Fontaine : couvrez cette expo que je ne saurais voir

ACTUS | Ce jeudi 14 avril aurait dû être inaugurée au Vog, centre d’art municipal de Fontaine, une exposition consacrée à l’artiste Philippe Perrin. Mais elle a finalement été annulée par la Ville au vu du « contexte national et international » ; puis ensuite par l’artiste lui-même quand la mairie a fait machine arrière en imposant plusieurs conditions (« inacceptables » selon lui) à son maintien. On fait le point avec ceux, rares, qui ont bien voulu s’exprimer.

Aurélien Martinez | Mardi 12 avril 2016

Programmée du 14 avril au 14 mai au centre d'art municipal de Fontaine le Vog, l'exposition Sheena is… remix devait présenter le travail de l'artiste Philippe Perrin. Des œuvres mettant en avant « un monde de violence, de rixes, de coups portés à d'innombrables ennemis, à tous même » comme il est écrit en préambule du dossier de presse ; mais « pas seulement ». « Philippe Perrin montre néanmoins, au travers d'une violence de l'humanité, les ambiguïtés du monde. » Des ambiguïtés qui ont dérangé l'équipe municipale de Fontaine qui avait d'abord imaginé interdire l'exposition avant de se rétracter.

Forcément, on a tenté de joindre le maire communiste Jean-Paul Trovero pour avoir son point de vue (ou celui de son adjoint à la culture Brice Di Gennaro) : on nous a systématiquement renvoyés vers le communiqué de presse publié la semaine dernière. En voici un extrait :

L'exposition proposée par Philippe Perrin devait reprendre une partie de ses œuvres marquées par la scénarisation et la représentation de l'univers des armes, des codes de la violence et des scènes de crime. En parallèle de la préparation de cette exposition, le contexte national et international a été endeuillé par des crimes de sang d'une ampleur inédite et par le risque terroriste. Plus localement, depuis plusieurs semaines, le quartier qui accueille le Vog a été marqué par des violences urbaines et des actes criminels. Soucieuse d'éviter les simplifications, les amalgames ou les troubles à l'ordre public, l'équipe municipale s'est interrogée sur la pertinence de maintenir l'exposition.

Il a donc d'abord été question d'annulation comme le Vog l'avait communiqué fin mars. Mais le maire et sa majorité ont changé d'avis la semaine dernière après « un débat en séance extraordinaire de l'exécutif » : l'exposition pourra finalement avoir lieu mais à plusieurs conditions :

  • La décaler de deux semaines.

  • Recentrer le catalogue uniquement sur les œuvres exposées.

  • Et surtout, comme noté dans le communiqué, « occulter partiellement la vitrine très exposée du Vog afin d'éviter des incompréhensions de la part d'un public passant trop rapidement ».

« En aucun cas cet accompagnement de l'exposition ne peut être compris comme une entrave à la liberté artistique de l'exposant » poursuit le texte de justification de la Ville, qui se termine de façon lapidaire : « Néanmoins, l'artiste n'a pas accepté les dispositions proposées optant ainsi plutôt pour une annulation pure et simple. La Ville prend acte tout en exprimant ses regrets. » Façon de renvoyer la balle à Philippe Perrin qui serait lui-même responsable de la situation. Au mieux maladroit, au pire pas très honnête – si quelqu'un a la mairie change d'avis en lisant ces lignes et se décide à nous parler, on l'écoutera (et le questionnera) avec plaisir.

« Que des expos avec des bouquets de fleurs »

On a du coup passé un coup de fil à Philippe Perrin (il vit à Paris) qui nous a très vite répondu, avec un ton rock'n'roll et un tutoiement immédiat. « Ils ont annulé l'exposition il y a un mois et je n'ai toujours pas reçu de courrier officiel. J'ai simplement été mis au courant par Marielle Bouchard qui dirige le Vog [que nous avons également tenté de joindre mais qui n'a pas souhaité s'exprimer sur cette affaire – NDLR]. Je trouve ça assez scandaleux et je ne comprends vraiment pas comment ils agissent. »

Il poursuit : « J'entends les inquiétudes des élus même si je ne partage pas leur point de vue parce que si l'on commence à faire ça, on annule tout et on ne fait plus rien. Ou alors que des expos avec des bouquets de fleurs ! […] Le maire est peut-être très sympathique mais il est très mal entouré. Culturellement, ils ne sont sans doute pas au niveau d'un lieu comme le Vog qui n'a pas beaucoup de budget mais qui fait quand même des choses vachement bien. »

Sur Facebook où la polémique a été rendue publique la semaine dernière (Philippe Perrin a publié une petite tribune qui a eu du succès et répond à tous les commentaires le concernant), beaucoup crient à la censure : « Je n'ai jamais employé le mot censure, ce sont les autres qui le font. Ce n'est pas forcément celui que j'aurais choisi même si je peux comprendre ceux qui l'emploient. » Mais il y vient tout de même, évoquant « une directrice censurée dans ses choix » et une « contre-proposition de la Ville qui apparaît vraiment comme une censure ». « On m'a notamment demandé que les pièces qui seraient les plus "provocatrices" – entre guillemets comme il n'y en avait pas – soient cachées au fond. Mais comme elles le sont toutes à leurs yeux, toute l'exposition aurait dû être tassée au fond ! »

« Si on se met à être victime de nos peurs… »

Reste la question de son art qui a tant dérangé la Ville – c'est en validant le catalogue de l'exposition que l'équipe municipale a découvert la teneur du travail de Philippe Perrin et a visiblement eu peur qu'il soit mal interprété. « On peut mal l'interpréter si on essaie de mal l'interpréter ! Et on peut aussi se renseigner quand on n'est pas trop con pour essayer de comprendre ! Il paraît qu'en ce moment une poignée de dealers sème le bordel là-bas et qu'ils en ont peur : je peux comprendre. Mais c'est la merde partout ! Si on se met à être victime de nos peurs dans le choix des œuvres que l'on expose et si on considère les gens comme des incultes, où va-t-on ? » Il nous explique ainsi avoir appris l'annulation le jour des attentats de Bruxelles : « Je ne vois pas non plus le lien avec mon hommage au rock'n'roll, au cinéma, au roman noir, au polar… »

Son exposition n'aura donc pas lieu, Philippe Perrin refusant de céder aux demandes de la mairie. On ne pourra pas découvrir ses œuvres grandeur nature et en parler du seul point du vue artistique – le principal, qui est complètement devenu secondaire dans cette affaire. Mais la polémique, assez hallucinante (on ne va pas se lancer ici dans un discours sur le rôle de l'art), les aura tout de même mises en avant de manière détournée. C'est déjà ça.

