Simple question de l'été #5 : pourquoi les auteurs acceptent-ils les rencontres dans les librairies ?

ACTUS | Pourquoi un écrivain qui vend des milliers de livres prend-il la peine de venir rencontrer ses lecteurs dans une librairie qui ne peut en accueillir que quelques dizaines ? Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie grenobloise Le Square (et ici en photo avec l'auteur Gaël Faye), nous répond.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

« Les rencontres avec les lecteurs sont des moments lors desquels il se passe quelque chose entre l'écrivain et son public. Lorsque l'auteur parle de son livre, il le relit et le comprend différemment grâce aux questions que le public lui pose. De plus, l'écriture étant une activité très solitaire, les auteurs ont besoin de cet échange direct avec les lecteurs. L'écrivain touche certes moins de gens que lorsqu'il passe à la télévision, par exemple, mais la nature de la parole qui en sort est très différente. Ce sont des moments d'échange d'une heure environ, durant lesquels les auteurs peuvent aborder certains sujets dont ils ne peuvent pas parler ailleurs. Delphine de Vigan ne dit par exemple certaines choses que lors de ces rencontres. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle refuse qu'elles soient enregistrées. »

Et financièrement ? « Les motivations des écrivains pour participer aux rencontres sont donc variées, mais l'argent n'en fait pas partie. Pour préparer la rentrée littéraire, nous envoyons des invitations aux maisons d'éditions des auteurs qui nous intéressent. Ceux qui souhaitent venir nous répondent ensuite, mais il s'agit toujours d'une démarche dépendante de la volonté des écrivains et aucune négociation d'ordre financier n'est envisagée. »

Plus d'infos sur Le Square : www.librairielesquare.com

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Lectures | La lecture a été pour beaucoup un moyen d’évasion pendant le confinement. Aujourd’hui, la réouverture des bibliothèques et librairies enthousiasme de nombreux lecteurs. Ces structures nous en disent plus sur leurs conditions de reprise.

Nathalie Gresset | Mardi 9 juin 2020

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« Beaucoup de personnes sont venues à la librairie depuis le 12 mai. Elles étaient contentes de nous retrouver et certaines avaient choisi d’attendre qu’on rouvre pour acheter des livres chez nous. C’était très émouvant. » Cet enthousiasme des lecteurs que constate Gaëlle Partouche, gérante des Modernes, a aussi été observé par d’autres libraires de la ville. « Les clients nous ont communiqué leur joie de revenir dans un lieu qui leur est cher et dont on mesure d’autant plus l’importance après une période de privation. Le fait que les librairies soient l’un des premiers lieux de culture à rouvrir participe à cette impression d’engouement », note Claire Criscuolo, directrice de la librairie Arthaud. Pendant le confinement, certaines boutiques avaient mis en place un système de retrait de livres, réservés en amont, et pouvaient déjà constater la très grande attente des lecteurs. «Quand on a instauré ce dispositif fin avril, la queue des personnes venant chercher leur commande faisait presque 100 m, remarque Nicolas Trigeassou, à la tête de la librairie Le Square.On a réalisé à quel point on était attendu. On a aussi reçu de nombreu

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« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

ACTUS | La remise, le 4 novembre, du Prix Goncourt à Jean-Paul Dubois pour "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon" est l’un des temps forts de l’actu littéraire. Nicolas Trigeassou, le responsable de la Librairie Le Square, nous explique pourquoi.

Martin de Kerimel | Mardi 12 novembre 2019

« Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature »

Le livre n’aura pas attendu d’être primé pour convaincre les lecteurs. Jean-Paul Dubois est déjà un auteur populaire et c’est peut-être cela aussi que l’Académie Goncourt vient de récompenser. On peut toutefois parier qu’avec cette haute distinction, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon saura attirer d’autres férus de la chose écrite. « Les prix célèbrent la passion des Français pour la littérature, confirme Nicolas Trigeassou de la librairie Le Square. Tout s’arrête lors de l’annonce du Goncourt au journal télévisé. Une vibration étonnante. » Cette fois, le libraire parlerait plutôt de confirmation que de révélation : « Jean-Paul Dubois avait déjà obtenu le Femina en 2004, pour Une vie française, et figuré dans la sélection du Goncourt en 2016 pour La Succession. Son nouveau roman est un livre important, que j’avais "repéré" avant l’été. Le Goncourt lui permettra d’atteindre un public élargi, en France et à l’étranger ». Nicolas Trigeassou estime aujourd’hui que l’auteur « construit une œuvre cohérente en se demandant ce qui définit un homm

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Nicolas Trigeassou : à livre ouvert

Portrait | Alors que la rentrée littéraire et ses 567 nouveautés sont au cœur de l’actualité, Nicolas Trigeassou, directeur de la librairie grenobloise Le Square, est sorti des cartons pour évoquer ses romans lus et approuvés. Et en a profité pour nous parler de lui, de son parcours et des enjeux du secteur de l'édition.

