Francie Mégevand : « Poser des bases solides pour le prochain mandat »

Politique culturelle | Après s’être enfin dotée en 2016 de la compétence culturelle, la métropole grenobloise a élu en septembre 2017 une vice-présidente déléguée à la culture en la personne de Francie Mégevand (qui est également maire d’Eybens). Nous l’avons rencontrée pour savoir ce qu’elle comptait faire – et il y aura à faire, tant Grenoble-Alpes Métropole est en retard sur ce sujet (et d’autres) par rapport à pas mal de métropoles françaises.

Aurélien Martinez | Vendredi 5 janvier 2018

Photo : Grenoble-Alpes Métropole


Ça y est, Grenoble-Alpes Métropole va enfin s'occuper de culture, comme cela a été acté dans une délibération cadre en novembre 2016. Sauf que votre élection comme vice-présidente déléguée à la culture et à l'éducation a eu lieu un an après…

Francie Mégevand : C'est vrai que dans nos perspectives collectives, on pensait avancer un peu plus vite sur la mise en œuvre des ces intentions, avec notamment des responsabilités plus identifiées. Mais les élections présidentielle et législatives ont fait voler en éclats un certain nombre de choses dans notre majorité composite, ce qui a bien occupé les élus. Et du coup, on a pris du retard. C'est pour ça que mon élection est arrivée tardivement.

Vous êtes désormais chargée de mettre en place une politique culturelle métropolitaine sur un territoire culturellement très riche comparé à d'autres métropoles françaises…

Tout à fait. Et on ne compte pas arriver comme nouveau chef en disant : c'est bon, on a la compétence, on va tout mettre en ordre… Au contraire, il faut qu'on arrive à travailler avec les différentes communes, les différents acteurs culturels, leurs partenaires habituels que sont l'État, le Département, la Région…

C'est une façon de faire qui va prendre plus de temps que de pondre d'en haut une politique culturelle plutôt magnifique comme ont pu le faire d'autres métropoles françaises qui n'avaient pas un terrain si riche. On va ainsi essayer de marcher ensemble avec tout ce monde, pour voir quelle plus-value peut apporter la Métropole en matière culturelle.

Une Métropole attendue sur ce sujet depuis des années par le monde culturel…

J'en ai conscience. Il faut que l'on mette en confiance les acteurs culturels, qui ont plein d'attentes, parfois contradictoires ou compliquées à gérer. Car on a l'impression que certains pensent que comme la Métropole a pris la compétence culturelle, elle va régler tous les problèmes, en particulier celui de la baisse des subventions : ce n'est pas tout à fait ça, on n'est malheureusement pas l'eldorado qui va tout résoudre.

Mais je comprends l'impatience de certains. Il faut néanmoins savoir qu'on n'a pas l'ensemble de la compétence des politiques culturelles mais, pour l'instant, seulement la gestion de trois grands équipements : la MC2, l'Hexagone et le Centre chorégraphique national de Grenoble. On a aussi, dans un autre registre, l'École supérieure d'art et design Grenoble – Valence.

Ces équipements ont été transférés à l'euro près de la Ville qui les gérait à la Métropole…

De la Ville oui, et du Département qui a lâché sa place dans ces équipements. C'est donc bien un simple transfert, mais il va s'agir d'être pilote de ces équipements pour les mettre au service d'une politique métropolitaine.

D'autres équipements, comme le Musée de Grenoble par exemple, qui est fréquenté par bien plus que des Grenoblois, ont également un intérêt métropolitain…

Le Musée de Grenoble aurait tout à fait sa place, oui. Le centre national d'art contemporain le Magasin des horizons aussi – il en est même question pour 2019. Mais deux scènes nationales, un CCN et l'Ésad, c'est déjà bien ; faisons en quelque chose. Ne prenons pas trop au risque de ne pas bien gérer tout ça. On veut surtout poser des bases solides pour le prochain mandat.

Jusqu'au prochain mandat (des élections sont prévues en 2020), vous allez vous contenter de ces transferts ?

"Contenter", non ; je n'ai pas envie que l'on dise ça ! On va plutôt préparer la suite. Dans le programme de 2018, il y a les conventions d'objectifs avec les équipements que nous gérons, pour vérifier que ce sont bien des équipements à vocation métropolitaine qui vont irriguer le territoire. Ensuite, on va s'attaquer, un peu sur le modèle lyonnais, à la mise en chantier d'une charte de coopération des acteurs culturels. Enfin, le dossier que l'on a un peu démarré et que l'on espère concrétiser est celui de la lecture publique, comme on a aussi pris la compétence d'animation d'un réseau métropolitain. Avec, comme premier stade, une bibliothèque numérique.

Voilà pour les gros chantiers – que je pourrais compléter par celui de l'université, avec qui on a un partenariat à renforcer – qui vont poser les bases. Et à côté de ça, on a une enveloppe [de 275 000 euros – NDLR] pour le soutien aux événements et à l'action culturelle avec nos appels à projets, celui de 2018 étant sur l'art dans l'espace public – il va être lancé au premier trimestre.

L'essentiel, et c'est ça que je vais faire pendant encore deux ans et demi, c'est donc de faire prendre une mayonnaise, une belle émulsion grâce à l'effet levier de la métropole. Et après, pour le prochain mandat, il faudra bien sûr être plus ambitieux.

Comment vous-êtes vous retrouvée à occuper ce poste de vice-présidente à la culture ?

Je n'avais jamais caché mon intérêt pour ce secteur, que je ne connais pas parfaitement mais quand même un peu vu que je m'y intéresse beaucoup ! Et c'est donc avec plaisir que j'ai répondu à l'appel de Christophe Ferrari, président de la communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole.

Sur le plan personnel, depuis toujours si je n'ai pas ma dose de culture je meurs ! Pour moi, ça n'est pas une cerise sur le gâteau mais un besoin primaire. Je suis ainsi une grosse consommatrice de culture, assez éclectique. Car ce qui m'intéresse dans l'art, ce n'est pas une discipline, c'est l'œuvre. J'ai eu ce sentiment par exemple la première fois que j'ai vu un ballet de Pina Bausch…

Du coup je vais souvent au théâtre, au concert, à des expositions d'art, à des opéras… Là où je suis moins bonne par contre, et je le reconnais aisément, c'est sur les formes culturelles plus récentes. Mon fils a beau essayer de m'introduire à la techno ou au hip-hop, je m'embrouille ; toutes ces formes je ne les dédaigne pas mais je m'y repère mal. Mais je reste toujours en appétence !

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