Question pratique : le Vog sera du coup fermé jusqu'au 19 mai, date de la prochaine exposition.

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"Présidents" : vieilles choses publiques

ECRANS | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressant que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mardi 29 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex-président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République (et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues), il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus versatile et capricieuse, ne veut plus d’eux.

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Grenoble est exotique

ESCAPADES | Marmottes, chamois, tétras lyres, canards colverts… Voir toujours les mêmes bestioles dans le coin peut être assez lassant. Heureusement, Grenoble innove aussi avec la nature et l’arrivée de nouvelles plantes et espèces exotiques, changement climatique oblige. Et pour compléter tout ça, direction la fontaine ardente du Gua. C’est le deuxième volet de nos bizarreries grenobloises, côté nature (qu’on aime beaucoup !)

Jérémy Tronc | Vendredi 23 avril 2021

Grenoble est exotique

Le gecko migre à Grenoble Plutôt familière des pays du pourtour méditerranéen et généralement près des côtes, la tarente de Maurétanie a été signalée à Grenoble pour la première fois en 2018. Cette espèce de gecko est arrivée dans la capitale des Alpes sous l’effet du changement climatique. Très bien adaptée à l'homme, on peut fréquemment la voir sur les murs, en particulier près des éclairages où se trouvent les insectes la nuit. Les tarentes affectionnent les zones pierreuses et les broussailles clairsemées. L’animal semble ainsi particulièrement se plaire dans les secteurs de la Porte de France et de l’Esplanade. L’association Nemeton (un biolab grenoblois) y organise des promenades d’observation lorsque des chaleurs plus importantes sont durablement installées. On appréciera alors les prouesses de la tarente : ce petit gecko nocturne est en effet un animal vif, capable de courir sur toutes les surfaces, même dénuées de la moindre prise, et de sauter très rapidement, par exemple du sol à une branche. Infos pratiques D'autres renseignements sont à découvrir sur le site Internet de Nemeton (

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Le passant et les passeurs

Peinture | Évoquant autant l’esthétique pop de David Hockney que la luxuriante naïveté du Douanier Rousseau, l’univers pictural de Marie-Anita Gaube invite à une immersion fascinante dans un monde fantaisiste et inquiétant.

Benjamin Bardinet | Mardi 11 février 2020

Le passant et les passeurs

Acides, flashy, lumineuses mais aussi parfois troubles, éteintes, délavées... il y a fort à parier que les couleurs des tableauw de Marie-Anita Gaube accrocheront le regard du piéton qui passera devant la baie vitrée du Vog. D’apparence assez immédiate, ces compositions sont en réalité des constructions complexes dans lesquelles de multiples plans s’emboîtent subtilement les uns dans les autres, semant une confusion paradoxalement parfaitement lisible. Des compositions complexes qu’amplifient les associations chromatiques audacieuses de la peintre lyonnaise, qui a le bon goût de ne jamais basculer dans le mauvais. Chaque tableau invite le visiteur à prendre le temps de perdre son regard dans la composition pour en apprécier la diversité des traitements picturaux : aplats, glacis, touche, modelé ou dégradés que viennent parfois parasiter des collages impromptus. Et lorsque l’artiste délaisse la peinture pour travailler à l’aquarelle, elle joue merveilleusement bien des réserves de blanc et de la capillarité du médium. Couleurs chatoyantes, scènes équivoques Si les couleurs sont chatoyantes, les scènes représentées, qui apparaissent souvent comme des délires

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Fontaines D.C. : et voici la nouvelle sensation du rock indé britannique à guitares

Concert | Alors que tambourine une rumeur de plus en plus flatteuse, les cinq Dublinois de Fontaines D.C., qui n'ont toujours pas commis le moindre album, déboulent sur la scène de la Bobine pour mettre tout le monde d'accord.

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2019

Fontaines D.C. : et voici la nouvelle sensation du rock indé britannique à guitares

Au rayon "next big thing", ce "demain on rase gratis" version (presse) rock'n'roll maintes fois évoqué ici, Fontaines D.C. est sans doute la chose – prochaine et grosse donc – qui a, ces derniers mois, le plus fait frissonner les suiveurs indés. De ce genre de frissons, si propres à ce milieu, qui caractérisent si bien la crise de manque aigüe. Mais alors du manque de quelque chose qu'on ne connaît pas encore, ou si peu. Auquel on aurait à peine goûté. On sait trop à quel point la presse britannique a couronné des têtes et bâti des royaumes de futures légendes sur la foi de quelque chimérique single, d'une gueule de petit prince dépenaillé ou d'un storytelling à la croisée de Walter Scott, Charles Dickens et Martin Amis. On sait combien souvent la chose a fait long feu – ou embrasé des continents, c'est arrivé. Et on ne sait que trop comment cela a marché à tous les coups, le panneau étant trop rutilant pour ne pas tomber dedans la tête la première à la recherche d'une commotion dont on se souviendra longtemps. Alors voilà Fontaines D.C. donc, jeune (forcément) quintet dublinois (le D.C.

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26 concerts pour parfaitement commencer 2019 (et tenir jusqu'à l'été)

Panorama de rentrée | Avec de la pop, du jazz, du rap, de l'électro, de la chanson... Suivez-nous !