Alice Colmart | Mardi 18 septembre 2018

Nicolas Trigeassou : à livre ouvert

« Je dirais que Yakari, quand j’étais tout-petit, m’a donné envie de me tourner vers les métiers du livre… Ou c’est peut-être plus l’auteur Georges Perec, j’hésite ! » Dans un petit bureau à l’étage de la librairie Le Square, place Docteur Léon-Martin à Grenoble, Nicolas Trigeassou, son directeur vêtu d’une élégante chemise blanche, nous raconte ses passions de libraire. « On ne cesse d’apprendre, d’être bousculé par la création, par de nouvelles propositions, de nouvelles écritures. » L’occasion unique pour lui de découvrir de nouvelles plumes, c'est notamment cette rentrée littéraire avec ces 567 nouveaux livres qui paraîtront jusqu’à la fin du mois d’octobre. « Avec mon équipe de onze personnes, on défriche, on fait des tris entre les romans à découvrir et ceux qui sont moins indispensables. Il y en a beaucoup. Mais je considère cette surproduction comme une vague porteuse d’énergie. Et c’est un plaisir immense d’être les premiers à découvrir les textes. » Ce travail d’Hercule mené chaque année dès la fin du mois d’avril l’amène ainsi à dénicher des pépites. « Cette rentrée

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Simple question de l’été #7 : comment préserve-t-on un tableau ?

ACTUS | Pourra-t-on encore admirer le sourire de la Joconde dans 500 ans ? Pas sûr, car même l’œuvre la plus visitée au monde n’est pas à l’épreuve du temps. Valérie Huss, conservatrice au Musée de Grenoble, nous en dit plus.

Nicolas Joly | Vendredi 21 juillet 2017

Simple question de l’été #7 : comment préserve-t-on un tableau ?

« Les musées aujourd’hui travaillent beaucoup sur cette notion de conservation préventive. Il s’agit de faire attention aux conditions dans laquelle l’œuvre est conservée, dans les réserves ou les salles d’exposition. Plusieurs paramètres peuvent avoir une incidence sur l’état d’un tableau : l’humidité, la température, la lumière, l’empoussièrement, les problèmes d’infestation d’insectes et les éventuelles manipulations. » Et concrètement ? « Chaque œuvre va, selon sa nature, nécessiter une attention particulière. Un dessin sur papier sera par exemple bien plus sensible à la lumière qu’un tableau verni. Des protections physiques sont également mises en place lors du conditionnement. Au Musée de Grenoble, nous conservons les œuvres en les accrochant sur des grilles, qui sont des sortes de compactus. Mais lorsqu’il s’agit de pièces plus compactes, nous les plaçons dans des caisses faites de matériaux neutres. Cela permet de limiter l’influence de l’environnement sur l’œuvre. » Plus d'infos sur le Musée de Grenoble : www.museedegrenoble.fr

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Simple question de l’été #6 : pourquoi certaines salles de spectacle sont-elles subventionnées ?

ACTUS | S’il existe des salles de spectacle privées qui vivent (plus ou moins) bien, les salles publiques, elles, comptent sur la contribution des différents acteurs publics (ville, département, région, État…) lorsqu’elles bouclent leur budget annuel. Antoine Conjard, directeur de la scène nationale l’Hexagone de Meylan, nous explique pourquoi.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Simple question de l’été #6 : pourquoi certaines salles de spectacle sont-elles subventionnées ?

