques (la construction, par ellipses abruptes et fond

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L’intime et le réel

SCENES | L’univers théâtral de Joël Pommerat, auteur et metteur en scène est tout simplement unique. Ses écrits, indissociables de ses mises en scènes, s’ancrent profondément dans notre monde. À la MC2, on découvrira son adaptation du Petit Chaperon Rouge. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 10 janvier 2007

L’intime et le réel

Pommerat commence à écrire en 1985. Il a 22 ans. Et son processus d’écriture dramatique est d’emblée vraiment singulier. Avec le recul, on a envie de dire d’une justesse absolue. Effectivement, son travail d’écriture ne se dissocie pas de celui de la mise en scène : il se prolonge durant les répétitions grâce aux échanges avec les comédiens. Il se modifie aussi, s’enrichit, aux frottements avec la scénographie, les lumières et le son. Ce qui souvent dans ses spectacles donne une alchimie envoûtante entre texte, espace, corps, gestes, voix. Pour bien comprendre, l’auteur arrive le premier jour des répétitions avec un matériau écrit, une base, qui se malaxera, se métamorphosera au fur et à mesure du travail scénique grâce à une recherche commune. Pommerat croit vraiment au concept de compagnie, au sens de compagnonnage. Et fonde naturellement en 90 La Compagnie Louis Brouillard. Tous ses projets sont écrits pour et en pensant aux comédiens avec lesquels il travaille maintenant depuis 10 ans. Le temps, (autant celui de la répétition que celui nécessaire à la relation fidèle et profonde), est une notion fondamentale dans l’élaboration de ses spectacles. Ceux-ci prendront vie, dans u

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La mère loup

SCENES | Théâtre / À partir du conte populaire, Joël Pommerat, metteur en scène et auteur a écrit son Petit Chaperon rouge, spectacle époustouflant de beauté visuelle et de sens. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 7 mars 2007

La mère loup

Les relations familiales, le passage du temps, sont les thématiques récurrentes de Joël Pommerat. Elles rejaillissent dans son Petit Chaperon Rouge, en rendant visible ce qui effectivement est implicite et nous touche tous inconsciemment dans ce conte : le lien entre trois générations de femmes esseulées, isolées. Une famille où l'absence d'homme s'avère criante, et où le désir de la rencontre avec l'inconnu semble l'enjeu pour s'émanciper. Dans son adaptation, Pommerat exprime donc le liens complexes entres ces femmes : celui de la petite fille envers la mère est fait d'admiration, attirance, répulsion - la mère incarne et revêt la pelure du loup et joue à effrayer sa fille avec sa chevelure ; celui de la mère envers sa petite fille (jouant aussi le rôle de la grand-mère) est fait de rejet et d'envie, du fait de sa jeunesse ; et celui de la mère envers la grand-mère souligne l'incapacité à communiquer. En abordant en creux ces notions, l'auteur évoque subtilement, avec tendresse et violence, les problématiques de nos sociétés modernes, où l'isolement des plus âgés s'accentuent ; la solitude de l'enfant délaissé par le parent, fréquent, et source de déséquilibre ; parent qui se

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Sélection jazzy

MUSIQUES | Musique / Comme chaque année, la programmation du grenoble jazz festival est méchamment pléthorique. Pour défricher ce vaste champ des possibles, voici une petite sélection de rendez-vous à ne pas manquer. FC

| Mercredi 21 mars 2007

Sélection jazzy

La nuit des étoiles Attention, événement croisé : cette soirée à l’Hexagone marque également la fin des Rencontres I. La très barge Campagnie des Musiques à Ouïr (constituée des musiciens Vincent Peirani, Sylvie Cabrit, Frédéric Gastard, Christophe Monniot et du barré Denis Charolles) proposera aux spectateurs une création en roue libre, un hommage musical mais pas que aux étoiles, leur force d’évocation, leurs mystères. Les troubadours seront accompagnés dans leurs délires par un “astrophysicien surprise“ et par un glorieux habitué de la Scène Nationale Meylanaise, l’auteur québécois Wajdi Mouawad. Ce dernier débutera la soirée par l’interprétation d’un texte rédigé par ses soins pour l’occasion. Une soirée qui devrait rester dans le ton des Rencontres I. Le 14 mars dès 20h, à l’Hexagone (Meylan) Philip Catherine & Brussels Jazz Orchestra Là aussi, on donne dans la transversalité : Le Mois de la Création Belge (on se recause du spectacle de clôture de la manifestation, Ook de Sidi Larbi Cherkaoui, la semaine prochaine) croise le Festival de Jazz de Grenoble pour un concert de l’un des plus fameux guitaristes jazz belge. À la fin des années 50, fortement marqué par les personna

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