La rédaction | Mardi 8 janvier 2019

26 concerts pour parfaitement commencer 2019 (et tenir jusqu'à l'été)

Flavien Berger Entre chanson javellisée, bidouillages électroniques et influences exponentielles, Flavien Berger s'est imposé comme l'une des figures de cette scène française qui se moque tellement des étiquettes qu'elle s'en colle partout – hip-hop, électro chanson, R'n'B et plus car affinités. Avec son récent album Contre-temps, successeur du déjà encensé Léviathan (qui lui avait valu d'être adoubé par Étienne Daho en personne), Berger a frappé très fort. Avec une sorte d'œuvre à contre-courant qui souffle l'air du temps. À la Belle électrique samedi 26 janvier Indianizer + L'Éclair Serait-ce l’influence des DJs et collectionneurs de disques rares des années 1960 et 1970 qui se ferait sentir ? Toujours est-il que depuis quelques années, un nombre croissant de jeunes formations européennes se plaît à orchestrer en live une fusion exaltante et inédite entre musiques tropicales, krautrock, grooves funk & disco, pop psychédélique, exotica, library music et autres vestiges musicaux méc

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La galerie Marielle Bouchard a fermé ses portes fin octobre

ACTUS | C’était l’une des galeries les plus passionnantes de Grenoble, très branchée art contemporain. Mauvaise nouvelle : on vient d’apprendre qu’elle (...)

Aurélien Martinez | Lundi 29 octobre 2018

La galerie Marielle Bouchard a fermé ses portes fin octobre

C’était l’une des galeries les plus passionnantes de Grenoble, très branchée art contemporain. Mauvaise nouvelle : on vient d’apprendre qu’elle cessait ses activités. « Jean-Luc Bouchard, le directeur de la galerie Marielle Bouchard, a le regret de vous informer de la fermeture de la galerie le 27 octobre 2018 [il n’a pas souhaité communiquer sur les causes – NDLR]. Tous ses remerciements vont au public qui a toujours soutenu la galerie depuis ses débuts en mars 2017, et aux artistes qui l'ont fait vivre, enrichissant un peu plus la monstration de l'art contemporain dans l'agglomération grenobloise et la région Rhône-Alpes – remerciements tout particulier à l'école d'art de Grenoble, l'Esad. »

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Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

Concert | Du mardi 27 février au dimanche 4 mars, les musiciens grenoblois Xavier Machault et Martin Debisschop reprendront au Midi / Minuit "L'Incendie", album de Brigitte Fontaine sorti en 1974. Un projet qui consiste à faire découvrir le répertoire poétique d’une chanteuse au talent parfois mal compris. Xavier Machault nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 20 février 2018

Xavier Machault : « Faire connaître le répertoire caché de Brigitte Fontaine »

À partir du mardi 27 février et pendant toute la semaine, le théâtre le Midi / Minuit (ex-Petit 38) proposera un concert baptisé L’Incendie. Soit une réinterprétation de l’album (culte pour quelques fans) de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem sorti en 1974, par le chanteur Xavier Machault (à qui l’on doit le récent – et enthousiasmant – projet Pelouse) et Martin Debisschop à la grosse caisse et à la basse. « Le projet est né il y a moins d’un an. On est partis à la recherche de pépites oubliées. Après avoir écouté des albums d’Alain Bashung et Bernard Lavilliers, on est vite tombés sur celui de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem. C’est un disque sensible, à la poésie mélancolique et surréaliste » nous explique Xavier Machault, ancien chargé de communication à la Métropole de Grenoble qui s’est lancé dans la musique il y a pl

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PB d'or 2017 : expo

C'était 2017... | Avec une artiste dont on va entendre de plus en plus parler et une nouvelle galerie qui a vite su s'imposer.

Charline Corubolo | Mardi 19 décembre 2017

PB d'or 2017 : expo

Le PB d’or de l’artiste-sorcière : Alice Assouline C’est lors d’une partie de Chasse picturale en début d’année à l’Espace Vallès que nous avons découvert le travail d’Alice Assouline. À la surface de ses grandes toiles se confrontaient cauchemar et féerie à coups de pinceaux mystiques. Des narrations figuratives irréelles illustrant les contes populaires glanés par l’artiste au gré de ses déambulations. Diplômée de l’école des Beaux-Arts de Grenoble, faisant ses premières armes artistiques dans la performance, elle a continué son chemin et fait évoluer sa pratique cette même année au sein de la galerie Marielle Bouchard. Avec son exposition Gravité en octobre dernier, les détails contés de ses peintures se sont extraits du cadre pour envahir l’environnement. Entre sculptures et installations, le folklore se mue en un véritable décorum imaginaire o

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"Marvin ou la belle éducation" : et Anne Fontaine sombra dans la caricature

ECRANS | de Anne Fontaine (Fr., 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent "à part". Traité de "pédé" et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe et qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Ettore Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme – curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels

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Anne Fontaine : « "Marvin" parle de la différence au sens propre du terme »

ECRANS | Queer Lion à la Mostra de Venise, "Marvin ou la belle éducation", quinzième long-métrage d’Anne Fontaine, est une adaptation lointaine du fameux roman "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Édouard Louis. On en a discuté avec elle.

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Anne Fontaine : «

Adapté d’un livre racontant une "renaissance" passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec le roman En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis, dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite, avec Edouard Louis, on est tombés d’accord sur le fait que c’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à p

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"La Fontaine fait son cinéma" : la morale est sauve

ECRANS | de Pascal Adant, de Arnaud Demuynck, Pascal Adant, Frits Standaert, Pascale Hecquet, Fabrice Luang-Vija (Fr.-Bel., 0h40 min) animation…

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

Présentée et commentée par la Chouette du cinéma bien connue du jeune public, cette collection de courts métrages, inspirés – ou pas – par les historiettes animalières du plus célèbre des fabulistes (Jean de La Fontaine), en montre la pertinence permanente. Ainsi que de ses morales, où la ruse et l’intelligence triomphent toujours de la force et de l’orgueil. Toutes les approches ne se valent pas dans ce florilège : Le Corbeau et le Renard et La Grenouille et le Bœuf, signées par un épigone un peu scolaire de Gotlib, Pascal Adant, sont laborieuses et graphiquement sans relief. En revanche, Rumeurs de Frits Standaert et son ambiance foutraque, La Loi du plus fort de Pascale Hecquet et son décor bariolé digne de Michel Ocelot ou Les Fables en délire, mélange ubuesque et rythmé (façon carpe et lapin) d’animaux hétéroclites, valent leur pesant de fromage. Eh bien, visionnez, maintenant !