« Si nous n’avions pas d’argent public, les places de spectacle de l’Hexagone qui sont à 12 ou 13€ en moyenne seraient à 40 ou 50€. C’est pour cela que les prix des places dans les salles privées sont plus élevés que ceux des salles publiques. Car après tout, accueillir des spectacles génère des coûts. Il faut entretenir l’espace dont on dispose, accueillir les artistes et les équipes, mais aussi rémunérer correctement les personnes qui travaillent au sein de notre structure. » Mais encore ? « Il faut aussi savoir que le secteur public spectacle vivant travaille à la création contemporaine, pour permettre l’échange entre les chercheurs que sont les artistes et les spectateurs. Nous voulons permettre à ces derniers de découvrir des formes de spectacle qu’ils n’auraient pas l’occasion de voir si nous n’existions pas. » Plus d'infos sur l'Hexagone de Meylan : www.theatre-hexagone.eu

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Simple question de l’été #4 : peut-on tout dire dans une chanson ?

ACTUS | En cas d’injure ou de propos racistes, un politique peut être sanctionné. Mais qu’en est-il d'un artiste lorsqu’il s’exprime en chanson ? Nous sommes allés poser la question à Sophie Adriaens, avocate à Grenoble.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Simple question de l’été #4 : peut-on tout dire dans une chanson ?

« En France, la liberté d’expression est une liberté fondamentale. Elle est garantie à tous les citoyens, mais elle ne doit pas porter atteinte aux autres libertés fondamentales. Elle comporte donc des limites inscrites dans le code pénal notamment, comme l’injure, la diffamation, l’incitation à la haine ou l’appel au meurtre. Ainsi, si un chanteur tient par exemple des propos racistes dans l’un de ses titres, la justice peut être saisie. » Mais encore ? « Le juge prend toutefois en compte le contexte dans lequel les propos sont tenus. S'il estime que les propos en question sont parodiques ou ne reflètent pas la pensée de leur auteur car dits à travers un personnage par exemple, ce dernier ne sera pas condamné. C’est ce qui s’est passé avec le rappeur Orelsan et sa chanson Sale pute. Les décisions de justice concernant la liberté d’expression des artistes sont donc le fruit d’une analyse au cas par cas du juge, et reposent sur son interprétation des textes de loi au regard des faits, dans un contexte évolutif des mentalités. » Plus d'infos sur Sophie Adriaens :

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Simple question de l’été #1 : à quoi sert un chef d’orchestre ?

ACTUS | À chaque concert, on le voit s’agiter avec entrain devant ses musiciens. Mais que fait-il réellement ? Le chef d’orchestre Marc Minkowski, à la tête des Musiciens du Louvre Grenoble, nous l’a expliqué.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Simple question de l’été #1 : à quoi sert un chef d’orchestre ?

« Le chef d’orchestre décide du nombre de cordes par exemple, de l'instrumentarium – aux Musiciens du Louvre, nous jouons sur instruments d'époque – et du diapason. Il émet également des souhaits sur la disposition de l'orchestre en fonction de l'œuvre, de l'interprétation qu'il souhaite en faire, de l'acoustique de la salle... Le chef donne ainsi sa vision : lors des répétitions, il impose sa conception de la partition que tous les musiciens vont suivre. Le sens de l’interprétation d’une partition ne se bâtit pas de façon collégiale. Le chef d’orchestre décide. » Et la baguette ? « Lorsque le répertoire est romantique ou moderne, et implique un gros orchestre, elle est de mise. Car la gestique est importante. La baguette permet que sa ligne soit plus précise, les gestes plus carrés et surtout lisibles même depuis le fond de la scène. La main droite impulse le rythme, assure le volet énergie de la sensation. La main gauche donne le relief de l'interprétation : les nuances, le caractère. » Plus d’infos sur Marc Minkowski : www.mdlg.net

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Question simple de l’été #2 : que fait vraiment un DJ derrière ses platines ?

ACTUS | Il est facile d’imaginer qu’il suffit d’appuyer sur un bouton et de lever les bras pour être DJ. Or c'est un peu plus que ça, comme nous l'explique DJ Rescue, artiste de la scène grenobloise.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Question simple de l’été #2 : que fait vraiment un DJ derrière ses platines ?