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"Déambulation" : la note d’intention de la galerie Marielle Bouchard

Galerie | Début mars, l’art contemporain s’est infiltré rue Pierre Termier (Grenoble) avec l’ouverture de la galerie Marielle Bouchard. Pour cette inauguration, l’exposition "Déambulation" présente les 12 artistes que le lieu défendra dans les mois à venir. Une première proposition pensée comme une invitation dans l’univers de ce nouvel espace dédié à l’art.

Charline Corubolo | Mardi 21 mars 2017

Plus qu’une inauguration, l’exposition Déambulation s’affiche tel un manifeste, une note d’intention des ambitions portées par la galerie Marielle Bouchard. Ouvert le 9 mars dernier, le lieu entend défendre un art contemporain émergeant avec une volonté d’éclectisme. À cet effet, la première exposition dévoile les 12 artistes que la galerie souhaite soutenir en ses murs. Véritable invitation à l’évasion plastique, la visite offre un regard foisonnant sur la création d’aujourd’hui avec une multitude de médiums représentés : la photographie picturale de Hesse & Romier, la sérigraphie nostalgique de Wandrille Duruflé, les dessins muraux de Géraldine Pastor Lloret, la peinture sous plexiglas de Muriel Rodolosse, l’autofiction photographique de

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Marielle Bouchard : « L’art, c’est pour tout le monde »

Nouveau lieu | Dans le réseau de l’art contemporain quelque peu asphyxié demeurent des optimistes. Une brise de nouveauté soufflera ainsi ce jeudi 9 mars à Grenoble, du côté de la rue Pierre Termier, avec l’ouverture de la galerie Marielle Bouchard. Un nom pas inconnu en local (voire plus), Marielle Bouchard étant l’ancienne directrice du Vog. On l’a rencontrée.

Charline Corubolo | Lundi 6 mars 2017

Marielle Bouchard : « L’art, c’est pour tout le monde »

« La galerie appartient à mon mari Jean-Luc, mais nous avons utilisé mon nom pour une question d’image » confie Marielle Bouchard. Logique : son patronyme, reconnu dans le monde de l’art contemporain, est aujourd’hui gage de qualité artistique grâce au travail qu’elle a accompli pendant une décennie au Vog, centre d’art contemporain municipal de Fontaine. Pour autant, l’ancienne directrice ne quitte pas tout à fait le bateau fontainois – qui avait sévèrement tangué en avril 2016 (il avait été le théâtre d’une polémique entre la mairie et l’artiste Philippe Perrin, polémique sur laquelle Marielle Bouchard avait refusé de s’exprimer du fait de son statut), ce qui a laissé des traces. « Je suis actuellement à mi-temps au Vog et j’aide mon mari à la galerie. C’est un choi

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Avec "Fables", la morale est sauve

Théâtre tout public | Quand les fables de la Fontaine servent de matière première à un spectacle intelligent, on ne peut que s'enthousiasmer. À découvrir vendredi 2 décembre à La Tronche grâce à la compagnie Tábola Rassa.

Aurélien Martinez | Mardi 29 novembre 2016

Avec

Les fables de Jean de La Fontaine (1621 – 1695) sont des petits bijoux convoquant, comme tout le monde l’a bien appris à l’école, des animaux se comportant comme des humains – ils sont notamment très bavards. Des bijoux qui, à l’époque, laissèrent leur auteur libre de livrer diverses morales plus ou moins déguisées pas très tendres pour la société du XVIIe siècle. Les retrouver sur scène, portées par deux comédiens, permet de les redécouvrir sous un nouvel angle, moins scolaire, plus ludique. Sobrement intitulée Fables, l’aventure d'Olivier Benoit, interprétée avec Alexandre Jean, utilise donc ce matériau à la puissance romanesque évidente (ce sont de véritables histoires) pour le transmettre au public d'aujourd'hui. Les deux comédiens s'amusent alors en campant les divers personnages des quinze fables sélectionnées (sur les 240 de l'auteur), tels deux enfants prenant plaisir à se déguiser avec trois fois rien pour jouer à l'agneau, à la cigale ou encore au lion. Grâce aux vers de La Fontaine et à un décor léger propice à divers détournements, ils livrent ainsi un spectacle inventif tout public, et s

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Tous les chemins mènent à Fontaine en montagne

CONNAITRE | Zoom sur la trentième édition du fameux festival, qui part cette année dans toutes les directions artistiques. Pour notre plus grand plaisir.

Charline Corubolo | Mardi 4 octobre 2016

Tous les chemins mènent à Fontaine en montagne

Les sentiers sont variés pour accéder à la plénitude des sommets. Ceux choisis par le festival Fontaine en montagne, une référence dans le paysage isérois, sont orientés vers le partage et la transmission. Pour ses 30 ans, la manifestation reprend les mêmes ingrédients que pour les éditions précédentes, c’est-à-dire des activités en plein air, les traditionnels échanges avec des alpinistes, des projections ainsi que des rencontres littéraires. Et afin de vivre les pics rocheux sous tous ces angles, le festival embarque aussi passionnés et amateurs des massifs en terres musicales. À la Source, il y aura ainsi une fraîche brise d’exotisme jeudi 8 octobre avec le Bollywood Masala Orchestra, et des musiques du monde sauvagement interprétées par le violoniste de jazz français Didier Lockwood et le joueur de vièle chinoise Guo Gan samedi 15 octobre. Au centre d'art le Vog, Jeremy Wood esquisse une déambulation artistique à l’échelle d’un GPS (photo) tandis que Jean-Luc Agne et Marc Ducourtil

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Free to Run

ECRANS | Comment l’envie de jogger vint aux hommes, et le droit de courir fut conquis par les femmes… Partant d’un propos propre à captiver les runners du dimanche, Pierre Morath signe un documentaire haletant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 12 avril 2016

Free to Run

De loin, ça ressemble à une soirée Théma d’Arte : un sujet dont on se moque comme de sa première ampoule au talon, qu’on commence à regarder par distraction, désœuvrement ou défi personnel… et qui, pour finir, vous happe parce qu’il est édifiant. Difficile, en effet, d’admettre que la pratique du jogging est si jeune, que sa mixité l’est encore plus et que son économie gigantesque a ruiné l’idéal hygiéniste et désintéressé de ses précurseurs – des adeptes du "mens sane in corpore sano" courant pour l’amour de la nature et du sport, malgré les quolibets, les entraves ou le mépris environnant. Tu peux courir ! Morath centre son documentaire sur une paire d’actes fondateurs : la lutte pour que les femmes puissent participer aux compétitions de fond et de demi-fond (la première épreuve féminine de marathon aux JO eut lieu à Los Angeles en… 1984 !) et la création du marathon de New York. Cette dernière manifestation, lancée par une poignée d’originaux s’adonnant à la course le week-end, est devenue une machine de guerre entre les mains de Fred Lebow, piètre coureur amateur mais homme d’affaires visionnaire… Entre les deux, Morath exhume la fig

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Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux (et a pris goût aux distributions internationales), en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques… Surprenant. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites au périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice – Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait (bancal) d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension – il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit, et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. En effet,

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Par accident

ECRANS | De Camille Fontaine (Fr, 1h25) avec Hafsia Herzi, Émilie Dequenne, Mounir Margoum…

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Par accident

Amra écrase un piéton alors qu’elle est au téléphone. Effondrée, cette jeune mère, dont l’époux n’est pas en règle, s’attend au pire. Mais à sa grande surprise, Angélique, une jeune infirmière délurée, témoigne en sa faveur. Elles deviennent amies… Sur le papier, tout semble y être : une ébauche d’intrigue à la Highsmith, un contexte social bien marqué avec des personnages dignes de Guédiguian et même la touche arty – le Beau Bizarre (Christophe) pour une B.O.… bizarre. Pourtant, ça ne prend jamais tout à fait, malgré des comédiens estimables – parmi lesquels la découverte Mounir Margoum. Peut-être aurait-il fallu n’épouser que le point de vue d’Amra pour sentir une tension grandissante de thriller, et non des fragments. Le vrai mystère du film concerne cependant le look Bruno Gollnisch d’Emmanuel Salinger. Est-il délibéré ? En tout cas, il effraie.

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Chansons décadentes et fantasmagoriques

MUSIQUES | Brigitte Fontaine est l’une des artistes françaises les plus singulières, malheureusement trop souvent réduite à son statut de "freak". Après le choc que fut la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 30 septembre 2014

Chansons décadentes et fantasmagoriques

Brigitte Fontaine est l’une des artistes françaises les plus singulières, malheureusement trop souvent réduite à son statut de "freak". Après le choc que fut la sortie en 2009 de l’album Prohibition (et son titre éponyme au refrain d’une intensité viscérale – « Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille et je vais crever / Un petit détail oublié »), la voilà revenue l’an passé avec J’ai l’honneur d’être, où sa verve subversive reste intacte. On retrouve l’auteure-interprète au mieux de sa forme, avec toujours ce savoureux recul sur elle-même et une théâtralité assumée – « Camisole de force / Relookée Crazy Horse [...] / Je suis une paria / Une moudjahida [...] / Ogresse seule et folle. » Et ce regard désabusé sur le monde, atténué par de véritables instants de grâce (Sur une mer gelée, Père

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Gemma Bovery

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h39) avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et rassurante de raconter son histoire introduit auss

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« Renverser les codes »

SCENES | Dans le spectacle "Regards", la comédienne Séverine Fontaine se met à nu face au public, en retraçant son parcours de jeune fille née avec une malformation au visage. Un solo fort et sensible. Propos recueillis par Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 18 février 2014

« Renverser les codes »

Comment est venue l’idée de faire un spectacle si personnel ? Séverine Fontaine : Le thème de la différence me touche directement. Je me sens différente, du moins j’ai une particularité et je me suis dit que c’était peut être le moment, après avoir fait parler les autres [des précédents projets partis d’interviews – ndlr], de parler de moi. J’ai écrit la pièce de manière assez limpide, en évoquant mon histoire et en intégrant parfois un peu de fiction. Ça a été évident dès le début que vous seriez vous-même sur scène ? Quand j’ai écrit la pièce, je ne me voyais pas en solo, j’imaginais des acteurs et des danseurs. Je n’étais même pas partie pour l’interpréter. Puis, quand j’ai fait des lectures, c’est devenu une évidence. C’est un univers qui parle tellement de moi, que j’ai fini par me dire qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout. Vous présentez Regards comme une « pièce manifeste sur la différence »… C’est un manifeste dans le sens où c’est une pièce qui délivr

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Ma vie

SCENES | Elle est seule sur scène, la comédienne Séverine Fontaine, pour parler d’elle. Une jeune femme qui « a grandi au cœur d’un système normatif qui ne lui a pas (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 9 janvier 2014

Ma vie

Elle est seule sur scène, la comédienne Séverine Fontaine, pour parler d’elle. Une jeune femme qui « a grandi au cœur d’un système normatif qui ne lui a pas appris pas à s’aimer et à s’accepter telle qu’elle est » (extrait de la note d’intention). « J’ai longtemps tu mon histoire que je ne pouvais paradoxalement pas cacher, visible en plein milieu de mon visage. » Entourée d’ampoules, représentations des personnes qui partagent sa vie depuis sa naissance (très belle scénographie), Séverine Fontaine choisit donc la voie risquée du spectacle autobiographique. Et réussit son pari, en donnant une portée dramatique et universelle à une aventure humaine personnelle. Sa plaie sur le visage, qu’elle mit tant de temps à accepter, on la verra finalement peu, grâce à un subtil travail autour de la lumière. Ce qui permet de se concentrer sur le propos, sur ce regard des autres si difficile à supporter. Et sur cette comédienne qui a conçu un spectacle énergique et par moments drôle, contre-pied bienvenu. AM Regards, jeudi 20 février à 20h, à l’Amphithéâtre (Pont-de-Claix)

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Nous aussi on est là !