« Le travail d’un DJ c’est de mixer, c’est-à-dire mélanger des sources sonores – la plupart du temps des morceaux de musique – pour créer une continuité cohérente. Selon le style du DJ, cette continuité peut raconter une histoire, être une continuité émotionnelle ou bien faire danser le public. Le DJ va donc faire s’enchaîner des morceaux différents, sans qu’il y ait de coupure ou de variation de rythme ou de tonalité entre eux. » Et concrètement ? « Il y a différentes techniques de mix. Celle que j'utilise le plus est le mix au tempo. Tout d’abord, il faut une table de mixage, avec autant de pistes que de sources sonores que l’on va employer. Ensuite, il faut un outil pour diffuser les différents morceaux. Personnellement, j’utilise un contrôleur avec 2 platines à plateau de CD et une mixette intégrée. La table de mixage est équipée d’un système de pré-écoute, ce qui me permet d’entendre le morceau au casque sans qu’il soit diffusé au public. C’est grâce à ça que je peux caler les morceaux sur le même rythme, afin qu’ils s’enchaînent de façon harmonieuse. Pour cela, j’écoute un morceau avec l’oreille gauche et l’autre avec l’oreille droite, ce qui demande

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Question simple de l’été #3 : comment transmet-on une chorégraphie à des danseurs ?

ACTUS | Comment un chorégraphe peut-il transmettre ses œuvres aux générations futures, et comment conserve-t-on des chorégraphies qui ont plusieurs siècles ? Réponse à cette simple question avec le chorégraphe grenoblois Jean-Claude Gallotta.

Nicolas Joly | Jeudi 20 juillet 2017

Question simple de l’été #3 : comment transmet-on une chorégraphie à des danseurs ?

« Au XVIIIe siècle, ce sont surtout les danseurs qui se transmettaient les œuvres entre eux, de façon orale ou visuelle. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que des gens comme Rudolf Laban ont commencé à se pencher sur l’écriture de la danse. Il a ainsi développé une méthode de notation qui fait se déplacer un corps dessiné sur une partition verticale. D’autres méthodes similaires voient le jour, mais elles restent des pratiques d’érudits. » Et aujourd’hui ? « Les choses commencèrent vraiment à bouger avec l’arrivée de la danse moderne et de l’image. Les gens n’ont plus besoin d’étudier de la même façon. Ils peuvent simplement regarder une image et reproduire le geste. Personnellement, quand je dois monter mes pièces, je décompose les mouvements grâce à la vidéo pour que les étudiants puissent voir et reproduire les gestes en détail. La transmission d’une danse est en réalité une affaire très personnelle, et chaque chorégraphe fait un peu à sa façon. Il n’y a pas de méthode unique. Certains vont par exemple refuser de montrer les mouvements, en faisant tout passer par l’oral. C’est une façon de faire plus fréquente dans la danse contemporaine, qui laisse p

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Nicolas Trigeassou : « On produit pour produire »

CONNAITRE | Une rentrée littéraire, ce sont des livres ; énormément de livres. Mais ce sont aussi des libraires qui, en ces temps chamboulés où le mot crise est devenu un nom plus que courant, s’interrogent sur leur métier et les pratiques à venir – notamment le livre numérique. Rencontre avec Nicolas Trigeassou, adjoint de direction à la librairie Le Square, qui développe un point de vue pertinent sur ces évolutions encore incertaines. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Christophe Chabert | Vendredi 2 septembre 2011

Nicolas Trigeassou : « On produit pour produire »

654 nouveaux romans sont publiés en cette rentrée littéraire. C’est beaucoup, mais moins que l’année précédente – 701. Comment l’expliquez-vous ? Nicolas Trigeassou : Par la situation de crise que traverse l’édition aujourd’hui. Il y a eu un évènement important en mai dernier : les premières Assises de la librairie, organisées par le Syndicat de la librairie française. Des éditeurs et des diffuseurs étaient aussi présents. Il en est ressorti que la librairie est en difficulté aujourd’hui. Donc par sagesse, parce qu’on ne sait pas très bien quand cette crise prendra fin, les éditeurs ont réduit leur programme, ce qui se traduit par moins de premiers romans. Moins de premiers romans (74 cette année, contre 85 en 2010, 87 en 2009 et 91 en 2008) car moins de prises de risque de la part des éditeurs, qui jouent la carte des valeurs sûres… Sur les valeurs sûres, c’était déjà le cas l’année dernière, avec Houellebecq, Echenoz… Mais cette année, il y a quand même de nombreux livres à découvrir, ça reste une rentrée excitante, et peut-être moins écrasante que la précédente. Bien sûr, il y a des évènements –

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