ACTUS | C’est la semaine des soirées de soutien. Après Hadra, on a rendez-vous le mardi 5 novembre à l’Ampérage pour celle de l’association Dolce cinema, qui organise (...)

Aurélien Martinez | Lundi 28 octobre 2013

Nous aussi on est là !

C’est la semaine des soirées de soutien. Après Hadra, on a rendez-vous le mardi 5 novembre à l’Ampérage pour celle de l’association Dolce cinema, qui organise les Rencontres du cinéma italien (à partir du 15 novembre). Pourquoi une telle soirée ? Brice Di Gennaro, directeur de la manifestation : « Ça fait sept années que l’on a des soucis, que l’on organise le festival avec des bouts de ficelle. On a un budget qui oscille entre 20 et 30 000 euros à l’année, alors qu’un festival comme le nôtre, dans une démarche professionnelle, demanderait 100 000 euros ! Du coup, on n’a pas de salarié fixe, même si l’on est l’un des trois plus grands festivals de ciné de Grenoble – avec le court-métrage et Vues d’en face. [...] Cette soirée de soutien va notamment nous permettre d’augmenter le nombre d’adhérants. » Au programme, des projections de courts-métrages italiens et un concert du groupe grenoblois Stone Cavalli. AM

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Artistes en Vog

ARTS | On aime, et le Vog nous y invite chaque année, découvrir un artiste en quelques œuvres, presque en un clin d'oeil qui peut ensuite, et selon l'envie, se (...)

Aurélien Martinez | Lundi 30 septembre 2013

Artistes en Vog

On aime, et le Vog nous y invite chaque année, découvrir un artiste en quelques œuvres, presque en un clin d'oeil qui peut ensuite, et selon l'envie, se prolonger en plus longues et profondes contemplations. Le centre d'art de Fontaine ouvre sa saison avec le Dijonais Didier Marcel (jusqu'au 26 octobre) découvert notamment pendant la Biennale de Lyon 2003 avec son installation faite d'une voiture et de maquettes architecturales... Au Vog, il présentera d'étonnants « paysages », soit deux moulages monumentaux d'un champ de maïs repeints en rouge ! L'artiste aime à brouiller les frontières entre l'artificiel et le naturel, l'œuvre et le prélèvement brut d'éléments du réel... Le plus humoristique des vidéastes, le Grenoblois Samuel Rousseau, lui succèdera avec ses petites installations d'images mouvantes, entre drôlerie et poésie, matériaux « cheap » et trouvailles techniques (du 21 novembre au 21 décembre au Vog et aussi à l'Espace Vallès à Saint-Martin d'Hères). Plus tard dans la saison, nous vous conseillons particulièrement l'exposition de David Lefebvre (du 15 mai au 28 juin). L'artiste travaille à partir d'ima

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Avignon, notre bilan

SCENES | Ça y est : après deux semaines intenses (avec quatre à six spectacles par jour), l’équipe du Petit Bulletin a quitté Avignon. Dans nos valises, une trentaine (...)

Aurélien Martinez | Lundi 22 juillet 2013

Avignon, notre bilan

Ça y est : après deux semaines intenses (avec quatre à six spectacles par jour), l’équipe du Petit Bulletin a quitté Avignon. Dans nos valises, une trentaine de spectacles vus par nos soins qui passeront ensuite dans la région. Si vous pourrez lire nos critiques au fur et à mesure dans les différents numéros du PB, voici déjà nos principaux coups de cœur : Italie – Brésil 3 à 2, de Davide Enia, à voir le 14 novembre au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau de Seyssinet-Pariset (près de Grenoble).Soit un match mémorable (un quart de final entre l’Italie et le Brésil lors du mondial de foot de 1982) vécu du point de vue d'un des enfants d’une famille italienne férue de foot et fidèle supportrice de l’équipe nationale – qui d’ailleurs, cette année-là, remportera carrément le mondial. Un spectacle entraînant et exaltant, dépassant le cadre sportif pour évoquer la magie des grands rassemblements populaires, les légendes vivantes et l'histoire avec un grand H. Regards de Séverine Fontaine, du 1er au 4 octobre à l’Espace Albert Camus de Bron (p

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Et vogue le Vog

ARTS | Le Vog est un centre d’art créé par la ville de Fontaine en 2005, fruit d’un « volonté politique » coriace dans une période peu favorable… S’il dépend (...)

Laetitia Giry | Mercredi 28 novembre 2012

Et vogue le Vog

Le Vog est un centre d’art créé par la ville de Fontaine en 2005, fruit d’un « volonté politique » coriace dans une période peu favorable… S’il dépend financièrement de cette municipalité, cela ne limite pas pour autant la liberté fondamentale présidant à un centre de ce type : celle de choisir sans restriction ni commande, de construire sa ligne et son identité. D’autant qu’à l’argent de la ville s’ajoute celui provenant du mécénat privé (depuis l’an passé seulement), le tout pérennisant un aspect essentiel de son fonctionnement : l’absence totale d’intérêt financier. S’il leur arrive de « mettre en lien les collectionneurs et les artistes », Marielle Bouchard (programmatrice du lieu depuis octobre 2006) précise : « on n’est pas là pour vendre et on ne prend évidemment aucune commission. » Les artistes exposés bénéficient quant à eux d’une « aide à la production » ainsi que d’une valorisation par l’édition d’un catalogue, mais pas d’aucune rémunération à proprement parler. Choisis en fonction « de l’expérimentation qu’ils font de l’art contemporain », ils peuvent être confirmés (comme

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Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

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Fortissimo

MUSIQUES | GROOVE & CO / Il y a quelque chose de profondément réjouissant à l’écoute de la musique du français General Elektriks (RV Salters à la ville), comme l’avait (...)

François Cau | Mercredi 26 octobre 2011

Fortissimo

GROOVE & CO / Il y a quelque chose de profondément réjouissant à l’écoute de la musique du français General Elektriks (RV Salters à la ville), comme l’avait prouvé à merveille en 2009 son tubesque Raid the Radio. Un son savamment maîtrisé qui donne néanmoins l’impression de s’ébrouer avec une liberté infinie, pour une ambiance vintage mais non passéiste. Car General Elektriks, malgré une panoplie d’instruments d’un autre âge (dont tout un tas de claviers), ne tombe pas dans le piège de la reproduction stérile et sans âme de standards éculés. Il y a donc un aspect résolument moderne dans son approche de la musique : un goût prononcé pour le collage et le mixage, sans négliger les vertus pop d’une mélodie ou d’un refrain chanté. En témoigne Parker Street, son troisième album à l’efficacité redoutable. L’homme, habitué au travail en solitaire, s’est cette fois-ci entouré d’un batteur pour construire un funk groove soul énergique ou planant – voire même tendre sur certains titres proches de la ballade. Fort du nombre pharaonique de concerts donnés suite au succès rencontré par son précédent album (dont un passage remarqué et rythmé au Cabaret frappé 2010), la nouvelle tournée du

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Le lièvre et la torture

MUSIQUES | Avec Grand Lièvre et après deux ans de silence, l'Arverne atrabilaire Jean-Louis Murat revient en douceur vers les sommets, entre blues minimal et langue à la renverse. Stéphane Duchêne

François Cau | Mercredi 26 octobre 2011

Le lièvre et la torture

«Qui veut voyager loin ménage sa monture» dit l'opticien amateur de poney. Murat, disquaire trop prolifique sujet aux égarements, a finalement eu pitié de la bête de somme, deux ans durant. Il faut parfois savoir prendre ses distances, «se mettre aux anges» comme il disait époque Lilith. Aux anges, ou au placard, quand sa maison de disque lui aurait mis le mors aux dents et le joug sur la carcasse, pas bouger, rien dépenser, pas même soi. L'auteur de Suicidez-vous le peuple est mort aurait même pensé à «se perdre de vue». Comprendre, pour l'angoissé de la partoche blanche, perdu de recherche, pour mieux se retrouver. Mais l'artisan, lorsqu'il ne met pas l'ouvrage sur le métier, a les doigts gourds. Quand le poète n'étale pas ses mots sur quelque surface, ils lui dégueulent de la bouche comme excès de bile. Tant et si bien que deux ans sans disque de Murat, on était au bord d'appeler les secours quand il nous devança avec Grand Lièvre : «L'art du silence aura ma peau» murmure-t-il sur Alexandrie, ajoutant plus loin dans sa (sublime) Lettre de la Pampa, fin de traversée du désert : «Toutes les sensations viennent de mon travail». Fender et Takamine Le propre de la mode étant de se

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Les Fables de Jean de la Fontaine

SCENES |

François Cau | Vendredi 7 octobre 2011

Les Fables de Jean de la Fontaine

On avait découvert le baryton-basse Paul-Alexandre Dubois la saison dernière, déjà à l’Amphithéâtre, avec un Opéra de quatre notes très drôle (qui avait même eu droit à la "une" de notre journal !). On le retrouvera vendredi 13 octobre à 19h (et la veille à 14h), toujours à Pont-de-Claix, pour interpréter sur scène plusieurs fables de Jean de la Fontaine (des standards comme Le corbeau et le renard ou La grenouille et le bœuf, et d’autres moins connues). « Dans sa cage, un directeur de ménagerie ambu­lante s’es­saie au métier de montreur d’animaux. Lui et son comparse claveciniste racontent en chantant sur les airs de Clérambault [compositeur sous Louis XV] ce que Jean de La Fontaine écrivait cinquante ans avant lui. » Le rendu est surprenant, au vu des quelques extraits que l’on a pu voir. À découvrir en famille comme nous y incite l’Amphi !

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Brigitte Fontaine

MUSIQUES | En mars dernier, pour son concert à Voiron, nous avions consacré notre "une" à Brigitte Fontaine, avec un entretien-portrait rocambolesque où elle évoquait (...)

François Cau | Lundi 20 septembre 2010

Brigitte Fontaine

En mars dernier, pour son concert à Voiron, nous avions consacré notre "une" à Brigitte Fontaine, avec un entretien-portrait rocambolesque où elle évoquait pêle-mêle son image médiatique, la vieillesse, et notre société actuelle qu’elle exècre tant (retrouvez le sur notre site). Des thèmes tous abordés dans Prohibition, son dernier album en date qu’elle viendra de nouveau défendre dans la région, cette fois-ci à La Source de Fontaine, vendredi 24 septembre. Un album rageur, excessif, mais aussi poétique et lettré. Car Brigitte Fontaine est une artiste multifacettes passionnante, plus riche que l’image de "timbrée" qu’elle a pu donner un temps à la télé. La preuve sur scène, où elle irradie littéralement, tour à tour touchante, drôle ou rentre-dedans. « Je suis probablement différente des autres, je ne le fais pas exprès, je suis comme ça » nous avait-elle confié, sincère. On la croit pleinement, et l’on dit à ceux bloqués par leurs préjugés qu’ils perdent beaucoup. Tant pis pour eux.

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« J’ai ressorti mes griffes »

MUSIQUES | MUSIQUE / La magnifique et sincère Brigitte Fontaine est de passage dans la région pour défendre Prohibition, un album rageur contre notre société liberticide à tout va. Allô, Brigitte ? « Excusez-moi si je suis un peu brutale, ça passe très mal chez moi, mais je ne peux pas sortir parce que je suis malade. » Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 1 mars 2010

« J’ai ressorti mes griffes »

Jeudi 25 février, 18h. Dans les locaux du Petit Bulletin. Au téléphone. On doit interviewer Brigitte Fontaine, femme fantasque et artiste passionnante, en préambule de son concert voironnais. « Voiron ? Je ne connais pas. » On situe : en Rhône-Alpes, près de Grenoble. « C’est dans la montagne ? Ah ! Quelle horreur ! Je déteste la montagne, et j’ai peur… Il y a des routes enlacées et tout ça ? Ah non alors… » L’entrée en matière est à l’image du personnage : entier, franc et authentique. Pourtant, on a pu tout lire et tout voir sur Brigitte Fontaine, surtout ces dernières années à la grâce d’un retour artistique à succès. Les émissions de télé grand public multipliaient alors les invitations, que Brigitte Fontaine s’empressait d’accepter. Jeu dangereux. « À un moment, alors que je voulais simplement m’amuser à la télévision, ils en ont profité pour dire que j’étais fofolle, déjantée et craquée… Que je pétais des plombs… ça ne me plaisait pas, alors j’ai tout arrêté depuis environ quatre ans… » De cette période voyeuriste, elle en avait tiré Folie (Saint-Louis-en-L’île – 2004), une chanson pudique : « Brûlée vive sur le bûcher

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La Fiancée de Frankenstein

MUSIQUES | Artiste fantasque terriblement attachante, Brigitte Fontaine est de celles qui sont arrivées à créer un univers musical unique. Sur Prohibition, son dernier (...)

François Cau | Jeudi 7 janvier 2010

La Fiancée de Frankenstein

Artiste fantasque terriblement attachante, Brigitte Fontaine est de celles qui sont arrivées à créer un univers musical unique. Sur Prohibition, son dernier album en date, elle essaie néanmoins de casser son image d’allumée hors du temps pour rentrer pleinement dans le lard d’une société qu’elle ne semble plus comprendre : en témoigne le titre Partir ou rester (l’un des plus réussis), en duo avec Katerine, et écrit au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. Son refus d’un monde aseptisé se matérialise ainsi pleinement dans la première partie de l’album, presque punk (notamment sur Dura Lex et le titre choc Prohibition où elle clame « je suis vieille et je vous encule, avec mon look de libellule »). Bien sûr, le discours est quelques fois limité : qu’importe, Brigitte Fontaine n’est pas une politique, mais une artiste. A elle la révolte, les cris, les coups de gueule violents dans des saillies dont elle seule a le secret. Son talent se matérialise pleinement sur scène, où elle devient plus que son personnage qui fait les choux gras des émissions de télévision consensuelles (un jeu dangereux). Touchante et sensible, elle interprète

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Coco avant Chanel

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola…

Christophe Chabert | Jeudi 16 avril 2009

Coco avant Chanel

La mode du biopic n’est pas prête de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du modèle américain. Coco Chanel a déjà remporté le titre français en 2009, puisqu’avant la version Jan Kounen à venir au second semestre, voici sa jeunesse en mode Anne Fontaine. La cinéaste livre une copie appliquée où rien ne manque sur le pourquoi du comment de la vocation et des engagements de Gabrielle dite Coco. En témoigne la scène initiale où, abandonnée par son père dans un pensionnat de bonnes sœurs, son regard s’attarde longuement sur la coiffe noir et blanche des nonnes… Chanteuse sans le sou dans des cabarets minables, en révolte contre le patriarcat et la bourgeoisie de son temps, elle va canaliser son désir de revanche sociale et personnelle dans l’invention de vêtements qui libèreront la femme des lourdeurs froufrouteuses et des corsets étouffants. Une démarche à l’opposé de la pesanteur scénaristique et cinématographique d’Anne Fontaine, qui explique et souligne tout, ne laisse aucun vide ni dans les plans, toujours sagement centrés sur l’action, ni entre les scènes. Cet académisme e

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Femme Fontaine

MUSIQUES | Son dernier album, "Libido", est passé scandaleusement inaperçu ; c’est pourtant un de ses meilleurs, et il l’est encore plus quand Brigitte Fontaine l’interprète, avec ses anciens morceaux, sur scène, loin des clichés sur son compte, juste libre et habitée. CC

François Cau | Jeudi 19 juin 2008

Femme Fontaine

On a tout dit de Brigitte Fontaine, depuis ses deux come-backs, le premier artiistique avec Genre Humain, le second commercial grâce à Kékéland. On a beaucoup parlé de sa personnalité, son côté freak médiatique, avec lequel elle a d’ailleurs beaucoup joué, comme on joue avec le feu. On a tout dit, mais on a fini par oublier de parler de sa musique. Ainsi, après le décevant car un peu trop prévisible Saint-Louis-en-L’île, Fontaine a sorti un de ses plus beaux disques, Libido. Celui où les textes s’envolent dans des volutes poétiques jusqu’ici rarement atteintes ; celui où la voix, cassée et fragile, de Brigitte Fontaine, s’épanouit avec une grâce inattendue. Ce besoin de chanter, on le retrouve sur scène dans ses concerts récents. Car on a pu aussi, hommes de peu de foi, douter des capacités de Fontaine à tenir un concert, emportée par son caractère fantasque et aussi par une certaine fragilité physique. Eh bien, il ne faut pas deux morceaux et à peine dix minutes pour nous prouver le contraire : s’il y a de l’émotion dans un concert de Brigitte Fontaine, c’est celle que l’on ressent face à une artiste majeure de la chanson française, qui paraît au sommet de son art, dans une sid

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